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Full text of "Histoire d'un voyage fait en la terre du Bresil, autrement dite Amerique. : Contenant la nauigation, & choses remarquables, veuës sur mer par l'aucteur: le comportement de Villegagnon, en ce païs là. Les meurs [sic] & façons de viure estranges des sauuages ameriquains: auec vn colloque de leur langage. Ensemble la description de plusieurs animaux, arbres, herbes, & autres choses singulieres, & du tout inconues par deça, dont on verra les sommaires des chapitres au commencement du liure. Non encores mis en lumiere, pour les causes contenues en la preface."

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H  ï  S  T  0  ï  T^e 

D'VN  VOYAGE 

FAIT   EN    LA   TERRE 

D  V     BRESIL,    A  V  T  K  E- 

ment  dite  Amé- 
rique. 

Contenant  la  nauîgation*  &  chofes  remar- 
quables ,veuè  s  fur  merparlauEleur:Le  compor 
tement  deVillegagnon*en  ce  vais  la.  Les  meurs 
&  façons  de  viure  efir anges  des  Saunages  A- 
meriquains  :  auecvn  colloque  de  leur  langage* 
Enfemble  la  defer  iptton  de plufiem s  Animaux \ 
Arbres*  Herbes*  &  autres  chofes  fin gulieres, 
&du  tout  inconues  par  deçà*  dont  on  verra  les 
fommaires  des  chapitres  au  commencement  du 
liure. 

Non  encores  mis  en  lumiereypour  les  caufes 
contenues  en  la  preface. 

Le  tout  recueilli  for  les  lieux  par  iean  de 

LERT  natif  de  la  Maroelle  >  terre 

de  fain  lï  S  encan  Duché' de 

Bourgongne* 

Seigneur ,  ie  te  celebreray  entre  tes  peu- 
ples,&  te  diray  Pfeaumes  entre  tes  na- 
tions, ps  e  av.  cviii. 

HPowzAritoint  Chuppin* 
M,   D.  LXXYluP 


»*-  .-™L1 — "     yT" 


A    ULVSTRE    ET    PVIS- 

S  AN  T       SEIGNEVR,    FRAN- 
ÇOIS, Comte  de  Colligny, 
Seigneur  de   Cha- 
ftiiIon,&c. 


QO-N  SIEVX^j  parce  que 
\  Vheureufi  mémoire  de  celuy  -par 
i  le  moyen  duquel  Dieu  m  a  fuit 
j voir  les chofis  dont ïay bafti lit 
i  pre  Je  rite  Hiftoire-ime  conuie  d'en 
fhire  recognoijfance,  ce  ri  eft  pas  fans  eau  fi  puis 
que  luy  auel^fuccedé  queiepren  la  hardiejfe  de 
vous  la  pre finter. Comme  doneques  mon  inten- 
tion efi  perpétuer  ici  la  (ouuenance  d'vn  voyage 
fuit  expreffément  en  V ^Amérique  pour  eft a- 
hlir  le  pur  (eruice  de  Dieu,  tant  entre  les  Fran 
cols  qui  s* y  eftoyent  retire's,  que  par  mt  les  S  au-* 
uages  habit  ans  en  ce  pays  la  :  aujfi  ay-ie  eftimê 
eftre  de  mon  deuoir: faire  entendre  a  la  pofleri- 
te\  combien  la  louange  de  celuy  qui  en  fit  la 
caufe  &  le  motif  doit  eftreaiamais  recom^ 
mandable.  Et  de  fait  ofant  affeurer  quilne  Je 
trouuerapar  toute  Pat iquité  quily  ait  iamais 
eu  Capitaine  Francois  &  Çhrefiien  ,  qui  tout 
a  vne  fuis  ait  eflendu  le  règne  de  Iefus  Chriji 
Roy  des  l{ois ,  &  Seigneur  des  Seigne urs> 
&  les  limites  de  fin  'Trince  Soulier ain  en  pay  s 
fi  lointain,  le  tout  confidere  comme  il  appar- 
tient qui  pourra  dffel^  exalter  vne  fi  fain- 

a  z 


| 


te&  vrayement  héroïque  entrcprinfet  Car. 
quoy  qu  aucuns  difent->  veu  le  peu  de  temps  que 
ces  chofesont  duré*  &  que  ri  y  eft  am  a  prefent 
nonplu*  denouuelle  de  vraye  1{jligion  que  du 
nom  de  Francois  pour  y  habit er^qu  on  ri  en  doit 
faire  eftime:nonobftat  telles  allegations^  ce  que 
tay  dit  ne  Imjfe  pas  de  demeurer  tou/ïours 
tellement  vray  ,  que  tout  ainfi  que  lEuangile 
du  fils  de  Dieu  à  eft é  de  nos  tours  annoncé  en 
eefte  quarte  partie  du  monde  dite  Amérique, 
aujji  eft- il  très  certain  fi l'affaire  euft  efté aujjl 
bien  pourfuiui  quil  auoit  efté  heureufemenf 
commencé ^  que  Tvn  &  l'autre  Règne  ffiri- 
tuel  5  &  temporel ,  y  auoycnt  fi  bien prins pied 
denoftre  temps,  que  plus  de  dix  mille  perfon- 
nés  de  la  nation  Franfoije  y  feroyent  mainte- 
nant en  au ffi  pleine  &  feurepoffejfion  pour  no- 
ftre  %jy<>  que  les  Espagnols  &  Portugais  y 
font  au  nom  de  s  leur  s* 


Tartant  finon  quon  voulut  imputer 
aux  zApoftres  la  deft  rull  ion  des  Eglifes  qitils 
amyent  premièrement  dreffees  :  &  la  ruyne 
de  V Empire  T^omain  aux  braues  guerriers 
qui  y  auoyent  ioints  tant  de  belles  Prouinces^ 
aujjipar  le  femblable  ceux  eftans  louables  qui 
auoyent  pofé les  premier f  fondemcs  des  chofes 
queiay  dites  en  V  Amérique  •>  il  faut  attri- 
buer la  faute  &  la  difcontinnation  ,  tant  a 
Uillegagnon  qua  ceux  qui  auec  luy  au 
lieu  (  ainfi  qu'ils  en  auoyent  le  commandement 

& 


&  auoyent  fait  promeffe  )  ctauancer  tkuure 
mt  quitté  la  f or  tereffe  que  nous  anions  bafite* 
&  le  pay  s  quon  àuoit  nommé  France  Antar*- 
ilique  aux  Portugal  qui  fy  font  tresbisn  ac- 
commodez •  T ellement  que  pour  cela  ilnelair- 
ra pas  d  apparoir  a  iamais  que  feu  d'heur eufe 
mémoire  Cjafpard  de  Qolligny  admirai  de 
France  voflre  tresvertueux  psre,  ayant  exe- 
cute' (on  entre prmfe  par  ceux  quil  enuoya  en 
T  Amérique •>  outre  qu'il  en  auoit  affuietti  vne 
partie  a  la  Couronne  de  France  h  fit  encore 
ample  preuue  du  %ele  qu  tl  auoit  que  î  Euan~ 
gïle  fut  non  feulement  annoncé '  p ar  torn  ce 
IR^yaume  >  mais  auffi  par  tout  le  monde  vni- 
Her  Je  U  ^ 


Voila  MonfîëUfïMmmé  en  premier  lieu* 
voHsconfîderant  feprefenter  la  perfonne  de  cefi 
exceliet:  Seigneur  ^duquel  pour  tant  dalles  gene 
reux  la  patrie  fir  a  perpétuellement  redeuahlet 
s  ày  publié  ce  mie  petit  labeur  fotu  vofire  autori 
te  <I  oint que  par  ce  moyen  ce  fer  à  à  vous  auquel 
Theuet  aura  non  feulement  a  rèfpondre,  de  ce 
qit  en  general  &  autant  quil  a  peupla  con- 
damne'&  calomnié  Id'Cà&fe  pour  laquelle  nom 
ffmés  ce  voyage  en  V  Amérique  ,  mais  aujfi  de 
ce  qii'en  particulier  parlant  de  V  ^Admirante 
iî  France  en  fa  Qofmogtaphie  il  a  oféabbayer 
cmire  la  renoînmee^fonéfuï  &  de  bonne  odeur 
à  tms  gens  de  bien  y  de  celuy  qui  en  fut  la 
«ttgtia   " 

*   S 


T>auantage  Monfieur  voflre  confiance  & 
magnanimité  en  la  defence  des  Eglifis  refor- 
mées de  ce  %oyaumc>  fkifant  iournellement  re 
marquer  combien  heureufement  vous  fry ue\ 
les  traces  de  celuy  qui  vous  ayant  fubflttué  en 
[on  Ueufoufienat  ce  fie  mefme  eau  fi,  y  a  efpandu 
iufques  a  (on  propre  fang  :  cela  di-ie  en  fécond 
lieu  m  ayant  occajtonlxenfemblepour  recognoi 
fire  aucunement  le  bon  &  honnefte  accueil  que 
vousmefifies  enlaville  de  Berne,  enlaquelle 
après  ma  deliurance  du  fie ge  famélique  de  San 
terre  ievous  fus  trouverai ay  efié  du  tout  induit 
de  madrejfer  droit  a  vous.  Iefcay  bien  cepen- 
datqu* encores  quehfmet  de  cefie  htftoirefoit 
tel ',  que  ill  vous  venoit  quelque  s  fois  enuie  d'e& 
ouir  la  lefture  •>  tl  y  a  chofis  ou  vous  pourries 
prendre plaifir  y  nemtmoiris  pourtefgard  du 
langage ,  rude  &  malpoli  ,  ce  riefioitfasaux 
cretlies  âvnSeigneurfi  bien  infiruit des fm  bas 
aage  aux  bonnes  lettres  que  ie  le  deuois  faire 
fonner.  Mais  majfeurant  que  par  voflrenatu* 
relie  debonnairetè-jeceuant  ma  bonne  afeiïwn 
vous  fufporter  es  ceJeffaut ,  ie  ri  ay  point  fuit 
de  difficulté  d'offrir  &  dédier  ce  que  laypeu 
tant  a  lafiintle  mémoire  du  père  ^que  pour  tef 
moignage  du  treshumble  feruice  que  ie  de  fire 
continuer  aux  eufans.  Surquoy 

<sJMonfieur  ie  prieray  V Eternel  quauec 
Meffieurs  vos  frères  &  ^Madame  de  Teli- 
anivoftrefeur (plantes portans  fruits  dignes  du 
tronc  d'où  elles  font  iffues)  quen  vous  tenant  en 

fafaintle 


fiintte  protection,  il  béni  ft  [&  face  proférer 
de  plus  en  plus  vos  vertueufes  &  genereufes 
aftions.  £e  vingtième  de  Décembre  9  mil  cinq 
cens foix 'ante  &  dixfept. 


Voftre  treshumble  &  aflfe&ionnc 
feruiteur,  DE   LERY- 


^d  lean  De  leryfurfon  difcokrs  Je 
ÏHiftoirede  l'Amérique. 

fhonwe  cehii^la  qui  au  tielmepoiirmeine 

Et  d'ici  méfait  voir  ces  tantbeaux  momemem 

leprife  aufsi  celuy  qui  Çcait  des  Elemens. 

Et  la  force  3  &  V effet ^  menfeigne  leur  peint, 

4e,  renter d  celuy  qui  heurenfemem  peine 
Four  de  terre  tirer  diners  medicamens: 
Mais  qui  me  met  en  m  ces  trois  enfeignemem 
Emporte  a  mon  aduisyne  louange  pleine. 

Tel  eft  ce  tien  labeur^  encores  plus  beau 

De  Lery^qui  nous  peins  vn  monde  toutnouued* 
Et  fin  ciel^fon  eau3&  fâ  terre  }&fes  fruits 

Qui  fans  mouiller  le  pied  nous  trauerfes  l'Afrique 

Qmfans  naufrage  &>  peur  nous  rends  en  £ J/lmen<fâe> 

Deffous  legouuermul  de  ta  plume  conduits 

t*    Damait    itfj. 


f\  Meletà  M.  De  Lery  fou 
jingulier  amy* 

Ici  (mon  de  Lery)  ta  plume  as  Couronnée 
À  de  fer  ire  les  mœurs,  les  polices  &>  loix: 
les  S  auuages façons  des  peuples  &  des  Roys 
Du  payS)inconeu  à  cegrandPtolomee. 

Ifousfaifantveoir  deqmy  telle  terre  efl  ornée. 
Les  animaux  dîners  errants  p~rmy  lesbois 
ILcs  combats  très  cruels^  les  braues  barnoh 
De  cefle  nation  brufquement façonnée. 

JN  ons peignant  >on  retour  du  ciel  ^4meriquain, 
Ou  tu  te  vispreffé  dîime  rageufefaim 
Mais  telle fdmhela*  ne  fit  fi  dure  guerre 
Ni  la  faim  de  Iuda^ni  celle  d'ifrael 
Ou  la  mere  commit  l'acte  énorme  &  cruel 
Que  celle  qu  as  ailleurs  e fer  he  de  Samerre, 


Sonet* 

^IeanVeLery^furfon  hifiofre 
del* Amérique. 

Malheur  eft  bon  (dit- on)  à  quelque  chofe. 
Ht  des  forfaits  naifjent  les  bonnes  Loix» 
J>e  ce  Lery5  Ion  yoidà  leftefois 
Vreuue  certaine  en  tonhiftoire  enclofe.  * 

Fureur3menfongey  &  la  guerre  difpofe 
y ' îllegagnon,ïheuet)&  le  Francois. 
^/t  retarder  de  ta  plume  la  y  oix  y 
Et  les  dtfcours  tant  beaux  quelle  propofe. 

Mai*  ton  labeur -^"vn  courage  initomté? 
Tous  cesjffhrts  en  fin  a  furmonté: 
Et  mieux  paré  deuant tous  il  fe  range. 

Comme  cieuxjerre-yhommes  &ï  faits  dium 
T  u  nom  fais  y  oir^ainfi  party  ntuers 
Yole  ton  liure  g?  y  vue  ta  lauange. 


PREFACE- 


OVRCË  qu'on  fe  pour- 
roit  esbahir  ,  qu'y  ayantdix 
huit  ans  paffez  que  i'ay  fait 
le  voyage  en  l'Amérique? 
i'aye  tant  attendu  de  mettre 
celle  hiitoire en  lumière,  i'ay  eftimé  en 
premier  lieu  eftre  expedient  de  declarer 
les  caufes  qui  m'en  ont  empefché.Du  cô- 
mencement  que  ie  fus  de  retour  en  Fran- 
ce ,  monftrant  les  mémoires  que  i'auois, 
laplufpartefcrits  d'ancre  de  Brefil  &  en 
l'Amérique  mefme,  contenans  les  chofes 
notables  par  moy  obferuees  en  mô  voya 
ge  :  ioint  les  récits  plus  au  long  que  ie  fai 
fois  de  bouche  à  ceux  qui  s'en  enque- 
royentj  ie  n'auois  pas  délibéré  de  pafler 
plus  outre  ni  d'en  faire  autre  mention. 
Toutesfois  quelques  vus  de  ceux  auec  lef 
quels  i'enconferois  fouuent,  m'alcgans, 
qu'afin  que  tât  de  chofes  qu'ils  iugeoyet 
dignes  de  mémoire  ne  demeuraient  en- 
feuelies,ie  les  deuois  rédiger  plus  au  ]6g 
&  par  ordre,  à  leurs  prières  &  folicita- 
tions,dés  l'an  I563.  enrayant  fait  vn  affez 
ample  difcours,qu^m'en  allât  du  lieu  ou 
i'eftois  ie  laiffay  ^preftay  à  vn  bô  perfon 
nage:iladuint  qu'ainfi  quç  ceux  aufquels 
il  Pauoit  baillépour  le  m'aporterpaiïoyet 
à  Lion  leur  eflant  ofté  à  la  porte  de  la  vil- 
le, 


PRÉFACE. 

Ie,ilfut  tellement  efgaré  que  quelque  di 
lieéce  que  le  peuffe  faire  ,  impossible  me 
fut  de  le  recouurer.  Partant  faifanteftat 
de  la  perte  de  ce  Hure ,  ayât  quelque  teps 
après  retiré  les  brouillars  que  l'en  auois 
laiffe  à  celuy  qui  le  m'auoit  tran lent ,  le 
fis  tant, qu'excepté  le  Colloque  du  lang* 
«re  des  Sauuages  qu'on  verra  au  vingtiè- 
me Chapitre  (  duquel  moy  n'y  autre  n'a- 
uoitcoppie)ie  mis  derechef  le  tout  au 
net.  Mais  quand  ie  l'eus  acheue  ,  les  con- 
fufions  furuenans  en  France  fur  ceux  de 
la  Religion,  moy  eftant  pour  lors  en  la 
Charité  fur  Loire,afin  d'euiter  celle  fu- 
rie quittant  à  grand  hafte  tous  mes  hures 
&  papiers  pour  me  fauuer  à  Sancerre  :  le 

tout  pillé  incontinent  après  mon  depart 
ce  fecod  recueil  Ameriquain  s'eftât  ainli 
efuanoui,  iefus  pour  la  féconde  fois  pri- 
ué  de  mon  labeur.  Cependant  comme  ie 
faifois  vn  iour  récit  à  vn  notable  Sei- 
«reur  de  la  premiere  perte  que  i'en  auois 
faite  à  Lyon,luy  nommant  celuy  auquel 
on  m'auoit  eferit  qu'il  auoit  efté  baillé,  il 
en  eut  vn  tel  foin,que  l'ayant  finalement 
r,etiré,ainfi  que  l'an  palTè.  1576".  iepaffois 
en  fa  maifon  il  le  me  rendit.Voilacomme 
jufques  à  prefent  ce  que  i'auois  eferit  de 
l'Amérique,  m'eftanttoufiours  efchappé 
des  mains  n'auoit  peu  venir  en  lumière. 
Mais  pour  en  dire  le  vray ,  il  y  auoit 


P  R  E  F  ACE* 

qu'outre  tout; cela  ne  fentant  point  en 
inoy  les  parties  requife^  pour  mettre  à 
bon  efacnt  la  main  à  la  plume,ayant  veu 
dés  la  mcfme  année  que  ie  reurns  de  ce 
pays  là,  qui  fut  1558.1e  liure  intitulé  Des 
Singularité*  de  l'Amérique,  lequel  mô- 
îieur  de  la  Porte  fuyuant  les  contes  &me 
moires  de  frère  André  Fheuet,audit  dref 
fé  &  difpofé,  quoy  que  ie  nignorafTe 
point  ce  que  monfieur  Fumée  en;  fa  pre- 
face fur  Thiftoire  générale  des  Indes  ,  a 
fort  bierï  remarqué:  aflauoir  que  ce  iiûré 
des  Singularitez  cil  ringuHerement  farci 
de  mefongcs,fi  rauâe;ur-fanspaiïer  plus 
auant  fe  fut  contenté  possible  euné-ie 
encorés  rnaintcnantle  tout  fupprimé, 

Mais  quâd  en  ceftë  pref€teanneei57y. 
Iifant  la  Cofmographieide  Tbeuet  i'ay; 
veu  que  luy  (peniant  po&iide  que  nous 
fuffîons  tôtis  morts  ou  que  fi  quelqu'vn 
reftok  en  vie  il  ne:  luy  oferoit  côtredire) 
n'U  pas  feulement  rcnouùdlé  &  augmen 
téfes  premiers  erreurs,  mais  qui  plus  eft 
fans  autre  occafion  que  t'enuic  qu'il  a 
euëde'mefdirc  &cletrader  dés  Miniftres 
&pârconfequét  de  ceux  qui  en  l'an  1556. 
les 'accompagnèrent  pour  aller  trouuer 
Viliegagnon  en  la  terre  du  Brefil ,  dont 
i'efto'is  du  nombre,  aucc  des  digrefsions 
fau(les,pi^un  nt-GS,  &  iniurieufes,nousa 
impofé  des  crimes ,  afih  âù  repouffer  ces 

impo- 


F  RE  F  A  C£. 

tnvp oftures>-?ay  efté  comme  cotraint  Re- 
mettre en  lumière  tout  le  difcours  de  no 
ftre  voyage*Et  atin,auant  que  paiîer  plus 
outre ,  qu'on  ne  penfe  pas  que  fans  tref- 
iuftescaufes  ic  me  pleigne  de  ce  nouuéa'u 
Cofmographe ,  ie  reciteray  ici  les  calom 
nies  qu  il  a  mifes  erjauant  contre  nous,  ^ 
contenues  au  Tome  fécond  liurc  vingt 
&vnchap.  2.  feuil.  $08.  ^       p     ^^ 

Au  refte  difï  heuet  ,ï  auois  oublié*,  vous  dire  ^u 
dire ,  que  peu  detemps  auparauant  yauoit  eu  àe  mentir, 
quelque  feditio  entre  les  F  rancois  aduenue  par 
la  diuifîon  &  partial 'it e\de  quatre  Minifires 
de  la  Religion  nouvelle  que  Caluin  y  auoit  en» 
uoyeXjpour  planter fi  finglante  Euagile^le  prin 
tipal âefquels  eftoitvn  mtniftrefeditieux  nome 
%jchier,  qui  àuoït  efté  (forme  &  doUeur  de 
Taris  quelques  années  auparauatfon  voyage. 
Ces  trentilspredicahs  ne  tajehans  quesérichir 
&  attraper  ce  qriilspouiïoyent  firent  des  ligues 
&  mené  s  s fecrettes qui  furent  çapife  que  quel- 
ques vns  des  noftresfuret par  eux  tuez.  Mais 
partie  decesjeditieux  eft ans pr  in  s  furent  exe- 
cute\&  leurs  corps  donné  pour  pafture  aux 
poiffons .  Les  autres  Je  fauuerent  du  nombre 
de] quels  efioit  ledit  %ichier  lequel  bien  to  ft  a- 
presfe  vint  rendre  mtniftre  a  la  Rochelle  la  on 
teftime  quilfoit  encores  de  préfet:  les  Sauuages 
irritez  de  telle  tragédie  peu  ie  fallut  qu'ils  nefe 
ruaffent  fur  nous  &  mifset  a  mort  ce  qui,  reftoit. 
Voila  les  propres  paroles  deThçuetlef 


quelles  ie  prie  les  le&eurs  de  bien  noter? 
car  comme  ainfi  foit  qu'il  ne  nous  ait  ia- 
mais  veu  en  rAmerique,ni  nous  fembla- 
blementluy  ,  moins,  comme  il  dit,  y  a-il 
efté  en  danger  de  fa  vie  à  noftre  oceafion, 
ie  veux  moftrer  qu'il  a  efte'  en  ceft  endroit 
aufsi  affeuré  menteur  qu'impudent  ca- 
lomniateur. Partant  afin  de  preuenir  ce 
que  pofsible  pour  efchaper  il  voudioit 
dire,qu'il  ne  rapporte  pas  fon  propos  au 
temps  qu'il  cftoit  en  ce  pais  là,  mais  qu'il 
entend  reciter  vn  fait  aduenu  depuis  fon 
retour:  ie  luy  demande  en  premier  lieu  fi 
cefte  façon  de  parler  tant  exprefle  dont  il 
vfe  :  affauoir  ,  Les  Saunages  irrite^  dételle 
"Trace  aie ,  feu  sen  fallut  qu'ils  neferuaffent 
fur  nom ,&mifent  àmort  le  reflète  peut  au- 
trement entendre  finon  que  par  ce,  nom, 
fe  mettât  du  nombre,  il  vueille  dire  qu'il 
fut  cnuelope'  en  fon  pretédu  danger?Tou 
tesfois  s'il  vouloit  tergiuerfer  dauantage 
pour  nier  que  fon  intention  ait  efté  de 
faire  acroire  qu'il  vit  les  Miniftrcs  dont 
il  parle  en  l'Amérique. Efcoutôs  encores 
le  lan<*a<re  qu'il  tient  en  vn  autre  endroit. 
Au  refte  (dit  ce  Cordelien//  ïeuffe  de* 
to  m.  2  meuré  Vlm  long  temps  en  ce  fays  la  ïeuffe  taf- 
liu.zi.  r^/  a  garner  les  âmes  efgarees  de  ce  pauure 
cha.  8  peufle\fîuflofl  que  mefludier  à  fouiller  en  ter- 
pa.925  re  pour  y  chercher  lesricheffes  que  nature  y  a 
cachées.  Mais  d  autant  que  ie  riefiois  bien  ver 

féen 


PREFACE 

fc  en  leur  langue  &  que  les  Miniflresque  £al^ 
uiny  auoit  enuoyes  pour  plater  fa  nounelleEua 
gile  entreprenoyet  cefle  charge  enuieux  de  ma 
deliberation  ie  delaijfay  cefle  miene  entreprifa 
Croyezlcporteur5ditquelqu5vn,quià 
bon  droit  femocque  de  telle  manière  de 
gens:  parquoy  fi  ce  bon  Catholique  Ro- 
main felon  la  reigle  de  faintFrançois  dot 
il  eft ,  n'a  fait  autre  preuuede  quiterlc 
monde  que  ce  qu'il  dit  auoirmefprife  les 
richejfes  cachées  dans  les  entrailles  de  la  terre 
du  Brefil:  ni  autre  miracle  que  la  conueif- 
fion  des  Sauuages  Ameriquainshabitans 
en  icelle  dcfquels  ilvouloit  (  dit  il)  gagner 
les  âmes  fi  les  Minifires  ne  Ven  eujfent  empeft 
che^û  eft  en  grand  danger,apres  querau- 
ray  monftre  qu'il  n'en  eft  rien,  de  netfhe 
pas  mis  auCalendrier  du  Pape  pour  eftrs 
canonifé  &reclamé  après  fa  mort  comme 
mô fieur  faint  Theuet.  Afin  doneques  d£ 
faire  la  preuue  que  tout  ce  qu'il  dit  ne 
font  qu'autant  de  balliuernes,  fans  met- 
tre en  confideration  s'il  eft  vray  fembla- 
ble  que  Theuet,  qui  en  fes  efents  fait -de 
tout  bois  flefehes,  comme  on  dit :,  c'eft  à 
dire  ramaflfe  à  tors  &  à  trauers  tout  ce 
quil  peut  pour  allonger  &  colorer  fes 
cotes,  fe  fût  teu  en  fonliuredes  Singula- 
ritez  de  1' Ameriq.de  parler  des  Miniftres 
s'il  les  euft  veuz  en  ce  pays  là/&  par  plus 
forte  raifon  *'ils  euflent  commis, ce. dont 


voyez 
les. i. 
24.25. 
&.60, 
chap. 


PREFACE 

il  les  aceufe  à  préfet  en  fa  Cofmogrâphie 
Imprimée feze  ou  dixfept  ans  apres.pui* 
que  par  fon  propre  tefmoignage  il  fe  ver 
ra  ence  liuredes  Singularitez, qu'en  l'an* 
1555.  le  dixième  de  Nouembre  il  arriûa. 
au  cap  de  frie>&  quatre  iours  après  en  la. 
riuiere  de  Ganabara  en  l'Amérique  d'où 
il  partit  le  dernier  iour  de  Ianuier  fuy- 
uant  pour  reuenir  en  France:  &  nous  ce- 
>endant,comme  ic  monftreray  en  cefte 
tiftoire,narriuafmesencepays  là  au  Fort 
de  Colligoy  fitue'  en  la  mefme  riuiere, 
qu'au  commencement  de  Mars.  1557.  at- 
tendu di-ie  qu'on  voit  clairement  parla 
qu'il  y  auoit  plus  de  treze  moys  que  The 
uet  n'y  eftoit  plus,  cornent  a-il  efte'  fi  har 
di  de  dire  qu'il  nous  y  a  veus? 

Le  foffé  de  près  de  2000.  lieues  de  mer 
entrcluy,déslôg  tépsderetour  à  Paris, 8t 
nous  qui  eftiôs  fous  le  Tropiq  de  Capri- 
corne,ne  lepouuoit-ilgarentirPfifaifoit» 
mais  il  auoit  enuiede  pouffer  &  mentir 
ainfi  Cofmographemét.  Parquoy  ce  pre- 
mier pointprouue  cotre  luy  toutee  qu'il 
dit,  au  refte  ne  meriteroit  aucune  refpô- 
ce.Toutcsfois  pour  foudre  toutes  les  ré- 
pliques qu'il  pourroitauoir  touchât  la  fe 
ditiô'dôt  il  cuide  parlerâe  di  en  premier 
lieu  qu'il  ne  fe  trouuera  pas  qu'il  y  en  ait 
eu  aucune  au  Fort  de  Colligny  pêdâtque 
no9  y  eftiôs:moins  yeutil  ynfculFrâçois 

tué 


PIE?  ACE» 

tué  de  noftre  temps:Et  partant  fî  Theuet 
veut  encores  dire,  quequoy  qu'il  en  fou 
il  y  eut  vne  coniuration  des  gens  de  Vil- 
Iegagnon  contre  luy  en  ce  pays  là ,  en  cas 
qu  il  nous  la  vucille  imputer,  ie  ne  veux 
derechef  pour  nous  feruir  d'Apologie  & 
pour  monftrer  qu'elle  eftoit  aduenue  a- 
uant  que  nous  y  fufsions  arriuezquele 
propre  tefmoignage  de  Villegagno. Par- 
tant combien  que  la  lettre  en  latin  qu'il 
cfcriuità  M.  lean  Caluin  refpondantà 
celle  que  nous  luy  portafmes  defa  part 
ait  ia  dés  long  temps  ejfix  imprimée  en 
autre  lieu>  &  que  mefme  fi  quelqu'vn  en 
doute  l'original  eferit  dancre  deBrefil 
qui  eft  encores  en  bonne  main, face  touf* 
jours  foy  de  ce  qui  en  eft  ,  parce  qu'elle 
feruira  doublement  à  cefte  matière,  afla* 
noir,&pour  refutèr,Theuet  &pour  cion 
fèrer  quant  &  quant  qu'elle  religion  Vil- 
îegagnon  faifoit  femblant  de  tenir  lors 
le  Tay  encores  ici  inférée  de  mot  à  mot* 

Teneur  delà  lettre  de  Ville- 
gagnon  à  Caluin. 

le  penfe  qu'on  ne  feauroit  declared 
par  paroles  combien  m'ont  refiouy  vos 
lettres  &  les  frères  qui  font  venus  aùec 
icelîes.Ils  m'ôt  trouue'reduit  en  tel  point 
qu'il  me  falloit  faire  office  de  magiftrat& 


PRE?  ACE-. 

quant  &  quant  la  charge  de  Miniftredc 
rEglife.   Ce  qui  m'auoit  mis  en  grande 
aneoiffccai-  l'exemple  du  Roy  Ozias  me 
deftournoitd'vne  telle  manière  de  vmre 
Mais  i'eftois  côtraint  de  le  faire  ,  de  peur 
nue  nos  ouurjers  lefquels  i'auow  prisa 
loage  &  amenez  par  deçà,  par  la  frequen 
tation  de  ceux  delà  nation  ne  vmlenta 
fe  fouiller  de  leurs  vices  :  ou  par  faute  de 
CÔtinuer  en  l'exercice  de  la  Religion  to- 
i>anent  en  apoftafie  :  laquelle  crainte^m'a 
efté  oftee  par  la  venue  des  frères  .    Il  y  a 
aufsi  ceftaduantage,  quefi  dorefenauant 
il  faut  trauailler  pour  quelque  arraire& 
encourir  danger ,  ie  n'auray  faute  de  per 
fonnes  qui  meconfole't  &  aident  de  leur 
confeil:  laquelle  commodité  m'auoit  efte 
oftee  par  la  crainte  du  dâger  auquel  nous 
fournies  .  Car  les  frères  qui  eftoyent  ve- 
rnis de  France  par  d^çaauecmoy  ,cfta.ns 

efmeus  pour  les  difficulté*  denosaft.n- 
res  s'en  eftoyent  retirez  en  Egypte,  cha- 
cun alléguant  quelque  exeufe  .  Ceuxqiu 
font  demeurez  eftoyent pauures  ges  lout 
freteux  ,  &  mercenaires  ,  felon  que  pour 
lors  ic  les  auois  peu  recouurer ,  def  quels 
la  conditio  eftoi.t.  telle  que  pluftoft  il  me 
falloir  craindre  d'eux ,que  d'en  auoir  au- 
cun foul?gement .  Or  la  çaufe  de  ceci  eit 
qu'à  rioftre-arriu.ee  toutes  fortes  de  ta - 
chéries  &  difficultez  fe  font  drcnees.tel- 

Icmcnt 


FREFACS. 

kmcnt  que  ie  ne  fcauois  bonnement  quel 
aduis  prendre  ,  ni  par  quel  bout  commen 
cer.  Le  pays  eftoit  du  tout  defert  &en  fri- 
che, il  n'y  auoit  point  de  maifons  ni  de 
toi&s,  ni  aucune  commodité  de  bled.  Au 
contraire  il  y  auoit  des  gens  farouches  Se 
fauuages,  efioignez  de  toute  courtoifîe& 
humanité, du  tout  diiïerens  de  nous  en  fa 
çon  de  faire  &  inftruétionrfans  Religion 
ni  aucune  cognoifTance  dhonneur  ni  de 
vertu,dc  ce  qui  eft  droit  ou  iniufteren  for 
tequ'il  me  venoit  en  penfee  ,  affauoirfî 
nous  eftions  tobez  entre  des  belles  por- 
tans  la  figure  humaine.  Il  nous  falloir 
pouruoir  à  toutes  ces  incommodités  à 
bonefeient  &en  toute  diiigence,&y  trou 
lier  remède  pendant  que  les  Nauires  s'ap 
preftoyent  au  retour,  de  peur  que  ceux 
du  pays  pour  Penuie  qu'ils  auoycnt  de  ce 
que  nous  auions  apporté  ne  nous  fur- 
prînfent  au  depourueu&  miiîent  à  mort. 
Il  y  auoit  dauantage  le  voifînage  des  Por 
tugalois,  lefquels  ne  nous  voulans  point 
de  bien,&  n'ayans  peu  garder  le  pays  que 
nous  tenons  maintenant ,  prennent  fort 
mal  à  gré  qu'on  nous  y  ait  receus,&nous 
portent  vne  haine  mortelle. Parquoy  ton 
tes  ces  chofes  fe  prefentoyent  à  nous  en- 
femble:  aflauoir  qu'il  nous  falloir  choi- 
fir  vn  lieu  pour  noflre  retraite ,  le  défri- 
cher &  applanir,  y  mener  de  toutes  parts 

é  z 


PREFACE 

delaprouifion  &  munition,  drefferdeJ 
forts  >  baftirdes  toi&s  &  logis  pour  la 
garde  de  noftre  bagage ,  affembler  d'a- 
lctourla  matière  &cftoffe,&par  faute  de 
belles  la  porter  furies  efpaules  au  haut 
xTvn  coftau  par  des  lieux  forts  de  bois  6c 
tresempefehans  .  En  outre  d'autant  que 
ceux  du  pays  viuent  au  ioùr  laiournee, 
ne  fe  foucians  de  labourer  la  terre ,  nous 
ne  trouuions  point  de  viures  affemblez 
en  vn  certain  lieu, mais  il  nous  les  falloit 
aller  recueillir  &querir  bien  loin  ça  &là> 
dont  iladuenoit  que  noftre  compagnie, 
petite  comme  elle  eftoit ,  neceflairement 
s'efcartoit&  diminuoit  •  Acaufedeces 
difficultés  mes  amis  qulm'auoyentfuyuà 
tenans  nos  affaires  pour  defefperecs  co- 
rne i'ay  défia  demôftré,ont  rebroufle  che 
min:&  de  ma  part  aufsii'en  ay  eftéaucu- 
iiemêt  efmeu.  Mais  d'autre  cofté  penfant 
à  part  moy  ,  que  i'auois  afiuré  mes  amis, 
que  ie  me  defpartois  de  France  afin  d'em 
ployerà  Taduancementdu  règne  de  Iefus 
Chrift  le  foin  &  peine  que  i'auois  mis 
par  ci  deuant  aux  chofes  de  ce  monde, 
ayant  cogneu  la  vanité  d'vnc  telle  eftude 
&  vacation  ,  i'ay  eftimé  que  ie  donnerois 
aux  hommes  à  parler  de  moy  &de  me  re- 
prendre,&que  ie  ferois  tort  à  ma  reputa- 
tion ,  fii'encftois  deftourné  par  crainte 
de  trauail  ou  de  danger.  Dauantage  puis 

qu'il 


PREFACE 


qu'il  eftoît>qucftion  de  l'affaire  de  Chrift 
ie  me  fuis  aÔuré  qu'il  m'afsifteroit  3  &  a~ 
meneroit  le  tout  à  bonne  &  heurcufe  if- 
fue. Parquoy  i'ay  prins  courage,  &  entie- 
remet  appliqué  mo|i  efprit  pour  amener 
àchefla  choie  laquelle  i'auûis  entreprife 
d'vne  fi  grande  affe&iô  pour  7  employer 
ma  vie  .  Et  m'a  femblé  que  i'en  pourrois 
venir  à  bout  par  ce  moyê  fi  ie  faifois  foy 
de  mon  intention  &deffein  par  vne  bone 
vie  &  entiers,  &fiie  retirois  la  troupe 
des  ouuriers  que  i'auois  amenez  de  la  co 
pagnie  &  acointance  des  infidèles  .  Eftat 
mon  efprit  adonné  à  cela  ,  il  m'a  femblé 
que  ce  n'eft  point  fans  laprouidence  de 
Dieu  que  nous  fommes  enuelopez  de  ces 
affaires,  mais  que  cela  eft  aduenu  depeur 
qu'eftans  gaftez  par  trop  grande  oifuieté 
nous  ne  vinfsions  à  lafeher  la  bride  à  nos 
appétits  defordonnez  &  fretiilans.  En  au- 
près il  me  vient  en  mémoire  qu'il  n'y  a 
rien  fi  haut  &  mal  aifé  qu'on  ne  puiflTç^fur 
monter  en  fe  parforçantrpartàt  qu'il  faut 
mettre  fon  efpoir  &  fecours  en  patience 
&  fermeté  de  courage  &  exercer  ma  fa- 
mille par  trauail  continuel  5c  que  la  bote 
de  Dieu  afsiftera  à  vne  telle  affection  &: 
entreprife.  Parquoy  nous-nous  fommes 
tranfportez  en  vne  lile  efloignee  de  terre 
ferme  d'enuiron  deux  lieues  ,  &  là  i'ay 

c  5 


PREFACE- 

choifi  lieu  pour  noftre  demeure,  afin  que 
tout  moyen  de  s'enfuir  eftât  oftérie  peuf- 
fe  retenir  noftre  troupe  en  fon  deuoir,  Se 
pource  que  les  femmes  ne  viendroyent 
point  vers  nous  fans  leurs  maris^  l'occa- 
fion  de  forfaire  en  ceft  endroit  fut  retra- 
chee.  Ce  neâtmoins  eft  aduenu  que  vingt 
fix  de  nos  mercenaires  eftâs  amorfez  par 
leurs  cupiditez  charnelles  ont  confpiré 
de  me  faire  mourir.  Mais  au  iourafsigné 
pour  rexccuuon5Pentreprife  m'a  efté  re- 
uelee  par  vn  des  complices  au  mefrne  in- 
fiant  qu'ils  venoyent  en  diligence  pour 
în'accabler. Noirs  auons  euité  vn  tel  dan- 
ger par  ce  moyemceft  qu'ayant  fait  armer 
cinq  de  mes  domeftiques,  i'ay  commencé 
d'aller  droit  contre  eux.alors  ces  confpi- 
rateurs  ont  efté  faifis  de  telle  frayeur  & 
cftonnement  5  que  fans  difficulté  ni  reft- 
fiance  nous  auons  empoigné  Se  enprifor* 
né  quatre  des  principaux  audeurs  du  co 
plot  qui  m'auoyent  efté  déclarez. Les  au- 
tres cfpouuâtez  de  cela  laiffans  les  armes 
fe  font  tenus  cachez.  Le  lendemain  nous 
en  auons  deflié  vn  âcs  chaines,  afin  qu'en 
plus  grande  liberté  if  peu  ft  plaider  fa  eau 
fe  ,  mais  prenant  la  courfe  il  fe  précipita 
dedls  la  mer  &  s'eftouffa.  Les  autres  qui 
reftoyent  eftans  amenez  pour  eftrc  exa- 
minez ainfiliez  comme  ils  eftoyent  ont 
de  leur  bon  gré  fans  queftion  déclaré  ce 

que 


P  REE  A  CE. 

que  nous  auions  entendu  par  celuyqui 
les  auoit  accufer. Vn  d'iceux  ayât' vh  peu 
auparauat  efté  chaftié  de  moy  pour  auoif 
eu  affaire aucc  vne  putain  s'eft  demoitre 
de  plus  mauuais  vouloir,&a  dit  que  le co 
mcnccmcnt  de  la  conization  eftoit  venu 
de  iuy,&  qu'il  auoit  gagne  par  prefens  Le 
père  de  la  paillarde, -afin  qu'il  le  tirait 
hors  de  ma  puiffance  fi  ie  le  preffoy  de  le 
abftenirde  la  compagnie  d'icelle.  Ceftuy 
là  a  efté  pendu  ôteftranglé  pour  tel  for- 
faid:  aux  deux  autres  nous  auons  fait 
jrrace  en  forte  neantmoins  qu'eftans  en- 
chaifnez  ils  labourent   la  terre  :  quant 
aux  autres  ie  îfay  point  voulu  m'mfor- 
mer  de  leur  fauteafin  que  Payant  cogneue 
&  aûerec  ie  ne  la  laifïaffe  impunie,  ou  fi 
i'envoulois  faire  iuftice,  côme  ainii  foit 
que  la  troupe  enfut  coulpable,il  n'en  de- 
mouraft  point  pour  paracheuer  l'œuuré 
par  nous  entreprins. .  Parquoy  en  difsi- 
mulàntle  mefeontentemctque  i'en  auois 
nous  leur  auons  pardonné  la  faute,. &  à 
tous  donné  bon  courage  :  ce  neantmoins 
nous  ne  nous  fonimcs  point  tellement 
afleurez  d'eux  que  nous  n'ayons  en  tou- 
te diligêce.enquis  &fondéparles  actions 
&  deportemens  d'vn  chacun  ce  qu'il  a- 
uoit  au  cœur.  Et  par  ainfi  ne  les  cfpar- 
"çnant   point,  mais  moy-mefmes  prc- 
feht  les  faifant  travailler,  non  feulement 

ê    4 


PREFACE 

nous  auôs  bouche  Je  chemin  à  leurs  mau 
nais  defTeins,  mais  aufsi  en  peu  de  temps 
auons  bien  muni  &  fortifié  Hoftre  liic 
tout  à  l'entour.Cependant  felon  la  capa- 
cité de  moncfprit  ieneceffois  point  de 
tes  admonnefter  &  de/tourner  des  vices, 
&  les  inftruire  en  la  Religion  Chreftien- 
ne  ,  ayant  pour  ceft  effet  eftabli  tous  tes 
iours  prières   publiques  foir  &  matin, 
&  moyennant  teldeuoir  &pouruoyâce 
nous  auons  pafle  le  refte  de  Tannée  en 
plus  grand  repos  .    Au  refte  nous  auons 
eftédefiiurez  d'vn  tel  foin  par  la  venue 
de  nos  Nauires.  Car  là  i'ay  trouué  perfo 
nages  dont  non  feulement  ie  n'ay  que  fai 
re  de  me  craindre,  mais  aufsi  aufqueîs  ie 
mepuis  fier  de  ma  vie.  Ayant  telle  com- 
modité en  main  ,  l'en  choifi  dix  de  toute 
la  troupe, aufqueîs  i'ayremis  la  puiffance 
&  auctorité  de  commander,de  façon  que 
d'orefenauant  rien  ne  fe  face  que  par  ad- 
uis  deconfeil  >  tellement  que  û  i'ordon- 
nois  quelque  chofe  au  preiudice de  qucl- 
qu'vn  il  fat  fans  effet  ni  valeur  s'il  n'e- 
ftoit  audorizé  &  ratifié  par  le  confeii, 
Toutesfois  ie  me  fuis  referué  vn  pointy 
c'eftquela  fentence  eftant  donnée  s  il  me 
foitï  oifible  de  faire  grace  au  malfaiteur 
en  forte  que  iepuiffe  profiter  à  tous  fans 
nuire  àperfonne  .  Voila  les  moyens  par 
lefquels  i'ay  délibéré  de  maintenir  &def~ 

fendre 


PR  F.  F  AC  E 
fendre  noftre  cftat  &  dignité. Noftre Sei- 
gneur Iefus  Chrift  vous  vueillc  deffen- 
dre  de  tout  mal,  auec  vos  compagnons^ 
vous  fortifier  par  fon  efprit ,  &  prolon- 
ger voftre  vie  vn  bien  long  temps  pour 
Touurage  de  fon  Eglife.  le  vous  prie  fa- 
hier  affedueufement  de  ma  part  mes  tref 
chers  frères  &  fidèles,  Cephas  &  de  la 
Flèche. De  Colligny  en  la  France  Autar- 
cique le  dernier  de  mars  T557. 

Si  vous  efcriuez  à  Madame  Renée  de 
France  noftre  maiitrelTe,  ie  vous  fuppîie 
la  faluer  treshumblement  en  mon  nom. 


Il  7  a  encores  vne  autre  claufe  à  la  fin 
eferite  de  la  propre  main  de  Villegagnô, 
laquelle, par  ce  que  ie  l'alegueray  contre 
luy  mefme  au  fixieme  chapitre  de  cede 
hiftoire  afin  d'obuier  aux  redites  i!ay  r.e-  Pa-79* 
trâché  en  ce  lieu.  Mais  quoy  qu'ii  en  foit 
puis  qu'il  appert  fi  manifcftemét  que  rie 
plus  par  cefte  lettre  que  cotre  venté  The 
uet  gazouille  en  fa  Cofmoçraphie  Que 
nous  auios  efré  audeurs  a  vne  feditiq  au 
Fort  deColîgny(veu  alors  qu'elle  aduint 
nous  n'y  eftions  pas  encores  )  c'eft  mer^ 
ueille  neantmoins  de  ce  qu'il  ne  fepeut 
faouler  d'en  parler.  Car  outre  ce  que  def  • 
fus  ,  cefte  digrefsion  îuy  plaifttant  que 
quâd  il  traite  de  la  loyauté  des  Efcoffois 


rTT~ 


PREFACE. 

accommodant  cefte  bourde  à  Ton  propos 
il  en  parle  encores  de  cefte  façon. 

La  fidélité  defquels  i'ay  aujfî  ccgneue  en 
Tom.2,  certam  nombre  de  gentils-  hommes  &  foldat s 
Iiu.io.  mm  accompagnons  fur  nos  n  autre  s  en  ces  fays 
cha.  6.  iomtains  de  la  France  Antarlliquiipmr  cer- 
to.665  taynes  conjurations  faites  contre  no  fire  compa- 
gnie de  Francois  normands  ,lefquds  pour  entm 
dre  la  langue  de  ce  peuple  Saunage  &  Bar  barer 
qui  riontfrefcjues  fomt  déraison  pour  la  bru- 
talité qui  eft  en  eux  auoyent  intelligence  •>  pour 
nous  {hire  mourir  tous  auec  deux  'Roitelets  du 
pays  aufquels  ils  auoyent  fromis  ce  peu  de  biens 
que  nous  anions.  Mais  lefdits  Efcojfois  en  eftas 
aduertis  defcouurirent  V  entreprise  aujeigneur 
de  ViUegagnon  t?  à  moy  aujjï ,  duquel  fait  fit- 
rent  tresbien  chaftie\ces impofieursjjiffi  bien 
que  lesojiïiiniftres  que  Caluiny  auoit  enuoyez 
qui  b  eurent  vn  peuplm  que  leur  fioul  eft  an  s 
comprins  de  la  conspiration. 

Derechef  Theuet  entafîant  matière  fm* 
matières  ,  s'embaraffant  de  plus  en  plus, 
nefcait  qu'il  veut  dire  en  ceft  endroit:car 
méfiant  troisdiuer.s  faits  enfemble,  dont 
Tvn  faux  &  fuppoféparluy  lequel  i'ay  ia 
refuté,  &  deux  autres  aduenus  en  dî- 
ners temps, tant  s'en  faut  encores  que  les 
Efcoffois  luy  euiTent  reticle  la  coiuiation 
dont  il  parle  à  prefent ,  qu'aucontraire, 
commevousauez  entendu  ,  luy  eftant<lu 
nombre  de  ceux  aufquels  Villegagnon 

repro- 


PREFACE. 

reprochent  qu'ils  s'en  eftoyent  retournez 
en  Egypte,c'eft  à  dire  (eftant  vray  fcmbla 
bleque  tous  luy  auoyent  fait  promefle 
auant  que  fortir  de  France  de  fe  renger 
à  la  religion  reformée  ,  laquelle  il  difoit 
à  vn  chacun  vouloir  eftabîir  ou  il  alloit) 
à  la  Papauté  ,  il  ne  fut  non  plus  en  ce  fé- 
cond &  vray  danger,  qu'au  premier  ima- 
ginaire &  forgé  en  fon  cerueau. 

Touchant  le  troifieme,contenant  qu'il 
y  eut  des  feditieux  compagnons  de  Ri- 
chier  qui  furent  exécutez  &  leurs  corps 
doriez  pour  pafture  aux  poiffonstie  diauf 
ii  que  tant  s'en  faut  que  cela  foit  vray,  de 
la  façon  que  Theuetledit, qu'au  contrai- 
re,ainfi  qu'il  fera  veu  au  difeours  de  cefte 
hiftoire,  combien  que  Villegagnon  de- 
puis fa  reuolte  de  la  Religion  nous  fit  vn 
très  mauuais  traitement ,  tant  y  a  que  ne 
fe  fentant  pas  le  plus  fort,  non  feulement 
il  ne  fit  mourir  aucuns  de  noftre  compa- 
gnie auant  le  partement  du  fieur  du  Pont 
noftre  coudufteur  &  de  Richier,auec  lef 
quels  ie  rapaflfay  la  mer  ,  mais  aufsi  ne 
nous  ofant  ni  pouuant  retenir  par  force, 
nous  partifmes  de  cepays  là  auec  fon  co- 
gë:  frauduleux  toutesfois,  comme  ie  di- 
xay  ailleurs, Vray  eft,ainfi  qu'il  fera  aufsi 
veu  en  fô  lieu,  que  de  cinq  de  noftre  trou 
pe  qui  après  le  premier  naufrage  que 
nous  cuidafmes  faire  enuironhuit  iours 


PREFACE. 

après  noftre  ernbarquemen^s'en  retour^ 
nerent  dans  vne  Barque  en  la  terre  àcs 
Sauuages  ,  il  en  fit  voirement  crucllemét 
&  inhumainement  précipiter  trois  en 
mer:  no  toutesfois  pour  aucune  fedition 
qu'ils  euflent  entreprife  ,  mais  ,  comme 
l'hiftoire  qui  en  eft  au  liuredes  martirs 
de  noftre  temps  le  tefmoignc^pour  la  co- 
fefsion  de  l'Èuangile  que  Villegagnon 
auoit  reiette.Dauantage  commeTheuct> 
ou  en  s'abuiant,ou  malicieufement  dit 
qu'ils  eftoyent  Miniftres ,  aufsi  encores 
en  attribuant  à  Caluin  l'cnuoy  de  quatre 
en  ce  pays  là, commet-il  vn  autre  double 
faute.  Car  en  premier  lieu  les  cflecrions 
&  enuoy  des  Pafteurs  en  nos  Eglifes  fc 
faifans  par  l'ordre  qui  y  eft  eftabli  :  afTa- 
uoir  par  la  voye  des  Confiftoires  ,  &  de 
plufieurs  choifis  &  au&orifcz  de  tout  le 
peuple  ,  il  n'y  a  homme  entre  nous  qui, 
comme  le  Pape, de  puifîaceabfoluepuif- 
fc  faire  telle  chofe.  Secondement  quant 
au  nombre, il  ne  fiftrouuera  pas  qu'il  paf 
faft  en  ce  temps  là  ,  &:  croy  qu'il  n'y  en  a 
point  eu  depuis  ,  plus  de  deux  Miniftres 
en  l'Amérique, aflauoir  Richier  &  Char- 
tier.  Touttsfois  fi  fur  ce  dernier  article, 
#c  fur  ecluy  de  la  vocation  de  ceux  qui  fa 
rent  noyez  ,  Thcuct  réplique  que  n'y 
regardant  pas  de  fi  près  il  appelé  tous 
ceux  qui  eftoyent  en  noftre  compagnie 

miniftres 


PREFACE 

■miniftrcs  :  ieluy  refpond  ,  que  tout  ainiï 
qu'il  fcait  bien  qu'en  l'Eglife  catholique 
Romaine  tous  ne  font  pas  cordeliers  co- 
me luy,  qu'aufsi  fans  faire  comparaifon* 
nous  qui  faifons  profefsion  delà  Reli- 
gion CHreftienne  &  Euangelique,n,eftâs 
pas  rats  en  paille,  comme  on  dit,ne  fom- 
mes  pas  tous  Miniftres.Et  au  furplus  par 
ce  que  Theuet  ayant  a(iifsi  honorablemët 
qualifié^Richier  du  titre  de  Miniftre,que 
fauffement  du  nom  de  Séditieux  (luy  con 
cédant  cependant  qu'il  a  vï  ayement  quit- 
té fon  do&oral  Sorbonique  )  fe  pourroit 
fafcher^qu'cnrecompenfe  en  luy  refpon^ 
dât  ie  ne  luy  baille  autre  titre  que  de  Cor 
délier:  ie  fuis  content  pour  le  gratifier  en 
cela,de  le  nommer  encor,  non  feulement 
Amplement  Cofmographe,mais  quiplus 
eft  ii  general  &  vniuerfel^que  comme  s'il 
n'y  auoit  pas  affez  de  chofes  remarqua- 
bles en  toute  cefte  machine  ronde  ,  ni  en 
ce  monde  (duquel  cependant  ileferitec 
qui  y  eft  &  ce  qui  n'y  eft  pas  )  il  va  encore 
outre  cela  rechercher  des   fariboles  au 
Royaume  de  la  lune  pour  remplir  fes  li- 
ures  &  augmenter  les  ceuures  de  contes 
de  la  Cigongne.Dequoy  neantmoins  co- 
rne Francois  naturel  ialoux  de  l'honneur 
demon  Prince,  îefuis  tant  plus  marri, 
que  non  feulement  celuy  dont  ie  parle  e- 
ftant  enflé  de  ce  titre  deCofmographe  de 


'•-  *^l 


PREFACE, 

Roy  en  tire  argent  &  gages  fi  mal  emplo- 
yez,mais  qui  pis  eft  qu'il  falle  par  cemo- 
yen  que  des  niayferies  indignes  d'eftrc 
couchées  en  vne  fimple  mifsiue  foyent 
couuertes  de  l'autorité  &  nomRoyal.Au 
refte  afin  de  faire  fôner  toutes  les  cardes 
qu'il  a  touchées,  cobië  que  i'eftime  indi- 
gne de  refpôce  ce  que  pour  môftrer  qu'il 
mefure  tous  les  autres  à  l'aune  &  àla  rei 
gle  de  S.  François  duquel  les  frères  mi- 
neurs mettent  &  fourrent  tout  dans  leurs 
befaces  il  a  ietté  à  la  trauerfe  que  les  pre 
dicans  ,  comme  il  parle,eftans  arriuez  en 
l'Amérique  ne  tafehans  qu'à  s'enrichir 
en  attrapoyent  ou  ils  en  pouuoyét  auoirr 
puis  toutefois  que  cela,ainfi  qu'on  diteft 
ïciérnet  &  de  gayeté  de  cœur  attaquer  Te 
fearmouche  contre  ceux  qu'il  n'a  iamais 
veuen  TAmeriq.ni  receu  d'eux  defplaifir 
ailleurs  ,  eftant  du  nombre  des  deffendâs 
il  faut  qu'en  luy  reiettant  les  pierres  que 
il  nous  à  voulu  ruer  en  fon  iardin,  ie  def 
couure  quelque  peu  de  {es  autres  frip- 
peries. 

Premièrement, pour  le cobattre  touf- 
cha.24  î°urs  ^e  f°n  pr°Pre  bafton  ,  que  refpon- 
fol  21.  dra-il  furce  qu'ayantdit  du  commence* 
ment  en  mots  exprès  en  fon  liuredes  Sin 
li-u.21-  Bulzritcz^qu  il  ne  demeura  ques-ioursauÇap 
cha.  4.  de  F  rie ,  il  a  neantmoins  eferit  depuis  en 
fo.  913  fa  Cofmographie?^'*/  y  feiourna  quelques 

moisi 


£  R  £  F  A  CL 

moisi  au  moins  iî  au  fmgulier  il  "euft  dit 
vn  mois  ,  &  puis  la  deflus  faire  accroire 
que  les  iours  de  ce  pays  là  durent  vu  peu 
plusd'vne  fepinaine,  il  luy  euft  adiouûé 
foy  qui  euft  vouiu  :  mais  d'eftendre  lefe- 
iour  de  trois  iours  à  quelques  mois  fous 
correction  ,  nous  nauons  point  encores 
apprins  que  les  iours  ,  plus  efgaux  fous 
la  Zone  Torride  6c  près  des  Tropiques 
qu'en  hoftre  climat  -,  pour  cela  fe  tranf- 
inuent  en  mois. 

Outre plus,péfant  toujours  esblouyr 
les  yeux  de  ceux  qui  lifent  Ces  œures, no- 
nobstant que  ci  deffus  par  fon  propre  tef 
moignage  i'aye  môftré  qu'il  ne  demeura 
en  tout  qii'enuiron  dix  fepmaines  en  l'A 
merique:  aflauoir  depuis  le  dixième  No- 
uemb.re  1555»  iu{*ques  au  dernier  de  Ian- 
uier  fuyuant ,  durant  lefquelles  encores 
(comme  i'ay  entendu  de  ceux  qui  l'ont 
veu  par  delà  )  en  attendant  que  les  Naui- 
res  ou  il  reuint  fuflet  chargées, il  ne  bou- 
gea  gueres  de   l'Ifle    inhabitable  ou  fe 
fortifia  Viilegagnon  ,  fi  eft  ce  qu'à  l'ouyr 
d.ifcourir  au  long  &  au  large  vous  diriez 
qu'il  a,  non  feulement  veu,  ouy  &  remar 
que  en  propre  perfonne ,  toutes  les  cou- 
ftumes  &  manières  de  faire  de  cefte  mul- 
titude de  diuers  peuples  fauuages  qui  ha 
bitet  cefte  quarte  partie  du  monde,  mais 
qu'aufsi  il  a  arpenté  toutes  les  contrées 


n         PREFACE 

de  l'Inde  Occidetalerà  quoy  neantmoim 
pour  beaucoup  de  raiions  la  vie  de  dix 
hommc^fie  fuffiroit  pas.  Et  de  fait  com- 
bien quêtant  à  caufe  des  lieux  deferts  & 
inaccefsiolcs,  q  pour  la  crainte  des  Mar 
gai  as  ennemis  iurez  de  nofire  nation ,  la 
terre  defquels  n'eft  pas  fort  efloignee  du 
lieu  ou  nous  eftions  ,  il  n'y  ait  Truche- 
ment François  ,  quoy  qu'aucuns  y  ayent 
demeuré  neuf  ou  dix  ans  ,  qui  fe  voulut 
vante  r  d'auoir  efté  quarante  lieues  auant 
fur  les  terres  (le  ne  parle  point  des  naui- 
gâtions  lointaines  furies  riuages)  tanty 
à  que  Theuet  dit,  auoir  eft  é  foixame  lieues 
Liu.2î  ■&  d } auant age  auec  des  fauuages  cheminans 
cha.  17  iours  &  mut  s  das  des  bois  efftais  &  toffusfans 
pa.921  tamais  amir  trouué  befles  qui  tafehaft  à  les 
c  fencer .  Ccqùeiecroy  aufsi  fermement 
quant  à  ce  dernier  point,affauoir  qu'il  ne 
fut  pas  lors  en  danger  des  beftes  fauua- 
ges ,  comme  ie  m'aiTeurc  que  les  efpines 
ni  les  rochers  ne  luy  efgratinerent  gue- 
xes  levifage  ni  gafterent  lespieds  en  ce 
voyage. 

*     Mais  fur  tout  qui  nes'esbahiroît  de  ce 
liu.  il.  (3u'ayant  dit  quelque  partout/ fut  plus  cer 
1   "     "  tain  de  ce  qu'il  a  e fer  it  de  la  manière  de  viurë 
'  '    des  Sauuages  après  juil  euft  apprins  à  parler 
Pa*  9U  leur  langage,  en  fait  neantmoms  ailleurs  fi 
inauuaifepreuue.queP^qui  en  cefte  lan- 
gue Brcfiiienne  veut  dire  ouy,  eft  par  luy 

expofe 


PREFACE, 

expofe  &  vous  aufsi?  De  façqn  que  come 
ie  monftrerày  ailleurs  le  bon  &  foiide  iu 
gement  que  Theuet  a  eu  en  efcnuât  que 
auant  i'inuention  du  feu  en  ce  pays  là,iî  y 
auoit  delà  fumée  pour  feicher  les  vian- 
des ,  aufsi  alléguant  ceci  en  ceft  endroit 
pourefchantillon  de  fa  fuffifance  en  Tin 
telligence  du' langage  des  Sauuages  y  ie 
laiffe  àiuger  fi  n'entendant  pas  c'eft  Ad- 
uerbe  afïîrmatif,qui  n'eft  que  d'vne  feule 
fyllabe  il  n'a  pas  aufsi  bonne  grace  de  fp 
vanter  del'auoir  apprins  que  celuy  qui 
luy  a  reproché,  qu'après  auoir  fréquenté 
quelques  mois  parmi  deux  ou  trois  peu- 
ples ,  il  a  remâché  ce  qu'il  y  a  apprins  de 
mots  obfcurs  &  effroyables  aura  matière 
de  rire  quad  il  verra  ce  que  iedi  ici.  Par- 
tant, fans  vous  en  enquérir  plus  auât5f  cz 
vous  eïi  Theuet  de  tout  ce  que -.cbnfufé- 
meht  &  fans  ordre  il  vous  gergonnera  au 
vingt  vnieme  liurcdefa  Cofmo  graphie 
de  la  langue  des  Ameriquains,Ôc  vous  af- 
furez  qu'en  parlant  de  Mmr  momen  & 
Matrpochi  il  vous  en  baillera  des  plus, 
vertes  &  plus  cornues. 

Que  dirons  nous  aufsi  de  ce  que  s'ef- 
earmoùchant  fi  fort  en  fa  Cofmographie 
contreceux  qui appelent  cefte  terre  d'A- 
mérique^ Inde  Occidentale,  à  laquelle  il 
veut  que  le  nom  de  France  Antar&ique 
qu'il  dit  luy  auôir  premièrement  impofe 

ï 


aumef 
melki. 
chap.5 
pa.916 

voyez 
en  ce- 
fte hift 
pa.305 


<-  ^ 


îHEFACf. 

Sing,    demcurccombien  qu'ailleurs  il  attribue 
chap. i  cefte  nomination  à  tous  les  François  qui 
pag.2.  arriuerent  en  ce  pays  làauecVillegagnô, 
lig.30.  Ta  toutesfoisluy  mefmc  enplufieurs  en- 
droits nômeelndeAmerique.Sôme  quoy 
qu'il  ne  foit  pas  d'acord  auccfoy-mefme, 
tant  y  a  qn'à  voir  les  cenfurcs,corre<5tiôs 
&  refutations  qu'il  fait  des  ceuures  d'au- 
truy  on  diroit ,  que  tous  ont  efté  nourris 
dâs  de  bouteilles,&  qu'il  n'y  a  que  le  feul 
Theuet  qui  ait  tout  veu  par  le  trou  de  fo 
chaperon  de  cordelier.  M'affurant  bien 
mefmc  que  fi  en  lifant  cefte  miéne  biftoi- 
re  il  y  voit  quelques  traits  des  chofes 
qu'il  aura  tellement  quelletnct  touchées, 
qu'incontinent,felon  l'opinion  qu'il  a  de 
luy,&  fuyuant  fon  ftile  accouftumé  il  di- 
ra:ha  tu  m'as  defrobé  cela  en  mes  efcrits. 
Et  de  fait  fi  Belle  Foreft ,  non  feulement 
Cofmographe  corne  luy  ,  mais  qui  outre 
cela  à  fa  louange  auoit  couroné  fon  Hure 
des   Singularités  d'vne  belle  Ode,  n'a 
peu  ncâtmoins  efchaper  que  par  mefpris 
il  ne  l'ait  appelé  vne  infinité  de  fois  en  fa 
Cofmographie,pauurePhiIofophc,pau- 
ure Tragique,  pauure  Comingeois,puis 
di-ie  qu'il  ne  peut  fouffrir  qu'vn  perfon- 
nage  qui  mefme  au  rcfteaufsi  à  propos 
que  luy  s'eftômaque  fi  fomient  contrcles 
huguenots  luy  foit  parangonné,  que  doy 
ie  attêdre  moy  qui  auec  nu  fojble  plume 

ay  ofs 


PREFACE 

ay  bfe  toucher  vn  tel  Colloffe?  Tellemef 
bue  m'eftantaduis, que  come  vn  Goliath 
me  maudiflat  par  fei  dieux, ie  le  voye  def 
iamôtcrfurfesErgots,ie  ne  doute  point* 
quad  il  verra  que  ie  luy  ay  vn  peu  ici  def* 
couuert  fa  mercerie >  qu'en  baaillât  pour 
rn'engloutir  il  ne  fulmine  àrencontre  de 
moy  &  du  petit  labeur  que  ie  mets  en  a- 
uant.  Mais  quad  bien  pour  me  venir  com- 
battre il  deuroit  faire  refïufc iter Qupnit 
bègue  mec  fes  deux  pieces  d  artillenesfur 
fes  deux  efpauîes  toutes  nues  (corne  d'v- 
rie  façon  ridicule  ,  penfant  faire  accroire 
quece  Sauuage  farts  crainte  de  sefeor- 
cher  ,  ou  pluftoft  d'aUoir  les  efpauîes  tou 
tes  entières  emportées  du  reculemét  des 
pieces,tiroit  encefteforteJlTa  ainfifait 
peindre  en  faGofmographie)tant  y  à  que  *°JC 
outre  la  charge  qu'en  le  repouffant  ie  luy  ilu-2Ié 
ay  ia  faite ,  tncores  deliberay  ie ,  non  feu  Pa,95* 
lement  del'attaquer  ci  après  en  partant* 
ïnais  qui  plus  eft  l'arTaillir  fi  viuement 
queie  luyracleray,  &  reduiray  à  néant 
cefte  fuperbe  v  i  lle-h  e  n  k  y  laquelle 
fantaftiquement  il  nous  auoit  baftieen 
l'air  en  l'Amérique  .  Mais  en  attendant  vo/ez 
que  ie  face  mes  approches  ,  &  que  puis  ^  5^"" 
qu'il  eft  aduerti,  il  fe  prepare  pour  foufte    e     u 
nir^aillammeiit  Tâffautoufe  tendre,  ie  PaJOI# 
prieray  les  leâeurs  qu'en  fe  reffouuenas  102,I°3 
decequci'ay  diteideffus  que  les  impo- 


i  i 


P  RE-PACE» 

ftures  deTheuet  contre  nous  ont  efté  cats 
{pen  partie  de  me  faire  mettre  cefte  hi- 
ftoire  de  noftre  voyage  en  lumière  ils  me 
exeufent  fi  en  cefte  preface  1  ayant  cou- 
lïaiucu  par  fes  propres  efçrits  ,  i'ay  efté 
vn  peu  long  à  le  rembarrer. 

:  Sembiablement  &  tout  d'vn  fil, ie prie 
que  nul  ne  fe  feandalize  de  ce  que,comre  e 
fi  ie  voulois  refueiilerles  moits,  i'ay  nar 
ré  en  cefte  hiftoire  quels  furent  les  depor 
t.emehs  de  Villegagnon  en  l'Amérique, 
pendant  que  nous  y  eftions:car  outre  que 
cela, eft  du  fuiet  que  ie  me  fuis  principa- 
lement propofé  de  traiter,  aflfauoir  mon- 
trer à  quelle  intention  nous  fifmes  ce 
voyage,ie  n'en  ay  pas  dit  à  peu  près  de  ce 
que  i'cufïe  fait  s'il  eûoit  de  ce  têps  en  vie* 
Au  furplus  pour  parler  maintenant  de 
mon  fait,parce  premièrement  que  la  Re- 
ligion eft  l'vn  des  principaux  points  qui 
fe  puiffe  &  doyue  remarquer  entre  les  ho 
mes,  nonobftât  que  bien  au  long  ci  après 
au  18.  chap,  ie  declare  quelle  eft  celle  des 
'Tououpnahaùults  Sauuages  Ameriquains 
felon  que  ie  l'ay  peu  comprendre,  toutcf 
fois  d'autant  que, comme  il  fera  la  veu,ie 
commence  ce  propos  par  vne  difficulté 
dont  ie  ne  me  puis  moy-mefme  affez  ef- 
merueiller ,  tant  s'en  faut  que  ie  la  puifle 
fi  entièrement  refoudre  qu'on  pourroit 
bien  dçfirer,dés  maintenât  ie  ne  laifferay 

d'en 


PREFACE. 

^en  toucher  quelque  chofe.ïe  diray  doc 
qu'ecoies  que  ceux  qui  ont  le  mieux  par- 
lé felon  lé  fens  commun  ayent  non  feule- 
ment dit:  maisaufsi  cogneu,  qu'eftre  ho- 
me,^ auoir  ce  fentiment,  qu'il  faut  donc 
defpendredVn  plus  grand  que  foy,  voire 
que  toutes  creatures  font  chofes  telle- 
ment coniôintesl'vnèauec  l'autre,  que 
quelques  différents  quife  foyer  trouuez 
enla  manière  de  feruirà  Dieu,  cela  n'a 
peu  renuerfer  ce  fondemet  que  l'homme 
natureîiemctdoit  auoir  quelque  Religio 
vrayeou  faufle/ieft  ceneantmoins  qu'a- 
près quedVn  bon  fens  rafsis  ils  en  ont 
ainûiuge',  qu'ils  n'our,  pas  aufsi  difsimu- 
le',  quandil  eft  queftionde  comprendre 
à'bon  efeient  à  qtioy  fe  renge  plus  volon 
tiers  le  naturel  de  Thôme  en  ce  deuoirde 
lieligio  qu'on  apperçoit  volôtiers  eftre 
Vrayce  que  le  Poète  latin  a  dit  aflauoir: 
jDwe  V  appétit  bouillant  en  l  homme 
Ejifon  principal  Tïimetifomme. 
"Aiii-fi  pour  appliquer,  &  faire  cognoi- 
ftrepar  cxëple,ces  deux  tefmoignages  en 
nos  Saunages  Ameriquains,  il  eft  certain 
en  premier  lieu  ,  que  nonobftant  ce  qui 
leur  eft  dé  particulier  il  ne  fe  peut  nier 
qu'eux  eftans  hommes  naturels  n'ayent 
aufsi  cefte  difp'ofition  ^inclination  coin 
mune  à  tous:affauoir.d'apprcheder  quel- 
que chofe  plus  grade  que  l'homme,  dont 


■  ■ 


PREFACE, 

depend  le  bié  &  le  mal,  tel  pour  le  moin* 
qu'ils  fe  l'imaginct.  Et  à  cela  fe  rapporte 
l'honneur  qu'ils  font  à  ceux  qu'iis  nom- 
mcnt  Caraïbes  *  dont  nous  parlerons  en 
fon  Iicu,lefquels  ils  cuidcnt  en  certaines 
faifons  leur  apporter  le  bon  heur  ouïe 
malheur.  Mais  quant  au  but  qu'ils  fe  pro 
pofent  pour  leur  contentement  &  fouue 
rain  point  d'honneur  ,  qui  cft,  comme  iç 
monftrcray  parlant  de  leurs  guerres  #: 
ailleurs,  la  pourfuite  &  vengeance  de 
leurs  ennemisrreputans  cela  à  grand  gloî 
re  tant  en  cefte  vie  qu'après  icelle  (  tout 
ainfi  qu'en  partie  ont  faitles  anciens  Ro 
mains)  ils  tiennent  telle  vengeance  &  vi- 
âoires  pour  leur  principal  bien:  bref  fe^ 
Jon  qu'il  lera  veu  en  cefte  hiftoire^  au  re^- 
garddcce  qu'on  nomme  Religion  par*- 
ii)i  les  autres  peuples,  il  fe  peut  dire  tout 
Quuertement  que  non  feulement  ces  pau 
lires  Sajiuages  n'en  ontpqint,  mais  aufsi 
s'il  y  a  nation  qui  fpit  &  viuefans  Dieu 
au  monde  que  fe  font  vrayemet  eux.Tou 
tesfois  en  ce  point  font  ils  peut  eftre 
moins  condamnables  :  c'eft  qu'en  ad~ 
nouant  &  confeffant  aucunement  leur 
malheur  &  aueugliflement  (  quoy  qu'ils 
ne  l'appréhendent  pour  s'y  defplaire  ni  y 
chercher  le  remède  quand  mefme  illeur 
eftprefentç)  ils  ne  font  femblant  d'eftrç 
autre  que  ce  qu'ils  font, 

Tou- 


\ 


PREFACE. 

Touchant  les  autres  matières,  les  Com 
maires  de  tous  les  chapitres  mis  au  com- 
mencement du  liure  monftreront  allez 
quelles  elles  font:  côme  aufsi  le  premier 
chapitre  declare  la  caufe  qui  nous  meut 
de  faire  ce  voyage  en  l'Amérique ._  Ainli 
i'aducrtiray  qu'ayant  feulemét  mis  cinq 
diuerfes  figures  d'hommes  Saunages  en 
celle  premiere  edition:  à  la  féconde,  fi  le 
liure  eft  bien  receu ,  nous  en  adioufteros 
plufieurs  non  feulement  de  forme  humai 
ne  &  de  chofes  concernâtes  les  meurs  & 
façons  de  viuredes  Attieriquains  ,  mais 
Vifsi  d'animaux  à  quatre  pieds, doifeaux 
poiflons,arbres,herbes,fruits,racines,&: 
autres  chofes  de  ce  pays  là,qui  non  feule 
ment  font  rares  mais  aufsi  du  tout  înco- 

gneues  par  deçà. 

Au  refte,  n'ignorant  pas  le  dire  com- 
mun :  affauoir  parce  que  les  vieux  & 
ceux  qui  ont  efté  loin,  ne  peuuent  e- 
ftre  reprins,  qu'ils  fe  licentient  &  don- 
nent fouuent  congé  démentir:  iediray 
la  deffus  cnvnmot,  que  tout  ainfi  que 
i'hay  la  menterie  &  les  menteurs,  que 
aufsi  s'il  s'en  trouue  queicû  qui  ne  vueil- 
,   le  adioufter  foy  à  plufieurs  chofes  voire- 
ment  eftrangcs  qui  fe  liront  enceftelu- 
ftoire,  qu'il  fâche  quel  qu'il  foit  que  îc 
ne  fuis  pas  pour  cela  délibéré  de  le  mener 
furies  lieux  pour  les  luy  faire  voir.  Tel- 

Ï4 


1 


- 


PR'IFAC  £♦ 

îement  que  ie  ne  m'en  donneray  nonplus 
de  peine  que  ie  fais  de  ce  qu'ô  m'a  dit  que 
aucuns  doutent  de  ce  que  i' a  y  efc  rit  Se 
fait  imprimer  par  ci  deuant  du  fiege  &de 
la  famine  de  Sancerre:  laquelle  cependât 
(côme  il  fera  veu  )  ie  puis  affurer  n'auoif 
encores  efté  fi  afpre  ,  biefr  plus  longue 
toutes  fois  y    que  celle  que  nou*  endu- 
ra fines  fur  mer  au  voyage  dont  èftque- 
ftiô  à  noftre  retour  en  Froncé.  Car  fi  ceux' 
dont  ie  parle  n'adiouftent  foy  à  ce  qui  a 
efté  fait  &  pratiqué  au  milieu' &au  centré 
de  ce  Royaume  de  France;au  veu  &  fceii 
deplirs  de  5oo.perfôneis  encores  vittâtes> 
cornent  croyront  ils  ce  que-non  feulemet; 
nC  *5  fCUt  voir  qu'àpres:-de  deux  mille 
lieuê's  loin  du  'pays  ou  ils  habitent ,  mais 
aufsi  chofes  fi  efmerueillablcs,&  non  ia- 
mais  cogneues  ni  efcrites  des  Anciens, 
qua  peine  l'expérience  lés  peut  elle  en- 
filer en  l'entendement  de  ceux  qui  les 
ont  veues?Et  de  fait  ie  n'auray  point  bon 
te  de  dire,  que  depuis  que'  i'ay  efté  en  ce 

pays  d'Amérique  auquel  prefques  tout  ce 
qui  fe  voit ,  foit  en  la  façon  de  viureMcs 
habitans,ouen  la  forme  des  animaux  ,,&: 
en  general  en  ce  que  la  terre  produit  l  e- 
ftant  diflemblabledeceque  nous  auons 
en  Europe,  Afie,&  Affriqucpeut  bien  e^ 
ftre  appelé  vn  mode  nouueau  à  noftre  ef- 
gard>  fans  approuuer  les  fables  qui  fe  Ii~ 

fait 


V  R  EJF  A  CE» 

fentes  liures  deplufieurs  lefquels  frfîâs 
aux  rapports  qu'on  leur  afait  ou  autre-* 
met, ont  efcrit  des  chofes  du  tout  fauffes, 
ie  me  fuis  retra&é  de  l'opinion  que  i'ay 
autresfois  eue  de  Pline  &dc  quelques  au 
tres,defcriuàns  lés  pays  eftramges,  parce 
que  isay  veu  des  dhofes  aufsi  bigerres  & 
prodigieufes  qu'aucunes  qu'on  à  tennes 
incroyables  dont  ils  font  mention. 

Pourl'efgarddaftile  &  dulangage,co 
me  i'ay  ia  touché  ci  deuam,  confeffant 
mon  incapacité  enceft  endroit,  iefcay 
bié,pour  n'auoir  vfédephrafes  ni  de  ter 
mes  afîez  propres  &  fignifians'pour  bien 
reprefentèr  &  expliquer  tant4rart  de  na- 
uigationjqu'autres  diuerfes  chofes  dont 
iè  faits  mention  queplufieurs  ne  s'en  co 
tenteront  pas:  oinomément  nos  François 
qui  ayans  les  oreilles  tant  délicates, £c  ay 
màns  tat  les  belles  fleurs  de  Rhétorique 
n'admettent  ni  ne  reçoyuet  nuls  eferits^ 
iirion  auecmôts  nouueaux  &bien  phida** 
rifez.  Moins  encores  fatisferay-ieàteux 
qui  eftiment  tous  liures  ,  non  feulement 
puériles,  mais  aufsi  fterïles  ,  fin  on  qu'ils 
foyent  enrichis  d'hiftoires  o^d'exemplcs 
prins  d'ailleurs.  Car  combien  qu'à  pro- 
pos i'en  eufle  peu  appliquer  plufieurs  es 
matières  que  le  traite,tât  y  a,  qu'excepté 
Thiftorien  des  Indes  Occidentales  lequel 
ayant  eferit  beaucoup  de  chofes  des  In- 


PREFACE. 

diens  du  Peru  &  d'autres  nations  de  ce 
pays  là  ,  conforme  à  ce  que  ic  di  de  nos^ 
Sauuages  Ameriquains^i'allegue  fouuét, 
îene  me  fuis  que  bien  rarement  ferui  des 
autres  .  Et  de  fait  à  mon  petit  iugement* 
vnehiftoire,  fanseftre  tâtpareedes  plu- 
mes dautruy,  eftant  aflez  riche  quâd  elle 
cft  replie  de  fon  propre  fuiet ,  outre  que 
cela  fait  que  pour  le  moins  les  leéteurs 
n'extrauagans  point  du  but  prétendu 
par  Faudeur  qu'ils  ont  en  main,  compte 
net  mieux  fon  intentio,  ic  me  rapporte  à 
ceux  qui  lifent  les  liures,qui  s'imprimët 
ïournellement,tant  des  guerres  que  d'au 
très  chofes, fi  la  multitude  des  allcgatiôs 
des  autres  au&eurs  ,  quoy  qu'ils  foyent 
adaptez  aux  matières  dont  il  eft  queftion 
ne  les  ennuyent  pas.  Surquoy  cependant 
afin  qu'on  ne  m'obie&e  qu'ayant  reprins 
ci  deflfus  Thèuetj&condamnant  ici  quel- 
ques autres  ie  commet  neantmoins  moy- 
mefme  telles  fautes:  fiquelqu'vn  trouue 
mauuais  quad  ci  après  ie  parlcray  des  fa- 
çons défaire  des  Sauuages  ,  comme  fi  ie 
rnevoulois  faire  valoir  ,  i'vfe  fi  fouuent 
de  cefte  façon  de  parlenie  visûe  me  trou 
uay,  cela  m'aduint  &  chofes  femblables: 
ie  di  qu'outre  (  ainfi  que  i'ay  touché  )  que 
ce  font  matières  de  mô  propre  fuiet  que 
encores,commeondit>eftceparlerdefci 
enec:  voire  diray,  de  chofes  que  nul  n'a 

pofsible 


JP  R  E  F  A  Ç  f. 

pofsible  iamais  remarquées  fi  auant  qu© 
moy,moins  s'en  trouuc  il  rien  par  efcrit. 
I'cntens  toutesfois  non  pas  de  toute  l'A- 
mérique en  general..*  mais  feulement  de 
l'endroit  ou  i'ay  demeuré  enuiron  vn  an: 
aflauoir  fous  le  Tropique  de  Capricorne 
entre  les  Sauuages  nommez  Tomupinam- 
baouhs  .  Finalement  i'affure  ceux  qui  ay~ 
jnent  mieux  la  vérité  dite  fimplemët,que 
lemenfongeorné  &  fardé  de  beau  langa- 
ge,qu'ils  trouueront  en  cefte  hiftoire  les 
ch^ofes  que  i'y  propofe,non  fculcmét  vé- 
ritables, mais  aufsi  aucunes,  pour  auoir 
efté  cachées  àceux  qui  ont  precede  noftre 
fîecle,dignes  d'admiration.  Priant  TEter 
liel  au&eur  &conferuateur  de  tout  ceft 
vniuers..&  de  tant  de  belles  creatures  qui 
y  font  contenues  que  ce  mien  petit  la- 
beur rçufsifle  à  la  gloire  de  fon  fgind 
£Iom3Amen. 


SOMMAIRE   DES   CHAPÎ- 
tres  de  cefthiftoiredeT  Amérique. 

CHAP.    I. 

*Du  motif  &  occasion  qui  mu*  fit  entrepren- 
dre ce  voyage^ en  la  terre  du  B  refiU  pa<r.i. 
CHAP.    IL 
Dexnoflre  embarquemtt  m  port  dHonf?ur 
s  pays  de  Normandie  :  enfimble  des  tor  mente  s  <> 
rencontres,  prinfis  de  7^  a  Hires  >  &  prem  teres 
terres  &Ifles  que  nom  defcoùurifmes.  pag.  ç* 
CHAP.    II  L 
*De s  HoniteS)  ayîIbacoresyDorades,  Mar- 
fouïns?  Toiffons  volansy  &  autres  deplufieurs 
fortes y  que,  nom  vif  nés  &  prinfmes fus  la  Zo 
ne  Te rride.pag* 2 4. . 
Y  CHAP.    I  III. 

De  r  Equator  you  ligne  Equinottiale;  en  fi  m 
Me  des  tempe  fies,  inconfiances  des  vents,  plays 
inffley  chaleurs*  foifi  &  autres  incommodité^ 
que  nous  eufmes y  &  endurafmes  aux  enuiront 
&  fous  icelle.paç.  jj  . 

CHAP.    V. 
Defcouuremmt  &  premiere  veue  que  nous 
eufmesttant  de  T Inde  Occidentale  ou  terre  du 
Tîrefilque  des  Sauuao-es  habit  ans  en  icelle:  a- 
uec  tout  ce  qui  nous  aduint  fur  mer  3  iufques 
fous  le  Tropique  de  (fapriorne-paq-.^j.. 
CHAP.    VI. 
De  noflre  defcente  an  Fort  de  Coliigni  *  en 

la  terre 


ia  terre  du  Brefil:du  recueil  que  mus  y  fit  Vil 
legagnon  &  de Jes  comporterons  tant  au  fait 
de  la,  B^ligion  qu  autres  parties  defongouuer 
fiement  encepays  là.pag*6i. 

CHAP.   VIL 

Defiriptionde  lariuiere  de  Cjanabam  au- 
trement dite  Genevre:de  IJfle  grfirt  de  Colli- 
gniy  quifutbajli  en  ice  Ile:  enfemble  des  autres 
tfles  qui  font  es  enuirons.pag.  ç  7  . 
CHAP.   VIII. 

Du  natureUfbr  ce  Rature ^nudité ^dijpofit ion 
& paremens  du  corps  5  tant  des  hommes  5  que 
desjEmmes  Saunages  B  rejiliens  5  habit  ans  en 
V Amérique  centre  lefquels  ï  ay  fréquenté  enui- 
ron  vn  an  *pag.  108. 

>    CHAP.    IX, 

Desgrojfes  racines,  &gros  mil  dont  Us  San 
uagcs  font  farine,  quils  maget  au  lieu  de p ami 
&  de  leur  bruuage  quils  nomment  Çaoum» 
pag.ijz* 

CHAP.    X. 

Des  z/4nimauX)Venaifins,gros  LeXards? 
Serpens-*  &  autres  befies  monftrueufes  de  l^yt 
mertque.  pag.ijo. 

CHAP.    XL 

De  la  variété  des  oy féaux  de  £ '^Amérique, 
îom  différents  des  nofir es: enfemble  des  gr off  es 
QhauueJfouru^beiUeSy  A^ufëhes>  Moufchtl 
lons>&  autres  vermine*  eflmnges  de  ce  pays  la 
pag.iâj. 


V 


CHAP.   XÎI. 
jD' aucuns  poijfonsplm  communs  entre  les 
Sauuages  de  f  Amérique  :  &  de  leur  manière 
depcfcher.pa.i8  S* 

CHAP.  XIII. 
*Des  Arbres i Herbes  &  Fruits  exquis  que 
produit  la  terre  duBrefilpag.  ÏÇ4. 
\  CHAP.    XII  II. 

De  la  guerre,  cobats>hardi<>jfes ,  &  armes 

des  Saunages  de  V  A  merique  .pa%.  2  /  S 

CHAP.  XV/ 

Comment  les  ^AmeriquainS  traitent  leurs 

prifinniersprins  en  guerre  >  &  les  ceremonies 

quits  obferuent  tant  a  les  tuer  qu'à  Ut  manger 

pag.zjï. 

t6  ÇHAP.    XVI. 

Ce  quon  peut  appeler  %jhgion  entre  les 
Sauuages  ^Ameriquains  :  des  erreurs  ou  cer- 
tains abufeurs  quits  ont  entre  eux  nommez, 
Caraïbes  les  détiennent:  &  de  ta  grande  igno~ 
rance  de  Dieu  ou  ils  font  plongez  .pag.  zj$. 
CHAP.   XVII. 

*Du  mariage s  cPoligamie,& degre\decon~ 
fanguinité ',  obferuet  parles  Saunages  :  &  du 
traitement  de  leurs  petits  enfans.  pag.  2^5. 
CHAP.    XVIII. 

Ce  quon  peut  appeler  loix  &  police  ciuils 
entre  les  Saunage^  comment  ils  traitent  &rè- 
coiuent  humainement  leurs  amis  qui  les  vont 
vifiter:  &  des  grands  pleur  s  que  les  fimmes  font 
k  leur  arrinee  &  bien  venue. pag.  303- 

CHAP. 


CHAP.  XIX. 
Comment  les  Saunages  fe  traitent  en  bur» 
maladies\enfeble  de  leur  Jepulture  &  fanerait 
les:  &  des  grande  pleurs  qu'ils  fine  après  leur* 
morts.pag.331. 

CHAP,  XX. 
Colloque  de  V entree  &  arrime  en  la  terre 
du  lïrefiUentreUs  gem dupaysnornme\Tou 
oupinambaoults  &  Toupinenquin:  en  langage 
Sauuage&  Francois.pag.341, 
CHAP.  XXI. 
De  noftre  département  de  la  terre  du  Bre- 
Jtl  dite  A  meriqae  :  enfemble  des  naufrages  & 
autres  premiers  perilsque  nous  efchapajrneffir 
mer  h  nofire  retour. pag,  3j  7 . 

CHAP.    XXII. 
JDe  r extreme  fhmine,tormentes }  &  autres 
dangers  d'où  Dieu  nom  délivra  en  r/tpajfam 
en  Vrance.pag.  39$* 


h  i  s  r  o i \e 

DTN  VOYAGE,  FAIT 

EN   LA  TERRE   DV    BRE. 

SIL,     AVTUMENT      di- 
te      AMER  I  CXJ  E. 

Contenant  la  nauigation  &  chofes  remar- 
quable s  ^v  eue  s  fur  mer  par  fauteur.  Le  co for- 
tement de  V 'illegagnon  en  ce  pais  la .  Les 
meurs  &  façons  de  vmre  efir  anges  des  Sau- 
nages jimeriquains  :  auec  vn  colloque  de  leur 
langage.  Enfemble  la  defcriptim  de  plufieurs 
ji~ni?naux<>  Arbres^  Herbe  s  t  &  autres  chofes 
finçulieres  &  du  tout  incogneues par  deçà. 

CHAP.     I. 

Du  motif  &  occafioti  qui  nom  fit  entrepren- 
dre ce  voyage  en  la  terre  du  Brefil. 

ÀVTANT  que  quel- 
ques Cofmographes  ,  &  au- 
;  très  Hiftoriens  de  noftre 
tcps ,  ont  ia  efcrit  par  ci  de- 
uant,  de  la  lôgueur-Jargeur» 
beauté,&  fertilité'  de  cefte  quatrième  par 
tie  du  monde,appelee  Amerique5ou  ter- 
re du  Brefil  :  enfemble  des  Ifles  proches 
&  terres  continentes  à  icelle?  du  tout  in- 

A 


f    m 


HISTOIRE 


™^** 


intention 
du  t*A*- 
i€i*r. 


cogneues  aux'anciens  :  mcfmes  de  phî- 
ficars  nauigations  qui  s'y  font  faites  de- 
puis enuiron  odante  ans  qu'elle  fut  pre- 
mièrement defeonuerte  :  fans  m'arrefter 
à  traiter  ceft  argument  au  long  ni  en  ge- 
neral ,  mon  intention  &  mon  fuiet  fera 
de  feulement  declarer  en  cefte  Hiftoire, 
ce  que  fay  pratiqué,  veu,ouy  &  obferué, 
tant  fur  mer/en  allant  &  retournant, que 
parmi  les  Sauuages  Ameriquains  ,  entre 
lefquels  i'ay  fréquenté  &  demeure  enui- 
ron vn  an.  Et  afin  que  le  tout  foit  mieux 
co^neu  &  entendu  d'vn  ehacun,commen 
çant  par  le  motif  qui  nous  fit  entrepren- 
dre vn  fi  fafcheux  &  lointain  voyage,  ie 
diray  brieuemét  quelle  en  fut  Poccafion. 
L'an  M.  D.LV.vn  nomme  Viilega- 
gnon  Cheualierde  Malte,  autrement  de 
Entrepri*  pordre  qu'on  appelé  de  faint  lean  de  le- 
ÎJglt  rufalcm,  fe  fafchant  en  France,  &  mefmc 
ayant  receu  quelque  mefeontentement 
en  Bretagne,  ou  il  fe  tenoit  pour  lors,  fît 
entendre  en  diuers  endroits  du  Royau- 
me de  France  à  plufieiirs  notables  perfon 
nages  de  toutes  qualités  ,  que  dés  long 
temps  il  auoit  non  feulement  vne  extre- 
me enuic  de  fe  retirer  en  Quelque  pays 
lointain,  ou  il  peuft  libremét  &  puremét 
feruir  à  Dieu  felon  la  reformation  de  PE 
uangile,mais  aufsi  qu'il  defiroit  d'y  pre- 
parer lieu  à  ceux  qui  s'y  voudroyent  re- 
tirer 


D  g      L'A  M  E  R  I  QV  E.  5 

tirer  pour  euiter  les  perfecutions  qui 
eftoyent  de  ce  temps  la  en  France  pour  le 
fait  delà  religion. 

Declaranten  outre  ,  tant  de  bouche  à 
ceux  qui  eftoyent  auprès  de  luy,q  par  les 
lettres  qu'il  enuoyoit  à  quelques  particu 
liers,  qu'ayant  ouy  parler  &  faire  tant  de 
bons  récits  à  quelques  vns  ,  de  la  beauté, 
,&  fertilité  de  la  partie  en  l'Amérique,  ap 
pelée  terre  du  Brefil ,  que  pour  s'y  habi- 
tuer &  effectuer  fon  defl'ein,  il  prendroit 
volontiers  cefte  route  ,  &  cefte  brifee:  &: 
de  fait  ayant  fous  ce  beau  prétexte  &  bel 
le  couuerture  gagné  les  cœurs  de  quel- 
ques grands  Seigneurs  delà  religion  re- 
formee,lefqucls  pour  la  mefme  affection 
qu'il  difoit  auoir,defiroyent  trouucr  tel- 
le retraite,entreiceux  feu  d'heureufe  me 
moire  Gafpard  de  Coligny  Admirai  de  g^ard 
France,bien  veu,&bien  venu  qu'il  ^olt^l^y 
auprès  du  Roy  Henry  1 1.  lors  regnant,  de  frame 

luy  ayant  propofé  que  Villegagnon  fai-  c**fi  de 
1   ;    /        r     r  i    .  q  ©  .    .  ct  voyage 

fantee  voyagepourroit  deicouurir  beau 

coup  de  richefles,  &  autres  commoditez 
pour  le  profit  du  Royaume ,  luy  fit  don- 
ner deux  beaux  Nauires  équipez  &  four 
nis  d'artillerie  &  dix  mille  francs  pour 
faire  fon  voyage. 

Ainfi  Villegagnon  ayant  auec  cela  af- 
feurance  d'eftre  accompagné  dequelques 
perfonnages   d'honneur  (fous  la  pro- 


^  m 


^  HISTOIRE 

mefle  toutesfcis  qu'il,  leur  fit  auant  que 
partir  de  France  qu'il  eftabliroit  le  pur 
feruice  de  Dieu  où  il  rcuderoit)  après 
qu'il  fe  fut  pourucu  de  Matelots  &  mef- 
mes  d'artiians  qu'il  mena  aucc  luy  ,  au 
mois  de  May  audit  an  i555.il  s'embarqua 
fur  mer  ou  il  eut  plufieurs  tourmentes  & 
deftourbiers:  mais  en  fin  nonobstant  tou 
tes  dificultez  en  Nouembre  fuyuant  il 
paruint  audit  pays. 

Arriué  qu'il  y  fut  il  defcêdit  &c  fe  pen- 
fa  premièrement  loger  fur  vn  rocher  à 
l'eniboucheure  d'vn  bras  de  mer,  ou  ri- 
uiere  d'eau  falee,nommee  par  les  Sauua- 
ges  (janabarai  laquelle  comme  ie  la  def- 
criray  en  fon  lieu  demeure  par  les  vingt 
trois  degree  au  delà  l'Equator  ,  afïauoir 
droit  fous  le  Tropique  de  Capricorne) 
mais  les  ondes  de  la  mer  l'en  chafferent* 
Ainfi  eftant  contraint  de  fe  retirer  de  la* 
il  saduança  enuiron  vne  lieue  tirant  fur 
les  terres, &  s'accommoda  en  vnelfle  au 
parauant  inhabitable  ,  en  laquelle  ayant 
defehargé  fonartillerie  &  fe£  autres  meu 
blés, afin  d'eftre  en  plus  grande  feurté  tat 
contre  les  Sauuages  que  contre  les  Por- 
tugalois,  qui  voyagent  &  ont  ia  tant  de 
forterefles  en  ce  pays  la^ilyfit  commecer 
de  baftir  vn  Fort. 

Or  de  là  feignant  toufîours  de  brufler 
de  zèle  d'auâcer  le  règne  de  Iefus  Chrifr, 

&le 


- 


de  l'ameri  qj  e  .  5 

&  le  perfuadant  tant  qu'il  pouuoit  à  fes  vill(  ^ 
gens  ,  quand  fes  nauires  furent  chargées  £«»**/«*> 
&  preftes  de  reuenir  en  France  il  tfàmjtf  Seneue° 
ô£  enuoya  dans  l'vnc    d'iceli.e  exprefle- 
mentvn  homme  à  Geneue,  requerât  TE- 
glife  &  les  Miniftres  dudit  lieu  de  luy  ai-  S 

der  &de  le  fecourir  autât  qu'il  leur  feroit 
pofsible  en  ce|te  Tienne  tant  fainte  entre 
prinfe. Mais  fur  tout,  afin  de  pourfuyurc 
&  aduancer  en  diligence  Pceuure  qu'il  a- 
uoit  entreprins  &  qu'il  defiroit,difoit  il,* 
de  côtinuerde  toutes  fes  forces,  il  prioit 
inftamment  non  feulement  qu'on  luy 
enuoyaft  des  Miniftres  delà  parole  de 
Dieu:  mais  aufsi  pour  tant  mieux  refor- 
mer luy  &  {es  gens,  &  mefmcs  pour  atti- 
rer les  Sauuages  à  la  cognoifïace  de  leur 
falut,  que  quelques  nombres  d'autres 
perfonnages  bien  inftruits  en  la  Religiô 
chreftienne  acçompagnaffent  lefdits  Mi- 
niftres pour  le  venir  trouuer. 

L'Eglife  de  Geneue  doneques  ayant 
receu  Ces  lettres  &  ouy  (es  nouuelles  î -êV 
ditpremierement  graces  à  Dieu  de  l'am- 
plification du  règne  de  lefus  Chriften 
vn  fi  lointain  pays,  mefmes  en  terre  fl 
eftrange  &  parmi  vnc  nation  laquelle  J- 
ftoit  du  tout  ignorante  le  vray  Dieu. 

Et  pour  fatisfaire  à  la  requefte  de  Vil- 
legagnon  ,  après  que  feu  monfieurl'Ad- 
"miral  auquel  pour  le  mefme  effe&ila- 

A    2 


6  HISTOIRE 

uoit  aufsi  cfcrit ,  eut  folicite  par  lettres 
Thilipp*  Philippe  de  Corguilerey  fieur  du  Pont 
tr^^C  qui  s'eftoit  retiré  près  Geneue  &  qui 
cepte  d'aï-  auoit  efté  fon  voifm  en  France  près  Cha- 

lertrcuv.tr  /-..,«  n      r       -,        „   U  J         1 

viiiega-  ftillon  (urLoing)d  entreprendre  le  voya- 
gnon,  ge  pOUr  conduire  ceux  qui  fe  voudroyét 
acheminer  en  cefte  terre  du  Brefil  vers 
Villegagnon:  ledit  fieur du  Pont  enc- 
ftât  aufsi  requis  par  l'Eglife  S:  Miniftrcs 
deGeneue,quoyq.u'il  fut  ia  vieil  &caduc, 
tant  y  a  que  pour  la  bonne  affeclion  que 
il  auoit  de  s'employer  à  vn  li  bon  ceuurc, 
poftpofant,8c  mettât  en  arrière  tous  ces 
autres  affaires,mefmcs  laifïantfcs  enfans 
&  fa  famille  de  fi  loin,  il  s'accorda  de  fai- 
re ce  qu'on  requeroitdeluy. 

Cela  fait  il  fut  queftion  en  iecôd  lieu 
detrouuerdes  Miniftrcs  delà  parole  de 
Dieu  .  Partant  après  que  du  Pont  &  au- 
tres liens  amis  en  eurent  tenu  propos  a 
quelques  Efcoliers  qui  pour  lors  eftu- 
dioyent  en  Théologie  à  Geneue  :  entre 
les  autres  Maiftrc  Pierre  Richicr,ia  aagé 
pour  lors  de  plus  de  cinquante  ans , & 
Guillaume  Chartierluy  firent  promeiTc 
qu'en  cas  que  parla  voye  ordinaire  de 
TEdife  on  cogneuft  qu'ils  fuffét  propres 
à  cefte  charge,  ils  eftoyent  prefts  de  s'y 
employer.  Ainfi  après  que  ces  deux  etirét 
cfteprefentez  aux  Miniftrcs  dudit  Genek 
lie, guiles  ouyrent  fur  l'expofition  dé- 

cer- 


de    l'ameriqv  e.  7 

certains  paflages  de  rEfcriturc'fainte,&  n^d/;er& 
les  exhortèrent  au  refte  de  leur  deuoir,  f  >Wr 

-  .  «      c  ficus  nn 

ils  acceptèrent    volontairement  sratc  le  minier* 
conducteur  Du  Pont ,  de  pafferlâ  mer  J^^ 
pour  aller  trouucr  Villegagnô',afin  d'an-  ^Uercn 
.iionccr.rEuangile  en  r  Amérique.  l^eri\ 

Or  reftoit  il  encores  de  trouuer  d'ati-*"'* 
très  personnages  inftraits  es  principaux 
points  de  la  Foy  :  mcfmes  comme  Ville- 
(raenon  auoit  mâde,des  Artifans  experts 
enleur  art: mais  parce  que  pour  ne  trom 
per  perfonne,  outre  que  du  Pont  decla- 
roit  le  long  &  fafcheux  chemin  qu'il  co- 
uenoit  faire:  affaupir,  enuiron  cent  cin- 
quante lieues  par  terre  ,  &  plus  de  deux 
mille  lieues  par  mer  -,  il  adiouftoit  que 
eftât  paruenu  en  cefte  terre  d'Amérique,  f«w  de 

k  1  J'  l'turc  en 

il  fe  faudroit  contenter  de  manger  d  vne  ^mirim 
certaine  farine  faite  de  racine  au  lieu  de  ^»e. 
pain,  &  quant  au  vin  nulles  nouuelles, 
car  il  n'y  en  croift  point:  bref,ainfi  qu'en 
vnnouueau  monde  (  comme  la  lettre  de 
Villegagnon  chantoit)  il  faudroit  îa  vfer 
de  façons  de  viure  &  de  viandes  du  tout 
différentes  de  celles  de  noftre  Europe: 
tous  ceux  di-ie  qui  aimas  mieux  la  théo- 
rique que   la  pratique  de    ces  chofes, 
n'ayans  pas  volonté  de  changer  d'air ,  de 
endurer  les  flots  de  la  meh  la  chaleur  de 
la  Zone  Torride,  ni  de  voir  le  Pole  An-r 
tarclique,ne  voulurêt  point  entrer  en  li-     % 

A   4 


mvmn 


8  HISTOIRE 

ce  ni  s'enroller  &  embarquer  en  tel  voya 

Se- 

1  outesfois  après  plufieurs  femonces 
S:  rccerches  de  tous  coftez  ,  ceux  ci ,  ce 
fembieplus  courageux  que  les  autres,  à 
Viom  de  frauoir ',  Pierre  Bordon  ,  Mathieu  ver- 
firent  le   neul^Iean  du  Bordel,  Andre  la  Fon,Ni- 
W*  colas  Denis,  lean  Gardien,  Martin  Da- 
^.  '      uid,NicolasRauiquet,NieolasCarmeau 
laques  Roufïeau  ,  &  moy  lean  de  Lery 
qui  (tant  pour  la  bonne  volôte  que  Dieu 
m'auoit  donee  dec  lors  de  feruir  à  fa  gloi 
re,que  curieux  de  voir  ce  nouueau  mon- 
de)fus  de  la  partie:  fe  prefenterent  pour 
accompagner  du  Pont,  Richier&  Char- 
tier:  tellement  que  nous  fuîmes  quator- 
ze en  nombre  ,  qui  pour  faire  ce  voyage 
jpartifincs  delà  Cite' de  Gcneue, le  dixiè- 
me de  Septembre  en  l'année  1556. 

Nous  tirafmes  Se  ail  a  fm  es  paflTer  à 
Chaftiilon  fur  Loing  ,  auquel  lieu  ayans 
troiiue  MonfieurP Admirai ,  non  feule- 
ment il  nous  encouragea  de  plus  en  plus 
de  pourfuyure  noftre  entreprinfe  ,  mais 
aufsiaucc  promefie  denous  afsifterpour 
le  fait  de  la  marine  ,  nous  mettant  beau- 
coup de  raifons  en  auant  il  nous  donna 
grande  efperance  que  Dieu  nous  feroit 
la  grace  devoir  les  fruits  de  noftre  la- 
beur. Nous  nous  achcminafmes  de  la  à 
p   Paris  ,  la  ou  durant  vn  mois  que  nous  y 

fciotzr- 


Ï>E     L'A  M  E  II  I  Q^V  Ç.  $ 

feioarnafmes, quelques  Gentil  s  hommes 
&  autres  eftans  aduertis  pourquojr  nous 
fai'fions  ce  voyage  ,  s'adioigmrent  aucç 
nous  .  Delà  nous  paffafmes  à  Rouen  & 
tirans  à.Honfleur  port  de  mer  qui  nous 
eftoit  afsignéau  pays  de  Normandie,  y 
faifans  noz  préparatifs  &  en  attendant 
quenoz  Nauires  fufTent  prefts  à  partir, 
nous  y  demeurafmes  enuiron  vn  mojs. 

CHAP.    II. 

Tjle  noflre  embarquement  au  port  et  H on~? 

fleur  pays  de  Normandieienfemble  destormen 
tes •3rencontressprin0s  de  2y autres^ premie- 
res terres  &  l(les  que  nous  defcouurifïnes. 

^\inii  après  que  le  fieur  de  Bois 
fejle  Conte  neueu  de  Villega- 
?gnon  \  qui  eftoit  auparauant 
|nous  àHpnfleur5y  eut  fait  et- 
iquip.er  en  guerre  au^  defpps 
du  Roy  ,  trois  beaux  .vaiflfeaux:  fournis 
qu'ils  furent  de  viures  &d'autres  chofes 
neceffaircs  pour  le  voyageje  dix  &neuf- 
jeme  de  Nouembre  nous  nous  y  embar- 
xjuafmcs.'  Ledit  fieur  de  Bois  le  Conte  a~ 
uec  enuiron  o&ante  perfonnes  tant  fol- 
dats  que  matelots  eftant  enl'vn  des  na-  Lefieurd* 
uires  appelle  la  petite  Roberge,fut  efleu  ^p^vl 
noflre  Yicc  AdmiraMe  m'embarquay  en  <*  Mnér 

1       '  rai.        * 


i 


'■    *~ 


10  HISTOIRE 

vn  autre  vaiffeau  nommé  la  grand  Ro~ 
berge,  ou  nous  eftiôs  fix  vingts  en  tout* 
&  auions  pour  Capitaine  le  iïeur  de  fain 
te  Marie  dit  FEfpincSc  pour  Maiftrc  vn 
nommé  lean  humbertde  Harflcur  bon 
Pilote  &  homme  bien  expérimenté  en  la 
nauigation  .  Dans  l'autre  qui  s'appeloit. 
Rofce^du  nom  de  celuy  qui  lecodnifoit, 
en  comprenât  fix  ieunes  garçons  que  no9 
rnenafmes  pour  apprédre  le  langage  des 
Sauuages ,  &  cinq  leunes  filles  ,  aûçc  vne 
femme  pour  les  gouuerner  Cqui  furet  les 
premieres  femmes  Françoifes  menées  en 
la  terre  du  Brcfil,  dot  les  Sauuages  dudit 
Iieu,ainfi  que  nous  verrons  ci  après, n en 
ayansiamais  auparauant  veu  devcftues, 
furent  bien  esbahis  àleur  arrîuee)  il  y  a- 
uoit  enuiron  nonanteperfonnes. 
Vain?™*      A iiifi  ce  mefme  iour qu'enuiron  midi 

ds  part  an  s  .  /*•  .  . .  A  »     t 

dn-von.  nous  miimcs  les  voiles  au  vent,  a  la 
fortieduport  dudit  Honfleur,Ies  canô- 
nades,  trompettes,  tabours,  fifres, &  au- 
tres triomphes  accouftumez  de  faire  aux 
Nauires  de  guerre  qui  vont  voyager,  ne 
rnaqueret  point  en  noftrc  endroit.  Nous 
a  lia  fm  es  premièrement  ancrera  la  Ra- 
de de  Caulx  qui  cft  vne  lieue  en  mer  par 
delà  le  Haure  de  grace:  &  la  felon  la  cou 
flume  des  Mariniers  qui  veulent  voya- 
ger en  pays  lointains,  après  que  les  Mai 
fives  &  Capitaines  eurent  fait  reueuë  & 

eurent 


D  E    L'A  M  ERIQJ  E.  tï 

eurent  feeu  le  nombre  certain,  tant  des 
foldats  que  des  Matelots5ayans  comandc 
deleuer  les  ancres  nous  nous  pennons 
dés  le  foir  ietter  en  mer  .  Toutesfois  1c 
cabJcduNauireoui'cftois  s'eftant  rom- 
pu &  l'ancre  tiré  à  grande  difficulté,  cela 
fut  caufe  que  nous  ne  peûfmes  appareil- 
ler que  iufques  air  lendemain. 

Cedit    iour  doneques  vingtième  de 
Nouembrcqu'ayans  abandonné  la  terre 
nous  commençafmes  ànauigcr  fur  cefte 
grade  &  impetueiife  m£r  Gcceane,  nous 
defcouurifmes  &  coftoyafmes  l'Angle- 
terre laquelle  nous  laifsions  à  dextre,  & 
fufmes  deflors  prias  d'vn  flot  de  mer  qui 
dura  douze  iours:durant  lcfquels, outre 
que  nous  fufmes  tous  fort  malades  de  la 
maladie  accouftumee  a  ceux  quivontfur 
mer,il  n'y  auoit  celuy  qui  ne  fut  bien  ef- 
poouanté  de  tel  branflement .  Et  de  fait 
ceux  principalement  qui  n'auoyent  ïâ- 
mais  fenti  l'air  marin,  ni  dancé  telle  dan 
ce,voyans  lamerainfi  haute  &  efmeuë 
penfoyent  à  tous  coup-s  &  à  toutes  mi- 
nutes que  les  vagues  nous  deuffent  faire 
couler  en  fond:  corne  certainement  c'eft 
chofe  admirable  de  voirqu'vn  vaiffeau 
de  bois  quelque  fort  &  grand  qu'il  foit, 
puiffe  ainfi  refifter  à  la  fureur  &  force  de 
ce  tant  terrible  clemét:  car  combien  que 
les  Nauires  foyent  baftis  de  gros  bois 


M  HISTOIRE 

bien  lié  ,  chcuillé ,  &  bien  godronne,  & 
queçelpymefmcs  auquel  Pcftois,  peuft 
.  auoir  euuiron  dixhuit  toifes  de  long,  & 
trois  &  demie  de  largcqu'cft  ce  en  corn- 
paraifô  de  ce  gouffre  &  de  teJJe  largeur, 
profondeur  &  abifmes  d'eau  comme  eft 
celle  mer  du  Ponent  ?  Partant  fans  am- 
.Vart  d€   Pllfier  ce  propos  dauantage  ie  diray  icy 

iVn'Ti  Cn  Vn  m0t  ^U  °n  ne  :fcauroit  aflez  prifer 

T»Ï.'X"~ tant  ^excellence  de  l'art  de  la  nanigatio 

en  general  qu'en  particulier  Pinuention 

de  PEguiUe  marine  ,  de  laquelle  néant- 

moins  comme  aucuns  tiennent ,  Vyf^e 

n  eft  que  depuis  enuiron  cent  cinquante. 

ans. Nous  fuîmes  doneques  ainfi  agirez 

&  nauigeafmes  auec  grandes  difficult 

lufques  au  troifieme  iour  après  noftrc 

embarquemêt  qucDieu  appaifa  les  flot* 

&  orages  de  la  mer. 

Le  dimanche  fuyuant  ayans  rencon- 
tre deux  nauires  rnarchans  d'Angleter- 
re qui  venoyent  d'Efpagne ,  après  que 
nos  Matelots  les  étirent  abordez  &  veu 
quUI  y  auoit  à  prendre  dedans  ,  peu  s'en 
fallut  qu  ils  ne  les  piliaflent  .  Et  de  fait 
fuyuat  ce  que  fay  dit  que  nos  trois  vaif- 
ieaux  cftoyent  bien  fournis  d' A  rtillerie 
&■  d  autres  munitions  de  guerre  nos  nu 
riniers,  s'en  tenans  fiers  &  forts,  quand 
îes  vaiffeaux  plus  foibles  (ainfi  que  nous 
verrons  tantoft)   fetrouuoycnt  deuant 

eux 


Ù  E     L'A  M  Eli  QV  E*  t\ 

eux '•&  à  leur  merci  ils  n'eftoyent  pas  à 
feu  r  te.  j 

Et  puis  cjùe  cela  viet  à  propos  il  faut 
que  ie  dife  ici  en  paffat  à  ceûe  premiere  ciouiîuxaç 

*  i,.,vT.    ,',  • ,  L  .des  mari  - 

rencontre  deJSiauire  que  1  a  y  veu  prati-  »;m  y«r 
quer  farmer  ce  qui  fe  fait  aufsile  plus  mer- 
fouuent  en  terre:  affauoir  ,  que  celuy  a- 
yât  les  armes  au  poing  qui  cft  le  pi9  fort 
remporte  ,  &  donne  la  loy  à  fon  compa- 
gnon .  Vray  eft  que  rnefsieurs  les  Mari- 
niers faifans  caller  le  voile  &  ioindre  les 
pauures  Nauires  marchans  leur  alleguet 
ordinairement  qu'y  ayant  long  temps 
qu'ils  font  fur  mer  fans  qu'à  caufe  des 
têpeftes  &  calmes  ils  ayent  peu  aborder 
terre  ni  port,  ils  font  en  necefsite'  de 
viuresdontilsprient  d'eftre  afsiftez  en 
payant.  Mais  il  fous  ce  prétexte  ils  peu 
uêt  mettre  le  pied  dans  le  bord  de  leurs 
voifins  ,il  ne  faut  pas  demander  fi  pour 
empefeher  le  vaiffeau  d'aller  en  fond,  ils 
ledefehargent  de  tout  ce  qui  leur  fem- 
ble  bon  &  beau.  Que  fi  la  deffus  on  leur 
remonftre  (  comme  de  fait  nous  faifions 
fouuent)  qu'il  n'y  a  nul  ordre  de  piller 
indiferemment  autant  les  amis  que  les 
ennemis,  la  chanfon  commune  de  nos 
foldats  terreftres  ,  qui  en  cas  femblable 
pour  toutes  raifons  difent  que  c'eftla. 
guerre  &  la  coufturae,  &  qu'il  fe  faut  ac 
commoder,  ne  manque  point  en  leur 
endroit. 


14  HISTOIRE 

Mais  outre  cela  ie  diray  ici ,  par  ma- 
nière de  preface,fur  pluiîeurs  exemples 
de  ce  que  nous  verrons  ci  a/res^queles 
Efpagnojs  &  encores  plus  les  Portugais 
le  vantans  d'auoir  les  premiers  defeou- 
uert  la  terre  du  Breiily/oire  tout  le  con- 
tenu depuis  le  deftroit  de  Magelan, 
qui  demeure  par  les  cinquante  degrés 
du  co fié  da  Pole  Antardique,iufques  au 
Peru  ,  &  encores  par  deçal'Equator  :  &: 
par  confequent  maintenans  qu'ils  font 
ïeigneurs  de  tous  cqs  pais  la  ,  aleguans 
que  les  François  qui  y  voyagent  font 
vmrpateurs  fur  eux ,  s'ils  les  trouuenr 
fur  mer  à  leur  auantage,  ils  leur  font  vne 
telle  guerre  qu'ils  en  font  venus  lufques 
là  d'en  auoir  efeorchez  tous  vifs,  &  fait 
mourir  d'autre  mort  cruelle  .  Les  Fran- 
çois fouftenans  le  contraire  &  qu'ils  ont 
leur  part  en  ces  pays  nouuellement  co~ 
gneuz  ,  non  feulement  ne  fe  laiffent  pas 
volontiers  battre  aux  Efpagnois  ,  moins 
aux  Portugais  (lefquels  pour  en  parler 
fans  affection  ne  les  oferoyent  aborder 
s'ils  ne  fe  voyent  en  beaucoup  plus  grâd 
nombre  de  vaiffeaux)  mais  en  fe  defen- 
dans  vaillamment  rendent  quelquefois 
la  pareille  à  leurs  ennemis. 

Or  pour  retourner  à  noflre  route  la 
mer.s'eftant  derechef  enflée,  elle  fut  fi 
rude  Tcfpace  de  fix  ou  fept  iours,  quenô 

4*- 


D  E      L'A  M  C  R  I  QJ  E.  15 

feulement  ie  vis  par  plufieurs  foisentrer 
&  fauter  les  vagues  par  de  flu  s  leTilac  de 
noftrcNauire,mais  aufsi  àcaufe  de  la  roi 
deur  des  ondes  le  vaifleau  eftoit  esbranle 
de  telle  façon  qu'il  n'y  auoit  Mateiot,tat 
habile  fuftVil,  qui  fe  peuft  tenir  debout. 
Et  certes  cela  eftoit  voir  l'expérience  de 
ce  que  le  Pfalmifte  dit  parlant  de  ceux?j*.€V*L 
qui  vont  fur  mer.   Car  montans  ainfi  par 
manière  de  dire  iufques  au  ciel ,  puis  a- 
yans  les  fens  défaillis  chaneelans  comme 
yurognes,defcedre  iufques  aux  gouffres 
&  iufques  aux  abifmcs  ,  n'eft  ce  pas  voir  £«£**»- 
les  merueilles  de  Dieu?  il  eft  bië  certain.  /fX2 
Partant  fubfiftant  ainfi  au  milieu  du  fe- .*>»*;/* 
pulchre ,  le  peril  s'approchant  quelques  ™yre*  fur 
fois  plus  près  que  Fefpeflcur  des  aïs  de- 
quoy  les  vaifleaux  nauigables  font  faits: 
il  femble  que  le  Poète  qui  a  dit  que  ceux 
qui  vont   fur  mer  ne  font  qu'à  quatre 
doigts  de  la  mort,les  en  efloigne  encores 
trop. 

Or  celuy  comme  il  eft  dit  au  Pfcaume 
fus  alegué  qui  fait  le  temps  calme  &  tran 
quille  quant  il  luy  plaift,apres  cefte  tem- 
peftenous  ayant  enuoyéventà  gré,  nous 
paruinfmes  d'iceluy  iufques  àla  mer  d'E- 
fpagne:  &  nous  trouuafmes  àla  hauteur 
du  Cap  de  faint  Vincent  le  cinquième 
iour  de  Décembre.  En  ceft endroit  nous 
rencontrafmes  vnNauire  d'Irlande  dans 


1.6  HISTOIRE 

lequel  nos  Mariniers  fous  le  prétexte 
fufditqueles  vuiresnous  failloyêt  prin- 
drent  fix  ou  fçpt  pipes  de  vin  d'Efpagnej 
des  figues,  des  oranges,  &  autres  chofes 
dont  elle  eftoit  chargée. 

Sept  iours  après  nous  aborda/mes  au- 
près de  trois  Iilcsnômeespar  les  Pilotes 
Les  îjies  de  Normandie*  la  Gracieufe,Lancelotc, 
ci?  umes.  ^  portc  auanture,qui  font  des  ifles  For- 
tunées.Il  y  ena  fept  en  nôbre  àprefent 
come  feftime  toutes  habitées  par  les  E~ 
fpagnols:  maisquoy  qu'aucuns  marquêt 
en  leurs  cartes  ocenfeignent parleurs  H- 
•ures  que  ces  Ifles  fortunées  font  lituees 
feulement  par  les  onze  degree  au  deçà 
de  l'Equatorj&par  confequent  felon  eux 
feroyent  fous  la  zoneTorride,ie  di  pour 
y  auoir  veu  prendre  hauteur  aucc  l'Aftra 
labe  que  certainement  elles  demeurent 
par  les  vingt  huit  degrez  tirant  au  Po- 
le Arctique.  Et  partant  il  faut  confeffer 
qu'il  y  a  erreur  de  dix  &  fept  degrez  des- 
quels tels  auteurs  en  trompans  eux  &les 
autres  les  reculent  trop  de  nous. 

En  ces  endroits  que  nous  mifmes  nos 
Barques  hors  nos  Nauires,  vingt  de  nos 
Soldatz  &  Matelotz  s'eftans  mis  dedans 
auec  des  Berches  ,  Moufquetz  &  autres 
armes,  penfans  butiner  en  ces  Ifles  s'y  en 
allerent,mais  corne  ils  voulurent  mettre 
pied  en  terre  les  Efpagnols  qui  lesr  a- 

uoyent 


D  E     i!  AMER  I  Q_V  E  I7 

uoyèiît  defcouucrts  auparauant  les ;  rerri- 
barrereint  Ti  bien  qu'ils  n'eurent  que  lia- 
fte  de  fe  retirer.  Neantmoins  ils  tournè- 
rent &  virèrent  tant  à  Contour)  qu'en  fin 
a yiuis  rencontré  vne  Carauelle  de  pef- 
c.hcurs  (  Jefquels  fi  toft  qu'ils  les  virent 
venir  à  eux  fejaùttans  en  cerreleur  quit- 
tèrent leur  vaifïeau)s'en  eftans  faifis3non 
Seulement  ilsy  prindrent  grande  quan- 
tité de  chiens  de  mer  feesy  des  compas  à 
iiauiguer  &  tout  ce  qui  fe  trouua  dedans 
iufqu'aiix  voiles  qu'ils  raporterent,rnais 
aufsi  nepouuâs  pis  faire  aux  Efpagnols \% 
defqueîs  ils  fe  vouloyent  veriger5à  grids 
xoups  de  haches  3  ils  mirent  en  fond  vne 
Barque  &  vn  Bateau  qui  eftoit  auprès» 
-Durant  trois  tours  que  nous  demeu- 
râfmes  auprès  de  ces  Mes  Fortunées  y  à 
çaufe  que  la  mer  eftoit  fort  calmcnous  y 
prinfmes  fi  grande  quantité  de  poiffoiis 
(t&t  âuec  des  haims  qu'auec  des  rcts)que 
$ipres  que  nous  en  eufmes  mangé  à  noftre 
fouhait  (craignans  parce  que  nous  n'a- 
nions  pas  Teau  douce  à  noftre  comman- 
demejit  que  cela  ne  nous  alteraft  trqp) 
nous  fu  fines  contraints  d'en  rcietter  plus 
de  la  nboitié  en  mer. Les  efpeces 'eftoyent 
Dorades*  Chiens  de  mer5&plufieurs  au- 
tres dont  nous  ne  fauions  les  nomsrtou- 
tesfois  il  y  en  auoit  de  ceux  que  les  Mari 
niers  appcllét  Sardes  9  qui  eft  vne  efpece 

B 


■  * 


ï8  H  I    S  T   OHE 

de  poiffon  ayant  fi  peu  de  corps  qu'il  fem 
blequelatefte  &  la  queue  foyent  ioints 
enfemble-.ladite  tefte  eftant  faite  de  la  fa- 
<on  dVn  morrion  à  crefte. 
-  i  Le  meccredi  matin  fixieme  de  Decern 
bre,que  la  mer  s'efmeut  derechef,  les  va- 
gues" remplirent  fi  foudainement  laBar 
que  qui  eftoit  amareeà  noftreNauiredés 
le  retour  des  Ides  Fortunées  ,  que  non 
feulement  elle  fut  fubmergee  &  perdue* 
mais   aufsi  deux  Matelots  qui  eftoyent 
dedans  furent  en  fi  grand  danger  qu'a  pei 
ne-en  leur  iettans  haftiuement  des  corda 
ges  les  peufmes  nous  fauuer  &  tirer  dâ$ 
le  vaiffeaurEtau  furplus  diray  pour  cho- 
ie remarquable,  que  noftre  cuifinier  du- 
rant cefte  tempeftedaquelle  continua  qua 
tre  iours)  ayant  mis  vn  matin  deflaler  du 
lard  dans  vn  grand  vaiffeau  de  bois  (qui. 
eftoit  la  moitié  d'vn  poinfon  fcié  par  le 
milieu)ii  y  eut  vn  coup  de  mer  qui  de  fon 
'SvYcoub  impetuofité  fautant  par  deflus  le  Tillac 
de  mer.     emporta  &la  caque  &  ce  qui  eftoit  de- 
dans,fans  larenucrfcr,plusdelalôgueur 
d'vnc  pique  hors  le  Nauire,  mais  tout 
fond  lin  vne  autre  vague  vint  à  Topofite 
laquelle  de  grande  roideur  reiettale  tout 
fur  le  mcfmc  Tillac  :  tellement  que  cela 
fat  nous  renuoyer  noftre  difné  qui, com- 
me on«dit,s'en  eftoit  allé  aual  Peau. 

Or  dés  le  vendredi  dixhuiticme  dudit 

mois 


fcE     t'AM  ÈRIQJ  E.  I9 

tnois,  nous  defcouurifmes  la  grand  Ca- 
naricjde  laquelle  nous  approchafnies  af- 
iez  près  le  dimanche  fuyuanr.mais  quoy 
que  nous  eufsions  délibéré  d'y  prendre 
des  refraifchiflemens  tant  y  aqu'àcaufe  L agra!2j 
du  vent  contraire  il  ne  nous  fut  pas  pof-  Charte. 
fible  d'y  mettre  pied  à  terre. Ceftvne  bel 
Je  Me  habitée  aufsi  à  piefent  des  Es- 
pagnols, en  laquelle  il  croift  force  Canes 
dcfuccres&debons  vins  :  &aurefieeft 
fi  haute  qu'elle  fe  peut  voir  de  viiigt  & 
cinq  ou  trentelieuê's.  On  l'appelle  aufsi 
Je  Pic  deTanarifle,  Srpcnfent  aucûs  que 
ce  foit  ce  que  les  Anciens  nommoyentlé 
mont  d'Athlas  dont  on  dit  la  mer  Athîâ- 
tique,  dequoy  ie  frie  rapporte  à  ce  qui  en 
eft. 

Ce  mefme  iour  de  dimanche  nous  def 
couurifmes  vneCarauclle  dePortugal5la 
quelle,  parce  qu'elle  cftoit  au  de  flous  du 
vent  de  nous  ,  voyans  bien  ceux  qui  e-  ç*Y«uét 
ftoyent  dedans  qu'ils  ne  potirroyent  re-«^*r/* 
fifterni  fuir  calans  le  voile  fe  vindrent1""** 
rendreà  noftre  Vice  Admirai.  Ainfitfos 
Capitaines  qui  dés  long  temps  âupara- 
uantauoyent  arrefté  entr'eux  de  s'acco- 
rnoder  (corne  on  parle  auiourd'huyjd'vii 
Vaifleau  de  ceux  qu'ils  s'eftoyent  touf- 
iours  promis  de  prendre  ou  fur  les  Efpâ 
griolsou  furies  Portugais  ,  afin  de  s  en 
faifir  &  affeurer  dauâtage  mirent  incon* 

B  s 


2û  HISTOIRE 

tinant  de  nos  gens  dedans.  Toutesfois  à 
caufede  quelques  confiderations  qu'ils 
curent  enucrs  le  maiftre  dlcelle,luy  ayâs 
dit  qu'en  cas  qu'il  peuft  foudainement 
trouuer  vne  Caravelle  en  ces  endroits  là, 
qu'on  luy  rédroit  la  fiëne:  luy  qui  aimoit 
mieux  la  perce  tomber  fur  fon  voifin  que 
fur  luyjS^n  mit  en  deuoir.  Ainfi  felon  la 
requefte  qu'il  fit  que  pour  effe&uer  ceque 
il  promcttoit •,  on  luy  bailiaft  vne  de  nos 
Barques  armée  de  Moufquets  auec  vingt 
de  nos  Soldats,  &  vne  partie  de  (es  gens 
dedans,  comme  vray  Pirate  que  fay o- 
pinion  qu'il  eftoit  pour  mieux  ioiïer  fon 
rolle  &  afin  de  n'eftrefi  toft  defcouuert, 
il  sen  alla  bien  loin  deuant  nosNaui- 


res. 


La~Ba.r  ba- 
tte. 


Ornons  coftoyons  lors  la  Barbarie, 
habitée  des  Mores  ,  d'où  nous  n'eftions 
çuere.  cflongnez  de  plus  de  deux  lieues, 
îaquelleCcommc  il  fut  foigneufement  ob- 
ferué  de  pluficurs)  eft  vne  terre  fi  plaine, 
voire  fi  fort  baffe  que  tât  que  noftre  veuë 
fe  pouuoit  eftédre,fans,voir  aucunes  mô 
tap-nes.ni  autres  obicts, il  no9  eftoit  aduis 
quenous  eftâs  plus  hauts, la  mer  deuftin- 
côtinât  tout  fubmergerce  pays  là,  &  que 
nous  &  nos  vaifleaux  deufsions  pafler 
par  deffus  .  Et  à  la  venté  combien  qu'au 
iugcmcntdcl'œilil  femble  qu'il  foit  ain- 
fi prefque  fur  tous  les  nuages  de  la  mer, 

fi  cft-ce 


DE     L'AME-RIQTE.  21 

fi  eft-ce  que  cela  fe  remarquai! tp Jus  par- 
ticulièrement en  ceft  endroit  la  5  quand 
ie  regardois  dVn  cofté  ce  grand  û  plat 
pays  qui  paroiffoit  comme  vne  valee  >  & 
d'autre  partla  mer  à  l'oppofue  fans  e- 
flre  lors  autrement  efmeuë,  neantmoins 
en  comparaifon  faifant  vne  grande  &  ef- 
poùuantable  montagne,  en  me  fouuenât 
deceque  dit  PEfcriture  à  ce  propos  iep^e-I04- 
conteroploye  cefle  œuure  de  Dieu  auec 
grande  admiration. 

Pour  retourner  à  nos  efcumeurs  de 
mer  ,  lefquels  nous  auoyent  deuancez 
dans  leurs  Barques  ,  le  vingt  &  cinquiè- 
me de  Décembre  iour  de  Noel  eux  a- 
yans  rencontré,  &  tiré  quelques  mouf- 
quetades  fur  vne  Carauelle^'Efpagnols, 
la  prenans  par  force  ils  ramenèrent  vers  C^aveUc 
nous.  Orparce  que  non  feulement  c'e-r'"^' 
ftoitvn  beau  Vaiffcau  ,  mais  aufsi  qu'il 
eftoit  chargé  de  fel  blanc  ,  cela  pleut 
fort  à-nos  Capitaines:  &  partant  felon  la 
coriclufion  qu'ils  auoyent  faite  dés  long 
temps  de  s'en  accommoder  d'vn,  nous  Pe 
menafmes  en  la  terre  du  Brefil  vers  Vil- 
Jegagnon.  Vray  eft  qu'en  tenant  proni  efle 
au  Portugais  qui  auoit  fait  celle  prinfe, 
mettant  les  Efpagnoîs  .depoiTedez  de 
leur  Vaiffeaupefle  méfie  parmi  fes  gens 
dans  fa  Caraueîle  y  on  la  luy  rendit. 
Toutesfbis  née  fuft  en  tel  eftat  qu'il  eufe 

B  z 


22 


HïS.TOUE 


mieux  valu  par  manière  de  dire  les  met- 
tre tous  en  tôdtcar  nos  MariniersCcruels 
,    qu'ils  furet  en  ceft  endroit)  n  ayans  laiffe 
Z"mU  non  feulement   morceau  de   bifcuit  ni 
*****-       d'autres  viandes  à  fes  pauures  gens5mais 
qui  pis  eft  leur  ayans  defchiré  leurs  voi 
les  &  mefme  ofté  leur  petit  bafteau  (fans 
lequel  ils  ne  pouuoyent  approcher  ni  a- 
border  en  terre)il  eft  vray  femblable  que 
demoarans  ainfi  à  la  merci  de  l'eau ,  fi 
quelque  barque  ne  furuint  pour  les  fe- 
çourir,ou  qu'ils  furent  en  fi  nfubmergez 
ou  qu'ils  moururent  de  faim. 

Ce  beau  chef  d'œuurc,  au  grand  regret 
dep!ufieurs,fait  eftans  pouffez  du  vent 
dVEft  Sueft,qui  nous  eftoit  propice,nous 
nous  reietafmes  bien  auant  dans  la  haute 
mcr.Et  pour  le  £iire  court&n'eftre  point 
ennuyeux  en  recitantparticulierernent& 
à  part  tant  de  prinfes  de  Carauellçs  que 
nous  fifmes  en  allant:  de's  ie  lendemain  & 
encores  le  vingt  &  neufieme  dtiditmois 
„  .  '  de  Décembre  fans  nulle  refiftance  nous 
dcdL  cnprinfmes  deux  autres.  En  la  premiere 
Carpelles  c|cfquelles5qui  eftoit  de  Portugal^  caufe 
de  quelque  refpeft  que  nos  Maiftres 
de  Nauircs  &  Capitaines  eurent  à  ceux 
qui  eftoyent  dedans  )  au  grand  regret 
seantmoins  de  quelques  vus  de  nos  Ma- 
riniers &  principalement  de  ceuxqui  e- 
ftojêtdansla  Carauelle  Efpagnoleque 

nous 


d  e   l'a  m  er  i  ojxn  23 

nous  emmenions  (lefquels  acharnez  au 
pillage  tirèrent  quelques  coups  de  Fau- 
conneaux à  l'encontre)  après  auoir  parlé 
à  eux  onles  laiffa  aller  fas  leur  rien  ofter. 
En  l'autre  qui  eftoit  à  yn  Efpagnol  il  luy 
futprins  du  vin  vdu  bifeuit,  &  d'autres 
yiduailles  .  Mais  fur  tout  ilregrettoit 
fort  vne  poulie  qu'on  luy  ofta>car>  difoit; 
il, quelque  tourmete  qu'il  fitellepondqitk 
&  faifoit  tous  les  iours  vn  œuf  dans  fon: 
Vaifieau.  ;i  fcoCt 

Le  dimanche  fuyuant  nos  Matelots, 
f  lefquels  pofsiblene  fç^ôt  pas  aifçs  que: 
ie  raconte  ici  leurs  courtoifies)  ne  dem^-n 
dâs  que  d'en  auoir  de  toutes  parts,  après 
que  celuy  qui  eftoit  ^ijuietçn  la  gradHu 
ne  euft  crié  felô  la  cou ftumeVoilcvoile, 
&  que  nous  eufmes  defcouuerts  cinq 
Vaifleaux  (  ie  ne  fcay  fi  c'eftoyent  Cara- 
uelles  ou  grands  Nauircs)eyx  chàntaris 
défia  le  cantique  deuant  le  triomphe  les 
penfoyentbien  tenir:mais  parce  qu'eftâs 
au  deffus  de  nous,nous  anions  vent  con- 
traire ,  nonobftant  la  violence  qu'pn  fit  à 
nos  Vaiffeaux  (lefquels  poiirl'afFèdion 
du  butin  en  danger  de  nousfubmerger&: 
virer  ce  deffus  deffous  furent  armez  de 
toutes  voiles)  il  ne  nousfut  pas  ppfsible 
de  les  ioindre  ni  aborder .  Et  afin  9P,QÎ1 
ne  trouuepas  eftrange  ce  que  iay  touche 
que  brauâs  ainfi  fur  la  mer  chacun  myoi  L 

B    4  ' 


H 


Kï  ST  OiRE 


otvdarloît'Ië  voile 'déliant  nous  >  iedifay 
qiré  iesNormans  eftans  iaufsi  belliqu'cu^l 
S  Vaîlîalrïs  ftriffllK^fllMfô^n  qui  fepùip 
ic:auibiird?liily;tîr:oîu'u,èk,f  v<>yâgtlt  Air  TO 
cèan i  encores  que  feOTÏ/nHrtKiwoniqfir 
trois  Vaiffeaiix-, iïs-fefïèyérftvncâiitmî6lmii 
fl  bien  fournis  d^ArïHlerîely-ayantdî^ 
huit  pieces  dé  rbtitc,&:plus  tie  trente  Ber 
cHê^S  MbùfqueVs-  de  ftp en  8dl$$  ou  5f&l* 
fttm^8^d'autt'es  mùnîtiôs  dé^àerré  que 
nos  Capitaines  &  Soldats  en  tel  équipa- 
gVîn^feét  'rtfolii^attkquer  &  çornba- 
t?e3¥rWeé '"V&Uiîc  du  Roy  dëPortkrgaî 
iînou^Peufilteîs'ttrieôntree.    ?     *°?-$ 


^uïnt^ftiffoni^olàtà  %  '&'  autres  de  plu  fleurs  ' 
jortes'qfe  ïïotàvifïtiès  &prïjïïzes  fow  là  %vne 

Torrid   ["'!':    '  ■  ; 

'■'■,■..<      I    rr)    [If!     M      ■;-.;■ 

ES  lors  nous  cufmes  la  mer 
(i1  flore  &  lèvent  fia  grecque1 
d'iccluy  ho9fufnies  poùffei: 
èc  menez  iuRjucs  à ti ois  ou 
rS^S^S^.  quatre  degree  au  deçà'  de  ia 
ligrfe  E^uinoâ:iale.En,cesJ endroits  nous 
prifmès  Force  Marfoûins  ,  Dorades,  AI-' 
bacor'éi  y  Bonites  ,  ■&  grande  quantité  de 
plufieufs  ^titres  fortes  de  poiffons'P'iè 

quoy 


DE      L'ÀMERIQVE.  25 

quoy  qu'auparauarit  i'euffe  toufiours  pê 
fé  que  les  Mariniers  nous  contaflent  des 
fariboles  quand  lis  nous  difoyent  qu'il  y 
aubit  certaines  efpeces  de  poiflons  volas 
fiéft-ce  que  l'expérience  memoftra  lors 
qxVil  eftoit  airifi  .  Nous  commençâmes 
donquesla,non  feulement  de  voir  fortir 
de  la  mer  &  s'efleuer  en  Pair  ,  de  grofïes  V°JJ^ 
troupes  de  poiffons  (  tout  ainfi  que  fur 
terre  on  voit  les  Alouettes  ou  Eftour- 
iieaux)volans  prefqueaufsi  haut  hors  de 
reàuquVne  piquer  &  quelque  fois  près 
de  cent  pas  loin^mâïs  aufsi  il  eftfouuent 
adtienu  que  quelques  vns  s'ahurtans  con 
treles  Mas  denosNauires  tombans  de- 
dans, nous  les  prenions  à  la  main.  Ainfî 
felon  que  ie  Tay  confideré  en  vue  infini- 
té que  i'ay  veuz  &c  tenus  tant  en  allant 
iqu'en  retournant  r  ce  poiflon  eft  de  for- 
me prefque  corftrriele  Haren  :  toutesfois 
vn  peu  plus  long  &  plus  rond  :  a  des  pe- 
tits barbillons  fous  la  gorge  ,  les  ailles 
comme  celles  dVne  Chaimefouris  8e 
prefques  aufsi  longues  que  tout  le 
corps  :  &  efl:  de  fort  bon  gouft  &  fauou- 
reux  à  manger .  Au  refte  parce  que  ie 
n'en  ay  point  veu  au  deçà  du  Tropi- 
que de  Cancer  î'ày  opinion(fans  toutes- 
fois  que  ie  levucille  autrement  affermer) 
qu'aimans  la  chaleur  ï&c  fe  tenans  fous 
la   Zona  Torride  i   ils   n'outrepaflent 


"mt 


Ûyjêaux 
l&arins. 


'Ttomte 

po-ijfon. 


l6  HISTOIRE 

point  d' vne  part  ni  d'autre  du  coflédes 
Poles. Il  y  a  encores  vne  autre  chofe  que 
î'ay  obferuee  ,  c'eft  que  ni  dans  l'eau  ni 
hors Teau  ces  panures  poiffons  volans 
ne  font  iamais  à  repos;  car  eftans  dans  la 
mer  les  Albacores  &autres  grands  poif- 
fons les  pourfuyuans  pour  les  manger 
leur  font  vne  continuelle  guerre:  .&  fi 
pour  euiter  cela  ils  feveullent  fauuer  en 
l'air  &  au  vol  il  y  a  certains  oifeaux  ma- 
rins qui  les  prennent  &  s'en  repaîfTent. 

Partat  pour  parler  auffi  de  ces  oyfeaux 
viuans  deproyede  cefte  façon  fur  la  mer, 
ils  fot  femblablemët  fi  priûez  que  fouue 
tesfois  il  s'en  eft  pofé  fur  les  bords,cor- 
dages  &  matz  de  nos  Nauires  ,  lefquels 
fe  iaifloyent  prendre  à  la  main  .  Et  pour 
les  defcrire  auffi  tels  que  pour  en  auoir 
mangé  ie  les  a  y  veu  dans  &  dehors:  Pre- 
mieremét  ils  font  de  plumages  &  de  cou- 
leurs gris  comme  efperuiers  ,  mais  com- 
bien quant  à  l'extérieur  qu'ils  paroif- 
fent  aufsi  gros  que  Corneilles  fi  eft  ce 
que  quand  ils  font  plumez  qu'il  ne  s'y 
trouue  guère  plus  de  chair  qu'en  vn  paf- 
fereau  :  au  refte  ils  nont  qu'vn  boyau  & 
ont  les  pieds  plats  comme  ceux  de  Canes 
Pour  continuer  à  parler  des  autres 
poiffons  dont  i'ay  fait  mention  ci  deffus, 
la  Bonite  qui  eft  des  meilleurs  à  manger 
qui  fe  purflent  trouucr  eft  prefques  de  la 

façon 


D  Ë    L'A  M  E  RI  QVE.  27 

facondes  carpes  communes, mais  fansef 
cailles. Fen  ay  veuenfort  grande  quan-  \ 
tité  lefquelles  l'cfpace  d'enuiron  fix  fep- 
maines  nont  bouge  d'alentour  de  nos 
Nauires  ,  &eft  vray  femblable  qu  elles 
fuyuent  amfi  les  Vaifleaux  à  caufe  du 
Brets  dont  ils  font  frottez. 

Quant  aux  Albacores  combien  qu'el-  -**««" 
les  foyent,affez  femblables  aux  Bonites 
fi  eft  ce  neantmoins(en  ayant  veu  &  man- 
gé ma  part  de  telles  qui  auoyét  bien  cinq 
piedz  de  log  &aufsi  grofles  que  le  corps 
d'vn  horhme)qu'il  n'y  à  point  de  compa- 
raifon  de  l'vne  à  l'autre  quant  à  la  gran- 
deur. Au  furplus  tant  parce  que  ce  poif- 
fon  Albacore  n'eft  nullement  vifqueux, 
ains  au  contraire  s'efmie  &  a  la  chair  auf 
fi  friable  que  la  Truite,  n'ayant  au  refte 
qu'vne  araifte  en  tout  le  corps  ,&  bie  peu 
de  tripaiUes,il  le  faut  mettre  ai*  rang  des 
meilleurs  poiffons  de  la  mer  .  Et  de  fait 
combien  que  nous  (ainfi  que  tous  les  paf 
fagers  qui  font  cçs  longs  voyages  )  pour 
n'auoir  les  chofes  propres  à  commande- 
ment n'y  fifsions  autre  appareil  qu'auec 
du  fel  feulement  en  mettre  rôftir  de  gran 
des  pieces  &  larges  rouelles  fur  les  char 
bons, fi  le  trouuions  nous  merueiîleufe- 
ment  bon  &  fauoureux  au  gouft.  Partant 
fi  mefçieurs  les  frians,lefquels  ne  fè  vou 
lâs  point  bazarder  furmer,&  toutesfois 


"Dorade. 


Marfatùs 


28  H  I  S   T    OI    RE 

(comme  on  dit  des  chats  fans  mouiller 
leurs  pattes)veulient  bien  mâger  du  poif 
ion  en  pouuoyent  auoir  fur  terre  aufsi 
aifément  qu'ils  ont  d'autre  marée,  le  fai- 
fant  apprefter  à  la  faucc  d'Alemagne,  ou 
en  quelque  autre  forte,  doutez  vous  que 
ils  n'en  lefchaffent  bien  leurs  doigts  ?  Ié 
di  nommément  fi  on  l'auoît  à  comman- 
démet  fur  terre,  car  ainfi  que  i'ay  touche 
du  poifibn  volant,  ic  ne  penfe  pas  que 
ces Albacores,ayant  principalemet  leurs 
repaires  entreles  deux  Tropiques  hc  en 
la  haute  rher^ s'approchent  fi  près  des  ri- 
uages  queles  pefcheurs  en  puifient  ap- 
porter fans  eftre  gaftez  &  corrompus. 

La  Dorade ,  laquelle  à  mon  iugement 
eft  ainfi  appellee  parce  que  la  voyant  das 
l'eau,  elle  fe  nionftre  iaune  &  reluit  com- 
me fin  or,  quant  à  la  figure  approche  au- 
cunernentAdu  Saumon  :  neantmoins  elle 
diffère  en  cela  qu'elle  eft  comme  enfon- 
cée fur  le  dos.  Au  refte  pour  en  auoir  ta- 
fté  le  tien  que  eëpoivfoh  eft  non  feule- 
ment encores  meilleur  que  tous  les  au- 
tres fus  mentionnez  ,  mais  aufsi  qu'en 
eau  fallee  ni  en  eau  douce  il  ne  s'en  trou 
uera  point  de  plus  délicat. 

Touchât  les  Marfoiaïns,  il  s'en  trouue 
de  deux  fortes  ,  tar  Jes  vns  ont  le  groin 
prefques  aufsi  pointu  que  le  bec  d'vh 
Oye,  &  lès  autres  au  contraire  Font  fi 

rond 


DE-   Jl'AMER  IQJ  E.  29 

rond  &mou0u  qu'il  femble  vne  boule:  & 
partant  à  caufe  de  la  conformité  que  ces 
derniers  ont  auec  les  encapluchonnez, 
nous  les  apeliôs  telles  de  moine:  Quât  au 
rcftedela  forme  de  toutes  les  deux  efpe- 
ces  ,  i'enay  veudecinq&  de  fix  pieds  de 
longrayat  la  queue  fort  large  & fourchue 
&tous  vnpertuis  fur  la  terteyparounon 
feulement  ils  refpirent,  mais  aufsi  iettét 
l'eau  par  la.  Que  û  la  mer  commence  de 
s;efmouuoir,vous  les  verrez  paroiftre  3c 
fe  monftrer  fur  l'eau  ,  foufflans  de  telle 
façon  que  vous  diriez  que  ce  font  porcs 
terreftres.Mais  fur  tout  la  nuit,qu'au  mi 
lieu  des  ondes  &  des  vagues  qui  les  agi- 
tent ils  rendent  la  mer  comme  verte  >  &c 
femblenteux  mefmes  eftre  tous  verts, 
c'efl  vn  plaifirque  de  les  ouyr  ronfler. 
Auflî  les  Mariniers  les  voyans  nager  &C 
fe  tourmeter  de  cefte  façon  prefagent  & 
s'afleurent  de  la  tempefte  prochaine  :  ce 
que  i'ay  veu  fouuent  aduenir.  Et  combié 
qu'en  temps  aflez  modéré  &  la  mer  eftât 
feulement  fl oriflante,  ceft  à  dire,ayant  le 
vent  à  fouhait,  nous  en  vifsiôs/  quelques  abondan- 
fois  en  fi  grande  abondance  Que  tout  \cid*  Mai 
l'entour  de  nous  &  tant  que  naître  veuë 
fe  pouuoit  eftendre,  il  fembloit  que  la, 
mer  fut  toute  de  Marfoûins  ,  ne  fe  laif- 
fans  pas  toutesfois  fi  aifément  prendre 
que  beaucoup  d'autres  fortes  depoiflos 


J  fouins* 


■  m 


~ T 


3° 


HISTOIRE 


fouïm. 


nous  n'en  auions  pas  pour  cela  toutes 
-les  fois  que  nous  eufsions  bien  voulu. 
Sur  lequel  propos  afin  de  tant  mieux  con 
tenter  le  ledeurie  veux  bien  encore  de- 
,   .       clarer  le  moyen  dont  i'ayveu  vfer  aux 

Marner e  \  L  - 

de  prèdre  Matelots  pour  les  auoir.  L  vn  d  entr  eux 
hsMar-    ie  pius  ftilé  &  façonné  à  teilepefche  fe 
tenant  au  guet  auprès  du  Mats  du  beau- 
pré,&  furie  deuant  du  Nauire,  ayant  en 
la  main  vn  arpon  de  fer  emmanché  en  v- 
ne  perche  delà  grofleùr  &  longueur  d'v~ 
ne  demie  picque  &  liez  à  quatre  ou  cinq 
braffes  de  cordeaux,  quant  il  en  voit  ap- 
procher quelques  troupes  eft  choififfant 
vn  entre  iceux  il  luyiette  &  darde  ceft 
engin  de  telle  roideur  que  s'il  Pattaint  a 
propos  il  ne  faut  point  de  l'enferrer. 
L'ayant  ainfi  frappé  ,  il  fille  &  lafchc  là 
corde,  de  laquelle  cependant  il  retient  le 
bout  ferme,  puis  après  que  le  Marfouïn 
(qui  perdant  fon  fang  dans  Peau,  &  en  fe 
débattant  s'enferre  de  plus  en  plus  )  cefi 
vn  peu  affoibli  les  autresMariniers  pour 
aider  à  leur  compagnon  viennent  auec 
vn  crochet  de  fer  qu'ils  appellent  gaffe 
(  aufsi  emmâché  en  vne  longue  perche  de 
bois  )  &  à  force  de  bras  le  tirent  dans  le 
bord.  En  allât  nous  en  prinfmes  enuiron 
vingt  &  cinq  de  cefte  forte. 

Touchant  le  dedans  &  les  parties  inte 
rieures  du  Marfouïn  après  que  comme 

à  vn 


d  e    l'ameri  QJTB.  0 

àvnporceau,aulieu  des  quatre iambons^p4m^ 
onluy  aleué  les  quatre  fanoux ,  fendu -interù*. 
qu'il  eft,  les  trippes  (l'efchirie  fi  on  veut)  J^ 
&  les  coftes  oftees,  quand  il  eft  ainfi  ou- 
uert  &  pendu  ,  vous  diriez  proprement 
que  c'eit  vn  naturel  porc  terreftre  :  attfsi 
a  il  le  foye  de  mefme  gouft  :  vray  eft  que 
la  chair  frefche  Tentant  trop  le  doucea-  , 

ftre  n'en  eft  guère  bonne.  Quant  au  lard» 
tous  ceux  quei'ay  veu  auoyent  commu- 
nément vn  pouce  de  gras:&  croy  qu'il  ne 
s'en  trouue  point  qui  pafle  deux  doigts. 
Partit  qu'on  ne  s'abufeplus  à  ce  que  les 
marchans  &  poiflbnnieres  ,  tant  à  Paris 
qu'ailleurs,  appellent  leur  lard  à  pois  de 
Carefme,qui  a  plus  de  quatre  doigts  def- 
pais,Marfouïn,car  pour  certain  ce  qu'ils 
vendent  eft  de  la  Balene.  Au  refte  par- 
ce qu'il  s'en  eft  trouué  de  petits  dans 
le  ventre  de  quelques  vns  de  ceux  que 
nous  prinfmes  (  lefquels  nous  fifmes  ro- 
ftir  comme  couchons  de  laiét)  fans  m'ar- 
refter  à  ce  que  quelques  vns  pourroyent 
auoir  efcrit  au  contraire,  ie  penfeplu- 
ftoft  que  les  Marfouïns  portent  leur  ven 
tree  ainfi  que  les  truyes,que  non  pas  que 
ils  multiplient  par  œufs  comme  font 
prefques  toutes  hs  autres  efpeces  de 
poiffons.  Dequoy  cependât  fi  quelqu'vn 
me  vouloit  arguer  me  rapportât  pluftoft 
de  ce  fait  à  ceux  qui  en  ont  veu  l'expe- 


J2  H  IS    T    O    I    R   E 

rie'nce ,  qu'aveux  qui  ont  feulement  len 
les  Jiur.es,  tout  ainfi  que  ie  n'en  veux 
faire  ici   autre  deciiion ,    aufsi    nul  ne 
m'empefehera  d'en  croire  ce  que  i'en  ay 
veu, 
\tf*u»s.      Nous  pnnfmes  femblablement  beau- 
coup de  Requiens  ,  lefquels  cftans  dans 
la  mer, quelque  tçanquiîe  de  coye  qu'elle 
foit,  femblët  eftre  tous  verts, Il  s'en  voit 
déplus  de  quatre  pieds  de  long  &  gros 
àraduienâtrmais  pour  n'en  eftre  la  chair 
guère  boiin£,  les  Mariniers  n'en  mangêt 
qu  a  la  necefsité,  &   par  faute  de  meil- 
leurs poiffons  .'  Au  demeurant  ces  Re- 
quiens ayans  la  peau  rude  &  afpre  corne 
vue  lime,  la  telle  plate  &  large  &  la  gueu 
le  aufsi  fendue  qu'vn  loup,  ou  dogue 
d'Angleterre,ne  font  pas  feulemêt  mon- 
iagereux  iti-ueux,mais  auisi  outre  cela, pourauoir 
les  dens  tranchantes  &  fprt  aiguës  fi  ..dan- 
gereux,'que  s'ils  empoignent  vn  homme 
par  la  iambe  ou  autre  partie  du  corp.s,iIs 
emporterot  la  piece,  ou  ils  le  traifherqt 
en  fond,  Aufsi  quâd  les  Matelots  en  têps 
de  Calme  fe  bagnent  dans  la  mer,  ils  les 
craignent  fort:mefmes,quand  nous  en  a- 
uiôsprins(ainfi  que  nous  auôs  fouuet  fait 
auec  des  hameçons  de  fer  aufsi  gros  que 
le  doigt  )  &  qu'ils   eftoyent  fur  le  Tillac 
duNauire,  il  ne  s'en  falloit  pas  moins 
donner  de  garde  ,  qu'on  feroit  fur  terre 

de  quel- 


çrtuek 
mer. 


be    L'a  meèï  qje,  33 

de  quelques  mauuais  chiens  .  N'eftans 
donques  ces  Requiens  propres  qu'à  mal 
faire,  quand  nous  lesauions  bien  tour- 
mentez ,  ou  nous  lesaflbmmions  à  grad£ 
coups  de  maffes,  ou  pour  en  auoir  le  paf 
fetemps  ,  après  leur  auoir  coupé  les  na- 
geoires ,  leur  liant  vn  cercle  à  la  queue 
nous- les  mettions  en  nier. 

Aufurplus,  combien  qu'il  s'en  faille  ^ 
beaucoup  que  les  Tortues  de  mer  qui 
font  fous  cefte Zone  Torride  foyent  fi 
prodigieufes,  que  tPvne  feulede  leur  co- 
quille on  puifîe  couurir  vne  maifon  lo- 
geable, ou  faire  vn  vaiffeau  nauîgable(co 
me  Pline  a  efeript  qu'il  s'en  trouue  de  tel  tuf* 
lestantes  coftes  des  Indes,  qu'aux  Iflese^-i05 
de  la  mer  rouge)fi  eft-ce  neantmoins  que 
pour  y  en  auoir  mefuréde  fi  longues,  Jar 
ges  Si  monftrueufes,  qu'il  n'eft  pas  facile 
dele  faire  croireà  ceux  qui  ne  ont  point 
veu,ieneveux  pas  obmettre  d'en  faire 
mentiô. Entre  les  autres  ie  diray  qu'vne., 
qui  fut  prinfe  au  Nauire  de  noftre  Vice- 
Admiral,  eftoitde  telle  grofïeur  que  qua 
tre  vingts  perfonnes  qu'ils  eftoyent  dâ* 
ce  Vaiffeau  (  à  la  façô  qu'on  à  accouftumé 
de  viure  fur  mer  en  tel  voyage)  en  difne- 
rent  honneftement .  La  chair  approche 
fort  de  celle  de  veau  :  &  de  fait  lardée 
&roftieelle  aprefquesîe  mefmegouft. 
Touchant  là  coquille  ovale  ,  qui  eftoit 

G 


— ~ 


£4  HISTOIRE 

deffus  celle  dont  ie  parle  ,  ayant  plus  de 
deux  pieds  &  demy  de  large  ,  forte  &  ef- 
peiTe  à  Tequipolent,  elle  fut  baillée  au 
iieurdefainte  Marie  noftreCapitaine,le- 
quel  la  garda  pour  faire  vue  Targue.  Voi 
ci  fernblablernêt  la  manière  comme  ie  les 
ay  veu  prendre  .  En  beau  temps  &  calme 
Faconde  (car  la  mer  efmeuë  on  les  voit  peu  fou- 
fre7^re     uent  )  qu'elles  montent  &  fe  tiennent  au 

les  Tortues  _   '     £    ';  .      /i'V-ii  11 

firmer,  deffus  de  l'eau,  le  foleil  leur  ayant  telle- 
ment efchauffé  le  dos  &  la  coquille  ,  que 
elles  ne  le  peuuet  pltfs  endurer,afin  de  fe 
rcfraifchir,elles  fe  virent^  tournêt  ordi 
nairemët  le  ventre  en  haut.  Ce  qu'apper- 
ceuans  les  Mariniers, s'approchans  dans 
leur  Barque  le  plus  coyemët  &  plus  pre» 
qu'ils  peuuent,les  accrochansentre  deux 
coquilles  auec fes  gaffes  de  fer  (  dont  i'ay 
ia  parlé  )  à  grand  force  ,  &  quelques  fois, 
tant  que  quatre  ou  cinq  hommes  peuuet 
tirer  ils  les  mettet  dans  leurBateau. Voi- 
la ce  que  i'ay  voulu  dire  fommairement, 
tant  des  Tortues  que  des  poiffons  que 
nous  prinfmes  pour  lorstie  parleray  en- 
cores ci  après  des  Dauphins,  &  mefme^ 
des  Baleines  &autres  Monftres  marins. 

CHAP.  II II. 


De  t *Equator<yOuligne  Equinocliale:  enfern** 
ble  des  Tepefies, inconftances  des  Vens>  Pluyc 


e>£  l'ami  riqje.  35 

infeBe,Chaleurs->foif-,&  autres  incommodité^ 
que  nous  eufmesy  &  endurafmes  aux  enuirons 
&  fous  icelle* 

5our  retourner  ànoftrenaui- 
j/gationjnoftre  bon  vent  nous 
Seftât  failli  à  trois  ou  quatre 
Idegrez  au  deçà  de  PEquator* 
anon  feulement  nous  eufmes 
vn  temps  fort  fafcheux ,  entre  niellé  de 
pluye  &  calme  >  mais  aufsi  felon  quela 
nauigation  eftdifiîeile,voire  tresdange- 
reufe  auprès  de  cefte  ligneEquinodiale, 
ïy  ay  veu,à  caufe  de  l'inconftance  des  di- 
uers  vens  qui  fouffloyent  tous  enfemble, 
îios  trois  Nauires,quoy  quils  fuffent  af- 
fez  pies  Tvn  de  l'autre  ,  &  fans  que  ceux 
qui  tenoyent  les  Timons  &  Gouuernails  Experiece 
euflent  peu  faire  autrement, chacun  Vaif  iefmc^' 
feau  eftre  pouffe  de  fon  vent  à  part  :  de  vents  près 
façon  que  comme  en  triangle,  Vvn  allait  f/*us 
à  f  Eft,l'autre  au  Nord,&fautre  à  l'Ocft:  ^ 
vray  eft  que  cela  ne  duroit  pas  beaucoup) 
car  foudains'efleuoyent  des  tourbillôs, 
que  les  Mariniers  de  Normandie  appel- 
lent grains,  lefquels  après  nous  auoir 
quelques  fois  arreftez  tout  court, au  con- 
traire tout  à  Pinftant  ternpeftoyét  fi  fort 
dans  les  voiles  de  nos  Nauires  ,  que  c'eft 
merueille  qu'ils  ne  nous  ont  virez  cent 
fois  les  Hunes  en  bas,  &  la  Guille  en 

C    2 


- 


$6  HISTOIRE 

haut  c'eft  à  dire,  ce  defïus  deflous. 

Au  furplus  la  pluye  qui  tombe  fous  & 
es  enuirons  de  cefte  ligne  3  nonfeulemct 
put  &  fent  fort  mal, mais  aufsi  eft  fi  corl- 
tagieufe  que  fi  elle  tombe  fur  la  chair  il 
s'y  leuera  des  puftules  &  groiTes  vefsies: 

*&«**  &  mefme  tache  &  §afte  Ies  habillemens. 

gitufe.  Dauâtage  le  foleii  y  eft  fi  ardent ,  qu'ou- 
tre les  chaleurs  extremes  &  véhémentes 
que  nous  y  endurios  ,  encores  parce  que 
nous  n'y  auions  pas  l'eau  douce  ■  n'y  au- 

Extremes  tre  bruuage  à  commandement  3  ni  hors 

chaleurs,  jes  deux  petits  repas  ,  y  eftions  nous  mer 
ueilleufemétpreffez  de  foif.  De  ma  part 
&  pour  Pauoir  effayé  l'haleine  &  le  four- 
fie  m'en  eftans  prefque  faillis,  Pen  ay  per 
du  le  parler  Pefpace  de  plus  dVne  heure. 
Que  fi  qu'elcun  dit  ladelfus  mourans  ain- 
fï  de  foif  au  milieu  des  eaux  (  fans  imiter 
Tantalus)il  ne  feroit  pas  pofsible  en  tel- 
le extrémité  de  boire  ou  pour  le  moins 
fe  refrefehir  la  bouche  de  l'eaii  de  la  mer: 
ie  refpond  que  quelque  recepte  qu'on 
me  peut  alleguerde  la  faire  paffer  par  de- 
dans de  la  cire  ,  ou  autrement  Pallarnbi- 
quer  (  ioint  que  les  branflemens  &  tour- 

Eaude     mentes  des  VaiiTeauxfiotta'ns  fur  la  mer 

JueT^°f  nt  ^ont  Pas  ^ort  Pr°pi'e>  ni  pour  faire  les 
boire.       fourneaux  ni  pour  garder  les  bouteilles 
de  cafler)que  ie  croy  (finon  qu'on  voulut 
ietter  les  trippes  &  les  boyaux  inconti- 
nent 


DE      L'A  M  E  R  I  QJ  E.  j/ 

lient  après  qu'elle  feroit  dans  le  corps) 
qu'il  n'eft  queftion  d'en  goutter  ,  moins 
d'en  aualer.Neantmoins,comme  on  voit 
quant  elle  eft  dans  vn  verre*  elle  eftaufsi 
claire,pure,  &  nette  extérieurement  que 
eau  de  fontaine  ni  de  roche  qui  fe  puifïe 
voir.Etau  furplus  (chofe  dequoy  ieme 
fuis  efmerueillc  &que  ie  laiffeà  difputer 
aux  Philofophes  )  fi  vous  mettez  trem- 
per dans  l'eau  de  mer  du  lard  ,  du  haren 
ou  autres  chairs  &  poiffons  tant  falez 
puififent  ils  eftre,  ils  fe  defifaleront  mieux 
8c  pluftoft  qu'ils  ne  ferôt  en  Peau  douce. 
Or  pour  reprendre  mon  proposée  co- 
ble de  noftreaffliâion  fous  cefte  Zone 
bruflâtefuttelle,quenoftre  bifcuit(à  cau^ 
fe  des  grades  &çôtinuelle.s  pluyes  qui  a- 
uoyét  pénétré  iufquesdas  la  Soute)  eftat 
deflors  gafté&moifi,n'en  ayâs  neâtmoins 
pas  à  demi  noftre  faoul  de  tel,  non  feuler- 
ment  il  nous  le  falloit  ainfî  mâger  pour- 
ri,  mais  auisi  fur  peine  de  mourir  dçpJmj 
faim,&  fans  en  rien  ietter,nous  aualliôs 
autant  de  vers  (dont  il  eftoit  à  demi)  que 
nous  faifions  de  miettes,  Dauantagenos 
eaux  douces  eftoyent  fi  corrompues ,  8c  Eau  douce 
femblablemët  fi  pleines  de  vers,  que  feu-  r°rrïf>uc. 
lemêt  en  les  tirant  des  vai fléaux  en  quoy 
on  les  tient  fur  mer,  ilny  auoit  fi  bon 
cœur  qui  n'en  crachaft:mais  encores,  qui 
eftoit  bien  le  pis ,  quant  on  la  buuoit  il 

c  3 


'■  «p- 


« 


38  HISTOIRE 

falloit  tenir  la  tafïe  dVnemain  &  ,à  eau- 
fe  de  la  puanteur ,  boucher  ie  nez  de 
l'autre. 
Contre  Us  Que  dites  vous  la  deflus  mefsieurs  les 
Micau.  délicats  ?  qui  eftans  vu  peu  preffez  de 
chaut,apres  vous  eftre  bië  faits  teftoner, 
■&  change  de  chemife  aimez  tantd'eftre  à 
requoy  dans  vne  chaire,  ou  fur  vnlict 
verd  en  la  belle  fale  fraifche  ?  &  qui  ne 
fauriez  prendre  vos  repas  fi  la  vaiflelle 
n'eft  bien  luyfànte,le  verre  bien  fringue, 
les  feruiettes  bien  blanches,  ie  pain  bien 
chappie,  la  viande,  quelque  delicate  que 
elle  foit,  bien  proprement  apreftee  & 
feruie,  &levin  ou  autre  bruuage  clair 
come  vne  Emeraude?  voulez  vous  ,  vous 
âlierembarquer  pour  viure  de  telle  façô? 
comme  ie  ne  le  vous  confeille  pas,  & 
qu'il  vous  en  prendra  encores  moins  de 
ènuie  quand  vous  aurez  entendu  ce  qui 
nous  auint  à  noftre  retour,  aufsi  vous 
voudrois  ie  bien  prier  ,  quand  on  parle 
de  la  mer,&  fur  tout  de  tels  voyages, n'en 
fâchas  autre  chofe  que  par  les  liures,  ou 
feulement  en  ayant  ouy  parler  à  ceux  qui 
n*en  reuindrét  iamais,vous  nevouluffiex 
pas,cn  ayat  le  derfus,vêdrc(côme  on  dit) 
vos  coquilles  à  ceux  qui  ont  efté  à  S.Mi- 
chel .  Ccft  à  çlire  ,  que  vous  defferifsiez 
vn  peu  &  laifsifsicz  difeourir  ceux  qui 
en  endurans  tels  trauaux  ont  efté  à  la 

pratique 


D!    L'  A  M  E   R  I  CLY  E  $9 

pratique  des  chofes,  Icfquelles,  pour  en 
parler  à  la  vérité  ,  ne  fe  peuuenc  bien 
gliffer  au  cerueau  ni  en  l'entendement 
des  hommes  finon  (  ainfi  que  dit  le  pro- 
uerbe)  qu'on  ait  mangé  delà  vache  en- 
ragée. 

Surquoy  i'adioufteray,  tât  fur  ceci  que 
fur  le  premier  propos  que  i'ay  touché 
concernant  la  variété  des  Vents  >  Tem- 
peftes  ,  Pluyes  infedes.  Chaleurs  ,  &  en 
fomme  ce  qui  fe  voit  tant  fur  mer  en  ge- 
neral que  principalemétfous  l'Equator, 
que  i'ay  veu  vn  de  nos  Pilotes  nôm|  lean  ^on  «ri- 
de Meun  ,  de  Harfeur  lequel ,  bien  qu'il  {*«/*** 

r  •    4         •  -o  *      l  lettres. 

ne  Iceut  ni  A,  ni  B>auoit  neantmoins  par 
la  longue  experience  auec  fcs  cartes  5  À- 
ftralabes,  &  Bafton  de  Iacob  fi  bien  pro- 
fité en  Part  de  la  nauigation  ,  qu'à  tout 
coup  il  faifoit  taire  vn  fcauant  perfon- 
nage  (que  ie  ne  nommeray  point  )  lequ^^l 
eftant  dâs  noftre  Nauire  triomphoit  tou 
tesfois  de  parler  de  la  Théorique  .  Non 
pas  que  pour  cela  ie  côdamne  ou  vueille 
blafmer  en  façon  que  ce  foit  les  fciences 
qui  s'acquièrent  &  apprennent  es  efcho- 
les,&  par  l'eftude  des  liuresrrien  moins;, 
tant  s'en  faut  que  ce  foit  mon  intention: 
mais  bien  requerroy-ie  fans  tant  s'arre- 
fter  à  l'opinion  dequique  ce  fuft',  qu'on 
ne  m'alleguaftiamais  raifon  contre  l'ex- 
périence d'vrte  chofe.  le  prie  donc  le  le- 

C  4 


1     M1-"" 


- 


40  HISTOIRE 

cïeur  de  me  fuporterfi  en  merefouueiîâfe 
de  noftrepain  pourri  &  de  nos  eaux  pu- 
antes, &  le  comparant  auec  la  bonne  che 
re  de  ces  grans  cenfeurs  ,  faifant  cefte  di- 
grefsion  ie  me  fuis  vn  peu  mis  en  colère 
contre  eux  .  Au  furplus  plufieurs  Mari- 
niers 3  à  caufe  des  incornoditez  fufdites, 
après  auoir  mangé  tous  leurs  viures  en 
ces  endroits  là,  c'eft-à  dire  fous  la  Zone 
Torride  ,  fans  pouuoir  paffer  outre  ont 
elle  contraints  de  relafcher  &  retourner 
en  arrière  d'où  ils  eftoyent  vepus. 

Quant  à  nous,  après  que  nous  eufmes 
demeuré,  viré  ,  &  tourné  ,  enuironcinq 
feprnaines  en  telle  mifere  que  vous  aue£ 
ouy,eftans  ainfi  peu  à  peu  à  grandes  dif- 
ficultés approche*  de  cefte  ligne  Equi- 
noétiaîe,Dieu  ayât  pitié  de  nous  &  nous: 
enu'oy.antle  vent  de  Nord  Nord'eft  >le 
quatrième  iour  de  Feuricr  nous  fufmes 
pouffez  iufques  droit  deffous  içelle.  Elle 
eiT:  appelée  Equinoctiale  ,  pource  qu'en 
toutes  faifons  les  iours  "&  les  nuits  y  fôt 
toufiours  efgaux.  Et  au  furplus  quant  le 
Soleil  eft  droit  en  cefte ligne,ce  qui  auiét 
lf"*%f~_  deux  fois  l'année  ,  aflauoirPvnheme  de 
lepoHTCjuoy  Mars  &  le  treficrrie  de  Septébre,les  iours; 
&  les  nuits  font  efgaux  par  tout  le  mode 
vniuerfel  :  tellement  que  ceuxqui  habi- 
tent fous  les  deux  Poles,  Arâ:ique&  An 
tarclique,  participans  feulemet  ces  deux 

iours 


U 


ainji  ap 
y  elle e. 


DE    L'A  ME  R  I  Oy  E  41 

iours  dé  Pannee  du  iour  &  de  la  nuit,  des 
le  lendemain  les  vnsou  les  autres(chacun 
à  ion  tour;  perdet .le  Soleil  de  veuë  pour 
demi  an. 

Ccdit  iour  doneques  quatrième  de 
Feurier,que  nous  paflafmes'leCehtre  du 
monde,  les  Matelots  fir  et  les  ceremonies 
pareuxaccouftumees  en  ce  tant  fafcheux 
&  dangereux  paffage.  Aflauoir,delier  de 
cordes  &  plonger  en  mer  ,  ou  bien  noir- 
cir &  barbouiller  le  vifage  auec  vn  vieux 
drappeau  frotté  au  cul  delà  chaudière, 
ceux  qui  n'ôt  iamais  paflel'Equator  pour 
les  en  faire  fouuenir  :  toutesfois  on  fe 
peut  racheter  &  exempter  "de  cela,  corne 
ie  fis, en  leur  payant  le  via 

Ainfi  fans  interuale ,  nous  finglafmcs 
dé  noftre  bon  vent   de   Nord-Nordeft 
iufques  à  quatre  degrez  au  delà  de  la,  H- 
gne  Equinodiale.  Dés  la  nous  commen- 
çâmes de  voir  lePoleÀ'htarftique  lequel  ^T 
'  les  Mariniers  de  Normandie   âppelent  Jtntarai* 
PEftoile  du  Su:à  Pentour  de  laquelle,cô- iHe- 
me  ie  remarquay  dés  lors,  il  y  a  certaines 
autres  Eftoiles  en  croix  qu'ils  appeknt 
aufsi  la  croifee  du  SuXomme  au  fembla 
ble  quelque  autre  a  eferit ,  que  les  pre-  Hift.  ge, 
miers  qui  de  noftre  temps  firët  ce  voyage  ff*™* 
rapporterent,qu'il  fe  voit  toufiours  près    ?i*  ' 
d'iceluy  Pole  Antar&ique,  ou  midi ,  vne 
petite  nuée  blanche  &  «pâtres  eftoilles 


n  m 


42  HISTOIRE5 

en  croix,auec  trois  autres  qui  refTernblét 
à  noftie  Septentrion .  Or  il  y  auoit  défia 
long  temps  que  nous  auions  perdu  de 
veuë  le  Tôle  Ar&ique:  &  diray  ici  en  paf 
fant  non  feulement,ainfi  qu'aucuns  pen- 
fent,  &  qu'il  fembleaufsiparla  Sphere 
qu'il  fepuifle  faire  qu'on  ne  fcauroit  voir 
Jes  deux  Poles  quant  on  eft  droit  fous 
i'Equator,  mais  mefmes  n'en  pouuans 
voirnil'vnni  l'autre,  il  faut eftre  efloi- 
gne'  d'enuiron  deux  degrez  du  cofte'  du 
Nord  ou  du  Su  pour  voir  l'Arctique  ou 
l'Antarctique. 

Le  trezieme  dudit  mois  de  Feurier 
que  le  temps  eftoit  fort  beau  &  clair, 
nos  Pilotes  &  Maiftres  de  Nauires  ayans 
prinshauteur  à  TAftralabe^nous  affeure- 
Sdeîtpow  rent  que  nous  auions  leSoleil  droit  pour 
Zeni ,  &  en  la  Zone  û  droite  &  directe 
fur  la  tefte ,  qu'il  eftoit  impofsible  de 
plus.  Et  de  fait,  ainfî  que  moy  &  d'autres 
experimentafmes  C  quoy  que  nous  plan- 
tilsions  des  dagues,coufteaux,  poinfons 
&  autres  chofes  fur  le  Tillac  )  les  rayons 
nous  donnoyent  tellement  à  plomb,  que 
nous  ne  vifmes  nul  ombrage  ce  iour  la 
ennoftre  VaifTcau.  Quant  nous  fufrnes 
par  les  douze  degree ,  nous  eufmes.tor- 
mente  qui  dura  trois  ou  quatre  iours. 
Et  après  cela  (  tombans  en  l'autre  extré- 
mité; la  mer  fuft  fi  tranquile  &  calme, 

quenos 


2.  «ni, 


D  E      L'A  M  E  R  I  QV  E.  4J 

que  nos  Vaifleaux  demeurans  fix  fur 
feau  nous  ne  fufsions  iamais  bougez 
de  là  ,  file  temps  ne  fc  fuft  changé, 
&  le  ventefleué  pour  nous  faire  pafler 

outre. 

Or  nous  n'auions  point  encores  ap-^w 
perçeus  de  Baleines  en  tout  noftre  voya- 
ge ,  mais  en  ces  endroits  nous  en  vifmes 
d'affez  près  pour  les  bien  remarquer. En- 
tre autre  il  y  en  eut  vne,  laquelle   fe  le- 
uant  près  de  noftre  Nauire ,  me  fit   fi 
grand  peur  que  véritablement  iufques  à 
ce  que  ielavis  mouuoir  iepenfois  que 
ce  fuft  vn  rocher  contre  lequel   noftre 
Vaifleau  s'allait  hurter  6c  brifer.Fobfer- 
uay  quant  elle  fe  voulut  plonger,  qu'elle 
leuaia  tefte  hors  de  la  mer,  &  ietta  en 
l'air  par  la  bouche  plus  de  deux  pipes 
d'eau  :  &  pifis  en  fe  cachant ,  fit  vn  tel  & 
fi  horrible  bouïllon,que  îe  craignois  en- 
cores que  nous  attirans  après  foy  ,nous 
ne  fufsions  engloutis  dans  ce  gouffre. 
Et  à  la  vérité  corne  dit  le  Pfalmifte  ,  c'eft  Pfcio* 
horreur   de  voir  ces  Monftres    marins  a6- 
s'esbatre  &  fe  ioûer  ainfi  à  leur  aife  par- 
mi la  mer. 

Nous  vifmes  aufsi  des  Dauphins  let-  ^An^im 
quels  fuyuis  depJufieursefpeces  depoif-M^ 
fons,to'difpofez  &  arrégez  ainfi  quVne^^ 
uoupe  &  copagnie  de  Soldats  marchans 


■  m 


"       "        'V 


- 


leur  au- 

quel nous 

H 

tiefîeuurif 

^P 

mes  lysA  - 

■ 

merique^ 

\Americ 

Veïfuce 

a  le  pre- 

mier  de/cou 

uertla  ter 

re  du  Hre~ 

fil. 

44  HISTOIRE 

après  leur  Capitaine,  paroiffoyent  dans 
l'eau  de  couleur  rougeaftre.il  y  en  eut  vn 
entre  les  autres  lequel,  comme  s'il  nous 
euft  voulu  chérir  &  careffer,  tournoya  3c 
enuironna  fix  ou  fept  fois  noftre  Naui- 
re.  Enrecompenfe  dequoy  nousfîfmes 
tout  noftre  effort  pour  le  vouloir  pren- 
dre ,  mais  luy  faifât  toufiours  dextremêt 
la  retraite  auec  fa  compagnie,  il  ne  nous 
fut  pas  pofsible  de  Padioindre  à  nous. 

C  H  A  F.     V. 

Du  defcruurement  &  premiere  veuè  que 

nom  eufmesitant  de  Vlnde  Occident  aie-,  ou  ter 

re  du  B  refila  que  des  Saunages  habit  ans  en  icel 

le: auec  taut  ce  qui  nom  adutnt  fur  rneriufques 

fous  U  Tropique  de  Capricorne. 

PRES  cela  nous  eufmes  le 
vent  d'Oueft  qui  nous  eftoit 
propice,  &  tant  nous  dura 
que  le  vingtiîxierne  iourdu 
^  mois  de  Feurier,  1557. prins 
a  la  natiuite',  enuiron  huit  heures  du  ma- 
tin nous  eufmes  la  veue  de  Tlnde  Occi- 
dentale terre  du  Brefil,  quarte  partie  du 
monde,  #  incogneuë  des  anciens,  autre- 
ment dite  Amérique  du  nom  de  celuy  qui 
premièrement  la  defcouurit  enuiron  l'an 
1497.  Il  ne  faut  pas  demander  fi  nous  tuf 

mes 


. 


de  l'a  meriqve..  45 

mesioyeux,  & 'fi  nous  voyans  fi  proche 
du  lieu  ou  nous  prétendions, nous  en  rë- 
difmes  graces  à  Dieu  de  bon  courage.  Et 
de  fait  y  ayant  près  de  quatre  mois  que 
nous  bradions  &  flouons  furmer,il  nous 
cftoit  aduis  que  nous  y eftans  exilez  & 
confinez,  nous  ne  deufsions  iamais  met- 
tre pied  à  terre.  Ainfi  après  que  nous  euf 
mes  apperceu  tout  à  clair  que  c'eftoit  ter 
referme  que  nous  auions  defcouuerte, 
ayanslevent  propice  &  mis  le  cap  droit 
deffus  ,  dés  le  mefme  iour  nous  vinfmes 
furgir  &  mouiller  l'Ancre  à  vne  demie 
lieue  près  d'vn  lieu  montueux  &  terre  jj^p 
fort  haute  appelée  Huuajfou  par  les  Sau-  l 

uages.La,apresauoir  mis  la  Barque  hors{.cMwj^ 
du  Nauire ,  &  felon  la  couftume  quad  on  tmux  en 
arriue  en  ces  pays  la,  tiré  quelques  coups  ^m~ 
de  Canons  pour  aduertir  les  habitans, 
nous  vifmes  Incontinant  grand  nombre 
d'hommes  &  de  femmes  Sauuages  furie 
Viuage  de  la  mer.Cependant  (comme  au- 
cuns de  nos  Mariniers  ,  qui  auoyent  au- 
tresfois  voyagé  par  delà   recogneurent 
bien)c'eftoyent  de  la  nation  nômeeMar-  M*r- 
faîas ,  alliée  des  portugais,  &  par  confe- gâtas 
quent  tellement  ennemie  des  François,  ennem% 
que  s'ils  nous  euflfent  tenus  à  leur  aduan-  dts  Fran- 
tage,  nous  n'eufsions  payé  autre  rançon  '•*■ 
finon  qu'après  nous  auoir  affommez  ,  & 
mis  en  pieces  nous  leur  eufsions  ferui  de 


herbvs  tott- 
fiours 
Iterdoyans 
en  l'aime- 
tique. 


46  HISTOIRE 

viandes. Nous  commençafmes  au/si  lofs 
de  voir  premièrement,  voire  en  ce  mois 
de  Feurier  (  auquel  à  caufe  du  froid  &  de 
la  gelée  toutes  chofes  font  fi  referrees  &: 
cachées  par  deçà  &  prefque  par  toute 
l' Europe  au  ventre  delà  terre)les  forefts, 
bois  ,  &  herbes  de  celle  contrée  la  aufsi 
verdoyantes  que  font  celles  de  noftre  Fra 
ce  au  mois  de  May  ou  de  Iuin  :  ce  qui  fe 
voit  tout  le  long  de  Tannée ,  &  en  toutes 
faifons  en  celle  terre  du  Brefil. 

Or  nonobftant  celle  inimitiéde  nos 
tJMargSas  à  rencontre  des  François,  la- 
quelle eux  &  nous  difsimulions  tant  que 
nouspouuions,noftre  Cotremaiftre,qui 
fauoit  vn  peu  gergonner  leur  langage, 
s'eftant  mis  dans  noftre  Barque  auec  qi  el 
ques  autres  Matelots  s'en  alla  contre  Je 
riuage,ou  en  grofles  troupes  nous  voyôs 
ces  Sauuages  aifemblez  .  Toutesfois  nos 
^ens  ne  fe  flans  en  eux  que  bien  à  point, 
afin  d'obuier  au  danger  ou  ils  fe  fufTent' 
permettre  d'eftre  'Boucane^  c'eft  à  dire,  - 
roftiz  ,  ils  n'approchèrent  pas  plus  près 
de  terre  que  la  portée  de  leurs  flefches. 
Ainfi  leur  monftrans  de  loin  des  cou- 
fteaux  9  des  mirouers  &  autres   bague- 
nauderics  ,  &  les  appelans  pour  leur  de- 
mander des  viurcs  ,  fi  tort  que  quelques 
vnsquis'aprocherent  le  plus  près  qu'ils 
peurent,Peurent  entedu,  fans  fe  faire  au- 
trement 


rDE     L'A  M  E  H  I  QJ  E.  47 

trement  prier   plufieurs    d'entr'eux  en 
grande  diligence  nous  en  allèrent  quérir 
Noftre    Contremaiftre  doncques  à  fou 
retour  non  feulement  nous  rapporta  de 
la  farine  faite  dVne^racine  laquelle  les  f««w* 
Sauuages  mangent  au  lieu  de  pain ,  dps  r*?u™s&dts 
iambons,&  de  la  chair  d'vne  certaine  ef-  $duua&*. 
pece  de  Sangliers^auec  d'autres  vi&uail- 
les  &  fruits  à  fuffifance  tels  que  le  pays 
les  porte ,  mais  aufsi  pour  nous  les  pre- 
fenter  fix  hommes  &  vne  femme  ne  tiret 
point  de  difficulté  de  s'ébarquer  &  nous 
venir  voir  en  noftre  Nauire,   Or  parce       . 

_  f  .  x  Premiers 

que  ce  furent  les  premiers  Sauuages  que&MUUaSeg 
ic  vis  de  près  ,  ie  vous  laiffe  à  penfer  fi  ie  y<w.   & 

r  .    ■  *=     "•  ■  •  *i      dtftrttsfaf 

les  regarday  &  conteplay  attentiuemet.  ^teur 
Partant  encores  que  ie  referue  à  les  def- 
crire  &  defpeindre  au  long  en  autre  lieu 
plus  propre ,  fi  en  veux  ie  dire  dés  main- 
tenant quelque  choie  en  pàffant. Premiè- 
rement tant  les  hommes  que  la  femme 
eftoyent  aufsi  entièrement  nuds  que  quât 
ils  fortirent  du  ventre  de  leur  mere  :  ne- 
antmoins  pour  eftre  plus  bragards  ils  e- 
ftoyent  peinturez  &  noircis  .par'  tout  le 
corps. Les  hommes  au  refte,  à  la  façon  6c. 
comme  la  couronne  dVn  moyne,  eftoyét 
tondus  fort  près  fur  le  detiant  de  la  tefte, 
mais  fur  le  derrière  portoyent  les  che- 
ueux  longs:  &  toutesfois,  ainfi  que  ceux 
qui  portent  leur  perruque  par  deçà ,  vn 

peu 


48  HISTOIRE 

peu  roignez  à  Pétour  du  col.  Au  furplui 
ayans  tous  les  leures  de  defïbus  trouées 
&:  percées,  chacun  y  auoit  vne  pierre  ver 
te  bien  proprement  appliquée  &  comme: 
enchaflee,laquelle  eftant  de  la  largeur  & 
rondeur  d'vn  tefton ,  ils  oftoyent  de  re- 
mettoyent  quant  bon  leur  fembloit .  Et 
combien  qu'ils  portent  telles  chofes  en 
penfans  eftre  mieux  parez,  tant  y  a  neât- 
moins  quand  cefte  pierre  eft  oftee,&que 
cefte  grande  fente  en  la  leure  de  defious 
leur  fait  comme  vne  fecôde  bouche,  cela 
les  desfigure  bien  fort .  La  femme.ainfï 
que  celles  de  par  deçà  ,  portoit  les  che- 
ueux  longs  :  auoit  la  leure  non  fendue 
mais  bien  les  oreilles  percées  &  des 
pendans  d'os  blanc  dans  les  trous.  le  re- 
futeray  ci  après  Perreur  de  ceux  qui  nous 
ont  voulu  faire  acroire  que  les  Sauuages 
eftoyentveluSéOr  auâtquede  partir  d'à- 
uec  nous, les  hommes  &  principalement 
deux  ou  trois  vieillards  qui  fembloyent 
eftre  des  plus  apparens  de  leur  parroiffe 
(comme  on  parle  par  deça)alleguans  que 
il  y  auoit  en  leur  contrée  du  plus  beau 

Hufiiis    bois  de  Brefil   Hui  fe  Peufl:  trouuer  en 

Sauuages   tout  le  pays,  promettons  de  nous  aider  à 

TtraZl  Ie  couper  &  porter  ,  &  au  refte  nous  af- 

fifterde  viures  firent  tout  ce  qu'ils  peu- 

rent  pour  nous  perfuader  décharger  là 

noftre  Nauire.  Mais  parce  que  cela  cftoit 

nous 


de  l'ameriqje.  49 

nous  appeller  &  faire  finement  mettre 
pied  en  terre,  pour  puis  après  (ainfique 
i'ay  ia  dit  )  comme  nos  ennemis  qu'ils  e- 
ftoyent,  nous  mettre  en  pieces  &  noi^s 
manger,outre  que  nous  têdions  ailleurs3 
nous  n'auions  garde  de  nous  y  arrefter. 

Ainfi, après  qu'auec  graade  admiratiô 
nos  MargMas{\e((\i\Q\$  pour  quelque  cou 
fideration  &  dangereufe  confequence, 
nous  ne  voulufmes  fafcherni  retenir)eu~ 
rent  bien  regardé  noftre  Artillerie,  & 
tout  ce  qu'ils  voulurent  dans  noftre  Vaif 
feau,eftans  prefts,&  demandas  de  retour 
ner  en  terre  vers  leurs  gens  qui  les  atten- 
doyêttoufiours  furie  riuage^  ilfuft  que- 
ftion  deles  contenter  des  viures  qu'ils 
nous  auoyeht  apportez.  Et  d'autant  que  Nuj  ^ra  e 
ils  n'ont  nul  vfage  de  monnoye  ,  le  paye-  demon- 
ment  que  nous  leur  fifmes  fut,  des  chemi  ^e/ntrf 
les,  elescoulteaux,  des  haims  a  peicher,^. 
des  mirouers  ,  &  autre  marchandife  &: 
mercerie  propre  à  trafiquer  auee  eux. 
Mais  pour  la  fin  &  bon  du  ieu:  tout  ainft 
que  ces  bonnes  gens,  tous  nuds  àleur  ar- 
riuee  n'auoyent  pas  efté  chiches  de  nous 
rnôftrer  le  cul  &  tout  ce  qu'ils  portoyet, 
aufsi  au  départir  qu'ils  auoyét  veftus  les 
chemifes  que  nous  leurauions  baillées 
(n'ayans  pas  accouftuméd'auoir  lingesni 
autres  habillemês  fur  eux)  quad  fe  vint  à 
s'afloir  en  la  Barque,craignans  de  les  ga- 

D 


50  HISTOIRE 

Ctuiiin     fter  en  les  trouflans  iufques  au  nombril, 
vrayement  &  defcouurans  ce  que  pluftoft  il  falloit 

efirage  &  i  ■  i  i  /  i 

fauuage.  cacherais  voulurent  en  prenant  congé  de 
nous  que  nous  vifsions  encores  leur  der 
riere  éc  leurs  fefl'es  •  Ne  voila  pas  d'hon- 
neftes  officiers,  &  vne  belle  ciuilité  pour 
des  Ambafladeurs  ?  Car  nonobftant  le 
prouerbe  fi  commun,  en  la  bouche  de 
tous  nos  autres  ,  que  la  chair  nous  eft 
plus  proche  &plus  chère  que  la  chemife, 
eux  tout  au  contraire  tant  pour  nous 
monftrer  qu'ils  n'en  eftoyent  pas  la  lo- 
gez ,  que  pour  vne  grande  magnificence 
en  noftre3endroit ,  en  nous  monftrans 
le  cul  préférèrent  leurs  chemifes  à  leur 
peau. 

Or  après  que  nous-nous  fufmes  vn 
peu  refraifchis  en  ce  lieu  ,  &  que  quoy 
que  les  viandes  qu'ils  nous  auoyent  ap- 
portées, nous  femblafient  eftrangesàce 
commencement,  nous  ne  laissions  pas 
toutesfoisjà  caufedela  necefsité,  d'en 
bien  manger,  des  le  lendemain, qui  eftoit 
vn  iour  de  dimanche, nous  leuafmes  l'An 
cre  &  fifmes  voiles. Ainfi  coftoyans  la  ter 
re  &  tirans  ou  nous  prétendions  d'aller, 
nous  n'eufméspas  nauigue'  neufou  dix 
lieues  que  nous  nous  trouuafmes  àl'en- 
Fmdes    droit  d'vn  Fort  des  Portugais   nommé 
ÎZZiï Par  eux  SPIRITVS  SANCTVS 
titm'fim-\8c  parles   Sauuages  mjlloab)  lefquels 
**■  reco- 


"^ 


DE    t'A  M  E  R  I  QJ  É  5I 

recognoifTans,  tant  noftre  equipage  que 
celuy  de  la  Carauelle  que  nous  emme- 
nions (laquelle  aufsi  ils  iugerent  bien 
que  nous  anions  prinfe  fur  ceux  de  leur 
nation)  nous  tirèrent  trois  coups  de  Ca- 
nons :  &  nous  femblablementpour  leur 
refpondre  trois  à  eux.  Toutesfbis, parce 
que  nous  eftions  trop  loin  pour  la  portée 
du  Canon,  ce  fut  fans  offencer  ni  les  vns 
ni  tes  autres. 

Pourfuyuans  doneques  noftre  route, 
&  coftoyans  toufiours  la  terre,nous  paf- 
fafmesaupres  d'vn  lieu  nomméTapermry,  Tape- 
on  à  l'entrée  de  la  terre  ferme,  &  à  Tern-  rniru 
boucheure  de  la  mer,ily  a  des  petiteslfles 
&  croy  que  les  Sauuages  ,  demeurans  en 
ce  lieu  là,  font  amis  &  alliez  des  Fran- 
çois. 

Vn  peu  plus  auant,&par  les  vingt  de- 
grès  ,  habitent  d'autres  Sauuages  nom-  ^arai" 
mez  Paraibes^n  laterre  defquels,  comme 
ie  remarquay:en  partant ,  il  fe  voit  de  pe- 
tites montagnettes  faites  en  pointe  &  en 
ferme  de  cheminées  .  Le  premier  iour  de 
Mars  nous  eftions  à  la  hauteur  de  ce  que 
tes  Mariniers  appelent  les  petites  Baffes,  Lespetî: 
<feft#àdire,  efeueils  ou  pointe  de  terre  ^  ^/^ 
çntremefiee  de  petits  rochers  qui  s'auan- 
cent  en  mer,lefquels,craignans  que  leurs 
vaiffeaux  n'y  touchent5ils  euitent  autant 
qu  il  leur  eft  pofsible* 

D    z 


■■mhb&p* 


9 


HISTOIRE 


Qtïê- 

tacas 

Sauuagcs 


viure 
tout 
bare  & 
étrange. 


A  l'endroit  de  ces  Bafles^nousdefcou-* 
urifmes  &  vifmes  tout  a  clair,  vne  terre 
plaine  laquelle, l'enuiro  de  quinze  lieues 
de  longueur  ,  eft  poffedee  &  habitée  des 
O^-i^^Sauuages  fi  farouches  &  eftrà- 
ges,  que  corne  ils  ne  peuuêt  demeurer  en 
/*#*<£«  paix  l'vn  auec  1  autre,auisi  ont  ils  guerre 
&ieur  ouuerte&  continuelle  tant  contre  tous 
tc°n'edu  leurs  voifins  5  que  généralement  contre 
bar"  tous  les  eftrangers.Que  s'ils  font  preflejz 
&pourfuyuis  de  leurs  ennemis  (lefquels 
cependant  ne  les  ont  iamais  fceu  vein- 
cre  ne  dompter} ils  courent  fi  vifte  &  vôt 
fi  bien  du  pied  ,  que  non  feulement  ils  e- 
uitenten  cefte  façon  le  danger  de  mort, 
mais  mefmes  quant  ils  vont  à  la  chaffe, 
ils  prennent  à  la  courfe  certaines  belles 
Sauuages  ,  efpeces  de  Cerfs  &  Biches  . 
Au  furplus,  combien  qu'ainfi  que  tous 
les  autresBrefiliens  ils  aillenttout nuds^ 
fi  eft  ce  neantmoins  que  contre  lacou- 
ftume  plus  ordinaire  des  hommes  de  ces 
pays  là,  lefquels  (comme  i'ay  ia  dit  &  di- 
ray  encores  plus  amplementjfe  tondét  le 
deuant  delà  tefte  &  rongnentleur  perru 
que  fur  le  derriere,eux  portent  leurs  ché 
ueux  longs  &  pendâs  iufques  aux  feffes. 
Brief  ces  diablotins  d'Ou-etacas  demeu- 
ras inuincibles  en  ce  petit  pais, &  au  fur- 
plus  comme  chiens  &  loups  mangeans  la 
chair  crue,  mefmes  leur  langage  n'eftant 

point 


de    l'ameriqje.  53 

point  entendu  de  leurs  voifins  ,  doyuent 
cftre  tenus  &:  mis  ,  au  rang  des  nations 
plus  cruelles,  barbares,  &:  redoutées  qui 
fe  puiflent  trouuer  en  toute  l'Inde  Occi- 
dentale ou  terre  du  Brefil.  Au  refte  tout 
ainfî  qu'ils  n'ont,  nine  veullent  auoir 
aucune  acointance  ni  traffîque  auec  les 
François, Efpagnols,Portugalois,  ni  au- 
tres de  ces  pays  d'outre  mer,  aufsi  ne  fea 
uent  ils  que  c'eft  des  marchandifes  de 
par  deçà  .  Toutesfois,felon  que  i'ay  en- 
tendu depuis  de  quclqûeTruchement  de 
Normandie,  quant  leurs  voyfms  en  ont, 
&qu'ils  les  en  veullent  accommoder,voi  „       . 

♦    i       r  i  •  «f  Faconde 

Ci  la  façon  &  la  manière  comme  ils  en  permuter 
vfent.Le  Margaïat^  Çara-ia^  ou  Toùoupi-^". 
nambaoulticpii  font  trois  nations  qui  leur       e  a~ 
font  voifines  )  ou  autres  Sauuages  de  ce  cas 
pays  là, fans  fe  fier  ni  aprocher  de  VOùe- 
tacacnluy  môftrâtde  loin  vneferpe ,  vn 
coufteau,  vn  pigne ,  vn  miroir  ,  ou  autre 
marchandife  &mercerie  qu'on  porte  par 
dela,luy  fera  entendre  par  figne  s'il  veut 
châger  à  quelque  autre  chofe.  Que  fi  Tau 
tre  de  fa  part  s'y  accorde,  il  luy  môftrera 
au  reciproque,de  la  plumafierie^des  pier 
res  vertes  qu'ils  mettent  en  leurs  leures, 
ou  autres  chofes  de  ce  qu'ils  ont  en  leur 
pays.  L'accord  fait, ils  conuiendrôt  d'vn 
lieu  à  trois  ou  quatre  cens  pas  delà, ou  le 
premier  ayant  porté  &mis  fur  vue  pier- 

D  3 


>■  JP- 


54  HISTOIRE 

re  ou  bûche  de  bois  la  chofe  qu'il  voudra 
efchanger,fe  reculera  à  cofté  ou  en  arriè- 
re.L'O^-^c^lavenantprendre^apres  a- 
uoir  laiffé  au  mefine  lieu  ce  qu'il  auoit 
monftré ,  s'eflongnant  fera  aufsi  place  & 
permettra  que  le  Margdiat ,  ou  autre  tel 
qu'il  fera, la  vienne  querir:tellement  que 
iufques  à  là  ils  fe  tiennent  promeffe  Vyn 
à  l'autre.  Mais  chacun  ayant  fon  change^ 
fi  toft  qu'il  eft  retourné  &  qu'il  a  parlé 
outre  les  limites  ou  il  eftoit  du  commen- 
cement ,  les  treues  eftans  rompues,  c'eft 
lors  à  qui  pourra  auoir  &  attraper  fon 
compagnon  afin  deluy  ofter  ce  qu'il  a:& 
ie  vous  laiffe  à  penfer  fi  le  Courfier,de 
Naples  ,  ou  le  Leurier  d'Ouë-taca  a  l'ad- 
uantage ,  &  s'il  pourfuit  de  près  &  hafte 
bien  d'aller  fon  homme  »  Partant  finon 
que  les  boiteux  ,  goûteux  ,  ou  autrement 
mal  esf  iambe^  de  par  deçà  vouluffét  per- 
dre leurs  marchandifes,ie  ne  fuis  pas  d'a- 
u i s  qu'ils  aillent  négocier  ni  permuter  a- 
uecenx.  Vrayeftque  les  Bafques,  qu'on 
dit  fembîablement  auoir  vn  langage  à 
part,&  qui  au  refte  font  fi  difpofts  qu'ils 
font  tenus  pour  les  meilleurs  laquais  du 
monde,  outre  qu'on  les  pourroit  paran- 
gonner  en  ces  deux  points  auec  nos  Ou- 
etacas ,  encores  pourroyent-ils  iouer  es 
barres  aucc  eux.  Comme  aufsi  quclqu'vn 
a  cfçnt  j,  qu'il  y  a  vue  certaine  region  en 

la  FIq- 


DE    LAM1RI  QJT  E  55 

la  Floride*  prcs  la  riuiere  des  Palmes, ou  Hj^ 
les  hommes  font  fi  forts  ,  fi  difpos  &  le-  des  In. 
çiers  du  pied,  qu'ils  acconfuyuent  vnli.^c.46 
Cerf,  &  courent  tout  vu  iour  fans  fe  re- 
pofer. 

Nous  paffafmes  aufsi  à  la  veue  àcMaq-  j[4aq- 
hé->  pays  prochain  du  precedent,  habité  y% 
d'vn  autre  peuple  ,  lequel ,  ainfi  qu'il  eft 
vray  femblable  ,  n'a  pas  fefte,  comme  on 
dit,  ni  n'a  garde  de  s'endormir  auprès  de 
ces  refueilles  matin  àOu-ètacas  leur^  voi 
fins. En  leur  terre  &  fur  le  bord  de  la  mer 
on  voit  vnegrofTe  rochefaite  en  formed' v 
netour,laquelle  quâd  le  Soleil  frappe  def  ^ef'/^e 
fus  ,  trefluit  &  eftïncelle  fi  très  fort ,  que  rami*. 
aucuns  penfet  que  ce  foit  vne  forte  d'Ef- 
meraude:&  de  fait  les  François  &  Portu- 
galois  qui  voyagent  la  ,  l'appelent  l'Ef- 
rneraude  de  Maq-hé.  Toutesfois  ainfi 
comme  ils  difent  que  le  lieu  ou  elle  eft, 
pour  eftre  enuironné  d'vne  infinité  de 
pointes  de  roches  à  fleur  d'eau  qui  fe  iet- 
tent  enuiron  deux  lieues  en  mer,  ne  peut 
eftre  abordé  auec  les  vaififeaux  de  cefte 
p„artlà,  aufsi  eft-il  du  tout  inaccefsible 
ducofté  delà  terre. 

Il  y  a  aufsi  trois  petites  Ides  nomees  les 
Mes  de  Maq-hé<>  auprès  defquelles  nous 
ayâs  mouillé  l'Ancre  &  couché  vne  nuit-, 

D  4 


5<£  HISTOIRE 

le  lendemain  faifant  voiles  pendons  de 
ce  iour  arriuer  auCap  de  Frieuoutesfois 
n'ayans  que  bien  peu  auancé  nous  euf- 
mes  vent  tellement  contraire,qu'il  fallut 
relafcher  &  retourner  dou  nous  eftions 
partis  le  matin ,  ou  nous  demeurafmes  à 
J'Ancre  iufques  au  Jeudi  au  foir:  mais  c5 
me  vous  entendrez  ,  peu  s'en  fallut  que 
nous  n'y  demeurifsions  du  tout .   Car  le 
mardi  deuxième  de  Mars  qui  eftoit  le 
iou'r  qu'on  dit  Karefrne  prenant  ,  après 
que  nos  Matelots,felonIeurcouftume,fe 
furent  refiouïs,  il  aduint  qu'enuironles 
vnze  heures  du  foir,  &  fur  le  point  que 
nous  commencions  à  repofer ,  la  tempe- 
fte  s'efleua  fi  foudaine ,  que  le  cable  qui 
tenoit  l'Ancre  de  noftre  Nauire  ne  pou- 
uât  fouftenir  l'impetuofité  des  furieufes 
vagues, fut  tout  incontinent  rompu. Par 
tant  noftre  VaifTeau  tourmête'  de  ainfi  a- 
gité  des  ondes, poufïé  du  cofté  du  riuage 
qu'il  eftoit,eftant  venu  iufques  à  n'auoir 
Prochtda.  que  deux  braffes&demied*eau(qui  eftoit 
gerouno*s\Q  moins  qu'il  en  pouuoitauoir  pourflo 
ter  tout  vuyde)  peu  s  en  fallut  qu  il  ne 
fuft  efchoûé,&  qu'il  ne  touchaft  terre. Et 
défait  le  Maiftre&le  Pilote,  lefqueîs 
faifoyent  fonder  à  mefure  que  le  Nfauire 
deriuoit ,  au  lieu  d'eftre  les  plus  affeures! 
&  donner  courage  aux  autres  ,  quand  ils 
virent  que  nous  en  eftions  venus  iufques 

làjcrie- 


de   l'ameriqVe.  57 

là, crièrent  deux  ou  trois  fois, nous  fom- 
mes  perdus, nous  fommes  perdus.  Tou- 
îesfois  nos  Matelots  ayans  en  grande  di- 
ligence ietté  vn  autre  Ancre  ,  que  Dieu 
voulut  qui  tint  ferme,cela  empefcha  que 
nous  ne  fufmes  pas  portez  fur  certains 
rochers  d'vne  de  ces  Ifles  de  Maq~hé->\ttî 
quels  fans  nulle  doute  &  fans  aucune  ef- 
perance  de  nous  pouuoir  fauuer  (  tant  la 
mer  eftoit  haute  )  euffent  brifé  entière- 
ment noftre  vaiffeau.  Ceft  effroy  &  efton- 
nement  dura  eniiiron  trois  heures  ,  du- 
rant lefquelles  ne  feruoit  gueres  de 
crier,bas  bort,tiebort,hautla  barre,  va- 
dulo  ,  haie  la  boline,  lafche  l'efeoute, 
car  cela  fe  fait  en  plaine  mer  ouïes  Ma-» 
riniers  ne  craignëtpas  tât  la  tourmente, 
qu'ils  font  près  de  terre,  comme  nous  en- 
flions lors. Le  matin  venu  &  la  tourmete 
ceflee  dautât,comme  i'ay  dit  detiant,  que 
nos  eaux  douces  eftoyent  corrompues, 
nous  en  eftans  allé  quérir  de  frefche  en 
l'vne  de  ces  Ifles  inhabitables  ,  trouuaf- 
mes  non  feulement  la  terre  d'ïcelle  cou- 
uerte  d'eeufs  &  d'oifeauxde  toutes  îot^ oihkùipt 
tes,  &  cependant  tous  diffemblables  des  dvyfa*x 

*  x       .  r  .  .  aux  Isles  de 

noftres  ,  mais  aufsi  pour  lî'auoir  pas  ac-  ]\£aq- 
couftumé  de  voir  des  hommes  ils  eftoyet  y% 
fi  priuez,que  fe  laiffans  predre  àla  main, 
ou  tuer  à  coups  de  baftons,nous  en  rem^ 
jplifmes  noftre  Barque,  &  en  rempor*- 


58  fiHTOiu 

tafmes  tant  que  nous  voulufmes  dans  le 
Nauire  •  Tellement,  quoy  que  ce  fuftle 
iour  qu'on  appelle  les  cendres  ,  tant  y  a 
que  nos  Matelots,  voire  les  plus  Cato- 
liques  Romains  ayans  prins  bon  appétit 
autrauail  quiisauoyent  eu  la  nuit  pré- 
cédente,^ firent  point  de  difficulté  d'en 
mâger.  Et  certes  aufsi,  d'autât  que  celuy 
qui  contre  la  doélrine  del'Euâgiie  a  defe 
du  certains  iours  l'vfage  delà  chair  aux 
Chreftiens,n'a  point  encores  empiété  ce 
païs  Ià,ou  par  confequetil  n'eft  nouuelle 
depratiquer  les  loix  de  telles  abftinêces, 
il  fcmble  que  le  lieu  ks  difpenfoit  affez. 
Le  Jeudi  que  nous  parti/mes  d'au- 
près de  ces  trois  Ifles  nous  eufmes  le 
vent  tain  à  fouhait,que  des  le  lendemain 
enuiron  les  quatre  heures  du  foir ,  nous 
arriuafmes  au  port  &  Havre  des  plus 
renommez  pour  la  nauigation  des  Fran- 
çois en  ce  pays  là,  affauoir  au  Cap  de 
tecapie  Prie.  Là,apresauoir mouille l'Ancrcle 
Capitainerie  Maiftre  du  Nauire,&  quel- 
ques vns  de  nous  autres  mifmespied  à 
terre  ,  ou  furie  riuage  nous  trouuafmes 
grand  nombre  de  Sauuages  nommez 
7  ououpinambaoults alliez  &confcdercz  de 
'Town,  ftoftre  nation  :  lefquels  outre  la  carefle 
Saunage  &  bon  accueil  qu'ils  nous  firent,  nous 
tanfl  dirent  des  nouuelles  de  Villegagnon, 
dont  nous  fufmes  fort  ioyeux.  En  ce  mef 

me 


de  l'ameriqve.  59 

me  lieu,  tant  auec  vne  rets  que  nous  a- 
uions  qu'autrement  auec  des  hameçons, 
nous  pefchafmes  grande  quantité'  de  plu 
fieurs  efpeces  de  poifTons  tous  diffem- 
blables  à  ceux  de  par  deçà. Mais  entre  les 
autres,  il  y  en  auoit  vn  ,  pofsible  le  plus 
bigerre,  difforme  &  monftrueux   qu'il  p 
eft  pofsible  d'en  voir  ,  lequel  pour  ceftem;y^»f«^ 
caufe  i'ay  bien  voulu  ici  defcrire  .  Il  e- 
ftoitprefquesaufsi  gros  qu'vn  bouueau 
d'vnan,  &  auoit  vn  nez  long  d'enuiron 
cinq  pieds ,  &:  large  de  pied  &  demy,gai> 
nyde  dents  de  cofté  &  d'autre  aufsi  pi- 
quantes &  trenchantes  qu'vne  fcierde  fa- 
çon que  quand  nous  le  vifmes  fur  terre 
remuer  fi  foudain  ce  maiftre  nez,  ce  fut 
à  nous  de  nous  en  donner  garde ,  voire 
fur  peine  d'en  eftre  marqué,  de  crier  Pvn 
à  l'autre  garde  les  iambes  .   Au  refte  la 
chair  en  eftoit  fi  dure ,  qu' encores  que 
nous    eufsious    bon  appétit  ,  &:  qu'on 
le  fit  bouillir  plus  de  vingt  &  quatre  heu 
res,  fi  n'en  fceufmes  nous  iamais  mâger. 
Au  furplus  ce  fut  là  que  no9  vifmes  auf 
fi  premieremétdes  Perroquetsjefquels, 
ainfi  que  i'obferuay  deflors,  côbie  qu'ils  *$%£, 
vollét  fort  haut  &en  troupes(come  vous 
diriez  les  corneilles  oupigeons  en  noftre 
France  )  fi  eft  ce  neantmoins  qu'ils  font 
toufiours  par  couples  &  ioints  l'vn  à  Tau 
tre  prefques  à  la  façô  de  nosTorterelles. 


6 O  HISTOIRE 

Oràcaufederenuiequenous  auions 
d'eftre  au  lieu,ou  nous  pretendions,d'ou 
nous  n'eftions  plus  qu'à  vingtcinq  ou  trê 
te  lieues,  fans  faire  fi  Jong  feiour  au  Cap 
de  Frie  que  nous  eufsions  defiré ,  ayans 
appareillé  &  mis  voiles  au  vent,nous  fin 
glafmes  fi  bien  que  le  Dimanche  feptie- 
me  iour  de  Mars  ,  iaifïans  la  haute  mer  à 
gauche  du  cofté  de  1*  Eft  >  nous  entrafmes 
au  bras  de  mer,  ou  riuiere  d'eau  falee  la- 
Gmœ-  quelle  eft  nommée  ganœbaraçav  les  Sau^ 
bétra      wages, &  par  les  Portugais  Geneufe,par 
**«w,     ce  comme  on  dit  qu'ils  la  defcouurirent 
le  premier  iour  de  Ianuier  qu'ils  noment 
ainfi.  Et  d'autant,ainfi  qu'il  a  ia  efté  tou- 
chéau  premier  chapitre  de  cefte  hiftoi- 
re,&  que  ie  deferiray  encores  ci  après 
plus  au  long,  que  Villegagnon  dés  l'an 
precedent  s'eftoit  habitué  en  vne  petite 
Ifiefituee  en  ce  bras  de  mer:  après  que 
d'enuiron  vn  quart  de  lieue  loin  nous 
l'eufmes  falué  à  coups  de  Canons  ,  nous 
vinfmes  furgir&  ancrer  tout  auprès.  Voi 
la  eh  fomme  quelle  fut  noftre  nauiga- 
tion  ,  &  ce  qui  nous  aduint ,  &  que  nous 
vifmes  en  allant  en  la  terre  du  Brefil. 

CHAP.     V  L 


De  noftre  défient  eau  Fort  de  Coligny  en  U 
terre  du  Brefil:  Du  recueil  que  nous  y  fit  Ville- 

gagnon 


DE      L'A  M  E  R  I  QJ  Hi  6t 

tratmon-i  &  défis  comportemensytant  au  fait  de 
la  %jligion>  qu  autres  parties  defongouuer~ 
nement  en  ce  pays  la.  ; 

'  O  S  Natures  doneques,  eftan£ 
'au  Havre  en  cefte  riuiere  de 
Ganabam  affez  près  de  terre 
ferme  3  chacun  .de  nous  ayant 
troufle  &  mis  fon  petit  bagage  dans 
les  Barques  ,  nous  nous  en  aliafmes  def- 
cendre  en  Tide  &  Fort  appelé  Coligny.   -Defiinti 

-i->  i  r  au  Fort  de 

Et  parce  que  nous  voyans  lors  non  lieu~^ 
lement   deJiurez   des  perils  &  dangers 
dont  nous  auions  tant  de  fois  efte  enui- 
ronnez  fur  mer ,  mais  aufsi  auoir  eftefî 
heureufement  conduits  au  port  tant  de- 
firé,  la  premiere  chofe  que  nous  fifmes 
après  auoir  mis  pied  à  terre ,  fut  de  tous 
enfembleen  rendre  graces  à  Dieu*  Cela 
fait  nous  aliafmes  trouuer  Villegagnon, 
lequel  nous  attendant  en  vneplace5ap res 
que  tous  l'vn  après  l'autre  Peufmes  fa- 
lué:Iuy  defa  part  auec  vn  vifage  ouuert, 
nous  accolant  &  embraflant  nous  fit  vn  vuacCy^€: 
fort  bon  laccueil.  Apres  cela  le  Sieur  du  gagna». 
Pont  noftre  conduâeur,  auec  Richier  &  nf"£fit* 
Çhartier  Mimftres  deTEuagile^luy  ayas  rime, 
déclaré  en  brief  la  caufe  principale  qui 
nous  auoitmeuz  de  faire  ce  voyage,&  de 
paffer   la  mer  auec  grandes    difficultés 
pour  Taller  trouuer:  affauoir,fuyuantles 


($i  HISTOIRE 

lettres    qu'il  auoit    efcrites  à  Geneuc* 
que  c'eftoit  pour  drefler  vne  Eglife  refor 
mee  felon  la  parole  de  Dieu  en  ce  pays 
là,luy  leur  refpondant  vfa  de  ces  propres 
paroles. 
$$£*     ^Quant  a  moy  (  dit  il  )  ayant  voïrem'ent 
nous  tint   des  long  temps  de  tout  mon  cœur  defiré 
&!!»?*'    tfHes  chofes,  ievous  reçoy  tres-volon- 
tiers  à  ces  conditions:  mefmes  parce  que 
ie  veux  que  noftre  Eglife  ait  le  renom 
d'eftre  la  mieux  reformeepar  deflus  tou- 
tes les  autres  ,  dés  maintenant   i'enten 
que  les  vices  foyent  reprimez  ,  la  fomp- 
tuofité  des  acouftremens  reformée,  & 
en  fomme  >  tout  ce  qui  nous  pourroit 
empefeher    de  feruir   à   Dieu  ofté   du 
milieu  de  nous  .  Puis  leuant  hs  yeux 
au  ciel  §£  ioignant  les  mains  dit,  Sei- 
gneur Dieu  ie  te  rends  graces  de  ce  que 
tu  m'as  enuoyé  ce  que  dés  fi  long  temps 
t'ayfi  ardemment  demandé:  &  derechef 
s'adreffant  à  noftre  compagnie  dit ,  mes 
enfans  (car  ie  veux  eftre  voftre  père)  com 
me  Iefus  Chrift  en  ce  monde  n'a  rien  fait 
pour  luy  ,  ains  tout  ce  qu'il  a  fait  à  efté 
pour  nous  :  aufsi  (ayant  cefte  efperance 
que  Dieu  me  prefeuèrera  en  vie  iufques 
à  ce  que  no9  foyons  fortifiez  en  ce  pais  & 
que  vo*  vouspuifsiez  pafler  de  moy)tout 
ce  queie  pretend  faire  ici  eft  tant  pour 
vous  que  pour  tous  ceux  qui  y  viendront 

pour 


'  DE    L'AMÉRIQUE.  6$ 

pour  la  mefme  fin  que  vous  y  eftes  venus. 
Car  ie  délibère  d'y  faire  vne  retraite  aux 
pauures  fidèles  qui  feront  perfecutez 
en  France, en  Efpagne  ,  ou  ailleurs  outre 
ymer  ,  afin  que  fans  crainte  du  Roy  ni  de 
l'Empereur*  ni  d'autres  Potentats ,  ils 
puiflent  purement  feruir  a  Dieu  felon 
fa  volonté .  Voila  les  premiers  propos 
que  Villegagnon  nous  tint  ànoftre  ar- 
riuee  qui  fut  vn  meccredi  dixième  de 
Mars  1557. 

Apres  cela  ayant  commandé  que  tous 
fcs  gens  s'affemblafTent  aùec  nous  en  vne 
petite  file,  qui  eft  au  milieu  de  PIfle  ,  le 
Miniftre  ,Maiftre  Pierre  Richier ,  après 
Pinuocationdu  nom  de  Dieu  &  le  pfeau 
me  cinquième ,  Aux  paroles  que  ie  veux 
dire  &c.chanté,prenant  aufsi  pour  texte 
ces  verfets  du  Pfeaume  vingt  &:  feptie-  ****»" 

1  1  /  '  iv  ^     •  prefche  en 

me  «  lay  demande  vne  choie  au  Seigneur  r>Ameri- 
Jaquelle  ie  requerray  encores  .  Cell  que  ***•.' 
Phabite  en  la  maifon  du  Seigneur  tous 
les  iours   de  ma  vie  &c.   fit  le  premier 
prefche  en  ce  fortdeColighy  enPAmë- 
rique.  Mais  durant  iceluy  Villegagnon  „ 
entendant  expoier  celte  matière  ,  ne  cef-  ces  de  viu 
fant  deioindre  les  mains ,  de  leuer  lesle&a&T 

.    ,      «      r  .         \  ,      r       r    .  durant  le 

yeux  au  ciel,  de  taire  de  grands  louipirs,  çreftbe» 
&  autres  femblables  contenances  faifoit 
efmerueiller   vn  chacun  de  nous  .  Sur 
la  fin  après  que  les  prières  fglennelles 


^4  HISTOIRE 

(félonie  formulaire  accouftuméés  Egli- 
fes  reformées  de-France  vniour  ordon- 
né en  chacune  femaine)  furent  faites,  la 
compagnie  fe  départit.  Toutesiois  nous 
|L7«^T^  autres  nouueaux  venus  demeurafmes  3c 
receufmes  difnafmes  ce  iour  la  en  la  mefme  falle,ou 
%ïndéîîe  Zour  toutes  viandes  nous  eufmes  ,  de  la 
comment  farine  faite  de  racine*  du  poiffon  boucané* 
m"tm       c'eft  à  dire  rofti  à  la  manière  des  Sauua- 
ges  ,  d'autres  racines  cuites  aux  cendres, 
&  pour  bruuage(n'y  ayant  en  ceft  Ifie  fô-- 
taine  ni  puits ,  ni  riuiere  d'eau  douce)  de 
l'eau  d*vne  cifterne,  ou  pluftoft  d'vn  e£- 
goutde  toute  la  pluie  quï  toboit  en  l'Iflç, 
laquelle  eftoit  aufsi  verte ,  orde  &  fale 
qu'eft  vn  vieil  fofîé  tout  couuert  de  Gre- 
nouilles. Vray  eft  qu'en  comparaifon  de 
celle  fi  puante  &  corrompue  quei'aydit 
ci  deuant  que  nous  anions  beuè  au  Na- 
uire,  encore  la  trouuions  nous  bonne* 
Mais  pour  noftre  dernier  mets  (  &:  pour 
nous  refraifchir)au  partir  de  la,  on  nous 
mena  tous  porter  des  pierres, &  de  la  ter- 
re au  Fort  de  Coligny  qui  fecontinuoit: 
c'eft  le  bon  traitement  que  Villegagnon 
nous  fît  le  beau  premier  iour  à  noftre  ar- 
riuec  ,   Dauantage  furie  foir  qu'il  fuft 
queftio  de  trouuerlogisJe  fieur  du  Pont 
&  les  deux  Miniftres  eftas  accommodez 
en  vne  chambre  telle  quelle  au  milieu  de 
rifle  ,  pour  gratifier  à  nous  autres  de  la 


Relis 


;ion 


DE      L'A  M  E  ît  IQY  E^  6$ 

Religion, on  nous  bailla  vnc  petite  mai- 
fonnette ,  qu'vn  Sauuage  efclaue  de  Vil- 
legagnon  achcuoit  de  couurir  d'herbe,& 
baftir  à  fa  mode  fur  le  bord  de  la  mer ,  en 
!aquelle,à  la  façô  des  Ameriquains,nous 
pendifmes  des  linceux  &  licls  de  Coton 
en  Pair  pour  nous  coucher.  Or  de's  lelen 
demain  &les  iours  fuyuans,Villegagno> 
fans  que  la  necefsité  Ten  contraignit ,  Se 
fans  auoir  efgard  à  ce  que  nous  eftions 
tousfortaffoiblis  du  paflagedela  mer,ni 
à  la  chaleur  qu'il  fait  en  ce  pays  là  :  ioint 
le  peu  de  nourriture  (n'ayan-s  chacun  par 
jour  pour  toutes  viandes  ,  que  deux  go- 
belets de  farine  dure,  faite  des  racines, 
dont  i*ay  parle  *•  d'vne  partie  de  laquelle, 
auec  de  celle  eau  trouble  de  la  cifterne 
fufdite,  nous  faifions  de  la  boulie.,  & 
mâgions  le  refte  tout  fee)  nous  fit  porter* 
la  terre  &  les  pierres^pour  baftir.  fô  Font 
voire  d'vne  telle  diligece,  qu'eftans  con- 
traints,auec  ces  incommodités  &  débi- 
litez,de  tenir  coup  à  la  befôgne,  defpuis 
le  point  du  iour  iufques  à  la  nuit,il  fem- 
bloitbien  nous  traiter  vn  peu  plus  ru- 
dement que  le  deuoir  d'vn  bon  pere  en- 
uers  fesenfans (tel  qu'il  auoitdità.noftre 
arriuee  nous  vouloir  eftre)  ne  portoit* 
Toutesfois  tant  pour  l'enuie  que  nous 
auions  que  ce  baftiment  &  retraite  des 
fidèles,  quil  difoit  vouloir  faire  en  ce 


66 


HISTOIRE 


pays  là  fe  paracheuaft ,  que  parce  qu£ 
JVlaiftre  Pierre  Richier  noftre  plus  An- 
cien Miniftre,  pour  nous  accourager  da~ 
uantage  difoit  que  nous  auions  trouue 
vn  fécond  faint  Paul  en  Villegagnon 
(comme  de  fait ,  ien'ouy  iamais  homme 
mieux  parler  de  la  Religion  &  reforma- 
tion Chrcftienne  qu'il  faifoit  pour  lors), 
il  n'y  eut  celuy,  parnianiere  de  dire  ,qui 
outre  ks  forces  ne  s'éployaft  alcgrement 
Pefpace  denuiron  vn  mois,  pour  faire  ce 
meftier,  lequel  neantmoins  nous  n'auios 
pas  a^eouftumé.Surquoyie  puis, dire  Vil 
legagnô  ne  s'eftrepeu  plaindre  iuftemêt> 
que  tant  qu'il  fit  profefsion  de  PEuan- 
gile  en  ce  pays  là, il  ne  tiraft  de  nous  tout 
Fe  feruice  qu'il  voulut  •  le  referue  à  par- 
ler ailleurs  tant  des  racines,  dont  i'ay 
fait  mention,  que  de  la  propriété  delà 
farine  que  les  Sauuages  font  cTicelles. 

Ainfi  pour  retourner  au  principal, 

des  la  premiere  femaine  que  nous  fuf- 

mes  là  arriuez,  non  feulement  il  con- 

fentit,  mais  aufsi  luy  mefmeeftablit  ceft 

ordre  :  affauoir,  qu'outre  les  prières  pu- 

uorir*     bliques  qui  fe  feroyent  tous  les  foirs  a- 

Eçdefia-    pres  qU^0n  auroit  laiiîé  la   befongne, 

{u  paroles  Miniftres  prefeheroyent   deux  fois 

vtlki*-    je  Dimanche,  &  tous  les  iours  ouuriers 

snm'       vne  heure  durant  :  confentant  aufsi  au 

refteque  les  Sacremens  fulTent  admini- 

1  ftrez 


.. 


DE    L'AMERIQVE,  67 

lirez  felon  la  pure  parole  de  Dieu5&  que 
la  discipline  Ecclefïaftique  fut  pratiquée 
contre  les  defailians. 

Suyuant  doneques  cefle  police  Eccle- lcuYdU- 
fiaftique, le  Dimanche  vingt  &vnieraci^«c/«t 
de  Mais  que  la  fain  te  Ccne  de  noftreSei-/'r"w"7?~ 
gneur  leius  Chrilt  fut  célébrée,  les  ifli- l>re*enr*4 
riiftres  ayans  aùparauant  pieparé  &  cz.-mert<iHe* 
thechife  tous  ceux  qui  y  deuoyent  com- 
muniquer ,  parce  qu'ils  n'auoyent   pas 
bonne  opinion  dVn  certain  lean  Coin- 
ta  qui  fefaifoit  appeler  monlieui  He-  Cointaab- 
éior  autresfois   doâeur  de    Sorbonne,  *Hrel? 
lequel  auoit  paiféla  mer  auec  nous,  i\WJme* 
fut  prié  par  eux  de  faire  confefsion  de  fa 
foy  :  ce  qu'il  fit  &  abiura  publiquement 
lepapifnie. 

Semblablement   Villegagnon  faifant 
toufïours  du  zelateur,apres  le  ferrnon  a-  Vi#na_ 
cheué  s'eftât  leué  debout  3c  alléguât  que  £»«»/*/- 
les  Capitaines,  Maiftres  de  Nauires,Ma-^^~ 
telots  ,  &  autres  qui  y  ayant  afsiftez  n'a- 
uoyent encores  fait  profefsion  delà  Re- 
ligion ,  n'eftoyent  pas  capables  d'vn  tel 
miftere  ,  les  faifant  fortir  dehors  ne  vou- 
lut pas  qu'ils  vifîent  adminiftrer  le  pain 
&  le  vin.   Dauantage  luymefrnes  tant* 
comme  il  difoit  ,  pour  dédier  fon  Porta 
Dieu.que  pour  faire  confefsion  de  fa  foy 
en  la  face  de  l'Eglife,fe  mettant  à  genoux 
prononça  à  haute  voix  deux  Oraifons, 

Jtis      2> 


<J8 


HISTOIRE 


defquelles  ayant  eu  copie ,  afin  que  cha- 
cun cognoiffe  combien  il  eftoit  malaifé 
de  cognoiftre  le  cœur*  l'intérieur  de 
ceft  homme, ie  les  a  y  ici  inférées  de  mot  à 
mot, fans  y  changer  vne  feule  lettre. 
Veratfon  ^\on  Dieu  ouure  les  yeux  &la  bouche 
gagnbnft  de  mon  entendemet,  adreiie  les  a.  te  faire 

mont  que  confefsion  ,  prières  &  adions  de  graces 
fi  Pre/en    ,      i  •  r  i«  br  ■ 

teràu     des  biens  excellens  que  tu  nous  as  faits* 

Cène.  DlEV      T  O  V  T    P  VISSANT   Viuât  &C 

Immortel  Père  Eternel  de  ton  fils  lefus 
Chrift  noftre  Seigneur,qui par  ta  proui- 
dence  auec  ton  fils  gouuernes  toutes  cho 
{es  au  ciel  &en  terre, ainfi  que  par  ta  bon 
té  infinie  tu  as  fait  entendre  à  tes  efleus 
defpuis  la  creation  du  monde ,  fpeciale- 
ment  par  ton  fils,  que  tu  as  enuoyé  en 
terre, par  lequel  tu  te  manifeftes  ,  ayant 
dit  à  haute  voix,Efcoutez  le:&apres  fon 
afcenfionpar  ton  S.  Efprit  efpandu  fur 
les  Àpoftres.  le  recognoy  à  ta  fainte  Ma- 
iefté  (  en  prefence  de  ton  Eglife  ,  plantée 
par  ta  grace  en  ce  pays  )  de  cœur  ,  que  ie 
iVay  iamais  trouuéparlapreuue  quei'ay 
faite  ,  &  par  Peflay  de  mes  forces  &  pru- 
dencc,frnon  que  tout  le  mien  qui  en  peut 
fortir  font  pures  ceuures  de  ténèbres, fa- 
piencede  chair  polue  en  zèle  de  vanité, 
tendât  au  feul  but  &vtilité  de  mon  corps. 
Au  moyen  dequoy,ieprotefte  &  confeffe 
franchement ,  que  fans  la  lumière  de  ton 

faint 


.J 


DE     L'AMERIQUE.'  6? 

faint  Efprit,  ie  ne  fuis  idoine  finon  à 
pecher:par  ainfi  me  defpouillant  de  tou- 
te gloire  ,  ie  veux  que  Ion  fâche  de  moy 
que  s'il  y  a  lumière  ,  ou  fcintille  de  vertu 
en  Pœuure  prinfe  que  tu  as  fait  par  moy, 
iela  confeffeà  toy  feul ,  fource  de  tout 
bien.  En  cefte  foy  doncques,  mon  Dieu 
ie  te  tends  graces  de  tout  mon  cœur,que 
il  t'a  pieu  m'auoquer  âçs  affaires  du  mon 
de,  entre  lefqueis  ieviuoyepar  appétit 
d'ambition  ,  t'ayant  pieu  par  l'infpiratio 
de  ton  faint  Efpritme  mettre  au  lieu,  ou 
en  toute  liberté  iepuilfe  te  féru  ir  de  tou 
tes  mes  forces  &  augmentation  de  ton 
faint  Règne.  Et  ce  faifan  t  apprefter  heu 
&  demeurance  paifible  à  ceux  qui  font 
priuez  de  pouuoir  inuoquer  publique- 
ment ton  Nom, pour  te  fan&ifier  Se  ado- 
rer en  efprit  &:  vérité  ,  recognoiftre  ton 
fils  noftre  Seigneur  Iefus  ,  eftre  l'vnique 
Mediateur,noftrevie&adrefTe,&;le  feul 
mérite  de  noftre  falut .  Dauantage  ie  te 
remercie  ô  Dieu  de  toute  bonté ,  que  me 
ayant  conduit  en  ce  pays  entre  ignorans 
de  ton  Nom  &de  tagrandeunmais  poffe 
dez  de  Satan, comme  fon  heritage,  tu  me 
ayes  preferué  de  leur  malice ,  combien 
que  ie  fufie  deftitué  de  forces  humaines: 
mais  leur  as  donné  terreur  de  nous  ,  tel- 
lement qu'à  la  feule  mention  de  nous  ils 
tremblent  de  peur  ,  &  les  as  difpofez  à 


îlâifott 
cert  parce 
quaes  S  an 
liages  ex~ 
îraordina' 
rement  fu 
rent  ce  fie 
meftne  an 
mee  af)ïi 
gc-z^  d'vne 
feurc  yelîi. 
le  liste  ox-' 
tn  empor- 
ta beau- 
coup &  des 
plui  man- 
uals garfvi 


70  HISTOIRE 

nous  nourrir  de  leurs  labeurs.  Et  pouf 
refréner  leur  brutale  impetuo/îtc  les  as 
àfîhgesde  très  cruelles  maladies ,  nous 
en  prefei  uant  :  tu  as  ofîé  de  la  terre  ceux 
qui  nous  eftoyent  les  plus  dangereux,  & 
réduit  les  autres  en  telles  foibiefîes  que 
ils  ii'oféBt  rien  entreprendre  fur  nous. 
Au  moyen  dequoy  ayons  le  loifirdepren 
dre  racine  en  ce  lieu  ,  &  pour  la  compa- 
gnie qu'il  t'a  pieu  y  amener  fans  deftour- 
bicr,tu  y  as  eftably  le  regime  d'vne  Egli- 
fe,pour  nous  entretenir  en  vnité  &  crain 
te  de  ton  fainâ  Nom,afin  de  nous  adrcf- 
fer  à  la  vie  éternelle. 

Or  Seigneur,  puis  qu'il  t'a  pieu  efta- 
blir  en  nous  ton  Royaume  ,  ie  te  fupplie 
par  ton  fils  lefus  Chrift  lequel  tu  as  vou- 
lu qu'il  fufthoftiepour  nous  confirmer 
en  ta- dile&ion,  augmente  tes  graces  & 
noftre  foy,nous  fanftifiant  &  illuminant 
par  ton  fainâ  Efprit ,  &  nous  dédie  tel- 
lement à  ton  feruice,  que  tout  noftre 
eftudejfoit  employé  à  ta  gloire.  Plaife 
toy  aufsi  noftre  Seigneur  &  Père  eften- 
dre  ta  bénédiction  fur  ce  lieu  de  Coli- 
gni,  &  pays  delà  France  Antarctique, 
poureftre  inexpugnable  retraite  à  ceux 
qui  à  bon  efeient,  &  fans  ypocrifie  y  au- 
ront recours,  pour  fededier  auec  nous 
à  l'exaltation  de  ta  gloire,  &  que  fans 
trouble  des  hérétiques  ,  te  puifsions  in- 

uoquer 


DE     L'AMERIQUE.  Jl 

uoquer  en  vérité  :  fay  aufsi  que  ton  E- 
uangile  règne  en  ce  lieu  y  fortifiant  tes 
feruiteurs  de  peur  qtfiis  ne  trebufchent 
en  l'erreur  des  Epicuriens,  &:  autres  a- 
poftats  :  mais  foyent  conftans  à  perfe- 
uerer  en  la  vraye  adoration  de  ta  Diui- 
nité  felon  ta  fain&e  Parole. 

Qu'il  te  plaife  aufsi  ô  Dieu  de  toute 
bonté"  eftre  Protecteur  du  Roy  noftre 
Souuerain  Seigneur  felon  la  chair  ,  de  fa 
femme,  de  fa  hgnee,&  fon  ConfeihMef- 
fire  Gafpard  de  Coligny ,  fa  femme  &  fa 
lignee,les  conferuant  en  volonté  de  main 
tenir  &   fauorifer  cefte  tienne   Eghfe , 
&  vueille  à  moy  ton  treshumble  efcla- 
ue   donner   prudence  de  me  conduire 
de  forte   que  ie  ne  fouruoye  point  du 
droit   chemin    &  que  ie  puifîe  refifter 
à  tousles  empefchemens  que  Satan  me 
pourroit   faire   fans   ton    aide,  que  te 
cognoifiions  perpétuellement  pour  no- 
ftre   Dieu  Mifericordicux,  Iufte   luge, 
&  Confèruateur  de   toute  chofes  auec 
ton  fils  lefus   Chnft  regnant  auec  toy 
&  ton  faind  Efprit,  efpandu  fur  les  A- 
poftres.    Crée  donc  vn  cœur  droit  en 
nous ,  mortifie   nous    à    péché  :    nous 
régénérant   en  homme   intérieur  pour 
viure  à  iuftice,en   affuiettiffant   noftre 
chair  pour  la  rendre  idoine  auxaâions» 

E  4 


yi  HISTOIRE 

deTameiiifpireepartoy,  &  que  faifion* 
ta  volonté  en    terre,    comme  les  An- 
ges au  ciel.  Mais  de  peur  que  l'indigence 
decercher  nos  necefsitez  ,  ne  nous  face 
tresbucher  en  pechépar  desfiance  de  ta 
bonté,  plaife  toy  pourueoir  à  noftre  vie, 
&  nous  entretenir  en  fanté  .  Et  ainfî  que 
la  viande  terreftre  parla  chaleur  defe- 
ftornachfe  conuertit  en  fang  &  nourri- 
ture du  corps,  vueilles  nourrir  &  fuftan- 
ter  nos  âmes  de  la  chair  &du  fang  de  ton 
fils  ,  iufques  aie  former  en  nous,  &  nous 
en  luy:  chafTant  toute  malice  (  pafture  de 
Satan  )  y  fubrogant  au  lieu  d'icelle  ,  cha- 
nte' ôcfoy^afin  quefoyons  cogneus  de 
toy  pour  tes  enfans  ,  &  quant  nous  t'au- 
rons offenfé,  plaife  toy  Seigneur  de  Mi- 
fericorde,  lauer  nos  pèches  au  fang  de, 
ton  fils, ayant  fouuenance  que  nous  fora 
mes  conceus  en  iniquité,  &  que  naturel- 
lemétparladefobeirTanccd'Adam.peché 
eft  en  nous.  Au  furplus  cognois  que  no- 
ftre ame  ne  peut  exécuter  le  faint  defir 
de  t'obeir  par  l'organe   du    corps    im- 
parfait &  rebelle.Par. aînfi  plaife  toy  par 
le  mérite  de  ton  fils  Iefus  ne  nous  impu- 
ter point  nos  fautes, mais  nous  imputant 
le  facrificc  de  fa  mort  &  pafsion  que  par 
£oy  auons  fouffert  auec  luy,  ayans  efté 
antez  en  luy  par  la  perception  de  fon 
.corps  au  miftercde  l'Euchanftie.  Sem- 
bla^ 


de    l'a  meriqje.  73 

blablement  fay  nous  la  grace  qu'à  l'e- 
xéple  de  ton  fils  qui  a  prié  pour  ceux  qui 
l'ont  perfecuté,nous  pardonnions  à  ceux 
qui  nous  ont  offenfez,  &  au  lieu  de 
vengeance  procurions  leur  bien  com- 
me s'ils  eftoyent  nos  amis  .  Et  quand 
nous  ferons  folicitez  delà  mémoire  des 
biens/plendeurs,  popes,  &  honneurs  de 
te  monde ,  eftans  au  contraire  abattis  de 
pauureté  &de  pefanteur  de  la  croix  de  to 
fils  efquels  il  te  plaife  nous  exercer  pour 
nous  rêdre  obeiflans,de  peur  que  engraïf 
fez  en  félicité  mondaine  ,  ne  nous  rebel- 
lions contre  toy  ,  fouftiens  nous  &  nous 
adoucis  l'aigreur  des  affligions,  afin  que 
elles  ne  fuffoquent  la  femence  que  tu  as 
mife  en  nos  cœurs.  Nous  te.prions  aufsi 
Père  celefte,  nous  garder  des  entreprifes 
de  Satan,  pai  lefquelles  il  cercheànous 
defuoyenpreferue  nous  de  cesminiftres 
&  des  Sauuages  infenfez,  au  milieu  def- 
quels  il  te  plaift  nous,  côtenir  &  entrete- 
nir^ des  apoftats  «  de  la  Religion  chre- 
ftienne  efpars  parmi  eux:  mais  plaife  toy 
les  rappeler  àton'obeiflance,afin  qu'ils  fe 
conuertiflent ,  &  que  ton  Euangile  foit 
publié  par  toute  la  terre  ,  &  qu'en  toute 
nation  ton  falut  foit  annoncé.  Qui  vis  & 
règnes  auec  ton  fils  &  le  faint  Efprit  es 
llecles  des  fieçles  Amen* 


"CefloyeS 
certains 
truchemens 
de  Norman 
die  qui  e- 
fias  efpars 
parmy  les 
Saunages 
auant  que 
Villegagno 
allaften  ce 
pays  la  ne 
fevoulurèt 
regerfouz^ 
luy  à  fon 
«rrmte. 


74 


HISTOIRE 


à  no  fire  Seigneur  Je/Us  Çhrifi^que 

ledit  ZJillegagnon  proféra 

tout  dvm  fuite. 

IESVS  CHRIST,  fils  de  Dieu 
viuantcceternel,&confubftantiel,fj)Ien- 
<leur  de  la  gloire  de  Dieu,  fa  viae  ima^e, 
par  lequel  toutes  chofcs  ont  efté  hnes> 
qui  ayant  veu  Je  genre  humain  condam- 
néparrinfallible  ingénient  de  Dieu  ton 
père  par  la  tranfgrefsion  d'Adam, lequel 
homme  pour  iouyr  de  la  vie  &  Royaume 
éternel,  ayant  cfté  fait  de  Dieu  d  vne  ter- 
re non  poluë  de  femence  virile,  dont 
il  peut  tirer  necefsité  de  pèche' ,  doue7  de 
toute  vertu, enJiberté  de  franc  arbitre 
de  fe  conferuer  en  fa  perfe&ion  :  ce 
neantmoins"  allcfchéparla  fenfualitéde 
fa  chair  ,  folicité  &  efmcu  parles  dards 
enflammez  de  Satan,  fe  laiffa  veincre, 
au  moyen  dequoy  ,  encourut  Tire  de 
Dieu,  donc  cnfuyuoitTinfallible  perdi- 
tion des  humains  ,  fans  toy  noftre  Sei- 
gneur qui  meu  de  ton  immenfe  &  in- 
dicible charité  t'csprcfenteà  Dieu  ton 
père,  t'cftant  tant  humilié  de  daigner 
tefubftituer  au  lieu  de  Adam  pour  en- 
durer tous  les  Hots  de  la  mer  de  l'indi- 
gnation de  Dieu  ton  Pcre,  pour  noftre 

pur- 


DE    L5A  ME  R  I  QV  H  75 

purgation  .  Et  ainfi  que  Adam  auoit  efté 
fait  déterre  non  corrompue  .  fans  fe- 
mence  virile,   as  elle'  conceu   du  Saint 
Efput  en   vne  Vierge,   pour  eftrc  fait 
&  formé  en  vraye  chair  comme  celle  de 
Adam  fubiette  à  tentation  &  continuel- 
lement exercé  pardeflus  tous  humains, 
fans  péché  s  &  finalement  ayant  voulu 
ariter  en  ton  corps  par  toy ,  celuy    A- 
dam  &  toute  fa.  pofterité  ,  nourriffant 
leurs  âmes  de  ta  chair  &  de  ton  fang ,  tu 
as  voulu  fouffrir  mort ,  afin  que  comme 
membres  de  ton  corps,  ils  fe  nourrirent 
en  toy,&  qu'ils  plaifent  à  Dieu  ton  père, 
offrant  ta  mort  en  fatisfaétion  de  leurs 
offences  comme  fi  c'eftoit  leur  propre 
corps  .    Et  ainfi  que  le  péché  d'Adam  e- 
ftoit  deriué   en  fa  pofterité  ,  &  par  le 
péché  la  mort,  tu  as  voulu,  &:  as  impetré 
de  Dieu  ton  Père ,  que  ta  iuftice  fuft  im- 
putée aux  croyans  ,  lefquels  par  la  man-' 
ducation  de  ta  chair  &de  ton  fang ,  tu 
as  fait  vns  auec  toy,  &  transformez  en 
toy  comme  nourris  de  ta  chair  &  fubftan 
ce,  leur  vray  pain  pour  viure  éternelle- 
ment comme   enfans   de  Iuftice  &  non 
plus  d'ire.  Or  puis  qifilfa  pieu  nous 
faire  tant  de  bien ,  &  qu'eftant  afsis  à 
la  dextre  de  Dieu  ton  père,  là  éternel- 
lement es  ordonné  noftre  Intercefleur, 
&    Souuerain    Preftre  ,  felon    Tordre 


yillega- 
gnonfait 
(a  Cène, 


de  Ceint* 
&  de  Vil- 
legagnon 
touchant* 
la  doctrine 
&les  Sa- 
tremens. 


76  HISTOIRE 

de  Melchifedec  ,  aye  pitié'  de  nous  ,  con- 
ferue  nous  ,  fortifie  &  augmente  noftre 
fby ,  offre  à  Dieu  ton  Père  la  confefsion 
que  ie  fay  de  cœur  &  de  bouche,  en  pre- 
fence  de  ton  Eglife  mefanÛifiantpar  ta 
Efprit  comme  tu  as  promis  difant:  le  ne 
vous  lairray  point  orphelins.  Auance  to 
Eglife  en  ce  lieu  ,  de  forte  qu'en  toute 
paix  tu  y  fois  adore'  purement.Qui  vis  &: 
règnes  auec  luy  &  le  faind  Efprit  es  fie- 
des  des  fiecles  éternellement.  Amen. 

Ces  deux  prières  finies  Villcgagnon 
fe  prefenta  le  premier  à  la  table  du  Sei- 
gneur^ receut  à  genoux  le  pai  a  &  le  vin 
de  la  main  du  Miniftre.Cependât,&pour 
lefairecourt,felonqu'onapperceuoitai- 
fément  que  luy  &  Cointa  (nonobftant 
comme  il  a  efté  veu  qu'ils  euflent  renon- 
cé à  la  Papauté  )  auoyent  plus  d'enuie  de 
debatre  &  contefter  ,  que  d'apprendre  & 
de  profiter,  aufsi  ne  demeurerent-ils  pas 
long  temps  fans  efmouuoir  des  difputcs 
touchant  ladodrine.  Mais  principale- 
ment furie  point  delà  Çene  ?  car  quoy 
qu'ils  reiettafîentla  Tranfubftantiation 
de  l'Eglife  Romaine  comme   vne   opi- 
nion fort  lourde  &  abfurde,  &  qu'ils  ne 
approuuaflent  non  plus  laConfubftatia- 
tion  y  fi  ne  confentoyent-ils  pas  à  ce  que 
les  Miniftres  cnfcignzns  que  îeftis  Chrift 
par  la  vertu  dç  ConCdnâ  Efprit  fe  com- 

niuni- 


» 


DE     L'A  MERIQVÊ*  jj 

munique  du  ciel  en  nourriture  fpirituel- 
le  à  ceux  qui  reçoyuent  les  fignes  en  foy* 
maintenoyent  par  la  parole  de  Dieu, que 
le  corps  du  Seigneur  n'eftoit  ni  enclos 
ne  change'  en  iceux  .  Car  difoyent  Ville- 
ga<*non  &  Cointa  ,  ces  paroles:  Ceci  eft 
mon  corps*  Ceci  eft  mon  fang,  nefepeu- 
uent  autren^ët  prendre  finon  que  lecorps 
&  le  fang  de  leius  Chrift  y  foyent  conte- 
nus.Si  vous  demandez  commet  donques 
veu  que  tu  as  dit  qu'ils  reiettoyentles 
deux  fufdites  opinions  de  la  Tranfub- 
ftantiation  &  Confubftâtiation  Tenten- 
doyent-ils?  Certes  comme  ie  n'en  fcay 
rien  aufsi  croy-ie  fermement  que  ne  fai- 
foyent-ils  pas  eux  mefmes  :  car  quand 
on  leur  monftroit  par  d'autres  paffages 
que  ces  paroles  Ôclocutiôs  font  figurées^ 
c'eft  à  dire  que  FEfcriture  a  accouftumé 
dappeler  &  nommer  les  fignes  des  Sa- 
cremens  du  nom  de  la  chofe  llgnifiee,cô- 
bien  qu'ils  ne  peuffent  répliquer  chofe 
qui  eut  apparêce  du  contraire,  ils  ne  laif 
foyent  pas  pour  cela  de  demeurer  opi- 
niaftres  :  tellement  que  fans  feauoir  le 
moyen  comme  cela  fe  faifoit,  non  feule- 
ment ils  vouloyent  manger   grofsiere- 
ment  pluftoft  que  fpirïtuellemét  la  chair 
delefus  Chrift,  mais  qui  pis  eft  à  la  ma- 
nière desSauuages  nommez  Ou-etacas* 
defquels  i'ay  parle' par  cideuantjils  la 


Le  Mini- 
fire  Char- 
tier  pour- 
guoy  r  en- 
noyé  en 
Framepar 
ViUega- 
gnon. 


Lettres  de 

TJtttega- 
gnon  a, 
Caluin. 


78  HISTOIRE 

vouloyent  mafcher  &  aualer  toute  crue, 
Toutesfois  ,  Villegagnon   qui  feignoit 
ne  defirer  rien  plus  5  que  d'eftre   droi- 
tement  enfeigné  ,    afin  de  faire  bonne 
mine  renuoya  en  France  Chartier  Mi- 
niftre  dans  l'vndes  Nauires  (  lequel  a- 
près  qu'il  fut  chargé  deBrefil ,  &  autres 
marchandifes  du  pays  ,  partit   le  qua- 
trième de  Iuin  pour  sen   reuenir)  afin 
difoit  il  de  feauoir  &  rapporter  les  o- 
pinions  de  nos  dodeurs  fur  ce  differeut 
de    la  Cène  :   &  nommément   edie  de 
Maiftre  lean  Caluin  à  1  aduis  duouel  di- 
foit il  ,  il  fe  vouloitdu  tout  fubmettre, 
Etdefaitieluyay  ouy  fouuentefois  îeï- 
terer  ce  propos. Monfieur  Caluin  eûVvn 
des  feauants  perfonnages  qui  ait  efté  de- 
puis les  Apoftres:  &  îi'ay  point  leu  de  do- 
cteur qui  ait  mieux  expofé  ni  traité  Vef^ 
criture  fainte  plus  purement  à  mon  <*ré 
qu'i{  à  fait.  Aufsi  pour  monftrer  qu'il  le 
reueroit,non  feulement  en  larefponce 
aux  lettres  que  nous  luy  portafmes  de  fa 
part  luy  mâda-il  bien  au  long  de  tout  fon 
eftat  en  general ,  mais  particulièrement 
(ainfi  qu'il  fe  verra  encores  à  la  fin  de  To 
riginal  de  fa  lettre  en  datte  du  dernier  de 
Mars  mil  cinq  cens  cinquante  fept  la- 
quelle eft  en  bonne  garde;il  efcriuit  d'an 
ciede  Brcfil&  de  fa  propre  main  ce  qui 
s'enfuit. 

radiou- 


DE    L'  A  M  E   R  I  QJ  Ë  79 

I'adioufleray  le  confeil  que  vous  m'a-  >* 
liez  donné  par  vos  lettres,  m'eforçant  » 
de  tout  mon  pouuph  de  ne  m'en  def~  » 
uoyer  tant  peu  que  ce  foif .  Cai  de  fait  ie  *> 
fuis  tout  perfuadé  qu'il  n'y  en  peut  a- >* 
uoir  de  plus  faim,  droit  ,  ni  plus  entier.  ** 
Pourtant  aufsinous  auons  fait  lire  vos» 
lettres  en  l'aiîemblee  de  noftre  confeil:  >* 
&  puis  après  enregistrer  afin  que  s'il  » 
aduient  que  nous  nous  deftournions  du  >» 
droit  chemin,  par  la  lcdure  d'icelles  ** 
nous  foyons  rappelez  ,  &  redreflfez  d'vn  » 
tel  fourtioyement.  35 

Mefmes  vn  nommé  Nicolas  Carmeau 

qui  futle  porteur  de  fes  lettres ,  &  qui  e- 

{toit  parti  des  le  premier  iour  d'Auril 

dans  le  Nauire   de  Rofee,   me  dit  en 

prenant  congé  de  nous, que  Villegagnon 

luy  auoit  commandé  dédire  de  bouche 

àMonfieur  Caluin,  qu'afin  deperpetuer 

la  mémoire  du  confeil  qu'il  luy  auoit 

baillé ,  il  le  feroit  engrauer  en  cuyure : 

comme  aufsi  il  auoit  baillé  charge  audit 

Carmeau  de  luy  ramener  de  France  quel 

que  nôbre  de  personnes, tanthômes,fem 

mes,qu'enfans,  promettât  qu'il  défraye- 

roit  &  payeroit  tous  les  defpes  que  ceux 

de  la  religion  feroyent  à  Taller  trouuer. 

Mais  auât  que  pafTer  outre  ie  ne  veux 

pas  obmettre  de  faire  ici  mention  de  dix 

garçôs  Sauuages  aagez  de  neuf  à  dix  ans 


fhns  Saw- 
nages  en- 
Koye^  en 
Iranee. 


Premiers 
mdriages 
folennife^ 
à  la  façon 
des  Chré- 
tiens en 
CxAmeriq. 


Su  HISTOIRE 

&  au  deffous  (prins  en  guerre  par  les  Sau 
nages  amis  des  Frâçois,qui.  les  auoyétvê 
dus  pour  efclaues  à  Villegagno)  lefquels 
après  que  le  Miniftre  Richier  à  la  fin 
d'vnpr.efche  leur  eut  impofé  les  mains, 
&  que  nous  tous  enfemble  eufmes  prié 
Dieu  qu'il  leur  fift  la  grace  d  eftrelesprc 
mices  de  ce  pauure  peuple,pour  eftre  at- 
tiré à  la  cognoiflance  de  fon  falut,  furent 
embarquez  dans  les  Nauires  (qui  comme 
i'ay  dit  j  partirent  dés  le  quatrième  de 
Iuin)  pour  eftre  amenez  en  France,  ou 
cftans  arriuez  &  prefentez  au  Roy  Hen- 
ry fécond  lors  regnant,  ilenfitpfefent  à 
quelques  grands  Seigneurs:  &  entre  au- 
tres il  en  donna  vn  à  feu  Monfieurde  Paf 
fy,  lequel  ie  recogneu  chez  luy  à  mon 
retour. 

Au  furplusle  troifieme  iour  d'Avril, 
deux  ieunes  hommes  ,  domeftiques  de 
Villegagno  efpouferét  au  prefche  à  la  fa 
çô  des  Eglifes  reformées,  deux  de  fes  ieu 
nés  filles  que  nous  auios  menées  deFrâce 
en  ce  pays  là.  Et  en  fais  ici  mention  tant 
parce  que  non  feulement  ce  furent  les 
premieres  nopees  &mariages  faits  &  fo- 
lennifez  à  la  façon  des  Chreftiens  en  la 
terre  de  TAmeriqucmais  aufsi parce  que 
beaucoup  de  Sauuages  ,  qui  nous  eftoyët 
venus  voir  furent  plus  eftonnez  devoir 
des  femmes  veftues  ,  dont  ils  n'auoyent 

iamais 


.. 


DE    ÙMERIQJE.  jÉ 

àamaisveu  auparauant)  qu'ils  ne  furent 
esbahis,des  ceremonies  qui  leur  eftoyet 
aufsidutoutincogneues.Semblablemét 
Je  dixfeptieme  de  may  Cointa  efpoufa 
vne  autre  ieune  fille  parente  d>n  nomme 
la  Roquette  de  Rouen  lequel  ayant  paffé 
la  mer  quant  &nous ,  Pedant  mort  quel- 
que temps  après  que  nous  fufmes  là.ar- 
riuez,  laifla  héritière  fadite  parente  de  la 
marchandife  qu'il  auoit  portée ,  laquelte 
confiftoit  en  grande  quantité  de  cou- 
jfleaux, peignes, mirouers,frifes,  liaims  à 
pefcher,  &  autres  petites  befôgnes  pro- 
pres à  trafiquer  entre  les  Sauuages.  €ela 
vint  biê  à  point  à  Cointa,  lequel  fe  feeut 
bien  accommoder  du  tout.  Les  deux  au- 
tres filles  (  car  comme  il  a  efté  veu  en  no- 
ftre  embarquement,  elles  eftoyent  cinq) 
furent  aufsi  incontinent  aptes  mariées  à 
deux  Truchemens  de  Normandie:  telle- 
ment qu'il  ne  demeura  plus  entre  nous 
femmes  ni  filles  chreftiennes  à  marier. 

Surquoy  afin  de  ne  taire  nonplus  ce 
qui  eftoit  louable  que  vituperable  en  Vil 
legagnon,ie  diray  en  paffant,  d'autat  que 
certains  Normans  lefquels  dés  longteps 
auparauant  qu'il  fut  en  ce  pays  là,  s'eftâs 
fauue*  d'vnNauirequi  auoit  fait  nau- 
frage,eftàs  demeurez  parmi  les  Sauuages 
où  viuans  fans  crainte  de  Dieu,  ils  pail- 
Jardoyent  auec  les  femmes  &  filles  (corn- 

F 


et  HIS  TO  IRE 

me  Ten  ay  veu  qui  en  auoyeiit  des  enfant 
ia  aagez  de  quatre  àcinq  ans)  tant  di-ie 
pour  reprimer  cela, que  pour  obuier  que 
nul  de  ceux  qui  fufoyent  leur  refidençe 
en  Pille  n  en  abufaft  de  celle  façon:  Vil - 
legation  ,  par  l'aduis  du  confeii  ,  fit  de- 
^onm  or-  fence  à  peine  de  la  vie  que  nul  ayant  ti- 
inTv    tre   de   Chreftien  ,  n'habitaft  auec  les 
femmes  des  bauuages  .  Il  elt  vray  que 
l'ordonnance  portoit ,  que  fi  quelques  v- 
nes  eftoyent  appelées  à  la  cognoiflance 
de  Dieu,  qu'après  qu'elles  feroyent  bap- 
tifees  ,  il  feroit  permis  de  les  efpoufer. 
Mais  tout  ainfi,  quelques  rernonftrances 
que  nous  ayons  parplufieurs  fois  faites 
à  ce  peuple  barbare ,  qu  il  n'y  en  eut  pas 
vnc  qui  laiflant  fa  vieille  peau  voulut  ad 
uouer  Iefus  Chrift  pour  fon  fauueur:auf 
fi  tout  le  temps  que  ie  demeuray  là  ,  n'y 
eut  il  point  de  François  qui  en  print  à 
femme.  Neantmoins  comme  celle  loya- 
uoit  doublement  fon  fondement  fur  la 
parole  de  Dieu  ,  aufsi  fut  elle  fi  bien  ob- 
feruee,quenon  feulement  pas  vn  feul, 
tant  des  ges  de  Villegagnô,que  de  noftre 
compagnie  ne  la  tranfgreffa ,  mais  aufsi, 
quoyquei'ayeentédu  diredeluy  au  con 
traire  depuis  mô  retour, afïauoir  qu'eftât 
enTAmcriq.  il  fepoluoit  auec  les  femes 
Sauuages,  ie  luy  rendray  ce  tefmoignage 
qu'il  n'en  efloit  point  foupçonné  de  no- 
ftre 


DE     l'aMEUQJE.  8| 

lire  temps.  Qui  plus  eft  il  auoit  tellemtt 
en  recommendation  la  pratique  de  fon 
ordonnance,  que  ncuft  efté  l'inftante  re- 
quefte  que  quelques  vns  de  ceux  qu'il  ai- 
mait le  plus  luy  firent  pour  vn  1  ruche- 
ment,  qui  eftant  aile  en  terre  ferme  auoit 
efté  conuaincu  d'auoir  paillarde  auec  \ne 
de  laquelle  il  auoit  iaautresfois  abufé,au 
lieu  qu'il  ne  fut  puni  que  de  la  cadene  au 
pied  ,  &  mis  au  nombre  des  efelaues  ,  il 
vouloit  .qu'il  fut  pendu.  Villegagnon  dô- 
ques, felon  que  i'en  ay  cogneu,tant  pour 
fon  regard  que  pour  les  autres  ,  eftoit  à 
louer  en  ce  point  :  &  pleuft  à  Dieu  pour 
l'aduancementde  l'Eglife  &pourle  fruit 
que  beaucoup  de  gens  de  bien  en  rece- 
uroyent  maintenant,qu'il  fe  fuft  aufsi  bië 
porté  en  tous  les  autres. 

Mais. mené  qu'il  eftoit  au  refte  dVn  e- 
fpritdecontradiftion,nefypouuantcon 
tenter  de  la  fimplicité  ,  que  TEfcriturç 
fainte  monftre  aux  vrais  Chreftiens  tou- 
chant l'adminiftration  des   Sacremens:  ^ 
il  aduint  le  iour  de    Penthecofte   &$-fçirt!He 
liant  ,  que  nous  fifmes  la  Cène,  &&■*£*£% 
la  féconde  fois  ,  luy  alléguant  que  jaint  les  AUeg^ 
Cyprian,  &  faint  Clement  auoyentef  £«* 
crit  qu'en  la  celebration  d'icelle  il  falloit^^, 
mettre  de  Peau  au  vin,  non  feulement 
il  vouloit  opiniaftrement,&  par  nécessi- 
té que  cela  fefift,  mais  aufsi  affermoit 
1  F  % 


Seconât 


fa- 


Pafage 
mal  appli- 
qué par 

Villegag. 


84  HISTOIRE 

&  vouloit  qu'on  crcut  que  le  pain  con 
ere  profi'toit  autant  au  corps  qu'à  Tame. 
Dauantage  qu'il  falloit  meflerdu  fel  dc 
de  l'huile  auec  l'eau  du  baptefme.  QuVn 
Mini  ft  re  ne  fepouuoit  remarier  en  fé- 
condes noces  :  amenât  le  paffage  de  faint 
Paul  à  Timoth  Que  TEuefque foit  mari 
dVne  feule  femme.  Brief  ne  voulant  plus 
defpendre  d'autre  confeil  que  du  fieri 
propre,  &  fans  fondement  de  ce  qu'il  di- 
foit  en  la  parole  de  Dieu  >  il  voulut  lors- 
abfolument  tout  remuera  fon  appétit. 
Mais?  afin  que  chacun  foit  aduerti  com- 
ment il  argumentoit  inuinciblemet,  d>n 
tre  plufieurs  fentences  del'Efcriture  que 
il  mettoit  en  auant,  prétendant  prou- 
uer  ce  qu'il  vouloit  maintenir ,  i'en  pro- 
poferay  ici  vne  .  Voici  doneques  ce  que 
ie  luy  ouï  vn  iour  dire  à  l'vn  de  fes  gens. 
N'as  tu  iamais  leu  enl'Euangile  du  Lé- 
preux qui  dit  à  Iefus  Chrift,  Seigneur  fî 
tu  veux  tu  me  peux  guérir:  &  qu'inconti- 
nent que  Iefus  luy  eut  dit,  ie  le  veux  fois 
net,  il  fut  net.  Ainfi(difoit  ce  bon  expofi- 
teur)quâd  IefusChriftàdit  du  pain, Ceci 
eft  mo  corps, il  faut  croire  fans  autre  in- 
terpretation qu'il  y  eft  enclos:  &  laiffos  di 
re  ces  gês  de  Geneue:ne  voila  pas  biê  in- 
terpreter vn  paffage  par  l'autre.  Ceft  cer 
tes  aufsi  bien  rencontrer  ,  que  celuy  qui 
allégua  en  vn  Concile,  que  puis  qu'il  eft 

eferit 


, 


DE    L'A  M  E.R  I  QV  F.  85 

efcrit  queDieu  à  créé  l'homme  à  fon  ima 
çe,qu  il  faut  doncqucs  auoir  des  images. 
Partant  qu'on  iuge  maintenant  par  ceft 
échantillon  fila  Théologie  de  Villega- 
gnon  qui  a  tant  fait  parler  de  luy^n'eftoit 
pas  feriale  ?  &  fi  entendât  ù  bien  l'Efcri- 
ture ,  comme  il  s'eft  vante',  il  n'eftoit  pas 
pour  faire  tefte  en  difpute,  &clorre  la 
bouche  à  Caluin ,  &  à  tous  ceux  qui  le 
voudroyent  maintenir  ?  Iepourrois  ad- 
ioufter  beaucoup  d'autres  propos  aufsi 
ridicules  que  le  precedent ,  que  ie  luy  ay 
ouïtenir  touchanteefte  matière  des  Sa- 
cremens  .  Mais  parce  que  quand  il  fut  de 
retour  en  France ,  non  feulement  Petrws 
Richerius   le   defpeignit  de  toutes  Ces 
couleurs  ,  mais  aufsi  que  d'autres  après ' 
l'Eftrillerent ,  &  Efpouffeterent  fi '  bien  &  ^f» 
qu'il  n'y  fallut  plus  retourner,  craignant./?"*/^ 
d'ennuyer  les  le&eurs  ,  ie  n'en  diray  îci^f/^ 
dauantage .  En  ce  rnefme  temps  Cointa,  tn  Vtiiz- 
voulant  aufsi  monftrer  fon  feauoir ,  fe*,«g,,M 
mit  a  faire  leçons  publiques  :  mais  ayant  Leçons  ie 
commencé  l'Euangile  felon  faint   lean  C**»t*. 
(matière  telle  &  aufsi  haute  que  feauent 
ceux  qui  font  profefsion  de  Théologie) 
il  rencontroit  le  plus  fouuét  aufsi  à  pro- 
pos qu'on  dit  communément  que  magni 
ficat  eft  à  matines  :  &  toutesfôis  c'eftoit 
le  feul  fuppoft  deVillegagnon  en  ce  pays 
là,  pour  impugnerla  vraye  doârinç  de 

F  3 


86 


HISTOIRE 


l'Euâgile.  Cornent  doc?  dira  ici  quelcun, 
Tom.iJi  le  Cordelier  frère  And-reTheuet  quife 
ai.ch.8.  plaint  fi  fort  en  faCofmographie  que  les 
Miniftres  que  Caluin  auoit  enuoyez  en 
l'Ameriq.  enuieux  de  fon  bië&  entrepre 
nans  fur  fa  chafge,Pempefcherent  de  ga- 
gner les  âmes  efgarees  du  panure  peuple 
Saunage  >  fe  tàifoit-il  lors  >  eftoit-il  plus 
affeftionné  enuers  les  Barbares,  qu'àla 
defence  del'Eglife  Romaine,  dont  il  fe 
fait  fi  bon  pilier?La  refponce  à  cede  bour 
ïrfZgel.  dede  Theuet  en  ceft  endroit  fera ,  que 
tout  ainfi  que  i'ay  ia  dit  ailleurs  ,  qu'il  e- 
ftoit  de  retour  en  France  auant  que  nous 
arriuifsions  ence  payslà,aufsi  prie  ie 
derechef  les  lecteurs  de  noter  ici  en  paf- 
fant,  que  comme  ien'ay  fait  ni  ne  feray 
aucune  rrientiô  de  luy  en  tout  le  difeours 
prefent  touchant  les  difputes  que  Ville- 
gagnon  &  Cointa  eurent  contre  nous  au 
Fort  de  Colligni  en  la  terre  du  Brefîl, 
qu'au fsi  n'y  a  il  iamais  veu  les  Miniftres 
dont  il  parle,  ni  eux  femblablement  luy. 
Partat  que  ce  bon  Catholique  TheuetCle 
quel  auoit  lors  vn  fofle  ,  de  deux  mille 
lieues  de  mer  entre  luy  &  nous  pour  em- 
pefcher  que  les  Sauuagcs  inoftre  occa- 
sion ne  fe  ruaffent  fur  luy  &lemi(Tcntà 
Cofna*  mort ,  ainfi  que  contre  vérité,  d'autant 
To  2-. li.  comme  i'ay  dit  qu'il  n'yeftoit  pas  de  no- 
%  .çh.i.  jrj-rc  tcnipS  J]  \o£i  eferire)  fafis  repaiftre 

le  mon* 


. 


DE     L'A  ME  R  I  QVÏ.  87 

le  monde  de  telles  balliueines  ,  allègue 
d'autre  exemple  de  Ton  zèle,  que  celuy 
qu'il  dit  auoir  eu  en  la  conueriîô  des  S  au 
uaees  fi  les  Miniftres  ne  leuffent  empel- 
che ,  car  cela  eft  faux.  Or  pour  retourner 
à  mon  propos  ,  incontinent  après  celte 
Cène  de  Penthecofte  Villegagnon  decla- 
rant auoir  changé  l'opinion  qu'il  diloit 
autresfois  auoir  eue  de  Caluin  -,  fans  at- 
tendre fa  refponce  ,  qu'il  auoit  enuoye 
quérir  en  France  ,  par  le  Mimftre  Char-  viiwg- 
tier,dit  que  c'eftoit  vn  mefchant  &vn  he-  «J(*V, 
retique  defuoyédela  foy  :  &de  fait  del- f  tr- 
iors nous  monftrant  vn  fort  mauuais  vi-™^{ 
fage,  mefmes  adiouftât  qu'il'vouloit  que  w. 
le  prefche  ne  duraft  plus  que  demie  heu- 
re,  depuis  la  fin  de  May  il  n'y  afsifta  que 
bien  peu  .  Conclufion,  la  difsimulation 
de  Villegagnon  nous  fut  lors  fi  bien  def-  ££«£ 
couiierte  (  qu'ainfi  qu'on  dit)  nous  co- gagmdt 
gneufmes  adonc  de  quel  bois  il  fe  chàa*£*M 
foit.Que  fi  on  demande  maintenant  quel  &laiaufe 
le  fut  l'occafiô  de  cefte  reuolte:  quelques  r,r^3- 
vns  desnoftres  tenoyent  que  le  Cardi- 
nal de  Lorraine  &  d'autres  luy  ayans  ef- 
crit  de  France  par  le  maiftre  d'vnttaùire 
qui  vint  en  ce  temps  là  au  Cap  de  Fne 
trente  lieues  au  deçà  de  l'Iiîe  ou  nous  e- 
ftions,l'ayant  reprins  fort  afp rement  par 
leurs  lettres,  de  ce  qu'il  auoit  quitte  la 
Religion  CatholiqueRomaine,  auoyent 

F    4 


88  HISTOIRE 

caufé  ce  changemêt  en  luy.Et  de  fait  ayat 
comme  vn  bourreau  en  fa  confcience,  il 
VglTSm  ^cuim  fi  chagrin,  que  iurant  à  tout  coup 
%conj\ien  Je  corps  faint  laques  Cqui  eftoit  fon  fer- 
KpZttZ.  nicnt  or<*inaire)  qu'il  romproit  la  tefte, 
'dinaire.    les  bras  ,  &  les  iambes  au  premier  qui  le 
fafcheroitvnulnes'ofoitplus  trouuer  de 
uant  luy.Surquoy,puis  qu'il  vient  à  pro- 
pos, iereciteray  la  cruauté  que  ieluy  vis 
exercer  en  ce  temps  la  fur  vn  François 
Ç*m*<&  nommé  la  Roche,  lequel  il  tenoit  à  la 
chaîne.  Ayant  fait  coucher  ce  pauure  ho- 
me tout  a  plat  contre  terre ,  &  par  vn  de 
fes  Satalites  à  grand  coups  de  baftos  tant 
fait  battre  le  ventre,  qu'il perdoit  pref- 
ques  le  vent  &  l'haleine  ,  après  qu'il  fut 
âinfi  meurtri  d'vn  cofté,  ceft  inhumain 
luy  difoit: corps  S. laques  paillard  tour- 
ne l'autre,  tellement  que  le  laiifant  ainfî 
à  demi  mort,  encore  ne  fallut  il  pas  pour 
cela,  que  lepauure  homme lairTaft  de  tra- 
uailicr  de  fon  meftier,  qui  eftoît  Me- 
nuiiicr.  ^Scmblablcment  les  autres  Fran- 
çois qu'il  tenoit  à  la  chaine  pour,  la  mef- 
riie  caufe  que  le  fufdit  la  Roche,  aflauoir, 
parce  que  à  caufe  du  mauuais  traitement 
qu'il  leurfaifoit  auât  que  nous  fufsios  en 
ce  pays  là ,  ils  auoyent  confpiré  entr'eux 
de  le  ietter  en  mer:  cftans  plus  trauaillcz 
que  s'ils  cnlfent  cfté  aux  galères  ,  aucuns 
d'entr'eiïxcharpctiers  deleur  cftatTabâ- 

donnais 


cfcla, 


de 


D  E      L'AMERIQJ  E.  89 

donnans  ,  aimèrent  mieux  s'aller  rendre 
en  terre  fermeauec  les  Sauuages(lefquels 
les  traitoyent  plus  humainement)  que  de 
demeurer  auec  luy.Dauantage  trente  ou 
quarante  tant  hommes  que  femmes  Sau- 
uages  Margot*  lefquels  les  Toinupintm-  ^m^ 
haoultsnos  alliez  auoyent  prins  prifon-  étliff%f 
niers  en  guerre ,  Se  les  luy  ayans  vendus, 
les  tenoit  efeiaues,  eftoyent  encores  trai- 
tez plus  cruellement.  Et  de  fait  ieluy  vis 
vne  fois  faire  embraffer  vne  piece  d'ar- 
tillerie à  Tvn  d'entr'eux  nommé  M  ingant 
auquel  pour  vne  chofe  qui  ne  meritoit  pas 
prefques  qu'il  fut  tancé,ilfitneantmdins 
dégoûter  &  fondre  du  lard  fortchaud  fur 
les  fefles:  tellement  que  ces  pauures  gens 
difoyent  fouuent  en  leur  langage^fi  nous 
eufsions  penféque.T^i"-^/^j(ainfi  appe- 
loyent  ils  Villegagnon)  nous  euft  traitez 
de  cefte  façon ,  nous  nous  fufsions  plu- 
ftoft  faits  manger  à  nos  ennemis  que  de 
venir  vers  luy.  Voila  en  paffant  vn  pe- 
tit mot  de  fon  humanité  r&ferois  con- 
tent n'eftoit  5  comme  il  à  eftétouché  ci 
deffus  ,  que  quand  nous  eufmes  mis  pied 
à  terre  en  fonlfle  ,  il  nous  dit  nommé- 
ment qu'il  vouloir  que  la  fuperfluité  des 
habillemens  fut  reformée  définir  ici  de 
parler  de  luy. 

Il  faut  doneques  que  ie  dife  encores  le. . 
bon  exemple  &  la  pratique  qu'il  monftra 


£0  HISTOIRE 

cnceft  endroit.  Ayant  grande  quantité 
tant  de  draps  delaine(qu'il  aimoit  mieux 
laiffer  pourrir  dans  [es  coffres  que  d'en 
reueftir  {es  gens  ,  vne  partie  defquels 
neantmoins  eftoyent  prefque  tous  nuds) 
que  de  foye  :  comme  aufsi  des  camelots 
de  toutes  couleurs,  il  s'en  fit  faire  fix  ha- 
billemens  à  rechanger  tous  les  iours  de 
e    >        la  femaine:  affauoir,la  cazaque  &  les 

équipage  r  r  jl 

de  voie-  chauiics  touiiours  de  meiines,de  rouges, 
&*&"*>  de  iaunes,de  tannez*  de.blancs>de  hleuz, 
&  de  verts:tellement  que  cela  eftant  aufi- 
û  bien  feant  à  fon  aage  &  au  degré  & 
profefsion  qu'il  vouloit  tenir  qu'rn  cha- 
cun peut  iuger  ,  aufsi  cognoifisions  nous 
à  peu  près  à  la  couleur  de  l'habit  qu'il 
auoit  veftû,de  quel  humeur  il  feroit  me^- 
nécefte  iourneela  :  de  façon  que  quand 
nous  voyons  le  vert  &le  iaune  en  pays, 
nous  pouuions  bien  dire  qu'il  n'y  faifoit 
pas  beau.  Mais  fur  tout  quand  il  eftoit 
paré  d'vne  longue  robe  de  Camelot  iau- 
rie  bâdee  de  velours  noir  le  faifant  moût 
beau  voir  en  tel  equipage ,  les  plus  io- 
yeux  de  {es  gens  difoyent  que  c'eftoit 
lors  vn  vray  enfant  fans  fouci .  Partant  lî 
celuy  ou  ceux  qui  comme  vn  Sauuage  le 
firent  peindre  tout  nud  au  deffus  du  ren-^ 
uerfement  de  la  grand  marmite  euffent 
efté  aduertis  de  cefte  belle  robe^il  ne  faut 
point  douter  que  pour  ioyaux  &  orne- 
ment 


DE     L'A  ME  RIQJE.  91 

ment  ils  neluyeuffent  aufsi  bien  IaifTee 
qu'ils  firent  fa  croix  &  fon  flageolet  pen- 
dus à  fon  col. 

Que  fi  quelqu'vn  dit  maintenant  quç 
il  n'y  a  point  d'ordre  que  i'aye  recerchc 
ces  chofesde  fi  près,  lefquelles  à  la  vé- 
rité ie  confeffe,  principalement  quant 
à  ce  dernier  point3  ne  valoir  pas  l'efcri- 
ré,ie  refpond  puis  que  Villegagnon  a 
tant  fait  le  Roland  le  Furieux  contre 
ceux  de  la  Religion  reformée  ,  nommé- 
ment depuis  fon  retour  en  France ,  leur 
ayant ,  di-ie  ,  tourné  le  dos  de  celle  fa- 
çon,il  me  femble  qu'il  meritoit  que  cha- 
euh  feeut  comment  il  s'eft  porté  en  tou- 
tes les  religions  qu'il  afuyuies. 

Or  finalement  après  que  par  le  fieur  uucAJim 
du  Pont  nous  luy  eufmes  fait  dire  que  W£ 
puisquilauoit  reiettél'Euangile  ,  nous  departif- 
n'eftàns    point    autrenrent^  fes    fuiets, r^f™ 
n'entendions  plus  d'eftre  à  fon  ferm- 
ée, moins  voulions  nous  continuer  de 
porter  de  la  terre   &   des    pierres    eu 
fon  Fort:  luy  nous   penfant  bien   fort 
èftonner  &  nous  faire  mourir  de  faim, 
défendit  la  deffùs  qu'on  ne  nous  bail- 
lait plus  hs  deux  gobelets  de  farine  de 
racine   que  chacun  de  nous  (ainfi  que 
i'ay  dit  ci   defius)    auoit    accouftumé 
d'auoir  par  iour  •    Dequoy   tant  s'en 


£2  HISTOIRE 

fallut  que  nous  fufsions  fafches  ,  qu'au 
contraire  (outre  ce  que  nous  en  auions 
plus  pour  vne  ferpe,  ou  pour  deux  ou 
trois  caufteattx  que  nous  baillions  aux 
Sauuages  qui  nous  venoyent  fouuet  voir 
dans  leurs  petites  Barques ,  ou  bien  ral- 
lions quérir  vers  eux  5  qu'il  ne  nous  en 
euft  feeu  bailler  en  demi  an)  nous  fufmcs 
fcien  aifes  par  tel  refus  d'eftre  entieremet 
tors  de  fa  fuiettion  .  Cependant  s'il  euft 
efté  le  plus  fort  ,&qu  vne  partie  de  fes 
gens  &  des  principaux  n'euflent  tenu  no 
itre  parti ,  il  ne  faut  douter  qu'il  ne  nous 
euft  lors  mal  faitiios  befôgnes.Et  de  fait 
pour  tenter  s'il  en  pourroit  venir  à  bout, 
ainfîqu'vn  nommé  lean  gardien  &moy 
fufmes  vn  iourde  retour  de  terre  ferme 
(ou  nous  auions  efté  enuiro  quinze  iours 
parmi  les  Sauuages  )  luy  feignant  ne  rien 
fauoir  du  congé  que  nous  auions  deman- 
dé à  monfïeur  Barré  fon  Lieutenant  auat 
que  partir,  Se  prétendant  par  là  que  nous 
eufsions  tranfgrefieles  ordonnâmes  qu'il 
auoitfaites>que  nul  n'euft  à  fortir  del'I- 
fle  fans  licence^non  feulement  nous  vou- 
lut faire  aprehender,  mais  aufsi  comman 
doit  que  comme  à  fes  efclaues  on  nous 
ViUtga-   mjt  ^  chacun  vne  chaine  à  la  iambe.Et  en 

gntn  ten! s  r    r  . 

le    moyen  humes  en  tant  plus  grand  danger  que  le 

nd™*r  &eur  ^ll  P°nt  noftre  condu£teur(  lequel 

battes.       attendu  fa  qualité  s'abaiffoit  trop  fous 

luy) 


de    l'ameriqje.  9$ 

luy  )  au  lieu  de  nous  fupporter  &  de  l'cnt 
pefcher,nous  prioit  que  pour  vn  iour  ou 
deux  nous  fouifrifsions  cela,&:  que  quâd 
la  colère  de  Villegagnon  feroit parlée,  il 
nous  feroit  deliurer .  Mais  tant  à  caufe 
que  nous  n'auions  point  enfreint  l'ordo- 
nance,que  parce  principalemêt,ainfi  que 
Tay  dit,que  nous  luy  auions  declaré,puis 
qu'il  nous  auoit  rompu  la  promefle  qu'il 
nous  auoit  faite,nous  n'entendions  plus 
rien  tenir  de  luy:  iointles  exemples  de 
tant  d'autres  que  nous  voyons  iournelle- 
ment  deuant  nos  yeux  eftre  ii  cruellemét 
traitez  de  luy ,  nous  declarafmes  tout  à 
plat  que  nous  ne  l'endurerions  pas.  Par- 
tant luy  oyant  cefte  refponce  ,  &  fâchant 
bien  que  nous  eftions  quinze  ou  feize  de 
noftre  compagnie  fi  bien  vnis  &  liez  d'a- 
mitie  ,  que  qui  pouffoit  l'vn  frapoit  l'au- 
tre 5  comme  on  dit,  il  ne  nous  auroit  pas 
de  force,il  fila  doux  &  fe  deporta.Et  cer- 
tes outre  cela  ,  ainfi  que  i'ay  dit,les  prin- 
cipaux de  (es  gens  eftans  de  noftre  reli- 
gion ,  &  par  confequent  mal  contens  de 
luy  à  caufe  de  fa  reuoIte,fi  nous  n'eufsiôs 
craint  que  monfieur  l'Amiral  qui  l'auoit 
cnuoyé  &  qui  ne  le  cognoiffoit  pas  enco- 
res tel  qu'il  eftoit  deuenu,en  euft  efté 
marry,  auec  quelques  autres  refpeds  que 
nous  eufmes5il  y  en  auoit  qui  empoignas 
cefte  oçafion  pour  fe  ruer  fur  luy,auoyét 


94  HISTOIRE 

grande  enuie  en  le  iettant  en  mer,  de  fai-* 
re  manger  de  la  chair  &  de  fcs  groffcs 
efpaules  auxpoiffons.  Trouuâs  dôcques 
plus  expedient  de  nous  comporter  dou- 
cement ,  encores  que  nous  fusions  touf- 
iours  publiquement  le  prefche  qu'il  n'o- 
jfoit  ou  ne  pouuoit  empefcher,  iî  eft-ce,à 
fin  qu'il  ne  nous  troublaft  &  brouillait 
plus  quand  nous  ferions  la  Cène,  du  de- 
puis nous  la  fifmes  de  nuit  à  fon  defceu. 
Et  parce  qu'après  la  dernière  Cène 
que  nous  fifmes  en  ce  pays  là,  il  ncnous 
refta  qu'cnuiron  vn  verre  de  tout  le 
vin  que  nous  anions  porte'  de  France* 
n'ayans  moyen  d'en  recouurer  d'ailleurs* 
$«ejthnjîh  queftion  fut  efmeuë  entre  nous  ,  alfa- 

po£7Jtfi  uolr  »  fi  *  ^aute  <*e  vin  on  *a  pourroit  ce- 
ttitïrer  TeDrer  auec  d'autres  bruuages.  Quelques 
fansvm,  vns  alleguans  entre  autres  paflages  ,  que 
lefus  Chrift  en  finftitution  delà  Cène, 
après  l'adion  ayant  expreffémétdit  à  fes 
Apoftrcs  ,  le  ne  boiray  plus  du  fruift  de 
la  vigne &c.eftoyent  d'opinion  quelevin 
défaillant  il  vaudroit  mieux  s'abftenir  du 
figne,que  de  le  changer.  Les  autres  au  co 
traire  difans  que  lefus  Chrift  quâd  il  in- 
stitua fa  Cène  eftant  au  pays  de  Iudee,  a-* 
uoit  parlé  du  bruuage  quiyeftoit  ordi- 
naire, s'il  eufteftéenla  terre  des  Sauua- 
ges,euft  non  feulemét  aufsi  fait  mention 
du  bruuage  dont  ils  vfent  au  lieu  de  vin, 

mais 


. 


D  E    L 


AMBRIQJE  95 

mais, qui  plus  eftoit  >  de  leur  farine  de 
racine  qu'ils  mangent  au  lieu  de  pain» 
concluoyent  qu  ainfi  tant  que  les  fignes 
de  pain  &  de  vin  fe  pourroyent  trou- 
uer  ,  ils   ne   les  voudroyent   changer  9 
qu'aufsi  à  défaut  Vieeux   ne  feroyent 
ils  point  de  difficulté  de  célébrer  la  Cè- 
ne   auec    les    chofes   plus    communes 
qui  feroyent  au  lieu  de  pain  &  de  vin 
pour  la  nourriture  des  hommes  dupais 
ou  ils    feroyent  :   tellement  que  com- 
me nous    nen  vinfmes  pas   iufques  à 
cefte  extrémité  (quoy  que  la  plufpart 
inclinait  à  cefte  dernière  opinion)  aufsi 
cefte  piatierc  demeura  indecife  .  Tou- 
tesfois  tant  s'en  faut  que   cela  engen- 
draft -aucune  diuifion  entre  nous  que 
pluftoft  par  la  grace  de  Dieu,  demeu- 
rafmes  nous  en  telle  vnion  &  concor- 
de, que  iedefireroi s  que  tous  ceux  qui 
font  auiourd'huy  profefsion  de  la  Re- 
ligion reformée  marchaffent  du  mefme 

pied.  :         ,  ■    r 

Or  pour  acheuer  ce  que  l'auois  a  dire  gj*$g 
touchant  ViIlegagnon,il  aduint  fur  la  fin  gagnm  he 
du  mois  d'OÀobre ,  que  luy  deteftant  de  j£.^ 
.plus  en  plus  &  nous  &  lado&rine  quer,r  mj9m 
nous  fuyuions>difant  qu'il  ne  nous  vou-  *•". 
loitplus  fouffrir  ni  endurer  en  fon  Fort, 
ni  en  fon  Ifle,nous  commada  d'en  fortir. 
Il  eft  vray  ainfi  que  i'ay  touché  ci  deflus 


90  HISTOIRE 

que  nous  auions  bien  moyen  de  Yen  chaf- 
fer luy  mefme  fi  nous  eufsions  Voulu: 
mais  tant  pour  luy  ofter  toute  ocafion  de 
fe  plaindre  de  nous,  que  parce  (  outre  les 
yaifons  fufdites)que  la  France  eftant  lors 
abruuée  que  nous  eftions  allez  en  ce  pais 
là  ,  pour  y  viure  felon  la  reformation  de 
PEuangile,  craignans  de  mettre  quelque 
tache  fur  iceluy  en  obtemperans  à  Ville- 
gagnon,nous  aimafmes  mieux  luy  quiter 
la  place .  Et  ainfi  après  que  nous  eufmes 
demeuré  enuifon  huit  mois  en  ceftelfle 
&:  Fort  de  Colligni ,  lequel  nous  auions 
aidé  à  baftir,nous  nous  retirafmes  &paf 
fafrhes  enterre  ferme,  ou  en  attendans 
qu'vn  Nauire  du  Haure  de  grace  quie- 
ftoit  la  venu  pour  charger  duBrefilCau 
maiftre  duquel ,  nous  marchandafmes  de 
nous  repalTer  en  France)  fuft  preft  à  par- 
tir,nous  demeurafmes  deux  mois.  Nous 
nous  accommodafmes  fur  le  riuage  de  la 
mer  à  corté  gauche  en  entrant  dans  ce- 
nous  de-  fte  riuiere  de  Cjanabarazu  lieu  dit  par  les 
meurafmes  pranr0is  Ja  briquetiere,  lequel  if  eft  qu'à 
fermede  demie  lieue  du  Fort,  Et  corne  de  la  nous 
vùmmq.  allions, venions, fréquentions,  mangiôs, 
&:  buuions  parmi  les  Sauuages  (lefquels 
fans  comparaifon  nous  furent  plus  hu- 
mains que  celuy  qui  fans  luy  auoir  mef- 
fai,t  ne  nous  peut  fourfrirauecluy)aufsi 
eux  de  leur  part  nous  apportans  des  vi- 

ures  &: 


Lieu  eu 


DE      ÙMERIQJE,  £7 

tires  &  autres  chofes  dont  nous  auions  à  epilogue 
faire  nous  y  vcnoyent  fouuêt  vifiter.  Or  df  u  VJ€ 
l'ay  fommairemet  deicriten  ce  chapitre, 
Pinconftace  &  variation  que  i'ay  cognuë 
en  Villegagnon  en  matière  de  Religion: 
le  traitement  qu'il  nous  fit  fous  prétexte 
d'iceile:  fes  difputes  &  Poccafion  qu'il 
prit  pour  fe  deftournerdePEuangile:  fcs 
gèftes  &  propos  ordinaires' en  ce  pays  là: 
f  inhumanité  dont  il  vfoit  enuers  fcs  gës, 
&  comme  iî  eftoit  magiftralement  équi- 
pé. Partant  referuant  à  dire  quand  ie  fe- 
rayennoftre  embarquement  pour  le  re- 
tour ,  tant  le  congé  qu'il  nous  bailla,  que 
la  trahifon  dont  iî  vfa  enuers  nous  à  no- 
ftre  département  delà  terre  des  Sauna- 
ges ,  afin  de  traiter  d'autres  points  ,  ie  le 
faiflferay  battre  8c  tourmenter  fes  gens 
dans  fon  Fort,  lequel  auec  le  bras  de  mer 
ou  il  eft  fitué,  ie  vay  deferire  en  premier 
lieu. 


CHAP.    VII. 

Deftription  delà  riuier  e  de  ganabara, 
autremet  dite  cenev.Re:  de  PI  fie  &  Fort 
de  Colligny  qui  fut  bafii  en  iceliei  enfemble  des 
autres  I[les  qui  font  eYenuirons* 


G 


— 


HISTOIRE 

O  M  M  E  ainfi  foit  que  ce  bras 
de  mer  &riuieiede  {janabara 
appelée  Genevrc  parles  Por- 
ti>galois  (parce  comme  on  dit 
qu  ils  la  defcouurirent  le  premier  iour 
de  larmier  )  laquelle  derncuie  par  les 
vingt  &  trois  degrez  au  delà  de  1  Equi-* 
noâial,&  droit  fous  le  Tropique  de  Ca- 
pricorne,ait  cftéi'vn  des  ports  de  mer  en 
la  terre  du  Brefl,  plus  frequëié  de  noftrc 
temps  par  les  François,  i'ay  penfé  n'eftrç 
hors  de  propos, d'e  faire  vne  particulière 
&  fommaire  defeription.  Sans  doneques 
nVarrefter  à  ce  que  d'autres  en  ont  voulu 
efcrire,ie  di  en  premier  lieu  (ayat  demeu 
ré  &  nauigué  fur  icelle  cnuitô  vnan^  que 
en  s'auançant  fur  les  terres  elle  a  enuirô 
douze  lieues  de  long ,  &  en  quelques  en- 
droits fept  ou  huit  de  large  :  &  quant  au 
refle  côbien  que  les  môtagnes  qui  Tenui- 
ronnent  de  toutes  parts  ,  ne  foyent  pas  fi 
Comparai  fautes  que  celles  qui  bornent  le  grand  Se 

[on  du  Lac  r  .        x      .  i»  i  i        Â? 

de  geneue  ipacieux  lac  cl  eau  douce  de  Geneue, 
auu  uri-  neantmoins,  ayantainfi  la  terre fermede 
<janab*r*  tous  coftez,  elle  eft  afîez  femblableà  îce- 
'~4me-  jUy  quant  à  fafituation. 

Au  refte  quand  on  laifTe  la  grand  mer 
pour  y  entrer  ,  parce  qu'il  fauteoftoyer 
trois petitcslflcs  inhabitables,  cotre  lef- 
quelles  les  Nauii  es  ,  fi  elles  ne  font  bien 
côduites  font  endurer  d'heurter  Sc/ebri 

fer, 


eni' 
ri  que 


BE     L'AMERIQUE.  9^ 

ferj'emboucheure  en  eft  affe*  fafcheufe. 
Apres  cela ,  il  faut  pafl'er  par  vn  deftroit 
qui  n'ayât  pas  demi  quart  de  lieue  de  lar- 
ge eft  limite  du  cofté  gauche,  en  y  entrât* 
cTvne  montagne&  Roche  en  forme  pira- 
midale,  laquelle  n'eft  pas  feulement  d'ef- 
merueillable  &  excefsiue  hauteur  ,  mais 
aufsi  à  la  voir  de  loin  on  diroit  qu'elle  eft 
artificielle:  &de  fait  parce  qu'elle  eft  ron- 
de &:  femble  vne  greffe  tour  ,  entre  nous  <~^4. 
François  l'auions  nommée  le  pot  de  beurf */«?•* 
re.  Vn  peu  plus  auant  dans  la  riuieré  il  y  e  eurrei 
a  vn  rocher  >  qui  peut  auoir  cent  ou  fix 
vingts  pas  de  tour  ,  que  nous  appelions  '***'*>**'*** 
aufsi  le  Ratier,  fur  lequel  Villegagnon  à 
fon  àrriueë   s'y  penfant  fortifier   auoit 
premièrement  pofé  fon  Artillerie  ,  mais 
le  ftus  &  reft  us  de  la  mer  Ten  chafla.  Vne  ?'Ar;/J- 
lieuë  plus  outre  >  eft  Tlflé  ou  nous  dc~jie&  Fort 
mentions  ,  laquelle  ainfiquè  ivay  ia  ton- eti  fe,t€no*è 

*    s        ««  n     «-il-       if  ViUcrag? 

che  ailleurs  ,  eitoit  inhabitable  au  para- 
uant  que  Villegagnon  fuft  arriué  en  ce 
pays  làrmais  au  refte  n'ayant  qu'enûiroa 
demie  lieue  Françoife  de  circuit ,  &  e^ 
ftant  fix  fois  plus  longue  que  large  ,  en- 
liironnee  qu'elle  eft  de  petits  rochers  à 
fleur  d*eau,  qui  empefchçnt  que  les  Vaif- 
feaux  n'enpeuuent  approcher plus  près 
que  la  portée  du  Canon,  elle  eft  merueiW 
leufement  &  naturellement  forte  .  Et  de 
fait  n'y  pouuât  aborder^mefmes  auec  les 

G  z 


IOO  HISTOUE 

f>etites  Barques  finon  du  collé  du  port, 
equel  eft  encore  à  Popped  te  de  i  auenue 
de  la  grand  mer,  (1  elle  cuit  efte'  bien  gar- 
dée^! neuf!:  pas  efix  pofsible  de  la  forcer 
ni  de  la  furprendre.  Au  furplus  y  ayant 
deux  montagnes  aux  deux  bouts,  Ville- 
gngnon  fur  chacune  d'icelle  fit  faire  vne 
maifonnette  :  comme  nufsi  fur  vu  rocher 
de  cinquante  ou  foixa.nte  pieds  de  haut3' 
qui  eft  au  milieu  dePIfle,  il  auoit  fait  ba- 
"frir  fa  maifon.  De  codé  &  d'autre  de  ce 
rocher,  nous  anions  eiplané  &  fait  quel- 
ques petites  places  efqueîles  eftoyent  ba- 
■  fries,  tâtla  faile  ou  Ion  s'affembloit  pour 
faire  le  prefche  &  pour  mâger,  qu'autres 
logis  efquels  (comprenant  tous  les  gens, 
de  Villegagnon.)  eriuiron  quatre  vingts 
perfonnesqire  nous  étions,  refidents  en 
ce  lieu  ^logions  &  nous  accommodiôs. 
Mais  no.tezjqu'exceptéla  maifon  qui  eft 
fur. la  roche, ou  il  y  a  vn  peu  decharpen- 
terie,&  quelques  Bouleuards  furlefquels 
l'Artillerie  eûoit  placée,  lefquels  font 
reueftus  de  telle  quelle  mafïonneric ,  que 
ce  font  tous  logis, ou  pluftoft  loges, des- 
quels  comme  les  Sauuages  en  ont  elle 
les  Architectes  ,  aufsi  les  ont  ils  baftis  à 
leur  mode,  afTauoir  de  bois  rond,  &  cou- 
uerts   d'herbes  .  Voila  en  peu  de  mots 
quel  eftoit  l'artifice  du  Fôrt.lequel  Villc- 
gagnon  penfant  faire  chofe  agréable  à 

Gafpard* 


DÉ    L'A  ME  RIQVE.  IOÏ 

Gafpard  de  Côlligny  Admirai  de  Frace, 
fans  la  faueur  &  afsiftancc,  aufsi  duquel, 
comme  i'ay  dit  du  commencemët,il  n'eut 
iamais  eu  ni  le  moyen  de  faire  le  voyage, 
ni  de  baftir  aucune  forterefle  en  la  terre 
du  Brefil  s  nomma  Côlligny  en  la  France 
Antarctique. Mais  en  faifant  femblant  de 
perpétuer  lé nô  de  ceft  excellët  Seigneur, 
duquel  yoirement  la  mémoire  fera  à  ia- 
mais honorable  entre  tous  gens  de  bien, 
ie  laifle  a  pêfer  outre  ce  que  Villegagno, 
contre  la  promelfe  qu'il  luy  auoit  faite 
auânt que  partir  de  France,  d'eftablirie 
pur  feruice  de  Dieu  en  ce  pays  là  ,  fe  re- 
uoltade  la  Religion, combien  encore,en 
quitanteefte  place  aux  Portugais,  qiu  en 
font  itlaintenantpoflTefleiirs  ,  il  leur  dôna 
occafion  de  faire  leurs  trophées  &  du  nô 
de  Colligni,&  du  nom  de  France  Antar- 
ctique qu'on  auoit  impofé  à  ce  pays  là. 

Sur  lequel  propos  ie  diray  .  que  ie  ne 
me  puis  aufsi  a  fies  efmerueiller,  de  ce 
que  Theiiet  à  fon  retour  de  T Amérique, 
en  Tannée  1557*  voulant  femblablement . 
complaire  au  Roy  Henry  fécond  lors  re- 
gnant ,  non  feuleuent ,  en  vne  carte  qu  il 
fit  faire  de  cefte  riuiere  de  Ganabara  & 
Fort  de  Colligni ,  fit  pourtraire  à  cofte 
gauche  d'icelle  en  terre  ferme ,  vne  ville 
qu'ilnômavi  l'le  hè  n  r  rimais  aufsi, 
euoy  qu'il  ait  eu  afféz  de  temps  depuis 
1  G  } 


IQ2  HISTOIRE 

pour  pçfer  que  c'eftoit  vne  moquerie,  Yz 
ncâtmoins  fait  mettre  derechefen  fa  Cof 
mographie.  Car  quad  nous  partifmes  dç 
cefte  terre  du  Brefil ,  qui  fut  plus  d'vn  an 
après  Theuet,  ie  maintien  qu'il  n'y  auoit 
aucune  forme  de  bajljinens,  moins  villa- 
ge ni  ville  à  rédroit  ou  il  nous  en  à  naar*- 
ViUeima-  que  &  forge'  vne,  vrayement  fantaftique. 
S:T/  Aufsi.  ln  mf fa*  cftant  en  incertitude  de 
^«um^cequi  deuoit  précéder  au  nom  de  cefte 
flou*,    ville  imaginaire^  la  manière  de  ceux  qui 
difputét  s'il  faut  dire  bonet  rouge  ou  rou 
ge  bonet,rayâtnomee  vill  e-h  e  n  r  y 
en  fa  premiereCarte,&H  enry-ville 
en  la  féconde  5  donne  affe*  à  coniedurer 
que  ce  n'eft  qu'imagination  &  chofe  fup- 
pofeede  tout  ce  qu'il  en  dit  :  tellement 
que  fas  crainte  de  l'equiuoque,  le  lecleur 
choifïffat  lequel  qu'il  voudra  de  ces  deux 
flôs,trouuera  que  c'eft  toufiours  tout  vn, 
affauoir  rien  que  de  Iapeinture.  Dequoy 
ie  conclus  neantmoins  ,  que  Theuet  des 
lors, non  feulement  feiouaplus  du  nom 
du  Roy  Henry  que  ne  fit  Villegagnon  de 
celuy  deColigni,qu'il  impofa  àfon  Fort, 
mais  aufsi  que  par  cefte  reiteration  ,  en- 
tant qu'en  luy  eft,ilprophane  la  mémoi- 
re de  fon  Prince.Et  afin  de  preuenir  tout 
ce  qu'il  pourroit  répliquer  la  deffus  (  luy 
nyant  que  le  lieu  qu'il  pretend  foit  ce- 
luy que  nous  nommafmcs  la  Briqueterie 

auquel 


DE    L'AMERIQJE.  103 

auquel  nos  manouuriers  battirent  quel- 
ques maifonettes  ie  luy  côfeffe  bien  qu'il 
y  a  vne  montagne  en  ce  pays  11 ,  laquelle 
les  François, en  foiuiea&cc  de  leur  fouue- 
rain  Seigneur,nômcrent  le  MontHenrjr, 
comme  aufsi  nous  en  appelions  vn  autre 
Corguiieiey  ,  du  fùrnom  de  Philippe  de 
Corguiîerey  fieur  du  Pot,qui  nous  auoit 
conduits  par  delà  :  mais  s'il  y  à  autant  de 
■d'ifertïice  d  vne  montagne  à  vne  ville,cô- 
ir.e  on  peut  dire  qu'vn  clochier  n  eft  pas 
vne  vachcil  s'enfuit,ou  que  T  hcuct  a  eu 
la  berlue  quantil  a  marqué  cede  Ville 
H  f  n  a  y  ou    H  e  NR  y  V  t  l  l  e  en  les 
cartes  ,ouqu  il  en  a  voulu  faire  accroire 
plus  qu'il  n  en  eft.Dequoy  derechef,  afin 
que  nul  ne  penfe  que  l'en  parle  autremet 
qu'il  ne  faut,  ie  me  rapporte  à  tous  ceux 
qui  ont  fait  ce  voyage:&  mefmes  aux  gês 
<le  Villegagnon  dont  plufieurs  font  enco 
res  en  vie':  aflauoir  s'il  y  auoit  appa- 
rence de  ville  ou  on  a  voulu  fituer  celle 
que  ie  renuoye  auec  les  fixions  des  Poè- 
tes .  Partant  ainfi  que  i'ay  dit  en  la  pre- 
face /puis  que  Theuet ,  fans  occafion  ,  a 
voulu  attaquer  l'efcarmouche  ,    contre 
mes  compagnôs  &moy,finommémentil 
trouue  cefte  refutation  en  fes  œuures  de 
r  Amérique  de  dure  digeftion  ,  d'autant 
qu'en  me  derfendât  contre  fes  calomnies 
ie  luy  ay  ici  rafe  vne  ville,  qu'il  fâche  que 

G  4 


io4  HISTOIRE  / 

ce  ne  font  pas  tous  les  erreurs  queiyay 

rcmarque*5lefquels,  comme  i'en  fuis  biê 
records  s'il  ne  fe  contente  de  ce  peu  que 
i'en  touche  en  cette  hiftoire,  ieluy  mon- 
lîreray  par  Je  menu  ,  le  fuis  marri  tou- 
tesfois,qu'en  interrompant  mon  propos 
i:aye  tfté  contraint  de  faire  cefte  longue 
uigrefsion  en  ceftendroit:mais  pour  les 
mfons  fufdites,ceft  adiré  pourmon. 
ftrer  à  la  vérité  comme  toutes  chofes  ont 
paffe-  ie  fais  iuge  les  le&eurs  fi  l'ay  eu  tort 
ou  non. 

Pourdoncquespourfuyurece  qui  re- 
né a  defcrire,tant  de  noftre  riuiere  de  Ga 
nabara,  que  de  ce  qui  y  eft  fitue'.-quatre  ou 
^^ecinq  lieues  plus  auant  que  le  Fort  fus 
mentioné,  il  y  à  vne  autre  belle  &  fertile 
Me,  laquelle  contenât  enuiron  fix  îieué's 
de  tour,  nous  appelions  la  grande  Me 
Et  parce  qu'en  icelle  il  y  a  plufieurs  vil- 
lages habite*  des  Sauuages  nome*  Ton- 
oupïnmnbaoults  allie*  des  François,nous  y 
allions  ordinairemet  dans  nos  Barques, 
quérir  des  farines  ,&  autres  chofes  nc- 
ceffaires. 

Dauantage.  il  y  a  beaucoup  d'autres  pe 
tïtes  lOcttes  inhabitees.en  cebras  de  mer, 
efqueJIcs  entre  autres  chofes,  il  fe  trouue 
degrofles  &  fort  bonnes  huitres  :  com- 
meaufsi  ks  Sauuages  fe  plongcans  es  ri- 
vages delà  mer,rapportent\îe  grottes 

pierres 


DE    ÙMERIQJE      !  ÏO5 

pierres  à  l'entour  defquelles  ,  il  y  a  vue 
infinité  d'autres  petites  huitres  ,  qu'ils 
nomment  Lerip es, û  bien  attachées, voire  £#Wç 
comme  collées,,  qu'il  les  en  faut  arracher  ^7^. 
par  force .  Nous  faifions  ordinairement" 
bouillir  de  grandes  pottees  de  ces  Leri- 
pes ,  dans  aucuns  defquels  en  les  ouurans 
&  mangeans  nous  trouuions  de  petites 
perles. 

Au  refte  cefte  riuiere  eft  remplie  de  di 
<uerfes  efpeces  depoiffons,  corne  en  pre- 
mier lieu  (  ainfi  que  ie  diray  plus  au  long 
ci  après  )  de  force  bons  Mulets  ,  de  Re- 
quiens  ,  Rayes,  Marfouïns  >  &c  autres 
moyens  &petit$,  aucuns  defquels  ie  dc£* 
criray  aufsi  plus  amplement  au  chapitre 
des  poiffons .  Mais  principalement  ie  ne 
veuxpas  oublier  de  faire  ici  mention  des 
horribles  &  efpouuâtables  Balenes  ,  lef-  Bdmts, 
quelles  monftrâs  hors  de  l'eau  leurs  gra- 
des nageoires, en  s'efgayans  dâs  cefte  lar 
ge  &  profôde  riuiere,s'approchoyet  fou 
uent  fi  près  de  noftre  Me, qu'à  coups  d'ar 
quebufes  nous  les  pouuions  atteindre* 
Toutesfois  parce  qu'elles  ont  la  peau  af- 
fez  dure,  &  mefmes  le  lard  tant  efpais 
que  ie  ne  croy  pas  que  la  balle  peut  pêne 
trer  fi  auant  qu'elles  en  fuflent  gueres  of- 
fencees  ,  elles  ne  laifïbyent  pas  de  paffer 
outre  :  moins  mouroyent  elles  pour  cela 
Il  y  en  eut  vne  pendant  que  nous  eftions 


tie-neurce 


X0<?  HISTOIRE 

par  delà,  laquelle  à  dix  ou  dou2e  lieues 
de  noftre  Fort  tirant  au  Cap  de  Frie  sc- 
ftant approchée  trop  près  du  bord,&na- 
yant  pas  afiez  d'eau  pour  retourner  en 
pleine  mer, demeura  efchoùee  &à  fee  fur 
le  riuage  .  Mais  neantmoins  nul  n'en  o- 
fant  approch?r,  auant  qu'elle  fut  morte 
d'elle  mefme,  non  feulement  en  fe  deba- 
tant,elle  faifoit  trembler  la  terre  bien 
loin  autour  d'elle*  mais  aufsi  on  oyoit  le 
bruit  &  eftonnemêt  le  long  du  riuage  de 
plus  de  deux  lieuè's.  Dauamagecombien 
que  tant  les  Sauuages  que  ceux  des  no- 
ftres  qui  y  voulurent  aller, en  rapportaf- 
fent  tant  qu'il  leur  en  pleut,  fi  eft  ce  qu'il 
en  demoura  plus  des  deux  tiers  qui  fut 
perdue  &  empuantie  fur  le  lieu.  Mefmes 
la  chair  frefche  n'en  eftant  pas  fort  bône 
&  nous  n'en  mangeans  que  bien  peu  de 
celle  qui  fut  apportée  en  noftre  Ifle^hors 
mis  quelques  pieces  du  gras  ,  que  nous 
faifions  fondre  pour  nous  feruir  &  efclai 
rer  la  nuit  de  l'huile  qui  en  fortoit)  la  laif 
fant  dehors  nous  n'en  tenios  non  plus  de 
conte  que  de  fumiers.  Toutesfois  la  lan- 
gue, qui  eft  le  meilleur, fut  falleedâs  des 
barils,  &  enuoyee  en  France  à  Monfieur 
l'Admirai. 

En  fin  (  ainfi  que  i'ay  touché  )  la  terre 
ferme  enuironnatde  toutes  parts  ce  bras 
de  mer  >  il  y  a  encores  à  l'extrémité  &  au 

cul  du 


DE      L'aMERIQVE-  IO7 

cul  du  fac  ,  deux  autres  beaux  fleuues  Fkuum 
d'eau  douce  qui  y  entrent5dans  lefquels,  deaud*** 
auecd  autres  François  ayant  aufsi  naui- 
gué  dans  desBarques  près  de  vingt  lieues 
auant  fur  les  terrcs,i'ay  efté  en  beaucoup 
de  villages  parmi  les  Sauuages  qui  habi- 
tent de  cofté  &  d'autre.  Voila  en  brief  ce 
que  i'ay  remarqué  en  cefte  1  iuiere  de  Ge- 
nevre  ou  Çanalaraiàe  la  perte  de  laquel- 
le ie  fuis  tant  plus  marri ,  que  fi  elle  euft 
efté  bien  gardée  non  feulement  c'euft  e- 
fté  vne  bonne  &  belle  retraiterais  aufsi 
vne  grande  commodité  de  nauiger  en  ce 
pays  là  pour  les  François.  A  vingt  huit 
ou  trente  lieues  plus  outre  tirant  à  la  ri- 
uiere  de  Plate  &au  deftroit  de  Magellan, 
il  y  a  vn  autre  grand  port  &  bras  de  mer 
appelle  par les^ François,  la  riuiere  des 
Vafes  ,  en  laquelle  ,  femblablement  çi|  La  riuiere 
voyageas  en  ce  pays  là  ils  prennent  port: 
ce  qu'ils  font  aufsi  au  Hauredu  Cap  de 
Frie,anquel  corne  i'ay  dit  ci  deuant  nous 
mifmes  premièrement  pied  à  terre  en  la 
terre  du  Brefil. 


CHAP-   VIII. 


^unatureUforce^flature,nudite\dijfo(iHon: 
&  paremens  du  corpse  ant  des  hommes  que  des 


I08  H  ISTOIRE 

femmes  Saunages  *BrefiUensy  hakïtans  cnl*A- 
merique  :  entre  lefquels  tay  fréquenté  enuiron 
vnan. 


*3DR  Y  A  N  T  îufques  ici  recite, 
Sié5  tant  ce  que  nous  viimes  iur 
-/jP^  *P^«  nier  en  allant  en  la.  terre  du 
M W\  &i  Brefi!,  que  côme  toutes  cho- 
«  {es  p  afferent  en  rifle  &  Fort 
de  Colligny  ou  fe  tenoit  Villcgagnon, 
pendât  que  nousy  eftionsienfemble  quel- 
le eftla  riuiere  nommée  Ganabàra  en  l'A- 
mérique :  puis  que  ie  fuis  entré  fi  allant 
en  matière,  auant  que  ie  me  rembarque 
pour  retourner  en  France,  ie  veux  aufsi 
difcourir  tant  de  ce  que  i'ay  obferué  tou- 
chant la  façon  de  viure  des  Sauuages,que 
des  autres  chofes  fingulieres  8c  inconues 
par  deçà  que  i'ay  veuës  en  leur  pays. 

En  premier  lieu  doneques  (afin  que 
commençant  par  le  principal  iepourfuy- 
ue  par  ordre)îes  Sauuages  de  l'Amérique 
habitans  <n  la  terre  du  Brefil  nommez 
*T oùoupinambaoults ,  auec  lefquels  i'ay  de- 
meuré &  fréquenté  enuiron  vn  an,n'eftâs 
Stature  point  plus  grands,  plus  gros, ou  plus  pe- 
&-  dirPo-  tits  (Je  ftature  que  nous  fommes  en  PEu- 

ftion  des  f         x  m  n 

£a»uagcs.  rope,n  ont  le  corps  ni  moitrueux,ni  pro- 
digieux à  noftreefgarchbien  font-ils  plus 
forts,  plus  robufics  &  replets  ,  plus  di- 
fpofts,moins  fuiets  à  maladie: &mefmc  il 

n'y  a 


DE    VaME^IQJE.  ÏOJ 

n'y  a  prefque  point  de  boiteux  ,  de  man- 
chots,d'aueugles,de  borgnes,  cotrefaits, 
ni  malefîciez  entre  eux.  Dauantage  com- 
bien que  plufieursçaruiennent  îufques 
à.Paage  decent  ou  fix  vingts  ans  (car  ils 
feauêt  bienainfi  retenir  &  coter  leurs  zz^agedes 
ges  par  Lunes)peu  y  en  a  qui  en  leur  vieil        *     - 
leife  ayent les  cheueu£  ni  blancs  ni  gris. 
Chofes.qi  i  pourcertain  môfti  et  non  feu 
lement  h  bon  air  &  bonne  temperature 
de  leur  pay^,  auquel  corne  Pay  dit  ailleurs 
fans  gelées  ni  grandes  froidures  les  bois 
&  les  champs  font  toufiours  verdoya;  s, 
mais  aufsi  {  eux  tous  buuans  yrayement 
à  la  fontaine  de  Iouence  )  le  peu  de  foin  Lu.' s** 
&  de  fouci  qu  ils  ont  des  chofes  de  ce  môjf&'J** 
de. Et  de  fait,comme  |e  le  monftr  eray  en-  des  chofa 
core  plus  amplement  ci  après  -,  tout  %ï$0*€'m*  n 
qu'ils  ne  puifent  en  façon  que  ce  foit  en 
ces  fources  fangeufes,  ou  pluftoft  pefti- 
lential.es-,  dont  defcoulent  tant  de  ruif- 
feaux  qui  nous  rongent  les  os,  fucçent  la 
moueile,  atténuent  lecorps,&  confumêt 
Tefpritrbrief  nous  empoifonnent  &  font 
mourir  deuant  nos  iours  :  aflauoir,  en  la 
desfiance,en  Pauarice  qui  en  pfocede,aux 
procès  &  brouïlleries, en  Penuie&  ambi- 
tion, aufsi -rien de  tout  cela  ne  les  tour- 
mente, moins  les  domine  &  pafsionne. 

Quant  à  leur  couleur  naturelle,atten- 
du  la  region  chaude  ou  ils  habitent ,  n'e- 


desSauua- 
get  en  ce- 
ntral. 


Contre 
tettx  qui 

ejhment  les 

Saunages 

Veins. 


Hift.ge. 
desln.li. 
%.  ch.79 


riO  HISTOIRE 

ftans  pas  autrement  noirs,  ils  font  feule- 
ment bafanez, comme  vous  diriez  Its  £- 
fpagnols  ou  Prouençaux. 

Au  refte,chofe  non  moins  eftrage  que 
difîîcille  a  croire  à  ceux  qui  ne  Font  veu, 
tant  hommes, femmes,  qu'enfans,  no  feu 
lement  fans  cacher  aucunes  parties  de 
leurs  corps,  mais  aufsi  fans  en  auoir  nul 
le  honte  ni  vergongne,  demeurent  &  vôc 
couftumierement  aufsi  nuds  qu'ils  fortét 
du  ventre  de  leur  mere  .  Cependant  tant 
s'en  faut,comme  aucuns  penfent  &  d'au- 
tres le  veulent  faire  accroire,  qu'ils  foyet 
velus  ni  couûers  de  leurs  poils  ,  qu'au 
contraire,  n'eftans  point  naturellement 
plus  pelus  que  nous  fommes  en  ces  pays 
par  deçà  ,  encores  fi  toft  que  le  poil  qui 
croift  fur  eux  ,  commence  à  poindre  &  a 
fortir  de  quelque  partie  que  ce  foit,voire 
la  barbe  &  iufques  aux  paupières  &  four 
cils  des  yeux  (ce  qui  leur  rend  la  veuë  lou 
chc,bicle,efgarec  &farouche)ouil  eft  ar- 
raché auec  les  ongles, ou  depuis  que  les 
chreftiens  y  frequentêt  auec  des  pincet- 
tes qu'ils  leur  doflnent:ce  qu'on  a  aufsi 
eferit  que  font  les  habitas  de  PIfle  de  Cu 
mana  auPeru. l'excepte  feulement  quat  à 
nosToHoupinabaoultsles  cheueux,lefquels 
encoresà  tous  les  malles  des  leur  icunes 
aages, depuis  le  fommet,&tout  le  deuant 
de  la  tefte  font  tôdus  fort  pres,tout  ainfi 

que  la 


pe   i/ameriqje.  m 

que  la  couronne  d  vn  moine,  &  fur  le  der 
riere,à  la  faço  de  nos  maieurs  &  de  ceux 
qui  laiiïéc  çj  orftic  ieur  perruque,on  leur 
jongne  fur  k  col. 

Outre  plus>iisontceftecouftumeque 
de's  l'enfance  de  tous  les  garçons  ialeure  leMrtfé¥tt 
dedeiTous,  au  deiTus  du  memo, leur  e-ftât  «**■** 
percee,chacunypo:tcd*sletrou  vnccr^ 
tain  os  bien  poli  aufsi  blanc  qu'yuoirc* 
Ceft  os  prefques  fait  de  la  façon  d'vne  de 
ces  petites  quilles  dont  on  ioue  par  deçà 
fur  la  table  auec  la  pirouêtte,îe  bout  pom 
tu  fortat  vn  pouce  ou  deux  doigts  en  de- 
hors ,  eft  retenu  au  refte    par-vu  arreft 
entre  les  jgenciues  &  la leure,  tellement 
qu  ils  Toftent  &  le  remettent  quand  bon 
leur  femble.  Mais  ne  portans  ce  poinfoa 
d  os  blanc  qu'en  leur  adolefcence ,  quâd     , 
ils  font  grands  &  qu  on  les  appelle  Çono~ 
mi'ouajfou  (  qui  vaut  autât  à  dire  que  gros 
ou  grâd  garçon)  au  lieu  d'iceluy  ils  appli 
quent  &  enchaflet  au  pertujs  de  leurs  le- 
ures  vne  pierre  verte,  efpece  de  fauceef-  .. 
meraude ,  laquelle  aufsi  retenue  dVn  ar-  J*«g^ 
reft  par  le  dedas  paroift  par  le  dehors,  de 
h  rondeur  &largcur  &deux  fois  aufsi  ef- 
pefle  qu'vn  tefton  :  voire  il  y  en  à  qui  en 
portët  d'aufsi  rode  &longue  quele  doigt 
de  laquelle  façon  i'en  auois  rapporté  vne 
en  France.  Que  fi  au  refte  quelques  fois, 
quât  ces  pierres  font  oftees>nos  Tououpi- 
itambMnh  pour  leur  plaifir  fôt  paffer  leur 


Tîr/ret 
writ?  en- 


Ill  HISTOIRE 

langue  par  la  fente  de  la  lèvre ,  eîtant  ad- 
uis  par  ce  moyen  à  ceux  qui  les  regardët 
qu'ils  ayent  deux  bouches  ,  ie  vouslaifTc 
àpenfer,  s'il  les  fait  bon  voir  ,&  fi  cela 
les  difforme  ou  non .  Ioint  qu'outre  cela 
j'ay  veu  des  homes  lefquels  ne  fe  conten- 
tanspas  de  porter  de  ces  pierres  vertes 
Um  j»*«  \ lears  levres  en  auoycnt  aufsi  aux  deux 
ceesafin    iouës  lefquelles  femblablement  ilss'e- 
d'y*lf~  ftoyent  fait  percer  pour  ceft  erfed. 
ferres  Quantaunez  )  au  lieu  que  les  fages 

vertes,      femmes  de  par  deçà  dés  la  naiflance  des 
enfans  ,  afin  de  leur  faire  plus  beaux  & 
plus  grands  ,  leur  tirent  auec  les  doigts, 
nos  Ameriquains  tout  au  rebours,  faifâs 
confifter  leur  beauté  d'eftre  fort  camus, 
fîfoft  que  les  enfans  d'entr'eux  font  for- 
tis  du  ventre  de  la  mere  (  tout  ainfi  que 
tous  voyez  qu'on  fait  en  France  es  bar- 
bets &  petits  chiens)  ils  ontlenezefcra- 
Hift.  ge.  ^  &  enfoncé  auec  le  pouce.  Au  côtraire 
des  Ind.  quelque  autre  dit ,  qu'il  y  a  vne  certaine 
I1U.4  ch.  co  ntree  au  Peru  ou  les  Indies  ont  le  nez 
I0*        fi  outrageufernent  grand  qu'ils  y  mettent 
des  Emeraudes  ,  Turquoifes  ,  &  autres 
pierres  blâches  &rougcs  auec  filets  d'or. 
Au  furplus  nos  Brefiliens  fc  bigarrent 
fouuent  le  corps  de  diuerfcs  "peintures  & 
couleurs  :  mais  fur  tout  ils  fenoirciflent' 
ordinairement,  fibienles  cuifles' &  les 
iambes  du  ius  d'vn  certain  fruit  qu'ils 

nom- 


r>  e   l'a  mi  riqje*  1x5 

nomment  Genipat ,  que  vous  iugeriez  à^ww^ 
les  voir  vn  peu  de  loin  de  cefte  façon  que  »'»>««  e* 
ils  ont  chauliez  des  chauffes  de  preftre:  J,fMWr'v 
&  s'imprime  fi  bien  fur  leur  chair  cefte 
taintuic  noire  faite  de  ce  fruit  Genipat% 
que  quoy  qu'ils  fe  mettent  dans  Teau  voi 
re  qu'ils  fe  lauent  tant  qu  ils  voudront? 
ils  ne  la  peuuent  effacer  de  dix  pu  douze 
ïours. 

Us  ont  aufsi  des  croiflansdosbié  vnîs,  Cnipns 
aufsi  blancs  qu'albafrre,lefquels  ils  nom<?"£fa*. 
ment  Tacy  du  nom  de  la  Lune  qu'ils  ap- 
pellent ainfi,  &  les  portent  pendus  à  leur 
col  quant  il  leur  plaift. 

Semblablemét  après  qu'auec  vne  grade 
longueur  de  temps  ils  ont  polis  fur  vne 
pierre  de  grez,  vne  infinité  de  pieces  d'v- 
ne  grofle  coquille  de  mer  appeleeVigno! 
lefquelles  ils  arrondirent  &  (oui  aufsi 
primes  &defliees  qu'vn  denier  tournois: 
percées  qu'elles  font  parle  milieu, &  en- 
filées auec  du  fil  de  coton  ,  ils  en  font  des 
colliers  qu'ils  nomment  *S  0^-7*5  lefquel  s  jgau^r^ 
quand  bon  leur  femble,ils  tortillent  àf#//,vr, 
lentour  de  leur  col, comme  on  fait  en  ces 
pays  les  chaines  d'or  .  C'eft  à  mon  aduis 
ce  qu'aucuns  appelet  porcelaine,dequoy 
on  voit  beaucoup  de  femmes  porter  des 
ceintures  par  deçà:  &  en  auois  plus  de 
trois  brafles  des  plus  belles  qui  fe  puif- 
fent  voir  quand  i'arriuay  en  France, 

H 


114  HISTOIRE 

Dauantage  nos  Ameriquains  ayans 
quantité  de  poules  communes  ,  dont  les 
Portugais  leur  ont  baillé  l'engeance,  plu 
mans  fouucnt  les  blanches,  &  auec  quel- 
ques ferremens  ,  depuis  qu'ils  en  ont ,  &C 
auparauantauec  des  pierres  trenchantes 
decoupans  plus  menu  que  chair  de  pafté 
les  duuets  &  petites  plumes, après  qu'ils 
les  ont  fait  bouillir  &  taintes  en  rouge 
auec  du  Brefiî,  s'eftans  frottez  d  vnc  cer- 
taine gomme  qu'ils  ont  propre  à  cela,  ils 
s'en  couurent,  emplumaiTent,  &  chamar- 
rent le  corps, les  bras, &  les  ïambes  :  tel- 
lement qu'en  c'efteftat  ils  femblentauoir 
du  poil  folet  comme  les  pigeôs,&  autres 
stages   oykzux  nullement  efclos  .  Et  eft  vray 
^w/;/«r^/-femblable  que  quelques  vns  de  ces  pays 
fau^lfer  par  deçà  les  ayans  veux  du  commence- 
juiise-     ment  Recoudrez  de  cefte  .façon  ,  fans  a- 
vdm.       uoir  plus  grande  cognoiflance  d'eux ,  di- 
uulgueret  &  firét  courir  le  bruit,  que  les 
Sauuages  eftoyct  velus:  mais  comme  i'ay 
dit  ci  deiîus  ,  n'eftans  pas  tels  de  leur  na- 
turel,c'a  efté'vne  ignorance  &chofe  trop 
Hift.gen  legicrement  reccuë.    Quelqu'vn  au  fem- 
deslnd.blableà  eferit ,  que  les  Cumanois  s'oi- 
liu.i.ch.  7rnent  d>ne  certaine  gomme,ou  onguent 
7*§         gluant,  puis  fe  couurent  de  plumes  de  di 
uerfes  couleurs  ,  n'ayans  point  mauuaife 
^race  en  tel  equipage. 

Quant  à  l'ornement  detefte  de  nos 

Touou- 


Î)É    t'  A  M  I  K  I  QJf  E  IÏ5 

YoHoupînamquin  ->  outre  la  couronne  fur 
le  deuant,  &  cheueux  pcndans  fur  le  der- 
rière dont  i'ay  fait  mention,ils  lient  &  ar 
rengent  des  plumes  d'aifles  d'oyfeaux,  in 
tarnates, rouges, &  d'autres  couleurs, def 
quelles  ils  font  des  frontcaiix  allez  ref-  ïMeau* 

■  7-.        t  1  v  1      r  C  1         de  plumes. 

iemblans, quant  a  la  façon, aux  faux  che-     ' 
ueux  &  Rates  pelades ,  que  les  dames  & 
damoifelles  de  France  ,  &  d'aunes  pays 
de  l'Europe  portent  depuis  quelque  téps 
en  ça:&  diroit  on  qu'elles  ont  eu  cefte  in 
uention  de  nos  Sauuages,  lefquels  appe- 
lent  ceft  engin  Tempenambi*  liront  aufsi  7W*«*j 
des  pendâs  à  leurs  oreilles  ,  faits  prefque*'r',tfw* 
de  la  rnefmeforte  que  l'os  pointu ,  que 
i'ay  dit  ci  deffus  les  ieunes  garçons  auoir 
&  porter  en  leurs  lèvres  trouées  .  Et  au 
furplus  ils  attachët  fur  chacune  de  leurs 
loues  auecdela  cire  qu  ils  nomraet  Yra-fHrifi 
yeticivn  poivrai  d  oifeau  couucrt  de'peti-«*'f- 
tes  &  fubtiles  plumes  iaunes.  Cepôitral 
efiant  long  &  large  d'enuirô  trois  doigts 
cft  appelé  par  eux  Toucany  du  nom  de 
l'oyfeau  qui  le  porte,  lequel  comme  iele 
deferifay  en  fon  lieu ,  a  non  feulement  < 
tout  le  refte  du  corps  aufsi  noir  qu'vn 
corbeau  ,  mais  aufsi  aie  bec  excefsiue- 
ment  gros  &  monftrueux. 

Qjue  fi  outre  tout  ce  que  deflus  nos 
Brefiliens  allas  à  la  guerre,  ou  (à  la  façon 
que  ie  vc;: s  diray  ailleurs  )  tuent  folënel- 

H  z 


Ïl6  HISTOIRE 

i{obfs  ^«lcmcnt  vnprifonnicr  pour  le  manger  ,  fc 

nets  bra-  youlans  mieux  parer  &  faite  plus  braues 

7re!ioy**l*ls  fe  veftent lors  de  robes,  bonne ts,bra- 

de  plumes.  celcts,&:  autres  paremens  deplumes,,  ver 

tes,  rouges,  bleues,  Vautres  deaiuerfes 

couleurs,  naturelles,  naïues  de  d'excellë- 

tes  beautez. Et  de  fait  après  qu'elles  font 

par  eux  diuerfifîees,  entremeflees  &  fort 

proprement  liées  i'vne  à  l'autre ,  auec  de 

très  petites  pieces  de  bois  de  Cannes,  6c 

du  fil  de  Couton,n'y  ayant  plumâfïier  en 

Frâce  qui  les  feeut  gueres  mieux  manier 

ni  plus  dextrement  accouftrer ,  vous  iu- 

geriez  que  les  habits  qui  en  font  faits, 

font  de  velours  à  long  poil .    Ils  font  de 

reTde'Tiû-  —  Ci*mcs  artifices  ,  les  garnitures  de  leurs 

mes  pour    efpees  &  maflues  de  bois,lcfquelles  ainfi 

dehu"    decorccs    &  enrichies  de  ces  plumes  fî 

bien  appropriées  &  appliquées  à  ceft  vfa 

ge ,  il  fait  aufsi  merueilleufement  bon 

voir. 

Pour  la  fin  de  leurs  equipages  ,  recou- 
urans  de  quelques  endroits  de  leurs  pays 
de  grandes  plumes  d'Auftruches  de  cou- 
leurs grifes  ,  les  accommodans  tous  les 
tuyaux  ferrez  d'vn  cofté  ,  &le  refte  >  qui 
s'cfparpillc  en  rond  en  façon  d'vn  petit 
pauillon,  ou  d'vne  rofe,  ils  en  font  vn 
grand  pennache  qu'ils  appclent  Araroyey 
lequel  cftant  lie  fur  leurs  reins  auec  vne 
corde  de  Cotôn,Peftroit  deuers  la  chair, 

&Ic 


DE    lVmE'RIQVE.  ïly 

&  lé  large  en  dehors,  quad  ils  en  font  air?  fmnacle 
ii  enharnachez  (comme  il  ne  leur  fertà/~«rfo 
autre  chofe)  vous  diriez  qu'ils  portent  v- rems' 
ne  mue  à  tenir  les  poulets    deffous  atta- 
chée fur  leurs  fefles.Ie  diray  plus  ample- 
ment en  autre  endroit, que  les  plus  grâds 
guerriers  d'entr'eux  afin  de  monftrer  leur 
vaillance,  &  fur  tout  combië  ils  ont  tuez 
de  leurs  ennemis,&mefmes  maiTacrez  de  " 


uages 


prifonniers  pour  mander,  s'eftansinci-7*^ 
fez  la  poitnne,les  bras,&  les  cuifics,f  rot  te^  ' 
tans  puis  après  ces  defehiqueteures  d'v- 
ne  certaine  poudre  noire,  qui  les  fait  pa- 
roiftre  toute  leur  yic,  il  femble  à  les  voir 
de  cefte  .façon  ,  que  ce  foyent  chaulîes  &: 
pourpoins  découpez  à  la  SuiiTe,&  à  grâd 
balaffres  qu'ils  ayent  veftus. 

Que  s'il  eft  queftion  de  danfer,fiuter, 
boire  &£aouiuer>quï  eft  prefque  leur  me- 
ftieir  ordinaire,  afin  qu'outre  le  chat  &  la 
voix  ils  ayént  encores  quelques  chofes 
qui  leur  reueille  Pefprit,  après  qu'ilsoiït 
cueilli  vn  certain  fruit  de  lagroiîeur  &; 
approchant  aucunement  de  forme  d'vne 
chaftagne  d'eau,  lequel  a  la  peau  allez  fer 
merbien  fee  qu'il  eft,  le  noyau  ofté  ,  8t  au 
lieu  d'iceluy  ayans  mis  de  petites  pierres 
dedans,enenfiîansplufieùrs  en  femble  ils 
en  font  des  iambieres  ,  lefquélles  liées  à  Sonnettes 
leurs  ïambes, font  autant  de  bruit  que  fe-  'fV^* 
rovent   des  coquilles   d'eicargots    ainit/à.?. 

H  5 


Mam 

ca 

in  fir  urne 
bruyant 
fàttd'vn 

gv  os  fruit, 


Il8  HISTOIRE 

difpofecs:  voire  prefque  que  les  fonnet-* 
tes  de  par  deçà  ,  defquelles  aufsi  ils  font 
fort  çonuoiteux  quant  on  leur  en  porte. 
Outreplus,  y  ayant  en  ce  pays  là  vne 
forte  d'arbre  qui  porte  fon  fruit  aufsi 
gros  qu'vn  œuf  dAufrruche  &  de  me  A 
me  figure,  les  Sauuages  layans  percé 
par  le  milieu  (  tout  ainfi  que  vous  voyez 
en  France.  les  enfans  percer  de  grofles 
noix  pour  faire  des  moulinet$)puis  creu- 
ié>8c mis  dedans  de  petites  pierres  rôdes, 
ou  bien  des  grains  de  leur  gros  mil  au- 
quel il  fera  parlé  ailleurs  ,  paffantpuisa- 
pres  vn  bafton  d'enuironvnpied  &  demi 
de  longà  trauers,ils  en  font  vn  inftrumët 
qu'ils  nomment  Maraca:  lequel  bruyant 
plus  fort  qu'vne  vefsie  de  pourceau  plei- 
nt  ne  depoix,  nos  Brefiliens  ont  ordinaire- 
ment en  la  main.  Quand  ie  traiterayde 
leur  Religion  yiediray  l'opinion  qu'ils 
ont  tant  de  cefte  fonnerie  quedecey^- 
raca7  après  que  paré  &  enrichi  qu'il  a  efté 
de  belles  plumes,  ils  l'ont  dédié  à  l'vfage 
que  nous  verrons  là  .  Voila  en  fomme 
quant  au  naturel,accouftrcmens,&  pare* 
mens  dont  nos  Tonoupinambaoults ont  ac- 
coutumé de  s'équiper  en  leur  pays,  Vray 
eft  que  nous  autres  ayans  porté  dans  nos 
Nauires  grand  quantité  de  frifes  rouges, 
vertes, intincs,&  d'autres  couleurs,  nous 
leur  en  faifions  faire  des  robes  ,&  des 

chauflcs 


DE    L'A  M  E  R  I  QJ  E.  119 

chauffes  bigarrées,  lefquelles  nous  leurs 
changions  à  des  viures,  Guenôs,  Perro- 
quets,Breul,Cout0n,Poiurelong,&  au- 
tres choies  de  leur  pays,  dont  les  Mari- 
niers chargent  ordinairement  leurs  Vait 
féaux.  Mais  les  vns,fans  rieaauoir  fur  le  *= 
corps,  ayans  aucuneslois  chauliedeces  &Jfm. 
chauffes  larges  à  la  Mattelote  :  les  autres  Vlfut. 
au  contraire  fans  chauffes  ayans  veftu 
des  fayes  ,  qui  ne  leur  venoyent  que  îuf- 
ques  aux  feffes,  quant  ils  s'eftoyent  va 
peu  regardez  &pourmenez  de  cefte  faço, 
fedefpouillans  ils  laiffoyentleurshabits 
en  leurs  maifons  iufques  à  ce  quel'enme 
leur  vint  de  les  reprendre.  Autant  en  fai- 
foyent  ils  des  chapeaux  &  chemifes  que 
nous  leur  baillions. 

Ainfi  ayant  déduit  bien  amplemêt  tout 
ce  qui  fe  peut  dire  concernât  l'extérieur 
du  corps  tâtdes  hommes,  que  des  enfans 
malles  Ameriquains  ,  fi  maintenant  en 
premier  lieu  ,  fuyuant  cefte  defeription, 
vous-vous  voulez  reprefenter  vn  Sauua- 
ge  ,  imaginant  en  voftre  entendementvn  e,*g 
homme  nud,bien  formé,  &  proportione^^  us 
de  fes  membres,  ayant  tout  le  poil  qui  £"/«£ 
croift  fur  luy  arraché ,  les  cheueux  ton-,,.,, 
dus,  de  la  façon  que  i'ay  dit,  les  ieures  & 
iouës  fendues  &  des  os  pointus,ou  pier- 
res vertes  comme  enchaffees  dedans  ,  les 
oreilles  percées  auec  des  pendâs  en  icel- 
F  '      H  4 


Z2Q  HISTOIRE 

Ies,le  corps  peinturé  ,  les  cuifTes  &  iarn^ 
bes  noircies  de  la  teinture  qu'ils  font  de 
ce  fruit  Gempat  fus  mentionné  ,  des  col- 
liers compofe*  dVnc  infinité  de  petites 
pieces  de  cefte  grofïç  coquille  de  mer  que 
ils  appelent  Vignol  i  tels  que  ie  vous  les 
ay  defchirfrez, pendus  au  col:  vous  le  ver 
vez  comme  il  eft  ordinairement  en  fon 
pays,&  tel  quant  au  naturel ,  que  vous  le 
voyez  pourtrait  en  la  page  fuyuâte ,  ayat 
feulement  fon  croiffant  d'os  bien  poli  fur 
fa  poitrine,  fa  pierre  au  trou  de  la  lèvre: 
&  pour  contenance  fon  arc  desbandé,  & 
fes  ftefches  aux  mains.  Vray  eft  que  pour 
remplir  cefte  premiere  planche,  tiousa- 
lions  mis  auprès  de  ce  Tououpwarnbaouh 
JVne  de  fes  femmes,laquellefiiyuant  leur 
couftume.tenant  fon  enfant  dans  vnc  ef- 
charpe  de  couto,  l'enfant  au  réciproque, 
felon  la  façon  aufsi  qu'elles  les  portent, 
tient  le  coftéde  la  mere  embraile  auec  les 
deux  ïambes  :&  auprès  des  trois  vn  lift 
de  couton  fait  com.ne  vne  rets  à  pcfcher 
pendu  en  l'air,  ainfi  qu'ils  couchent  en 
leur  pays.   Semblablement  la  figure  du 
fruicl  qu'ils  nommcnt^MM.,  lequel, 
ainfi  que  ie  le  defern  ay  ci  après  ,  cft  des 
Tneillcurs   que  produife  cefte  terre    du 
Brelll. 


11Z  HISTOIRE 

Car  touchant  rartifice,outre  qu'il  &u 
droit  plufieurs  figures  pour  repre/enter 
tous  les  paremensdeleur  corps,  felon 
qu'ils  font  côtenus  en  céfte  defcription, 
encores  ne  les  fçauroit-on  bien  faire  pa- 
roirfansyadioufter  la  peinture,  ce  qui 
requerroit  vn  Jiure  à  part. 
s^fd  En  fécond  lieu  luy  ayant  ofte'  toutes 

*fH«*    fcs  fanfares  de  deffus,apiesl'auoir  fi  otté 
de  gome  glutineufe ,  couurez  luy<  tout  le 
corps,  bras  &  iambes  ,  de  petites  plumes 
hachées  menu  comme  de  la  bourre  tein- 
te en  rouge,&  lors  il  fera  beau  fils. 
2W/W       Pour  lc  troifieme,  foit  qu'il  foit  en  fa 
ùfcripuo»  couleur  naturelle,ou  pcinturé,ou  emplu 
mafle,reucftez  le  de  Ces  habillemês,  bon- 
nets ,  &  bracelets  faits  fi  induftrieufemct 
êé  fcs  belles,  naturelles  &  naïues  plumes 
de  diuerfes  couleurs  dont  ie  vous  ay  fait 
mention,  &  ainfi  accouftré  vous  pourrez 
dire  qu'il  eft  en  fon  grand  Pontificat, 
àtfrfpi»?      SH?  û  Pour  Ie  quatrième  ,  à  la  façon 
quatrûme.  que  ie  vous ay  tantoft  dit  qu'ils  font  ,1e 
Iaiffât  moitié nud  &  moitié  veftu,vous  le 
■chauffe*.  &  habillez  de  nos  frifes  de  cou- 
leurs, ayant  vne  mâche  vejte  &  vne  autre 
iaune,  confiderez  la  deffiis  qu'il  neluy 
faut  plus  qu'vne  marote. 

Finalementadiouftant  aux  chofes  fuf- 
dites  fon  Maraca  en  fa  main,!e  pennache 
de  plume  nomme'  Arraroye  furies  reins, 

&fcs 


D  E      L'A  ME  RIQJH.  I*J 

&fes  fonnettes  compofecs  de  fruits  à  len  2TL 
tourdefes  iambes ,  vousle  verrez "lors,  j«7«**' 

tvy  .      /  r  „  ils  boîuent 

ainfi  queiele  reprefenteray  encores  mdanfmt& 
yn  autre  lieu  ,  équipé  en  la  façon  qu'il  eft^w^A 
quand  il  dance  faute  boit  &  gambade. 

Quand  ie  parleray  de  leurs  guerres  8c 
de  leurs  armes,leur  déchiquetât  le  corps 
leur  mettant  l'efpee  ou  mafïue  de  bois  & 
Tare  &  les  flefehes  au  poing  ie  les  deferi- 
rayplus  furieux.  Partant  laifïantpour 
maintenant  à  part  nos  Tououpinambaoults 
enleur  magnificence  ,  gaudir  &  iouir  du 
bon  temps  qu'ils  fe  feauent  bien  donner, 
il  faut  voir  fi  leurs  femmes  &  filles  (  les- 
quelles ils  nommcM Qmniamjk  defpuis 
queics  Portugais  ont  fréquenté  par  delà 
en  quelques  endroits  Maria)  font  mieux 

parées. 

Premièrement,  outre  ce  que  i'ay  dit  au        _ 
commencement  de  ce  chapitre*  qu'elles  da  ^me^ 
vôt  ordinairemêt  toutes  nues  aufsi  bien  ri^ims. 
que  les  hémes,cncoresf  ont  elles  cela  de 
commun  auec  eux  de  s%rracher  tant  tout 
le  poil  qui  croift  fur  elles  que  les  paupie 
res  &  fourcils  de  leurs  yeux.Vray  eft  que 
pour  l'efgard  des  cheueux^elles  ne  les  en 
fuyuent  pas  :  car  non  feulement  elles  les 
laiflent  croiftre  &  deuenir  lôgs,mais  auf 
fi(comme  les  femmes  de  par  deçà)  les  pir- 
gnent  &  les  lauent  fort  foigneufement* 
voire  les  trouflent  quelques  fois  auec  yn 


lH  HI  S  T  O  fRE 

cordô  de  Cou  ton  teint  en  rouge:  toutes- 
fois  les  lapant  le  plus  communément 
pendre  fur  kurs  efpaulcs  elles  vôtp'ref- 
ques  toufiours  defcheuelecs.  - 

Au  furplus  combien  qu'elles  different 
auisi  en  cela  des  hommes  qu'elles  ne  fe 
fendent  point  ni  les  lèvres  ni  les  ioue~s, 
&  par  confequent  ne  portent   aucunes 
pierreries  en  leur  yifage  ,  tant  y  a  néant- 
moins  qu'elles  fe  percent  û  ôutrageufe- 
ment  les  deux  oreilIes,pour  y  appliquer 
S«.  d?s  Pendans,que  quand  ils  en  font  ofte2, 
J,n,*ux    Çn  paueroit  aifément  le  doiet  à  trailers 
£*;  *.  des  trous.  Et  au  furplus  ces  pendans,qui 
««««".  lont  faits  de  celte  groffe  coquille  de  mer 
nÔmee  Vignol  dôt  i'ayparlé,eftâs  Macs, 
ronds ,  &  aufsi  logs  qu'vne  moyenne  cha 
délie  de  fmf,quant  elles  en  font  coiffées, 
'    &que  cela  leur  bat  fur  les  efpaules,voire 
lufques  fur  la  poitrine,  vous  iugeriez  à 
les  voir  vn  peu  de  loin,  que  ce  font  oreil 
les  de  Limiers. 

Quant  à  leur  vifage, voici  la  façon  corn 

.  me  elles  fe  l'accotèrent .  La  voifine  ou 

compagne  ,  auec  vn  petit  pinceau  en  la 

main,ayant  cômence'  vn  petit  rond  droit 

au  milieu  delaiouë  de  celle  qui  feveut 

faire  peinturer,  tournoyant  tout  à  len- 

^  tour  en  rouleau   &  forme  de  limaçon, 

far.hr u«r  non  feulement  continuera  îufcjues  a  ce 

T'V-     qu'elle  luy  ait  ainfi  bigarré  &  chamarré 

toute 


IBigtrre 
façon  ties 
%Amert- 


DE    l'aMERIQYE  125 

toute  la  face,  de  couleurs  bleuë,iaune,&: 
rouge,mais  aufsi(ainfiqu'on  dit  que  fonc 
iemblablement  en  France  quelques  im- 
pudiques) au  lieu  des  paupières  &  four- 
cils  arrachez,  elle  n'oubliera  pas  de  bail- 
ler le  coup  de  pinceau. 

Au  refte  elles  font  v'ne  forte  de  grands  G 
bracelets  ,  compofcz  de  plufieurs  pieces  Bracelets 
d'os  blancs,  coupez  &  taillez  en  mani^re^^ 
de  grofles  efcailles  de  poiflos ,  Jeiquencs.pww^w. 
elles  fcauét  fi  bien  raportcr,&  fi  propre- 
met  ioindre  Fvne  à  l'autre  auec  de  la  cire 
&autre  gomme  méfiée  parmi  en  façon  de 
colle,  qu'il  n'eft  pas. pofsible  de  mieux. 
Cela  ai'nfi  fabrique,  long  qu'il  eft  d'enui-* 
ron  vn  pied  &  demi,  ne  fe  peut  mieux  c5 
parer  qu'aux  bralfars  dequoy  on  iouë  au 

ballon  par  deçà,' 

Semblablement  elles  portent  de  ce* 

colliers  blancs,  (  nommez  TZaure  en  leur 
langage  )  lefquels  i'ay;  deicrit  cï  deflus: 
.non-pas-  toutesfois  qu'elles  les  pendent 
à  leur  col, comme  vous  auez  entendu  que 
font  les  hommes,  car  feulement  elles ^"y-Jeid 
les  tortillât  alentour  deleursbras.  ~Et*e&Je 

«>  1  *  ..  N  -~ ^chômons de 

voila  pourquoy ,  ,&  pour  appliquer  a  met  % 
me  vfage,  elles  trouuoyent  fi  iolis  les  pe 
tits  boutons  de  verre ,  iaunes  ,  bleus  ,  8e 
verds, enfilez  en  façon  de  patenoftres* 
qu'elles  appelent  Mauroubi  ,  defqueh 
nous  auions  porté  en  grand  nombre* 


verre, 


124  HISTOIRE 

pourtrafiquerparmicepeupIe.Etdefait 
foit  que  nous  allifsions  en  leurs  villages 
ou  qu'elles  nous  vinfent  voir  en  noftre 
Fort,afin  de  les  auoir  de  nous,  nous  pre- 
fentâs  des  fruits  ou  quelque  autre  chofe 
de  leur  pays,felon  la  façon  &  manière  de 
parler  de  flaterie,dôt  elles  vfent  oïdinai- 
rement,  nous  rôpant  la  tefte  elles  eftoyêt 
mûrie  in|pflamment  après  nous  àifam,Maîr de 
%&£  agf**<m*«™^e'm^rt>Hi,i:ceai'im  Fran- 
'  çois  tu  es  bon ,  donne  moy  de  tes  brace- 
lets de  boutons  de  verrè.Elles  faifoy  et  le 
fembiable  pour  tirer  de  nous  des  pignes 
qu'elles  nomment  Guapou  Kuap,  des  mi 
rouers,qu'ellesappelent<^m^,  &  tou 
tes  autres  chofes  que  nous  auions  dont 
elles  auoyentenuie. 

Mais  entre  toutes  les  chofes  doublemet 
cftranges,&  plus  qu'efmerueiilables^que 
i  ay  obferuees  en  ces  femmes  Brésilien- 
nes, c'eft,  combien  qu'elles  ne  fe  peintu- 
rent pas  fi  fouuentle  corps,Ies  bras  &Ie» 
iambes,que  font  les  hommes,  &  mefmes 
qu'elles  ne  fe  couurent  ni  de  plumage  ni 
d'autre  chofe  qui  croilTe  en  leur  terre,tât 
y  a  neantmoins,quoy  que  nous  leur  ayôs 
fouuent  voulu  bailler  des  robes  de  fi  jfes 
-x^foiMim  ou  des  chemifes  (  côme  i'ay  dit  que  nous 

££T*  £jfi°ns  àn,eUrs  maris  >  1u'iJ  "'a Imais  e- 
mfcfoint  ite  en  noftre  puifTance  de  les  faire  veftir 
**?•      de  chofe  quelle  qu'elle  fut.Il  eft  vray  que 

pour 


DE    L'AMERïQJE,  Ï27 

pour  auoir  plus  beau  prétexte  de  s'en  e- 
xempter ,  nous  alléguant  leur  couftume? 
qui  eft,qu'à  toutes  les  fontaines  &  riuie- 
res  claires  qu'elles  rencontrent,  s'accrou 
piffans  fur  le  bord  ou  fe  mettans  dedans,  2if^t3 
auecles  deux  mains  fe  iettent  de  l'eau  Sauuagts 
furlatefte,felauans  &  plongeans  ainfi^J^r 
tout  le  corps  comme  Canes, tel  iour  fera 
plus  de  douze  fois  y  elles  difoyent  que  ce 
leur  fer  oit  trop  de  peine  de  fedefpouil- 
1er  tant  fouuent.  Ne  voila  pas  vne  bel- 
le raifon?  Or  telle  qu'elle  eft  ,  d'en  con- 
tefter  dauantage  contre  elles  ce  feroiten 
vain, car  vous  n'^n  aurez  autre  chofe.  Et 
défait  /ceft  Animal  fe  delede  fi  fort  en 
cefte  nudité*  que  non  feulement  les  fem- 
mes de  nos Tououpinambaoults  demeurâtes 
en  liberté  en  terre  ferme  en  eftoyent  là  re 
folues  &obftinees,mais  aufsi  encore  que 
nous  fifsions  couurir  par  force  les  prif5 
nieres  prinfes  en  guerre  que  nous  auions 
achetées,  &  que  no9  teniôsefclaues  pour 
trauailler  ennoftre  Fort,  tant  y  a  toutes-  Femmes 
fois  que  û  toft  que  la  nuit  eftoit  venue,  f^im 
defpouïllans   leurs  chemifes  ou  autres  ni*** 
haillons  qu'on  leur  bailloit,auât  quelles  nudité- 
fecouchaiîët  elles  feplaifoyct  à  fepour- 
mener  toutenues  parmi  noftrelfle. Brief 
fi  cela  eu'ft  efté  à  leur  chais,  &  qua  grand 
coups  de  fouets  ,  on  «feuft  contraint  ces 
pauures  miferabies  de  s'habiller  3  elles 


ï-8  HISTOIRE 

eufiet  mieux  aimé  endurer  le  halle  &  cha 
leur  du  Soleil ,  voire  s'efcorcher  les  bras- 
Scies  efpaules  à  porter  la  terre  &  les  pier 
res,  que  de  rien  endurer  fur  elles. 

Voila  aufsien  fomme  quels  font  les' 
ornemens,  bagues,  &  ioyaux  ordinaires 
des  femmes  ■&  filles  de  l'Amérique.  Par- 
tant fans  ten  faire  autre  Epilogue ,  que  le 
le&eur  parla  narration  que  i'enay  faite 
les  contemple  comme  il  luy  plaira. 

Traitant  du  mariage  des  bauuages  ,  ie 
diray  corne  leurs  enfans  font  accouftrez 
des  leur  naiffancermais  pour  l'efgard  des 
grâdets,  au  deflus  de  trois  ou  quatre  ans, 
ieprenois  fur  tout  grand  plaifir  devoir 
les  petits  garçons  qu'ils  nôment  Conomi- 
Conomi  miri^ç{\  a  dire  petits  garçôs,  graflets,  & 

^£¥®t  fih  hbefQup  p,us  ^ucceux 

consAr  &%f9$  d(?Ça  s  lefquels  au.ee leur  poinfon 
fifw.  4os  blanc  en  leurs  lèvres  fendues  ,  leurs 
cheueux  tondus  à  leur  mode,&  quelques 
ïoislcçQrps  peinture',  nefailloyent  ia- 
mais  de  venir  en  troupes  danfansau  de- 
uant  de  nous  quand  ils  nous  voyoyent  ar 
riuer  en  leurs  villages.  Aufsi,pour  en  e- 
ftre  recompenfez.en  nous  amadoûans  & 
fuyuans  de  près  y  n'oublioyent  ils  pas  de 
nous  dire,  &  repeter  fouuêt  en  Jeurpctit 
gergoniCotouafat  amabepinda^QÇt  a  dire 
mon  ami,  ou  mon  allie,  donne  moy  des 
haims  àpefcher  Que  fi  la  deflus,  en  leur 

oftroyant; 


&  façons 
défaire. 


DE     ^AMÉRïQV  E.  Ï29 

t>&royant  leur  requefte,comme  i'ay  fou-  p^^ 
net  fhit  j  on  leur  en  mefloit  dix  ou  douze  ^otmdrt 
des  plus  petits  parmi  le  fable  Se  la  pouf- 1~» 
■fiereyéux  fe  baiflàns  foudainemët,c'eftok 
vn  pafletemps  de  voir  eefte  petite  mar- 
maille toute  nue,  laquelle  pour  trouuer 
&  ainaiferces  hameçôs,  trepilloit  &gra- 
toitlàterre  ainfi  que  font  les  connils  de 


renne. 


ga 

Finakmët  combien  que  durât  enuiron 
în  an  que  i'ay  efté  en  ce  pays  là,i'aye  efte 
fi  curieux  de  contempler  &  les  grands  & 
les  petits  ,  que  m'eftant  aduis  que  ieles 
Voye  toufioûrs  deuant  mes  yeux  i'en  au- 
ray  toute  ma  vie  l'idée  &  l'image  en  mon 
entèhdément:tant  y  a  neantmoins,  parce 
que  leurs  géftes  &;  contenances  font  du 
tdtitjdiflrembkMes:des-no'ftres  ,  que  ieco  W» 
fèfle  eftre  malaife  de  les  bien  représenter  m  n,peut 
ni  par  efcrîtS  nimefmespar  peintures.  à^%r* 
Àinfipourènauoirleplailir,  il  les "faut/„.  saHUàr, 
Voir  &  vifiter  en  leur  pais.  Mais,me  direz  » 
voùsylâ  planche  efl:  bien  longue.  Il  eft 
vray&:pâftânt  fi  vous  n'auez  bon  pied> 
bon  céil  Vcraignahs  que  vous  ne  tresbu- 
chie^z ,  ne  vous  iouez  pas  de  vous  mettre 
tri  tHemin.  Nous  verrons  encore  plus  am 
Clement  ci  après  ,  felon  que  les  matières? 
que  ie  traiteray  fe  présenteront,  qu'elles 
font  leurs  maifons,  vtêciles  de  mefnage* 
ftço  de  ie  coucher  &  autres  manières  de 
fairt»HC'  1^- 


i^o 


-HISTOIRE 


Toutesfois,auant  que  clorre  ce  chapi- 
tre ?  celieu  ici  requiert  queie  refponde, 
tant  à  ceux  qui  ont  eferit ,  qu'à  ceux  qui 
penfent^  que  la  fréquentation  entre  ces 
Sauuages  tous  nuds , &  principalement 
parmi  les  femes  incite  à  lubricité  &  pail- 
lai dife.  Surquoy  ie  diray  en  vnmot,  que 
encores  v.oirement  felon  l'apparence  que 
il  n'y  ait  que  trop  d'occafion  ,  d'eftimer 
qu'outre  la  deshôneftète/  de  voir  ces  fem 
mes  nues,  cela  ne  femble  aufsi  feruir  co- 
rne d\n  appaft  ordinaire  de  conupitife, 
toutesfois,  pour  en  parler  felon  ce  qui 
s'en  eft  comunement  apperceu  pour  lors 
cefte  nudité  ainfigrofsiere  en  telles  fern 
mes  eft  beaucoup  moins  attrayante  qu'o 
ne  cuideroit.  Et  partant  ie  maintien  que 
ks  attifez,fards,  faufles  perruques ,  che- 
i*eux  tortille^,grands  collets  frefes  ,  ver 
tugales, robes  fur  robes  &autrcs  infinies 
bagatelles  dont  les  femmes  de  pardeçàfe 
contrefont  &n'ontiamais  aiTez,font fans 
comparaifon  cauie  de  plus  de  maux  que 

craindre       .  i  •     '  i  •        ♦         i       >  ~     '  -     '    3- 

quei'ani-H  nudité  ordinaire  des  femmesSauuages,* 
ficeâes     Jefquellesjcependantquantau  natureLne 

femmes  de  j  x  *  .  ■  -,  ^  -  ■ 

far  deçà,  doyuent  rien  aux  autres  en  beaute.Telle 
met  que  fil'honeftetéme  permettait  d'en 
dire  dauantage,me  vantât  bien  de  foudre 
toutes  les  obicclions  qu'on  mepourroit 
amener  au  contraire  ^i'en  donueroisdes 
raifons  fi  euidentes,  que  nul  ne  les  pour- 

roitaier. 


^ndité 

do  "*™e 

rifjuaines 

moins 

crai 

que 


3D  e   L'a'Meri  ay  E  IJt 

iroît  nier.  Sans  doncques  pourfuyure  ce 
toropos  plus  outre,  ie  me  raportedece 
peu  que  i  en  ay  dit  à  ceux  qui  ont  fait  le 
voyage  en  la  terre  du  Brefil ,  &  qui  corne 
moy  ont  veu  les  vnes  &  les  autres. 

Ce  iVeft  pascependant  quecontrede 

qu'enfeignelafainaeErcritured'Ada&^t^ 
Eue,lefquels  après  le  péché  recognoiflans/w/e  tf*/- 

qu'ils  eftoyent  nuds  furent  honteux  ,  ^ZZtdt 
vueille  en  faço  que  ce  foit  approuuer  ce-  Saunages. 
fte  nudité:  pluftoft  detefîay  ie  les  héré- 
tiques qui  contre  la  loy  denature  (laque! 
le  tôutesfois  quant  a  ce  point  n'eft  nulle- 
ment ob.fer.nce  entre  nos  pauures  Ame- 
riquains  )  l'ont  voulu  autresfois  intro- 
duire. 

Mais  ce  que  i'ay  dit  de  ces  Saùuàges* 
eft  pour  monftrer  ,  quèn  les  condam- 
hans  fiaufteremët  de  ce  que  fans  nulle  veif 
gongne  ils  vontainfi  le  corps  entièremet 
dcfcouuert,nous  excédas  en  l'autre  extre 
mitérc'eft  a  dire  efi  nos  baubances^fuper- 
fluitefc  &  excès  en  habits  ne  fommef  pas 
plus  louables  JLtpleuft  a  Dieife  pour  met 
Srefin  a cefte  matière  qti'yn  chacû  denous 
plus  pour  rhonnefteté&necelsité  que 
pyuria  gloire  &  mondanité?  s'habillaft 
modeftement* 


I  .%: 


IjS  HISTOIRE' 

CHAP.    IX. 

3  'Desgrofes  ratines,  &  gros  mil  dont  lei 
Ramages  font  farine  qu'ils  mangent  au  Ueu 
depatn  :  &  de  leur  bruuage  qu'ils  nommer» 
Caou>in. 

«VIS  que  nous  auons  enten 
|du  ,  au  chapitre  precedent 
Scomme  nos  Sauuages  font 
Iparez  &  équipez- par  le:  de- 
_  Éhors,  û  me  femblè  qu'en  de- 
duifant  ks  chofes  par-  ordre ,  il  ne  con- 
tiendra pas  mal  de  traiter  tout  d'vn  fil 
des  viures  qui  leur  font  communs&  or- 
dinaires. Surquoy  faut  noter  en  premier 

**•«*  vSSF^V&P*  n'a7ent>& par  con 
viJ!     fe3uen  *  *%  femet  ni  ne  plantent,  bleds  ni 
r-g*  vignes  enleur  pays,  que  neâtmoms  amfi 
que  ici  ay  veu  &pratique3on  ne  laifle  ba* 
pourceia  de  s'y  bien  traiter  &  d'y  faire 
boniwUbere  fam<pam  ni  vin. 
i  ,  Ayans dôncquesinos  Ameriquains  en 
^    ff UT  Ws  de  deux  efpelcfc*  de  racines,  que 
&  Ma  lls'nommen£'^^'i&'<^/«»w,tefqueltei 
»«*       en;trois^  ou  quatre  mois  croiffent  dans 
terre^ufsigroffds'  qxre  la  cuiflV  d'vn  boni 
me  ,  &  longues  de  pied  &  demi ,  pWs  0u 
moins:  quâd  elles  fontarracbees,les  fem 
mes  (car  les  homes  ne  s'y  occupée  point) 
les  accouftrent  de  celle  façon.  Première! 

ment 


racinet. 


DE     L'A  M  E  RIQVE.  Ijî 

m£t  après  les  auoir  fait  feicher  au  feu  fur  panière 
icBoucartd  que  ie  le  defcriray  ailleurs,ou£M^ 
bien  quelques  fois  les  prenâs  toutes  ver-^anfl 
pes  ,1  force  de  les  râper  fur  certaines  pe- 
tites pierres  pointues  ,  fichées  &  arréra- 
gées fur  vne  piece  de  bois  plate  (  tout  ain 
ii  que  nous   raclons  &  ratifions  les  fro- 
mages &  noix  mufcades  )  elles  les  redui- 
fent  en  farine,  laquelle  eft  aufsi  blanche 
que  neige. 

Cela  tait  elles  ayans  de  grandes  &  fort 
larges  poellcs  de  terre,  contenant  chacu- 
ne plus  dVnboifleau  ,  qu'elles  font  elles 
mefmesaffez  proprememt  pour  ceftv fa- 
bles mettans  fur  le  feu  ,  &  quantité  de 
eefte  farine  dedans  ,  pendant  qu'elle  cuit 
elles  ne  cedent  delà  remuer  auec  des  cor- 
ges  miparties,  defquelles  elles  fe  feruent 
ainfi  que  nous  faifons  defcuelles  :  telle- 
ment que  cefte  farine  cuifantde  cefte  fa- 
çon, fe  forme  comme  petite  grelace  ,  ou 
dragee  d'Apoticaire. 

Or  elles  enfôtdedeux  fortesraffauoir 
de  fort  cuite  &  dure,que  les  Saunages  ap- 
pelée Ouy-entan.àQ  laquelle,parce  qu'elle  Ouy-en 
fe  garde  mieux,  ils  portent  quand  ils  vôt  tm 
à  la  guerre:&  d'autre  moins  cuite  &  pîus./kr,w«r« 
tendre  qu'ils  nomment  Ouy-pou,  laquelle  Ouy~ 
eft  d'autant  meilleure  que  la  première,/?^' 
que  quad  elle  eft  frefche  ,  vous  diriez  mâ*™^; 
ser  cfu  molet  de  pain  blanc  tout  chaut,     geuji. 
h  r  I  ? 


%H  Histoire 

Au  furplus,  quoy  que  ces  farines,  tant 

ÎS5  TVCndrCS  >  f0*ent  de£o"  bon 
gouit,  de  bonne  nourriture,  &  de  facile 
jigeftion ,  tant  y  a  toutesfois  ,  comme  ie 
I  ay  expérimente,  qu'elles  ne  font  nuJle- 
Fton,  je-meat  propres  à  faire  du  pain.   Vrav  efl- 
»?  J"'»»  «  fW  bien  de  la  pat  laquelle  eft 
,;w«    1'  belle  &  blanche,qu'il  femble  adurs  que 
f-        elle  fou  de  fleur  de  froment:mais  en  cil 
faut  tout  ie  delTus  &  la  croufte  fe  fechant 
:&  bruflant,  quant  ft  vient  à  couper  ou  r6 
wft       £rC;epain  '  vous  fouuez  Je  dedans  tout 
a^&  rf°Urne/  «  farine.  Partant  ie  g$ 
liu-z-ch.  ?We  .  ce]Tuy, 3U1    "pporta  premièrement 
9z.         que  les  Indiens  qui  habitent  à  22.  ou  2? 
degré*  par-delà  l'Equinoétial ,  qui  font 
pour  certain  nos  Tonoupinambao^tt ,  vi- 
uoyent de  pain  fait  de  bois  gratté,enten- 
aantaufsi  parier  des  racine!  dôteftque- 
iiion,  faute  d'auoir  bien  obferuéceque 
a  ay  dit  s  cftoit  equiuoque. 
"   Néanmoins  l'vne  &  l'autre  farine  eft 
bonneafairedeiaboulie,quelesSauuaI 
JJ/^  aPPeiJent   aflg^  ,  &  principalement 
gam      f  an,f  on  la  deftrampe,    auec  quelque 
*^j£  bouillon  gras,  car  deuenant  lors  4rumu- 

mm     la)  £     l    du  Krls  '  ainfl  appreftee  elle 
eft  de  fort  bonne  faueur. 

Mais  quoy  qlle  s'en  foit  nos  7W»_ 
nambaouks ,  tant  hommes,  femmes  qu'en- 
fcns.cftas  accoufiumez  de  la  manger  ton- 

tefeche 


DE      l'AMERIQJî-  135 

te  feche  au  lieu  de  pain ,  ils  font .tcllcmét 
filiez  &  duits  à  cela  dés  leur  leuneflcque 
la  prenant  auec  les  quatre  doigts  ****f-£'i 
la  vaiflelle  de  terre  ,  ou  autres  val  leatlx  imerU 

tentfi  droit  dans  leurs  bouches  ,  qu  ils 
n'en  efpanehent  pas  vn  feul  brin .  Que 
fi  entre  nous  François  ,  les  voulans  imi- 
ter la  penfions  manger  en  cefte  forte, 
n'eftans  pas  façonnez  à  cela  comme  eux,  FrMtoit 
au  lieu  de  la  ictter  dâs  nos  bouches  nous ■■  w;w 
Tefpanchions  fur  nos  iouës,  &nous  en-^r  Uféjfi 
farinions  tout  le  vifage  :  partant  ,-finon  k.fi**i 
principalement  que  ceux  qui  portoyent 
barbe  euffent  voulu  eftre  accouftrez  en 
joueurs  de  farces,nous  eftions  contraints 
de  la  prendre  auec  des  cuilliers. 

Dauantage  il  adûiendra  quelquesfois 
qu'après  que  ces  racines  £  Ayfi  &  de  Ma 
niot  feront  (  à  la  façon  que  ievous  ay  dit) 
rapees  toutes  vertes,  les  femmes  failant 
de proues  pelotes  delà  farine  amùtref* 
che  &  humide,  les  preffurant  &  prenant 
bien  fort  entre  leurs  mains  elles  en  fe-  ^^ 
ront  fortir  du  ius   prefques  aulsi  blanc  deu  farine 
&  clair  que  du  laid.  Ainfi  cela  e  fiant  ^ 
retenu  &  mis  dans  des   plats   &  vaii- 
felle  de  terre,  après  qu'elles  l'ont  mis 
au  Soleil ,  la  chaleur  duquel   le   taict 

1  4 


_ 


l.$6  HISTOIRE 

prendre  comme  de  la  caillée  de  fromaée, 
quand  on  le  veut  manger,  elles  le  verflnt 
das  d'autres  poefles  de  terres,  &  le  faifât 
cuire  en  icelie  fur  le  feu  comme  nous  fai 
tons  les  aumelettes  d'eeufs,,!  cft  fort  bon 
amfiapprefle. 

j>  /U  f"rPIus  non  element  la  racine 
Tâches    d  ^J>/"  elt  bonne  en  farine  ,  mais  aufsi 

rf:X;3Uana  «°«c«tiere  elle  eft  cuite  aux  cen 
dres,ou  deuant  le  feu,  s'atendriffant  lors 
ic  fendant  &  rendant  farineufe  comme 
vue  chaftagne  roftie  à  la  braife(  de  la- 
quelle aufsi  elle  a  prefcjue  le  gouft)  on  la 
peut  manger  de  celle  façon.  Cependant 
il  n  en  prêt  pas  de  mefme  de  la  racine  de 
Mamot,  car  n'eftant  bonne  qu'enfariné 

biencuitcceferoitpoifondelamancer 
autrement.  & 

Au  refte  les  plantes  ou  les  tiges  de  tou 
T6mtJes  tes  les-  deux,differentes  bien  peu  l'vne  de 
'&f Je >atrc  qwtttàla  forme,  croiffent  delà 
••«  r^,,»  hauteur  de  petits  geneuriers ,  &  ont  les 
iueilles  affez  femblable  à  l'herbe  de  Peo- 
*m,ou  Piuoine  en  françois.  Mais  ce  oui 
m  le  plus  admirable  &  digne  de  grande 
confideration  en  ces  racines  à'Aypi  &  de 
-Mamot  de  noftre  terre  d'Amérique  ,  eift 
y*cr.  ,r  enIral?uIdP!jcatiô  ficelles.  Car  comme 
fZliff  ainfi  foit  q«eles  branches  foyentpref- 
*>/*««/.  ques  aufsi  arfees  a  rÔpre que  cheneuotes 
>,,,';.'   tant  yaneantmoins  que  fans  autrement 

les  cul- 


DE     L'A  MERIQVE.  IJ7 

les  cultiuer,autant  qu'on  en  peut  rompre 
&  qu'on  en  peut  ficher  en  terre  ,  autant  a 
on  de  groffes  racines  au  bout  de  deux  ou 
trois  mois. 

Sur  lequel  propos  ,  afin  de  tant  mieux 
contenter  le  leéteur  ,  ie  reciteray  ce  que 
J'audeur  de  l'hiftoire  générale  des  Indes 
dit  du  Maiz,  lequel  fert  aufsi  de  bled  aux         ^ 
Indiens  .  La  Canne  de  Maiz  dit  il,  croiit  ^ 
de  la  hauteur  d'vn  homme  &  plus:  eft  af- 
fez  groffc&iette  fes  fueilles  comme  cel- 
les des  Cannes  de  Maretz,l'efpic  eft  com  MW 
me  vne  pomme  de  pin  fauuage,  le  grain  «,«  T„„, 
gros,&n'eftnirond  ni  quarré  m  fi  long 
que  noftre  grain  :  il  fe  meurit  en  trois  ou 
quatre  mois ,  voire  aux  pays  arroufez  de 
ruifleaux  en  vn  mois  &  demi .  Pour  vn 
grain  il  en  réd  100.200.300.400.500.  &s'e 
eft  trouué  qui  a  multiplié  iufques  a  600. 
Oui  monftre  auffi  la  fertilité  de  cefte  ter- 
reïïoffedee  maintenâtpar  les  Efpagnols. 
Or  outre  les  racines  de  nos  Sauuages, 
leurs  femmes  plantent  encores  auec  vn 
bafton  pointu,  qu'elles  fichét  en  terre,de 
ces  deux  fortes  de  gros  mil:  aflauoir  blac 
&noir  que  nous  appelions  en  Fracebled 
Sarrazin  (eux  le  nomment  jiuati)  duquel 
elles  fôt  auffi  de  la  farine.laquelle  fe  cuit  Auati 
&  mage  à  la  manière  que  l'ay  dit  ci  deflussr.,™', 
celle  des  racines. Ceft  en  fôme  ce  dequoy 
on  vfe  ordinairement  pour  toutes  forte» 


Ï38  HISTOIRE 

de  pain  au  pays  des  Sauuages  en  la  tene 
du  Brefil  dite  Amérique. 

Cependant  comme  les  Efpdgnols  & 
Terroir  de  Portugais,  qui  font  habituez  en  pJuficurs 
[t^opre  endroit*  de  ces  Indes  Occidentales,  ayas 
aubied&  maintenant  force  bleds  &  force  vins  que 
*»  ™-    produit  cefte  terre  du  Brefil ,  ont  fait  la 
preuue  que  ce  n'eft  pas  pour  le  défaut 
du  terroir  que  lesSauuages  né  ontpoint, 
aufsiefl>il  bien  certain  que  rvn&Pau- 
tre  y  viendroit  bien  .  Et  de  fait  nous  au- 
tres François  à  noftre  voyage  y  ayanspor, 
te  des  bleds  en  grains  &  des  feps  de  vi- 
gnes,i'ay  veu  moy-mefmepar  Texperien 
ce ,  û  les  champs  eftoyent  cultiue*  &  la-r 
bourez  comme  par  deça,que  c'eftvn  pays 
-Défaut en  trcsbon  &  tresfertile  .  Vray  eft  qu'enco- 
urt vigne  rcs  que  la  vigne  que  nous  plantafmes  re- 
K^rintfortbien,&  que  le  bois  &les  fueil- 
&au  biedïcs  en  fulTent  belles,  tant  y  a  toutesfois 
}Zafm7s    °îllc  durant  enuironvn  an  que  nous  fuf- 
premiere-  mes  la,  nous  n'y  vifmes  que   quelques 
'%*mL  aigrets,  lefquels  au  lieu  de  meurir  j  s'en- 
q*t.         durcirent  &  deuindrent  comme  fees 

Semblablement,  quoy  que  le  froment 
&  le  feigle  que  nous  y  fcmafmes  fuf- 
fent  beaux  en  herbe,  &  qu'ils  paruin- 
fent  iufqucs  à  rcfpy,tant  y  a  neantmoins 
que  le  grain- ne  le  formoit  point .  Mais 
parce  que  l'orge  y  vint ,  grena,  &  mul- 
tiplia 


D   E    L'aMERIOTE  13? 

tiplia  fort  bien,i'ay  opinion  que  cefte 
terre  eftant  trop  graffe,  prefloit  &  auan- 
çoit  tellement  le  froment,  le  feigl.c  & 
la  vigne  (lefquels  comme  nous  voyons 
par  deça,auant  que  produireleurs  fruits, 
veullent  demeurer  plus  de  temps*n  ter- 
re que  l'orge)  qu'eftans  trop  toft  mon- 
tez (comme  ils  furent  incontinent)  ils 
n'eurent  pas  temps  pour  fleurir  &  for- 
mer leurs  fruicls. 

Partant,  au  lieu  qu'en  noftre  France £™  * 
on  engraifle  &  fume  les  champs  pour  ,„„««„,» 
les  faire  meilleurs,tout  au  contraire  i'ay  ££*£ 
opinion  qu'en  labourant  fouuent  celle  terbud& 
terre  Neuue ,  il  la  faudrait,  laffer  &  def-  *». 
eraiffer  par  quelques  années  afin  de  la 
faire  mieux  rapporter  &  bled  &vin  en 
leur  iufte  maturité'. 

Et  certes  comme  ainfi Toit  que  le  pays 
de  nos  Tououpinambaoults  foit  capable  de 
nourrir  dix  fois  plus  de  peuple  qu'il  n'y 
ena,&quemoy  y  eftantmepouuois  van 
terd'auoir  à  mon  commandement  plus  ^nttit 
de  mille  arpens  de  terre  meilleures  que  ™«*. 
il  n'y  en  ait  en  toute  la  Beauflc,qui  eitlesFrScoL 
ce  qui  doute  que  fi  les  François  y  fufTent-M^ 
demeurez  ,  ce  qu'ils  euftent  fait ,  &  y  en  ri^e 
eut  maintenant  plus  de  dix  mille  fi  Vil- 
legagrion  ne  fe  fuft  reuolté  de  la  Re- 


14°  HIS  T  O  I   R  E 

ligion  reformée,  qu'ils  n'en  eufsët  reçeu 
&  tiré  le  mefrne  profit  que  font  les  Por- 
tugais qui  y  font  maintenât  bien  accômo 
de*?  Cela  foit  dit  pour  fatisfaire  à  ceux 
qui  voudroyent  demander  fi  le  bled  &  le 
vin  cMs  férues  ,  cultiue*  &  plantez  en  la 
terre  du£refil,n'y  viendroyent  pas  bien. 
Or  en  reprenant  mon  propos,afin  que 
iediftingue  mieux  les  matières  que  i'ay 
entreprins  de  traiter ,auant  encores  que 
ie  parle  des  chairs.poirTons, fruits, &  au- 
tres viandes  du  tout  difïemblables  de  cel 
les  de  noftre  Europe,dequoy  nos  Sauua- 
ges  fe  nourrirent,  il  faut  que  ie  dife  quel 
eft  leur  bruuage  &  la  façon  comment  il 
fefait. 

Surquoy  fautaufsi  noter  en  premier 
heu  que  tout  ainfi, comme  vous  auez  en- 
tlSs\7me-  tendu  J  qu^  les  hommes  d'entr'eux  ne  fc 
rifMMMs   meflans  nullement  de  faire  la  farine  en 
tomm!seS  Giflent  toute  la  chargea  leurs  femmes, 
finie  hru  qu'aufsi  font  ils  demefme,voire  font  en- 
m*e\       cores  beaucoup  plus  fcrupuleux,pourne 
s'entremettre  de  faireleur  bruuage.  Par- 
tant outre  que  ces  racines  à'^Ayfi  &  de 
tjfrlaniot ,  accommodées  de  la  façon  que 
i'ay  tantoftdit,leur  feruentde  principale 
nourriture:  aufsi  en  les  appreftans  d'vne 
autre  forte  les  font  elles  feruir  pour  fai- 
re leur  bruuage  ordinaire. 

Voici  donc  comment  elles  en  vfent: 

Apres 


■ 


DE    L'ÀME  RÏQVE.  14* 

Apres  qu'elles  les  ont  découpées  aùfsi 
menues  qu'bH  £M  les  raues  à  mettre,  au. g«.A 
pot.  par  deçà ,  lès' àyans  ainli  taltbô'uilIirJ4r((IM^^ 
par  morceaux  auec  de  l'eau  dans  dé  grads  ***,. 
vkiffeauxde  terre,  quand  elles  lés  vOyent 
attendries  &  amblïès  les  oftans  de  deflus 
le  feu  elles  leslaiffent  vn  peu  refroidir. 
Gela  fait,plufjénrsd'entr'elles  çftaosac-. 
Croupies  à  l'éntoùr  de  ce  grand  vâiÏÏeaU, 
prenans  dedans  iceluy  ces  rouelles  de  ra 
cines  ainfi  molifiees  après  que  fans  les  a- 
ttalei- elles  les  aurôt'bien  mafehees  &  toi: 
fillees  dans  leurs  bouchéS,reprerians  ena 
cun  morceau  l'v'n  après  l'autre  auecl* 
main,Ies  retnettahs  dedans  d'autres  vaifi 
féaux  de  terré,  qui' font  tous  prèfts  fur  je 
feu,  elles  les  feront  bouillir  derechef. 
Ainfi  remuant tfdufiours  ce  tripotage  fur 
1-  feu  àuec  vn  baftbn'iufques  â  te  qu'elles 
côfenoiflet'quni  eft  allez  cuit:  fans  le  cou 
1er  ni  paflenairis'lé  tout  ériftmblé  lé  vér- 
fant  dans  d'àùïrè^pïus' grandes  cannés    ^ 
dé  terre  cofité'nyhTe's  chacunes  enuiron  vùfi»» 
vne  Fillette- deyin'de Bourgongne, dans 4W 
lefquélles  ,  après  qu'il  a  vn  peu  efeume, /•««*/*( 
eôuurans  les  vaifleàux  ,  elles  le  laiflent 
cuuer  quelque  efpace  de  temps.  Ces.der 
riiers  grands  vafes  dont  ie  vién  maijter 
nant  de  faire  mention  foHfprefqUes  faits 
de  la  façon  des  grands  ctniiers  de  terre, 
efquete,  commef  ay-'veu,  on  fait  la  lefci- 


r<K'«s 


*4*  HISTOIRE 

ue  en  quelques  endroits  de  Bourbonnois 
&d'Auuergne:  excepté  toutesfois  que 
ils  font  plus  eftroits  par  la  bouche  &  par 
le  haut. 

Or  nos  Ameriqualnes,  faifans  fembla 

blement  bouillir  &  mafchans  aufsi  puis 

après  dans  leur  bouche  de  ce  gros  Mil 

bruitage"  nomme'  <±Auati  enJeur  langage ,  elles  eri 

fait  de  ml  font  du  bruuage  delà  rnefme  forte  quç 

vous  auez  entendu   qu'elles  font  celuy 

desracinçs  fus  mentionnées  .  le  répète! 

nommément  que  ce  font  les  femmes  qui 

font  ce  meftier>. car  combien  queie  n'aye 

point  y  eu  faire  de  diftindion  des  filles 

d'aueç  celles  qui  font  mariées  (  comme 

qu.elcun  à  efcrit  )  tant  ,y  a  neantmoins 

qu'outre  que  les  hommes  ont cefte  fer- 

mç  opinion,  que  s'ils  mafchoyen't  tant 

les  racines  que  le  mil  pour  faire  ce  bru* 

nagé  qu'il  ne  feroit  pas  bon,  encores  re- 

puteroyent  ils  aufsi  indecent  à  leur  fexe 

de  s'en  méfier  que  nous  ferions  par  deçà 

d'en  yoirvn  prendre  vnequenoille  pour 

Caouîn  WMh^  ^uuaoes  appellent  ce  bruuage 

hmuaii     Caou-m^lcquçl  aprefque  le  gouft  delaift 

aigre:  &  en  ont  du  rouge  &  du  blanc  com 

nous  auons  du  vin. 

,Aufurplus  jot  fe  fait  en  tout  temps  & 
faifon  :  mais  quant  ila  quantité  fay  veil 
quelques  fois  iniques  au  nôbre  de  30.  dç 
fesgrâds  vaiiîeaux.que  ie  vousay  dit  tenir 

chacun 


égre 


DE    L5AMER  IQ^VE.  I43 

chacun  plus  de  foixante  pinte  de  Paris, 
tous  plains,  arrengez  &  couuerts  au  mi- 
lieu de  leurs  maifons  ,  ou  ils  les  laiffent 
iufques  a  ce  qu'ils  veulleiit  Çaoù-iner* 

Mais  auant  que  d'en  venir  Ia(fans  tou-  ^mert>: 
tesfois  que  i'approuue  le  vice  )  il faut?»*"»'*- 
que  ie  dife  par  forme  de  preface  :  arrière  c^ffr 
Alemans  ,  Lanfquenets  u  Suiffes,  Fia-  def^nus 
mans,  &  tous  qui  faites  caroux  &pro-4*rm* 
fefsion  de  boire  par  deçà  :  car  comme 
vous,  mefmes  ^pres  auoir  entendu  com- 
ment nos  Ameriquains  s'en  acquittent 
confelferez  que  vous  n'y  entendez  rietl 
au  pris  d'eux  ?  aufsi  faut  il  que  vous  leur 
cédiez  en  çeft  endroit. 

Quand  doncques  ils  fe  mettent  ad- 
ores ,  &:  principalement  quand  auec les 
ceremonies  que  nous  verrons  ailleurs, 
ils  tuent  vn  prifonnier  de  guerre  pou« 
le  manger,  leur  couftume  (4u  tout  con- 
traire à  la  noftreçn  matière  de  vin  que 
nous  aimons,  frais  &  chir)  eftaiit  de,  hoi-* 
re  ce  £aou~in vn  peu  chaut  &  troublé,  £^^ 
les  femmes  pour  le  tiédir ibnf  ^remiefe-^^ 
ment  vn  petit  feu  à  l'entour  des  cannes  */?r^« 
e  tçrre  ou  il  eit,  tr^hiL 

Cela  fait,commençant  à Vvn  des  bouts 
à  defcouurir  le  premier  vaifleau  ,  &  a 
remuer  &  troubler  ce  bruuage  ?  puifan? 


I 


F AC ûh  de 
hoir i  des 


Efiranget 
coutumes 
des  Sauna- 
ges qui  ne 
bituent  & 
mattgenten 
vn  mefrae 

TfpAS. 


Ï44  HISTOIRE 

puis  après  dedans  auec  de  grandes  cour- 
ges parties  eii  deux  /dont  les  vnes  tien- 
nent enuiron  trois  chopines  de  Paris, ain 
fi  que  les  hommes  en  danfantpaflent  ici 
vns  après  les  autres  auprès  d'elles  ,  leur 
prefentâs  &  baillans  à  chacun  en  la  main 
vnede  ces  grades  gobelles toutes  pleines, 
&  elles  mefmes  enferuantde  fommeliera 
n'oubliant  pas  de  chopiner  d'autant:  tant 
les  vns  que  les  autres  ne  frillent  point  de 
boire  &  trouiïer  celai  tout  d'vne  traite. 
Mais  jfcàuez  vous  cobibnde  fois?  ce'  fera 
iufèjfues  a  tât  que  les  vai(feau#x5&  y  en  eut 
il  vrïe  cêteinc ,  feront  tous  vuydes,&que 
il  n'en  y  à  lira  plus  vne  feule  goûte  .  Et  de 
fait  ie  les  a  y  veu  norifeulememois  iours 
&  trois  nuits  fans  cefïer  de  boire ,  mais 
aufsi  quad  ils  eftoyent  fi  fouis  &  û  yureS 
cju'ili  n'en  pouuoyent  plus  (d'autant  que 
«jjûiter le  ieii  eut  ëftépour  effire  réputé  vn 
efféminé  St  plus  cjue  chelme  tfritre  lès  A- 
lcmans)quand  ils -auoyet  rendus  leur  gor 
ge,cVftoit  à  recommencer  plus  belle  que 
deuatit.      -\ 

Et  ce  qui  eft  encores  plus  eftrange  &  à 
remarqueréntre  nos  Tououpinambaoults, 
eft,que  comme  ils  ne  niaïigent  nullement: 
durant  leurs  buueries  ,  aufsi  quand  ils 
mangent  ils  ne  boyuét  point  parmi  leur 
repas:  tellement  que  nous  vôya'ns  entre- 
mêler Tvn  parmi  l'autre  ils  trouuoyent 

noftrc 


Les  Saûxà 
rans 


DE     ÙMERIQJE-  145 

noftre  façon  fort  eftrange .  Que  fi  vous 
dites  la  defïus,  ils  font  doneques  comme 
les  cheuaux,  la  refponce  à  cela  d'vn  qui  - 
dam  ioyeux  de  noftre  compagnie  eftoit, 
que  pour  le  moins, outre  qu  il  ne  les  faut 
point  brider  ni  mener  à  la  riuierepour 
boire,  encores  font  ils  hors  des  dangers 
de  rompre  leurs  croupières. 

Cependant  il  faut  noter  combien  que 
ils  n'obferuent  pas  les  heures  pourdif-^ 
ner,  fouper,  ou  collationner,  comme  on  ^/-L 
fait  en  ces  pays  par  deçà  ,  me  fines  .qu'ils  ffi™? 

*     '   1 .  L   -,  •  rr    "    \     '      ->\  C  *       les    hurts 

ne  facet  point  de  dun  cul  te,  s  ils  ont  faim  maNgent 
demander  aufsi  toftà  minuit  qu'à  mi-r^^ 

*J  .  • ,      <ynt  faim. 

ày ,  que   neantmoins   ne  mangeans    ija.-m 
înais  qu'ils  n'ayent  appétit ,  on  peut  dire 
qu'ils  fontauffi  fobres  en  leur  manger,  UfT!f 

>V*X  rr  ,       .  r\        -  au  ft  fibres 

<ju'exceffifs  en  leur  boire.  Dauarage  par-  a  manger 
ec  que  quand  ils  mangent  ils  foht  vn  mer  *£'£?'$£ 
ueilleux  filence  ,  tellement  que  s'ils  ont 
quelque  chofe  à  dire  ils  le  referuent  iuf-  Silence  de* 
-ques  à  ce  qu'ils  ayent  acheué,  quand  fuy-  SdZZf% 
liant  la  couftume  des  François  ,  ils  nous  r#«.. 
oyoyent  iafer  &  caqueter  en  prenant  nos 
repas, ils  s'en  fauoyent  bien  moquer. 

Ainfi  pour  continuer  mon  propos, tât 
que  ce  Caouimge  dure, nos  friponniers  & 
galebontemps  d'Àmeriquains  pour  s'qC- 
chaufer  tant  plus  la  ceruelle  :  chantans, 
fifftansis'accourageans,  &  exhortans  Vvn 
l'autre  de  fe  porter  vaillamment,  &  de 


I46  HISTOIRE 

prendre  force  prifonniers  quant  ils  iront 
Sauves  àIa  gucrre,eftâs  arrengez  comme  Grues, 
*rre*tfi,  ne  ceffent  de  danfer  &  d'aller  &  de  venir 

cjues  ace  que  ce  foitfait  &  qu'il  n'y  ait 
plus  rien  es  vaiffeaux  .  Et  certainement 
pour  mieux  verifier  ce  que  i'ay  dit  qu'ils 
font  les  premiers .  &  fuperlatifs  en  ma- 
Treuue  de  tier e  d'yurognerie ,  iç  croy  qu'il  y  en  a 
™  S« tel  entr'eux  qui  auale  plus  de  vingt  pots 
nages.  de  Caou-in  à  fa  part  en  vne  feule  aflem- 
bleermais  fur  tout(comme  i'ay  dit)quand 
ils  tuent  &  mangent  vn  prifonnier>& 
qu'ils  font  emplumaflez  &  équipez  ,  à  la 
manière  que  ieles  ay  deferits  au  chapitre 
precedent ,  faifans  les  Bacchanales  à  la 
façon  des  Anciens  Payens  ,  &  faouls  que 
ils  font  comme  Preftres  ,  c'eftlors  qu'il 
les  fait  bon  voir  rouiller  les  yeux  en  la 
tefte  .  II  aduient  bien  neantmoins  ,  que 
quelques  fois  voifins  auec  voiiins  eftans 
afsis  dans  leurs  lias  de  coton  pendus 
en  l'air  boiront  d'vne  façon  plus  mo- 
^  defte.-mais  leur  couftume  eftant  telle,que 
tousles  hommes  d'vn  village  ou  déplu- 
fieurs  s'aflemblent  ordinairement  pour 
boire  (ce  qu'ils  ne  font  pas  pour  manger) 
ces  buuettes  particulières  fe  font  peu 
fouuent  entr'eux.   , 

Semblablement  aufsi ,  encores  qu'ils 
pç  boyuent  pas  de  celle  façon  ,  ayans  ac~ 

couftu- 


'  Sauuages 


BE     L'A  M  E  RIQJE.  Î47 

touftuméde  dâfer  tous  les  iours  en  leurs  _ 
villages',furtouties  ieunes  hommes  amarwd^ 
rier  ,  auec  chacun  vn  de  ces  gros  penna-^* 
ches  qu'ils  nomment  Araroye  lié  furies 
reins ',  allans  de  maifon  en  maifon,  ne 
font  prefques  autres   chofes  toutes  les 
nuits.  Mais  il  faut  noter  en  ceft  endroit, 
qu'en  toutes  ces  danfes   des  Saunages, 
foit  qu'ils  fefuyuentl'vn  l'autre  ou5com 
me  ie  diray  parlant  de  leur    Religion, 
eu  ils  foyent  difpofez  en  rond  ,  les  fem7  Femmes 
mes  ni  les  filles  n'eftans  iamais  meflees^//^ 
parmi  les  hommes  ,  fi  elles  veulent  dan-  danfes  des 
&r  cela  fe  fera  elles  eftans  à  part.  Séf*? 

Afùrefte  auafît  que  finir  le  propos  de  - 
la  façon  de  boire  des  Ameriquains  ,  fur 
lequel  ie  fuis  à  prelent,  afin  que  chacun 
fâche  comment  s'ils  auoyent  du  vin  à 
commandement  ils  haufferoyent  le  go- 
belet,ie  racôteray  ici  ce  qu\n M oujfacàt> 
<f  eft  à  dire  bon  père  de  famille  qui  don- 
ne à  manger  aux  paflfans  ,  me  recita  vil 
iour  en  Ion  village.  ^UfTvn 

Nous  furprifmés  vne  fois, me  dit-il  en  r^lUa// 
fon  langage,  vne  Carauelle  de  Ptfw,c'eft  s*u*age 
à  dire  Portugais  (  lefqueïs  comme  ïzyfcïfZ* 
touché  ailleurs  font  ennemis  mortels  & 
irrecôciliabîes  de  nos  Tonoupinamhaoults) 
de  laquelle  après  que  no^eufmes  aflomez 
&  înâsez  tous  ceux  qui  eftoyent  dedanst 
b  '  K  z 


I 


H8  HIS    T  O  I  R  E 

linfique  nous  prenions  leur  marchâdife 
trouuans  parmi  icelle  de  grâds  vaiffeaux 
de  bois  pleins  de  bruuage,  les  dreffans  & 
defonçans  par  Je  bout ,  nous  voulufmes 
taller  quel  û  eftoit.Toutesfoisime  difoit 
ce  vieillard  de  Sauuagejiene  fcay  de  quel 
le  lorte  de  Çaotun  ils  eftoyent  remplis,  & 
il  vous  en  auez  de  tel  en  tompays  :  mais 
bie  te  dirayie  qu'après  q  nous  en  eu/mes 
beus  tout  noftre  faoui  nous  fufmes  deux 
ou  troio  lours  tellement  affommez  &  en 
dormis  ,  qu'il  n'eftoitpas  en  noftre  puif- 
lance  de  nouspouuoir  refueilier.  ^infi 
eftant  vray  fembiable  quec'eftoyent  ton- 
neaux pleins  de  quelques  bons  vins  d'E- 
fpagne ,  le  lecleur  peut  entendre  fi  après 
que  nos  gens  fans  y  penfer  eurent  fait  la 
fefte  de  Bachus  ils  fe  trouuerent  prins,& 
ii  cela  leur  dôna  à  bon  efciét  fur  lacorne 
Pour  noftre  efgard  du  commenceme't 
que  nous  fufmes  en  cepays  là,penfans  e* 
mter  la  mori.lieure  que  vous  auez  enten 
du  queues  femmes  Sauuages  font  en  fai- 
lat  ce  Çaouin ,  nous  pillafmes  des  racines 
d  Aypi  &  Maniot  auec  du  mil ,  lefquelles 
(cuidât  faire  de  ce  bruuage  d'vnefaçô  pi*- 
honnefte  qu'elles  ne  font)  nous  fifnies 
bouillir  enfembie:  mais  pour  en  dire  la 
vente  ,  l'expérience  nous  monftra  qu'il 
n'eftoit  pas  fi  bon  quel'autrerpartant  pe- 
tit a  petit  nous  nous  accouftumafmesd'é 

boite 


DE    L'AME  RI  QJ  E.  *49 

Wre  tel  qu'il  eftoit.  Vray  eft  que  nous  ^ 
ayans  les  cannes  de  fuccre  à  commande"  rrw# 
inent,  les  faifans  &  laifians  infufer  dans 
He  l'eau  ,  nous  la  buuions  ainfi  fuccrce: 
&  mefme  d'autant  que  les  fontàines,voi- 
re  les  riuieres  belles  &  claires  d'eau  dou 
ce  de  ce  pays  là,à  caufe  de  la  temperature 
font  fi  bonnes  (&  fans  comparaison  plus  fauxde 
faines  que  celles  de  par  deçà)  quçquoy^^. 
qu'on  en  boyue  a  fouhait ,  elles  nefont.^i#w 
point  de  mal,nous  en  buuions  ordinaire 
mcnt.Et  a  ce  propos  les  Sauuages  appel- 
lent l'eau  douceFh-ete  &  la  hUe^h-e-cn 
qui  eft  vne  diâ:ion,laquelle  eux  pronqn- 
çansdugofier  comme  font  les  Hebneux 
leurs  lettres  qu'ils  nomment  gutturales, 
nous  eftoitlaplus  fafcheufe  a  proférer 
entre  tous  les  mots  de  leur  langage. 

Fmalemét  parce  que  ie  ne  doute  point 
que  quelques  vns,  ayans  entendu  ce  que 
iay  dit  ci^deffus  ,  de'la  mafeheure  &  tor- 
tilleure  tant  des  racines  que  du  mil  par- 
mi la  bouche  des  femmes  Sauuages  en  la 
compofition  de  leur  bruuage  .nommé^- 
^mn'ayent  eu  mal  au  cœur,&qu'ils  n'en 
ayent  craché:  afin  que  ie  leur  ofte  aucune 
ment  ce  degouft  ie  les  prie  de  fe  refouue 
riïr  de  la  façon  qu'on  tient,&  commet  on 
fe  gouuerne,quâd  on  fait  le  vin  par  deçà* 
Et'dcfait  s'ils  corifiderent  quee's  lieux 
ou  on  a  accouftume'de  fouler  les  Raifins 

%  3 


{$  HISTOIRE 

cm**»  aux  Tinnes  &  dans  les  cuues,  co  mne  on 
fm,    fait  és  m  des  bons  vins  ,  il  v     *ffe  & 


/^o«^  r-y-    -w   ^*io  vins  ,11  y   palle  & 

..peut  aduenir  beaucoup  de  chofes  ,  qui 

nontPUprMmpîIIfliifo. /-.     * 


tf 


S',  ?fe  S^rcs  meilleure  'grace  que  cefteïu 
nicre.de  machoter  accouftumee  aux  fon- 
mes  Américaines  .  Que  fi  on  dit  la 
deflus:  voire  mais,  levin  en  bouillant 
jette  toute cefte  ordure:  ie  refpond  que 
noihcÇaoH-m  fe  purge aufsi,&que  quant 
acepomt  ilyamefme  raifon  de  l'vn  à 
1  autre. 


CHAP.      X. 

"pes  Animaux,  Venùfom,  ?ros  Le7ards> 
Serpens,  &  autres  be  fie  s  monfirueufes  de  l'  A  - 
merique* 


|Aduertiray,envn  mot  au  cô- 
|mencemët  de  ce  chapitre  des 
I  Animaux  à  quatre  picds,que 
pion  feulement  en  general,  & 

^Amynaux   AP^ ^Strl^ëfJls  fans  evrent-i^     ,*î  11        > 

rf*  Mme.  :x-  ai  r  ,  cxceptio,  i]  ne  s'en  trou 
*y«  r.i«  "c  Pas  vn  fcul  en  cefte  terre  du  Brcfil  en 
diffebubiesl  Amérique,  qui  en  tout  &  par  tout  fair 
femblable  aux  noftres  ,  mais-  qu'aufsi 
nos  Tououpnambaoults  n'en  nourrirent 
que  bien  rarement  de  domeftiques  Dcf- 
erruant  doncqueslcs  beftes  Sauuages  de 
Jeurpays,lefquelles  quant  au  genre  font. 

nom- 


DE    L' AMERIQUE-  I5I 

nommées  pareuxSo^ie  commeiiceray  par 
cellesqui  font  bonnes  à  mâger.La  prenne 
rl&cls  commune  eft  vue  qu'il,  appelent  T&* 
Tapio^,  laquelle  ayat  le  pod  rougea-  r.ujm 
ftre  &  affcz  long,  eft  prefques  de  a  gian-  ^/w 
deur,  groffeur  &formed'vne  vache:  tou-  ^^ 
tesfoifne  portant  point  de  cornes,  ayant  W* 
le  col  plus  court,  les  aureilles  plus  lon- 
gues &pendantes,lesiambes  plus  feiches 
&  primes,  le  pied  non  fendu ,  ains.de  la 
propre  forme  de  celuy  d'vn  Afne ,  on 
peut  dire  qu'elle  eft  demie  vache  &  de- 
mieAfne.  Neantmoins  elle  diftere  entiè- 
rement de  tous  les  deux,tantde  la  queue 
qu'elle  a  fort  courte  (  &  notez  en  cett  en- 
droit qu'il  fetrouue  beaucoup  de  bettes 
en  l'Amérique  ,  qui  n'en  ont  prefques 
point  du  tout  )  que  des-  dents  lefquelles 
elle  a  beaucoup  plus  trenchantes  &  ai- 
£ues  :  cependant  pour  cela,n'ayant  autre 
«fiftance  que  la  fuite,  elle  n'eft  nulle- 
ment dangereufe  .  Les  Sauuages  la  tuent 
comme  plufieurs  autres,  à  coups  detiei- 
ches,  ou  la  prennent  à  des  chaufles  tra- 
pes &  autres  engins  qu'ils  font  allez  in- 
duftrieufement. 

Au  refte  ils  eftiment  merueilleufe- 
ment  c'eft  Animal  à  caufe  de  fa  peau: 
car  quant  ils  l'efcorchent  ,  coupans 
en  rond  tout  le   cuir  du   dos  ,  après 

*  K    4 


7{ondelles 
fuites 
du  cuir  du 
Taptreuf. 
flu. 


GnufideU 
chair,  du 
Tapirouf- 
fiu  &  fié 
<°"  delà 
Mire 


*52  HISTOIRE 

qu'il  eft  bien  fee,  ils  en  font  des  rodeJIes 
auisi  grandes  quele  fond  dynmoyen  tô- 
neati  ,  lefquelles  leur  feruent  1  fouftenir 
I«  coups  de  flefehes  de  leur,  ennemis 
quand _:h >  vont  en  guerre.  Et  de  fait  cefte 
peauainfi  feichee&  accouftreeeft  fi  du- 
ic,que  le  necroy  pas  qu'il y  ait  flefche 
tant  roidemcnt  defeochee  fuft-elle,qui 
h  feeut  percer.  le  raportois  en  France 
parfingulantedeuxdefeSTargues,tnais 
5«danoftre  retour  la  fkmincnou,  print 
ur  mer,  après  que  tous  nos  viures  fu- 

icntfa]lhs,&  que  Jes  Guenons,  Perro- 
quets &  autres  animaux  que  nous  appor 
tions  de  ce  pays  Jà,  nous  eurent  feruis  de 
»ournture,encorenous  faIJut-il  manger 
nos  rodaches  grillées  fur  Iecharbô:  voi- 
rc  comme  ie  diray  en  fon  lieu, tous  les  au 
très  cuirs  &  toutes  ies  peaux  que  nous  a- 
uions  aans  noftre  vaifleau. 
Touchât  ia  chah-  de  ce  TapirouJJ oublie  a 
PJ  efque  Je  mefme  gouft  que  celiedeBeuf: 
&  quantaJafaçô  de  la  cuire  &  apprefter 
nos  Sauuages  à  leur  modela  font  ordi- 
nairement Boucaner.  Mais  parce  que  i'av 
la  touche  ci  deuam,&faudrf  encores  que 
ie  réitère  fouuent  ci  après  cefte  façon  de 
parier  Boucaner,  zfrn  dene  tenir  plus  le 
ieéleur  enfufpens,ioint  aufsiquePocca- 
i.onfeprclentcicimaintenantbienàpro 
pos  ,  icveux  declarer  quelle  en  eft  la  ma_ 

Nos       ' 


DE     L'AMERIQVE.  153 

Nos  Ameriquains  donquesfichans  af- 
Ùi  auant  dans  terre  quatre  fourches  de 
bois  ,  aufsi  groffes  que  le  bras  ,  diftantes 
enquarré  d'enuiron  trois  pieds  ,.&  efga- 
lement  hautes  efleuees  de  deux  &  demi, 
mettans  fur  icelles  des  baftons  à  trauers 
à  vn  pouce  ou  deux  doigts  près  l'vn  de 
l'autre  ,  font  de  cefte  façon  vne  grande 
grille  de  bois  laquelle  en  leur  langage  ils 
appclent  <Bonean.  Tellement  qu'en  ayans 
plufieurs  plantées  en  leurs  maifons,ceux 
d'entr'eux  qui  ont  de  la  chair ,  la  mettans 
deffus  par  pieces,  &  auec  du  bois  bien  fee 
qui  ne  rend  pas  beaucoup  de  fumée,  fai- 
fant  vn  petit  feu  lent  deffous,  en  la  tour- 
nant &  retournant  de  demi  quart  en  de- 
mi quart  <Theure,la  laiffent  ainfi  cuire  au- 
tant de  temps  qu  ils  veullent.  Et  mefmes 
parce  que  ne  fallâs  pas  leurs  viades  pour 
les  garder,comme  nous  faifons  par  deçà, 
ils  n'ont  autre  moyen  de  les  côferuer  que 
de  les  faire  cuire  ,  s'ils  auoyent  prins  en 
vn  iour  tréte  beftes  fauues  ou  autres,teî- 
les  que  nous  les  deferirons  en  ce  chapi- 
tre,afin  d'euiter  qu'elles  ne  s'empuantif- 
frnt,  elles  feront  incontinent  toutes  mi- 
fes  par  pieces  furie  Boucan:  de  manière 
qu'ainfi  quei'ay  dit,  les  reuirans  fouuent 
ils  les  y  Iaifferont  quelquesfois  plus  de 
vingt  quatre  heures  ,  &  iufques  à  ce  que 
le  milieu  &  tout  auprès  des  os  foit  aufsi 


Façon  du 
Houtan  & 
rott'Jferie 
des  Sauna" 
ges, 


des  Sauua- 
ges  à  con- 
feruerleurs 
viandes. 


154  HISTOIRE 

cuit  que le  dehors  .  Ainfi  en  font-ils  des 
rarinf  1  Polffon*  >  defquels  mefmes  ayans  grande 
%     q«ntite,  quand  ils  font  bien  fees  ils  en 
font  de  la  farine.  Briefce  Boucan  leur  fer 
uant  de  falloir ,  de  crochet ,  &  de  garde- 
mange  ,  vous  n'iriez  gueres  en  leurs  vil- 
lages que  vous  ne  le  vifsie*  garni  non 
feulement  de  venaifon  ou  de  poiflbus, 
mais  aufsi  le  plus  fouuent  (  comme  nous 
verrons  ailleurs) vous  le.rrouueriez  cou- 
^,c«,/UC1;tdegro{rcs  P^ces  de  chair  humaine, 
jh**ta,  «  des  cuifles,  bras  &  iambçs  des  prifon, 
%7%  mers  de  guerre  qu'ils  tuent  &  mangent. 
chair   km.  V ©lia  quant  au  Boucan  &Boucanrurietc'e& 
uZfZ  a  dlrc  ">tifferie  denos  Amenquains:  M- 
quels  au  refte  (fauf  la  reuerence  de  celuy 
qui  a  autrement  eferit  )  ne  JaifTent  pas 
quand  il  leur  plaift  de  faire  bouillir  leurs 
viandes. 

Or  pour  pourfuyure  la  defeription  de 

leurs  animaux,  les  plus  gros  qu'ils  ayent 

après  l'Afne  vache,  dont  nous  venons  de 

parleront  certaines  efpeces,  voirement 

SeouaC-r    ■       ..&Blches,qu'iJs  appelent  Seoiiaf- 

fous      f°m\  '"aiS  outrc  qu>l1  s'cn  faut  beaucoup 

iféJ  de  ^  lls  fo7ent  »  grands  que  les  noftres ,  & 

cfrfs  &  que  leurs  cornes  foyent  aufsi  fans  corn- 

**?■     paraifon  plus  petites ,  encores  different 

ils  en  cela  ,  qu'ils  ont  le  poil  aufsi  grand 

que  celuy  des  Chèvres  de  par  deçà. 

Quant  au  Sanglier  de  ce  pays  la,  le- 
quel 


DE 


l'ameriqve.  155 

quel  les   Sauuages   nomment   T/ùaJfoth  faiaf- 
çombien  qu'il  fait  de  forme  femblable  *j> 
ceux  de  nos  forefts  ,&  qu'il  ait  ainiile  &„#*<$ 
corps,la  tefte,les  oreilles,iâbes  &  pieds: 
mefmes  les  dents  aufsi  fortlongues.cro- 
ehues  ,  pointues  ,  &  par  confequent  très 
daneereufes  :  tant  y  a  qu'outre  qu'il  eit 
beaucoup  plus  maigre,&  qu'il  afon  groi 
«miffement  &  cri  effroyable ,  encores  a-il 
vue  autre  difformité  effrange  :  aliauoir,^^ 
naturellement  vn  pertui  lur  le  clos  pal  vn  fermt 
ou(ainfique  i'ay  dit  que  le  MarfouinaA;^ 
furlatefte)il  foufflcrefpire,  &  prêt  vent  \efi,mU 
quand  il  veut.Comme  aufsi,  afin  que  ce- 
la ne  foit  trouué  fi  effrange ,  depuis  que 
i'ay  fait  mes  mémoires  ,  i'ay  leu  en  l'hi- 
ftoire  penerale  des  Indes  qu'il  y  a  au  pais  liu.^.ch, 
deW<c«wau  Peru  des  Porcs  qui  ont  404.. 
le  nombril  fur  l'efehine,  qui  font  pour 
certain  les  mefmes  que  ie  vie  de  défaire. 
Les  trois  fufdits  animaux,aflauoirleT<*- 
tirouffou ,  le  SeeuafoutSc  le  Taiafo*  font  Tte  „,« 
les  plus  grosdecefte  terre  du  Brefil       -— 

Paffant  donques  outre  aux  autres  bau- 
Uaguies  de  nos  Amenquains,ils  ont  vne 
belle  îouffe  qu'ils  nomment  agouti  de  iz  Agouti 
grandeur  d'vn  couchon  d'vn  mois,laquel  £** 
le  a  le  pied  fourchu,la  queue  fort  courte, 
le  mufeau  &  les  oreilles  prefquçs  com- 
me celles  d'vn  Lieure,  &  eft  fort  bonne  a 


tapitis 

ffpece  cie 
«lettre. 


Ores  T^ats 
roux. 


tœcfaté. 


Sarri- 


^f  HISTOIRE 

Dautres  de  deux  ou  trois  efpeces  que 
ils  appellent  Tapitis ,  tous  allez  fembla- 
bJes  a  nos  Lieures  &  quafii  de  mefme 
gouit:  mais  quant  au  poiJ  ils  l'ont  plus 
rougeaftre.  " 

Ils  prennent  aufsi  femblablementpai- 
les  bois  certains  Rats  aufsi  gros  qu'efeu 
neux ,  &  prefques  de  mefme  poil  roux, 
lefquds  ont  la  chair  aufsi  delicate  que 
ceJIe  de  connils  de  garenne, 

T«f  ou  Tague  (car  on  ne  peut  pas  bien 
difcerner  lequel  des  deux  ils  profèrent) 
eftVn  animal  delà  grandeur  dvn  petit 
chien  braque,  a  la  telle  bigerre  &  fort 
mal  faite,  la  chair  prefque  de  mefme 
gouftqueCelledeveau:&quantafaPeau 
eftat  fort  beile,&  tachetée  de  blanciris, 
&  noir,  fi  on  en  auoit  par  deçà  elle  feroit 
bien  riche  en  fourreure. 

U  s'en  voit  vn  autre  delà  forme  d'vn 
putoy,  &  depoil  ainfi  grifaftre,lequel  les 
Saunages  nomment  Sartgcy.  mais  parce 
qu  il  put  anfsi,eux  n'en  mangent  pas  vo- 
lontiers .  Toutesfois  nous  autres  en  a- 
yans  efeorchez  quelques  vus,  &  coeneus 
que  c'efton  feulement   la  graiffe  qu'ils 
ontfur  les  rongnons  qui  leur  rend  celle 
mauuaife  odeur  ,  après  leur  auoir  oftee, 
nous  ne  laifsions  pas  d'en  manger  :  &  de 
lait  la  chair  en  eft  tendre  &  bonne. 

Quant  au  T «ton  de  celle  terre  du  Bre- 

fil  cell 


de  l'a  me  ri oy  E.        157 

fil^ceft  Animal  (comme les  heriffonspar  <j-dtm 
deçà)  fans  pouuoir  courir  fi  vifte  que^«,w^ 
plufieurs  autres  ,  fe  traifne  ordinaire-  arm*~ 
ment  parles  buiflbns:  mais  en  recom- 
penfe  il  eft  tellement  armé  &  tout  cou- 
uert  d'efcailles  ,  fi  fortes  &  fi  dures>que: 
ie  croy  qu'vn   coup  d'efpee  ne  luy  fe- 
roit  rien:&  mefmes  quand  il  eftefçorché 
les  efcailles  iouans  &  fe  manians  auec  la 
peau  (de  laquelle  les  Sauuages  font  de 
petits  cofins  qu'ils  appelent  Qaramemo) 
vous  diriez  que  c'eft  vn  gâtelet  d'armes: 
la  chair  en  eft  blanche  &  d'aiïez  bonne 
faueur.Mais  quant  à  fa  forme ,  qu'il  foit 
fi  haut  monté  fur  fes  quatre  iambes  que 
celuy  que  Belonà  reprefenté  par  por*- 
trait  à  la  fin  du  troiliemè  liure  de  fes  ob- 
feruations  (lequel  toutefois  il  nomme 
T^^duBrefii)ien'en  ay  point  veu  de 
femblables  en  ce  pays  là. 

Or  outre  tous  les  fufdits  animaux  quî 
font  les  plus  communs  pour  le  viure  de 
nos  Ameriquains  :  encores  mangent  ite 
des  Crocodilles  qu'ils  nomment  Iacaré  Jacari 
gros  comme  la  cuiffe  &  longs ^  aTadue-  f»A 
nant:  mais  tant  ïen  faut  qu'ils  foyent 
dangereux: ,  qu'au  contraire  i'ay  veu  plu- 
fieurs fois  les  Sauuages  en  raporter  tous 
envie  en  'leurs  maifons  àl'entour  des- 
quels leurs  petits  enfans  fe  iouoyêt  fans 
qu'ils  leur  fiffcnt  nul  mal .  Neantmoins 


ILf.ch. 
196 


I58  HISTOIRE 

i'ay  ouy  dire  aux  vieillards  qu'allans  pai* 
pays  ils  font  quelques  fois  affaillis  &  one 
fort  à  faire  à  fe  deffendré  à  grands  coups 
de  flefehes,  contre  vne  forte  de  Iacare, 
grands  &  môftrueux,  lefquels  les  apper- 
ceuans  ,  &"  fentans  venir  de  loin  fortent 
d'entre  les  rofeaux  des  lieux  aquatiques 
ou  ils  font  leurs  repaires. 

Et  à  ce  propos  ,  outre  ce  qu'on  re- 
cite de  ceux  du  Nil  en  Egypte  ,  celuy 
qui  a  eferit  l'hiftoire  générale  des  Indes 
dit  qu'on  a  tué  des  Crocodilles  en  l'Ifle 
Crocodnies  de  Tanama  ,    qui  a.uoyent  plus  de  cent 

fncîï'aùu  ?icds  dcJonS>  qui  eft  vnechofeprefques 
*■  jncroya5]e#pay  remarqué  en  ces  moyens 

que  Pay  veu,  qu'ils  ont  la  gueulle  fort 

fendue  ,  les  cuifles  hautes  ,  la  queue  non 

ronde  ni  pointue,  ains  plate  &  defliee 

par  lebout.  Maisiîfaut  que  ic  confefle 

que  ien'ay  point  bien  prins  garde  fiainfî 

qu'on  tient  communément ,  ils  remuent 

la  mafehoire  de  deflus. 

Nos   Ameriquains  au  furplus  pren- 
Tottotê  nent  des  Lézards  qu'ils  appellent  Tow», 
uxjrds.    non  pas  verds  comme  les  noftrcs  ,  ains 
gris  &lapeaulicceainfique  nos  petites 
Lézardes  :  mais  quoy  qu'ils  foyent  lon«"s 
de  quatre  a  cinq  pieds  ,  gros  de  mefme, 
&de  forme  hideufe  à  voir,  tant  y  a  neant- 
moins ,  que  fe  tenans  ordinairement  fin- 
ies ri- 


DE 


L5A  ME  R  I  QJVE.  159 

les  riuages  des  fieuues  &  lieux  maref- 
cageux  ainfi  que   les     Grenouilles   ils 
ne  font  non  plus  dangereux  .  Et  diray 
plus,  qu'eftans  efcorchez,  eftripcz,  ne- 
ttoyez ,  &  bien  cuits  (  la  chair  en  eftant 
aufsi  blanche,  delicate,  tendre,  &  &-  GresLe: 
uoureufe  que  le   Ulanc   d\n   chappon)  <^  <k 
que  c'eft  l'vne  des  .bonnes  viande  que  j£*£j; 
i'ay  mangée  en  l'Amérique.  Vray  eft  que  manger. 
du  commencement   i'auois  cela  en  hor- 
reur, mais  après  que  i'en  eus  tafté  en  ma- 
tière  de  viandes  ie  ne  chantoisque  de 
Lézards. 

Semblablement    nos   ftonoufinam^ 
baoults  ont  certains  gros  Crapaux ,  lef-^^r4; 
quels  "BoucaneX  auec  la  peau  ,  les  tripes  p*uxfir- 
Zl  les  boyaux   leur  ieruent  de   nourri-  nourriture 
ture  .    Partant  attendu  que  nos  mede-4?*^»*- 
cins  enfeignent,  &  que  chacun  tient  par"***1*'* 
deçà  ,  que  la  chair,  fang,&  généralement 
le  tout  du  Crapauteft  mortel,  fans  que 
ie  touche  autre  chofe  de  ceux  de  cefte 
terre  du  Brefil ,  que  ce  que  i'enviendc 
dire ,  le  ledeur  pourra  aifément  recueil  - 
lir,qu'à  caufe  de  la  temperature  du  pays 
(ou  peut  eftre  pour  autre  raifon  que  i'y- 
gnore  )  ils  ne  font  vilains  ,  venimeux,  ni 
dangereux  comme  les  noftres. 


Ils   mangent  au  femblable  des  Ser- 
pens gros  comme  le  bras  &  longs  d'yne 


î6o  HISTOIRE 

'  aune  de  Paris,  &  mefmes  i'ay  veu  les  SaU 
Sevens    uages  en  trainer  &  apporter  (comme  i'ay 
tlgs  tian  dlt  <ïu'iIs  font  des  Croçodillesjd'vne  for 
de  des  ^  tederiolleedenoir&  rouge  lefquels  en- 
"""*•      cores  tous  envie  ils  iettoyent  au  milieu 
de  leurs  maifons  parmi  leurs  femmes  & 
enfans,qui  au  lieu  d'gn  auoir  peuples  ma 
moyent  à  pleines  mains. Ils  appreftent  & 
font  cuyre  par  tronfons  ces  grofTes  an- 
guilles de  hayesrmais  pouren  dire  ce  que 
i'en  fçay,c'eft  vne  viande  fort  fade  &  fort 
douceaftre. 

Ce  n'eft  pas  qu'ils  n'ayent  d'autres  for 

tes  de  Serpens  ,  &  principalement  dans 

Serpens'^    les  riuieres  ou  il  s'en  trouue  delon^s  3c 

^%z;f(defliez  au^si  verds  <Iue  porees,  la  piqueu 

dangereux  re  defquels  eft  fort  venimeufe:  comme 

aufsi  par  le  récit  fuyuant  vous  pourrez 

entendre  qu'outre  ces  Touom  dont  i'ay 

tantoft  parlé  il  fe  trouue  par  les  bois  vne 

efpece  d'autres  gros    Lézards  qui  font 

très  dangereux. 

Comme  donc  deux  autres  François  & 
moy  iifmes  vne  fois  cefte  faute  de  nous 
mettre  en  chemin  pour  vifiter  le  pay  s,fâs 
auoir  des  Sauuages  pour  guides  félon  la 
couftume,nous  eftfis  efgarez  par  les  bois 
ainfi  que  nous  allions  le  long  d'vnc  pro- 
fonde vallec,cntendans  le  bruit  &  le  trac 
d'vne  befte  qui  venoit  à  nous ,  penfans 
que  ce  fut  quelque  Sauuagine ,  fans  nous 

en  e- 


ftrueux. 


DE      ÙMERIQVE.  l6l 

cri  eftôner  ni  laiffer  d'aller,  nous  n'en  fit-  ^mV  jè 
mes  pas  autre  cas.  Mais  tout  incontinent  /we«r. 
à  dextre ,  &  à  enuirori  trente  pas  de  nous  vn  L^d 
no9  vifmes  fur  le  coftau  vn  Lézard  beau- ^^ 

"^T      T  j,  .  &  mon- 

coup  plus  gros  que  le  corps  d  vn  homme p 
&5longde  iixàfcpLpiedsjleQuelparoif- 
fant  couuert  d'efcailles  blanchaftres ,  af- 
pres  6a  raboteufes  corne  coquilles  d'hui- 
très  \  Tvn  des  pieds  deuant  leué  ,  la  tefte 
hauflee,  &c  les  yeux  cftincélans,  s'arrefta 
tout  court  pour  nous  regarder.  Quoy 
voyans  &  n'ayâs  lors  pas  vn  fcul  de  nous 
harquebuzesnipiftoles,  ains  feulement 
nos  efpees,  &  a  la  manière  des  Sauuagcs, 
chacun  Tare  èc  les  flefehes  en  la  main  (ar- 
mes qui  ne  nous  pouuoyêt  pas  beaucoup 
feruir  contre  ce  furieux  animal  fi  bien  ar 
mé)craignâs  neantmoins  que  fi  nou-snous 
enfuyons  il  ne  couruft  plusfort  que  nous 
&  que  nous  ayant  attrapez  il  ne  nous  en- 
gloutift  &deuoraft:  fort  eftonnez  que- 
nous  fufmes,  en  nous  regardans  l'vn  Tau 
tre,nous  demeurafmes  aufsi  tous  cois  en 
vue  place*  Ainfi  après  que  ce  monftrueux 
&efpouuentable  Lézard  en  ouurant  la 
gueuile,  ôclcaufe  de  la  grande  chaleur 
qu'il  faifoit  (car  le  foleil  luifoit  lors  &  e- 
ftoitenuiron  midi)  foufflant  fi  fort  que 
nous  l'entendions  bien  aife'menr,  nous 
eut- contemple' près  dVn  quart  dlieure, 
fe  retournant  tout  à  coup  ,  &  faifant  vn 


WêêêêêM 


l6l  /HISTOIRE 

plus  grand  bri  &  fracaffcmcnt  de  fueii- 
les  &.  de  branches  par  ou  il  pafloit  que  ne 
feroit  vn  Cerf  courant  dans  vne  foreft, 
il  s'enfuit  contre  rnont.  Partant  nous  qui 
allions  eiU'vne  de  nos  peurs  ,  &  qui  n'a- 
uions  garde  de  courir  après  ,  en  louant 
Dieu  de  ce  qu'il  nous  auoit  deliurez  de 
ce  danger,nous  paffafmes  outre.  Pay  pen 
fe  depuis  que  fuyuant  Topinionde  plu- 
iieurs,qui  difent  que  le  Lézard  fe  délecte 
a  contepler  la  face  de  l'home,  que  ccftuy 
la  auoit  prins  au/si  grâd  plaifira  nous  re 
garder  ,  que  nçus  auions  eu  de  peur  à  le 
coniiderer. 

Outre  plies  il  y  a  en  ces  pays  là  vne  be- 

fterauiflfant'e  que  les  Sauuages  appelent 

lanou-  JacM-are,U<]iielle  eft  prefques  aufsi  haute 

are        de  iâbes  &Iegere  a  courir  qu'vn  Lévrier: 


efierauïf-  majs  ayant  de  grands  poils  à  Tentour  du 
%ngàr. menton  la  peau  fort  belle  &  bigarrée  cô- 


fante  tuât 


es  hommes  .  ^  ce]jc  dVne  Once,  elle  luy  refemble 
aufsi  bien  fort  en  tout  le  reftc.Lcs  Sauua 
ges  non  fans  caufe  craignét  merueilleufe 
ment  cefte  befte,  car  viuantdeproye  co- 
me leLion,fi  elle  les  peut  attraper  elle  ne 
faut  point  deles  tuer  j  defehirer  par  pie- 
ces, ô£  les  manger.  Et  de  leur  cofté  aufsi, 
corne  ils  font  cruels  &vindicatifs  contre 
^  toute  chofe  qui  leur  fait  mal ,  quâd  ils  en 
peuuct  prendre  quelqucs-vnes  aux  chauf 
fes  trapes  3  ne  leur  pouuans  pis  faire ,  ils 

les 


t)E     L'ÀMEÎIIQVE.  ï6$ 

les  meurtriffent  a  coups  de  Hefches  &  les 
font  languir  long  temps  dans  les  fofles 
bu  elles  font  tôbees,auât  que  de  les  tuer: 
&afinquon  entëde  mieux  cornent  cefte 
befte  les  accouftre .   Yn  iour  que  5. ou  6. 
Frâçois  &  moy  pafsions  par  la  grade  Ifle^ 
les  Sauuages  du  lieu  nous  aduertiifâs  que 
nous  nous  dônifsions  garde  du ïnaou-are 
no9  dirét  qu'il  auoit  mangé  cefte  fémainè 
là  trois  perfônes  en  l'vn  de  leursvillages. 
Au  furplus  il  y  a  grande  abondance  de 
ces  petites  Guenôs  noires  que  les  Sauua 
ges  nomment^;  en  cefte  terre  du  Brefi'l,  Cày 
mais  puree  qu'il  s'en  voit  âffes  par  deçà  Gn™n™s& 
ie  n'éferay  icy  autre  deferiptiô. Rie  diray  leur  natu~ 
ie  qu'eftans  en  ce  pays  là,  leur  naturel  eft  "j*™ 
tel,  que  ne  bougeans  gueres  de  deiîus  çer  par  les  bois 
tains  arbres  quiportêtvn  fruit  ayât  gouf 
fes  prefques  corne  nos  grofles  febucs  de- 
Giioyelles  fe  nourriffent,  ques'afféblâs  or 
dinairemêt  par  tfoupes  &principalemêt 
en  temps  de  pluyç  (ainfi  que  les  chats  fur 
les  toits  p  deça)c'eft  vn  plaifir  de  les  ouïr 
crier  amener  leurs  fabats  fur  ces  arbres. 
Au  fefte  ceft  animal  n'en  porte  quVn 
dVile  vêtree,  mais  le  petit  ayât  cefte  indu  ln^rïe 
ftrie  de  nature  que  fi.  toft  qu'il  eft  hors  du  descjnenoi 
ventre1  ilembrafle  &  tient  ferme  le  col  du^™LC7 
pereoudelamere,s'i!s  fevoyetpourclxaf^^ 
lez  des  chaffeurs,fâutâs  &  reportas  ainfi. 
debrâchc  en  brâche  le  fauuëtde  cefte  façô 

L   z 


164  HISTOIRE 

Partant  lès  Saunages  n'en  pouuâs  gueres 
prendre  ni  jeunes  ni  vieilles,  n'ont  autre 


Facmde    mo)  en  de 


les  ; 


fin  on 


Guenms 
farouches. 


jy  en  uc  ics  auoir  >  iinoa  qu'a  coups  de 
praire  les  flefches  ou  je  materats  les  abatre  de  def- 
fus  les  arbres  ,  dont  tombans  eftourdies 
&  quelques  fois  bien  blecees  après  qu'ils 
les  ont  guaries  &  vn  peu  apriuoifees  en 
leurs  maifons,  ils  les  changent  à  quelque 
marchandife'auec  les  eftrâgers  qui  voya- 
gent par  delà  .  le  di  nommément  appri- 
uoifees  5  car  du  commencement  qu'elles 
font  prifes  elles  fôt  fi  farouches  que  mor 
dans  les  doigts  ,  voire  trauerfans  depart 
en  part  auec  leurs  déts  les  mains  de  ceux 
qui  les  tiennent  de  la  douleur  qu'on  fent 
on  eft  côtrainta  tous  coups  de  les  affom- 
rner  pour  leur  faire  lafeher  prinfe. 

Il  fe  trouue  aufsi  en  cefte  terre  du  Bre 
fil  vn  Marmot  que  les  Sauuages  appelent 
Sageuïn^non  plus  grand  qu'vn  Efcurieux 
&  de  mefme  poil  roux.-mais  quant  à  fa  fi- 
gure ayant  le  muffle  comme  celuy  d\n 
Lion  ,  &  fier  de  mefme  ,  c'eftleplus  ioli 
petit  animal  que^i'aye  veu  par  delà.  Et  de 
fait  s'il  eftoit  aufsi  aifé  à  repaffer  que  la 
Guenon, il  feroit  beaucoup  plus  eftimé: 
mais  outre  qu'il  eft  fi  délicat  qu'il  ne  peut 
endurer  lebranflemétduNauircfur  mer, 
encores  eft  il  fi  glorieux  que  pour  peu  de 
fafcherie  qu'on  luy  face  il  fe  laiife  mou- 
rir de  dcfpit.  Cependant  il  s'en  voit  quel 

que  s 


Sagout 

ioli  animal 


DE     l'aMERIQJE  1^5 

nues  vus  en  France ,  &  croy  que  c'eft  de 
cefte  bcfte  dequoy  Marot  (  introduifant 
[on  fcruiteur  Fripclipes  parlât  à  vn  nom- 
mé Sagon  qui  l'auoit  blafmé)  fait  men- 
tion quand  il  dit. 
Combien  que  Sagon  foit  vn  mot 
Etle  nom  d'vn  petit  Marmot. 

Or  combien  que  ie'confefle(nonobftât 
ma  curiofité)n'auoir  point  fi  bien  remar- 
qué tousles  animaux  de  cefte  terre  que 
ie  dcCirerois  ,  fi  eft  ce  que  pour  y  mettre 
fin  i'en  veux  encore  defcriredeux  biger- 
res  fur  tous  les  autres. 

Le  plus  gros  que  les  Saunages  appel- 
lent  Hay  eft  de  la  grandeur  d'vn  gros  Hay 
chien  bàïbet,a  la  faceicomme  laGucnon)  ^mmAi 
approchante  de  celle  de  Phôme,  le  ventre  Jg£ 
ainfi  pendant  qu'vneTruye  pleine  de  cou  tama^veti 
chons,  le  poil  gris  enfumé  ainfi  que  laine  -^ 
de  mouton  noir, la  queue  fort  courte, les  Viîiant  ^ 
iambes  velues  comme  vnOurs,&  les^grif  ™t. 
fes  fort  lôgues.  Et  quoy  que  par  les  bois 
il  foit  fort  farouche,  tant  y  a  ncantmoias 
qu'eftant  prins  iln'eft  pas  malaifé  a  ap- 
priuoifer.  Vray  eft  qu'à  caufe  de  fes  grif- 
fes fi  aiguës  nos  Tououfinambaouhsnuds 
ne  prennent  pas  grand  plaifiràfe  iouer 
auec  luy  .    Mais  au  demeurantfchofe  qui 
femblera  pofsible  fabuleu  fe)i'ay  entendu 
non-feulement  des  Sauùages,  mais  aufsi 
des  Truchemens  qui  auoyent  demeure 

L  3 


long  & 

k'Xerre. 


î6<S  histoire' 

Jong  temps  en  ce  pays.là,que  iamais  horn 
me  nj  par  ies  champs  ni  à  la  maifon  ,  ne 
vit  manger  ceft  animai  :  tellement  qu'au- 
cuns eftiment  qu'il  vit  du  vent. 

Coati    c    L'autre  ducîuelie  veux  parler  que  ies 
Zimd      ^auuages  nomment  Coati  t  eft  de  la  hau- 
yantie     teur  d'vn  grand  Lieure ,  a  le  poil  court, 
SjfcJ     Poa'&  tachete,fes  oreilles.petites, droi- 
tes, 8?  pointues:  mais  quant  a  la  tefte,ou- 
tre  qu'elle  n'eft  gueres  groffe  ,  ayant  de- 
puis les  yeux  vn  groin  longde plus  d'vn 
pied  rond  comme  vn  bafton,&  s'eftreçif- 
fant  tout  à  coup  fans  qu'ils  foitplusgros 
par  le  haut  qu'auprès  dt  la  bouche(laquel 
le  aufsi  il  a  û  petite  qu'àpeine  y  mettiW 
on  ie  bout  du  petit  doigt)cela  di  ie  refem 
blant  le  bourdon,ou  le  chalumeau  d'vne 
çornémufe,  il  n'eft  pas  pofsibie  devoir 
vn  mu/eau  plus  bigerre. Dauantage  cefte 
befte  eftant  prinfe,  parce  qu'elle  tient  fes 
quatre  pieds  ferrez  enfemble,  &  par  ce 
moyen  penchant  toufiours  d'vn  cofté  ou 
d'autre,ou  fe  laiffant  tomber  tout  à  plat, 
on  ne  la  feauroit  faire  tenir  debout  ni 
manger  fi  ce  n'eft  quelques  Fourmis ,  de- 
quoy  aufsi  elle  vit  ordinairement  par  les 
bois,  Enuii  on  huit  iours  après  que  nous 
munis  ai  riuez  en  l'Ifle  ou  fe  tenoit  Vil- 
legagnon  les  Saunages  nous  apporterêt 
vn  de  ces  foatt ,  lequel  à  caufe  de  la  nou-  - 
«tlleté  fut  autant  admiré  d'vn  chacun  de 

nous 


D  E    L'A  ME  RI  O.VF,  *&? 

nous  que  vous  pouuez  penfer.  Et  de  fait 
eftant  eftrangement  defeâueux  eu  efgard 
à  ceux  de  noftre  Europe,  l'ay  fouuet  prie 
v„  nommé  lean  gardien  de  noftre  compa 
-nie  expert  en  l'art  de  pourtraiture  de 
contrefaire  tant  ceftuy  la  que  plufieurs 
autres  non  feulement  rares,mais  aulsi  du 
tout  incogneucs  par  deçà  :  a  quoy  néant- 
moins  à  mon  grand  regret,il  ne  fe  voulut 
i-amais  adonner. 

C  H  A  P.     XI. 

De  la  variété' des  oyfeaux  de  l'Amérique-, 
tms  différents  des  noftr es  :  en ferMe  des  greffes 
ChauLfouris^betllesiMoHches^Mouchil- 
Ions,  &  autres  vermines  eftr  anges  de  ce  pais  ta 

E commenceray  aufsi  ce  cha' 
pitre  des  oyfeaux  (  lefqueis 
en  general  nos  Touonpinam- 
baoults  appelent  Our  a)  par 
,,  ceux  qui  font  bons  à  manger 
Et  premièrement  diray  qitils  ont  grand 
quantité  de  fesPoulcs  que  nous  appelons 
d'Indes  lefquelles  euxnommêt  Angwfi- 
ouffou:  Comme  aufsi  depuis  que  les  Por- 
tuçalois  ont-  fréquenté  ce  pays  la  (  car 
auparauant  ils  n'en  auoyent  point)  ils 
leur  ont  dôné  l'engeance  des  petites  Pou 
ies  c5munes  qu'ils  nÔmmt  A  rignan-mm; 


Onra 

eyftau" 

Arwn7i 

o 
CUJfoH 

toutes 
d'indt. 

min 

Toutes 
tQmmwnes. 


&lif* 


ïoS  HISTOIRE 

toutesfois  outre,  ainfi  qUe  i'ay  dit  quel- 
que part,qu'iiV  font  cas  des  biaches  pour 
auoir  les  plumes  afin  de  les  teindre  en 
rouge  &  de  s'e  ptirer  le  corps, encores  ne 
mangent  ils  guère  ni  desVnes  ni  des  au- 
tres :  &  mefmes  eftimans  que  ks  œufs 
^îri-    qu'ils  nomment  *Arignan-ropia ,  foyent 
£»**-    poifons,  non  feulement  ils  eftoyent  bien 
repia     esbahis  de  nous  en  voir  humer,  mais  auf- 
fi  vdifoyent  ils  ,  ne  pouuans  auoir  la  pa- 
tiëce  de  les  laifler  couuer,  c'eft  trop  grâd 
gourmandifeàvous,  qu'en  mangeant  vn 
œuf  vous  mangiez  vue  Poule..  Partant  ne 
tenans  gueres  plus  de  côte  de  leurs  Pou- 
les que  doifeaux  Saunages,  les  laifians 
podreou  bon  leur  femble  elles  amenét  le 
plusfouuent  leurs  poufskis  des  bois  & 
bullions  ou  elles  ont  couué :  tellement 
que  les  femmes  Sauuages  n'ont  pas  tant 
de  peine  à  eileuer  les  pents  d'Indets  auec 
y  des  moycufsd'œufs  qu'on  a  par  deçà.  Et 
ÏÏSSL  de  faitle»P°ules  multiplient  tellement 
en  ce  pays  là,qu'il  y  a  tels  endroits  &tcls 
villages,des  moins  fréquentez  des  eftran 
gers,   ou  pour  vn  coufteau  delà  valeur 
d'vncarolus,  on  en  aura  vne  d'Inde,  & 
pour  vn  de  deux  lht  ds  ,  ou  pour  cinq  ou 
fixhaims  àpefcher,  trois  ou  quatre  des 
petites  communes. 

Or  auec  ces  deux  fortes  de  poulailles, 
nos  Saunages  nourriffent  -domefiique- 

ment 


Grand 
quantité 
de  poults 
d'Indes  & 


DE     L'AMERIQUE.  ^9 

ment  des  Canes  d'Indes  ,  qu'ils  appelent 
Vpecmtis  parce  que  nos  pauuresTw»*-  Vpee 
plmbaouk*  ont  cefte  opinion  enracinée,  e~^ 
Le  s'ils  mangeoyent  de ceft  Animal  qui 
marche  ainfi  pefamment,  cela  les  empcf-  %* 
cheroit  de  courirquâd  ils  feroyec  châtiez  J^ 
&pourfuyuis  de  leurs  ennemis,  il  fera  r.ams 
bien  habile  qui  leur  en  fera  tafter.   S  ab- 
ftenans  aufsipour  mefme  caufe  de  tou- 
tes beftes  qui  vont  lentement,  &  meimes 
des  poiffons  comme  les  Rayes  &  autres 
quinenagentpas  vifte.  ( 

Quant  aux  oy  féaux  Sauuage,  il  sen 
«rent  pat  les  bois  de  gros  côme  Chapos, 
&de  trois  fortcs,queies  Brefihens  nora- 
ment.lacoutm,  lacoupen,  &  lacou-ouajjou.  Tnh  f„. 
lefquels  ont  tous  le  plumage  noir &grm  ^ 
mais  quant  a  leur  gouft,  comme  le  croy  /~ 
que  ce  font  efpeces  de  Faifans,aufsi  puis  FMfMS. 
ie  affeurer  qu'il  n'eftpas  pofsible  de  man 
ger  de  meilleures  viandes  ,  que  {ont  ces 

Jaeotts.      !  ,,.,•,    Monta 

Ils  en  ont  encores  deux  excelles  qu  us  eyfeMrM.t 
appelent^f^^defquels  font  aufsi  gros 
que  Paons  &  de  mefme  plumage  que  les  Moca- 
fufdits  :  toutes  fois  cefte  forte  eft  rare  &  MMf 

Ynarn- 
s  en  trouue  peu.  • 

Moctc**»  UYnambm-omjfou  font  deux  bou-ou- 
efpeces  de  Perdrix  aufsi  greffes  qu'Oyes  aJfou 
&  de  mefme  gouft  que  les  precedens.        *-gf 
Comme  aûfsi  les  trois  fuyuans  lonWÇtrdrif. 


*7°  HISTOIRE 

aflauoir  Ynamboumiri->  de  mefine  gradeur 
que  nos  Perdrix  :  Tegajfou  de  la  grofleur 
d' vn  Ramier: ^Taicacu  comme  vneTour 
terelle.  Amfipour  abreger,&  laiffât  àpar 
1er  du  gibier  qui  fe  trouue  en  grade  abo- 
dance,tât  par  les  bois  que  fur  les  nuages 
de  la  mer ,  mares  &  fleuues  d'eau  douce, 
ieviendray  à  parler  des  oifeaux  lefquel* 
ne  font  pas  fi  cômuns  à  mâger  en  cefte  ter 
re  du  Brefil.  Entre  les  autres  il  y  en  a  2. de 
mefme  gradeur,ou  peu  s'en  faut,  aflauoir 
plus  gros  qir  vn  Corbeau  ,  lefquels  ainfi 
prefque  que  tous  les  oifeaux  de  l' Amcri- 
que,ont  les  pieds  &  becs  crochus  comme 
les  Perroquets,  au  nôbrc  defquels  on  les 
pourroitmettre.Mais  quant  au  plumage 
côme  vous  mefmes  iugerez  après  Tauoir 
entêdu,ne  croyâs  pas  qu'en  tout  le  mode 
3l  fe  trouue  oifeaux  déplus  efmerueilla- 
ble  beauté,  en  les  confiderât  il  y  a  bie  de- 
quoy  no  pas  magnifier  nature, corne  font 
les  prophanes  ,  mais  admirer  l'excellent 
Créateur  d'iceux.. 
Pour  dCc  en  faire  la  première  premier 
esfrat   <îue  les  Sauuages  appelct  Araty  ayant  les 
*yÇf**f*x  Paumes  des  ailles  &  celles  de  la  queuc,la- 
quclle  il  a  longue  de  pied  &-dcmi,moitié . 
aufsi  rouges  que  fine  efcarlatc  ,  &  l'autre 
moitié',  la  tige  au  milieu  de  chacune  plu- 
me feparatles  couleurs  opofites  des  deux 
cotiez  ,  de  couleur  celefte  aufsi  eftincelât 
que  le  plus  fin  cfcarlatinquifcpuiflV  voir: 


DE      L'A  M  E. RI  Oy  E.  I7l 

&  au  fufplus  tout  le  refte  du  corps  azuré 
quad  ceft  oifeau  eft  au  Soleil  ou  il  fe  tiét 
ordinairement ,  il  n'y  a  œil  qui  fe  puifle 
lafler  dele  regarder.  Canidi 

L'autre  nômé  CaniJe'#y*tit  tout  e  plu  ^  « 
ma^e  fous  le  vétre&  àlétourducol  auiii  ^«^ 
iauncquefin  or,le  delfus  du  dos,les  ailles  «*«* 
&  la  queuë,d'vnbleufinaifqu'il  n'eft  pas 
pofsible  de  plus,vous  diriez  aie  voir  que 
il  eft  veftu  d'vne  toile  d'or  par  deflous,  & 
emmâtelc  de  damas  violet  figuré  par  def- 
fus.Les  Sauuages  en  leurs  chanfons  font 
fouuét  métion  de  ce  dernier  difât  &  repe 
tât  en  cefte  façon:  Canide  iouue  canide iouue 
heuraeuech-.c'eû  à  dire  vn  oifeau  iaune,vn 
oifeau  iaune  &c.&  au  refteplumans  fon- 
o-neufemét3.ou4.foisl'ânee  ces  deux  for 
tes  d'oifeaux,  lefquels  bie  qu'ils  ne  foyét 
domeftiques  font  neâtmoins  plus  fouuet 
fur  des  arbres  au  milieu  de  leurs  villages 
que  parmi  les  bois,ils  fôt  fort  propremét  T/w,M 
(corne  i'ay  dit  ailleurs)des  robes,bônets,  g*w£. 
bracelets,  garnitures  d'efpees  de  bois:  Unnets 
&autres  chofesde  ces  belles  plumesdont  w*n6- 
ilsfe  parent  le  corps  .  I'auois  rapporte  mgt)its 
en  France  beaucoup  de  tels  pennaches  Sauuages. 
&  fur  tout  de  ces  grandes  queues  fi  bien 
ainfi  que  i'ay  dit  ',  naturellement  diuer- 
fifiees  de  rouge  &de  couIeurcelefte.Mais 
paffant  à  Paris  à  mon  retour ,  vn  quidam 
de  chez  le  Roy ,  à  qui  ie  les  monftray 


TQUS 

plu*  gros 
&plus 
beaux  Ter 

roquets. 


T^ecit  du 

langage  & 

facon'ef- 

merueilla> 

blealvji 

Tçrroquet 


I72  HISTOIRE 

ne  ceffa  iamais  par  importunite ,  qu'il  ne 
les  euft  demoy. 

Quant  aux  Perroquets  ,  il  s'en  trouue 
de  3,011 4.  fortes  en  cefte  terre  du  Brefil, 
mais  quant  aux  plus  gros  &  plus  beaux 
que  les  Saunages  appelent  Mourons,  les- 
quels ont  la  tefte  riolce  de  iaune  ,  rouge, 
&  violet,  le  bout  des  ailles  incarnat  ,1a 
queue  longue  &  iaune,  .&  tout  le  refte  du 
corps  verdjilne  s'en  repafle  pas  beau- 
coup par  deçà:  ^cependât  outre  la  beau- 
té du  plumage,  eftans  aprins  ce  font  ceux 
qui  parlent  le  mieux  ,  &  par  confequent 
aufquels  il  y  auroitplus  de  piaifir  .  Et  de 
fait  vn  Truchement  m'en  fit  prefent  d'vn 
qu'il  auoitgaW  trois  ans  ,  lequel  profé- 
rait fi  bien  tant  le  Sauuage  que  le  Fran- 
çois, qu'en  ne  le  voyât  pas, vous  n'eufsiez 
iceu  difeerner  fa  voix  de  celle  cTvn  hom- 
me. 

Mais  c'eftoit  bien  encore  plus  grand 
merueille  d'vn  Perroquet  de  cefte  efpece, 
qu'vne  femme  Sauuage  auoit  apprins  en 
vn  village  à  deux  lieues  de  noftre  Iflercar 
comme  il  ceft  oifeau  euft  eu  entendemét 
pour  comprêdre  &  diftinguer  ce  que  cel- 
le qui  l'auoit  nourri  luy  vouloit  dire, 
quand  noli  s  pafsions  par  là,  elle  nous  di- 
foitenfonlangagcrmc  voulez  vous  don- 
ner vn  peigne  ou  vn  mirouer  &  ie  feray 
tout  maintenant  en  voftre  prefence  chau 

ter  & 


DE    L'AMER  IQV  E.  1/3 

ter  Scdanfer  mon  Perroquet?  tellement 
quepourenauoirlepafletcmps,nousluy 
baillans  fouuent  ce  qu'elle  demandoit, 
incontinent  qu'elle  auoit  parlé  à  ceftoi- 
feau,*l  fe  prenôit  11011  feulement  à  faute-, 
1er  fur  la  perche  ou  il  eftoit ,  mais  aufsi  à 
caufer  ,  Gifler  &  à  contrefaire  les  Sauna- 
ges quand  ils  vont  en  guerre  dVne  façon 
incroyable:  brief,  quand  bonfembloità 
fa  maiftrefle  ,  de  luy  dire  chante,  il  chan- 
toit:&  danfe  il  danfoit.Que  fi  au  contrai 
re  il  ne  luy  plaifoit  pas  ,  &  qu'on  ne  luy 
euft  rie  voulu  bailler,  fi  toft  qu'elle  auoit 
dit  vn  peu  rudement  à  ceft  oifeau  ^Auge\ 
c'eft  à  dire  ceffe,fe  tenât  tout  coy  fans  dire 
mot,  quelque  chofe  que  nous  luy  eufsiôs 
peu  dire,  il  n'eftoit  pas  lors  en  noftre 
puiffancedeluy  faire  remuer  pieds  ni  la- 
eue. Partant  penfez  que  fi  les  anciens  Ro 
mains,  lefqaels  comme  dit  Pline  furent  Û  fi|W 
faces  que  de  faire  non  feulement  des  fu-  ch*tâ* 
nerailles  fomptueufes    au  Corbeau  qui 
les  faluoit  nom  par  nom  dâs  leur  Palais, 
mais  aufsi  firent  perdre  la  vie  à  celuy  qui 
l'auoit  tué,euffent  eu  vn  Perroquet  fi  bië 
appris  ,  comment  ils  en  euffcnt  fait  cas, 
Aufsi  cefte  femme  Sauuage ,  l'appelant 
fon  Cherimbauc>C&  à  dire  chofe  que  i'ai- 
me  bien ,  le  tenoitvelle  fi  cher,que  quand 
nous  luy  demandions  à  vendre,  &  que 
c'eft  qu'elle  en  vouloit ,  elle  refpondoit 


I0m 


- 


Mar- 


1,74  -  histoire 

par  moquerie  ^JMocaouaffou  ,  c'eft  à  dire 
vne  artillerie  :  tellement  que  nous  ne  le 
fceufmes  iamais  auoir  d'elle. 

La  féconde  efpecede  Perroquets  appé 
lez  çjjfyfarganas  car  les  Sauuages,qui  font 

f  tT/uets de  Ge?x  ciuon  aPPorte  &  qu'°n  voit  com 
qu'on  ™*>  munément  en  France, n'eft  pas  en  grande 

tl'eZnt  eftime  entr'eux  :  &  de  fait  les  ayans  par 
pardeca.  delà  en  aufsi  grande  abondance  que 
nous  auons  ici  les  Pigeons  ,  quoy  que  la 
chairfoitvnpeu  dure,ayât  neantmoins  le 
gouft  de  la  Perdrix, nous  en  mâgions  fou 
uent  &  tant  qu'il  nous  plaifoit. 

La  troifieme  forte' de  Perroquets  nom 
Touts   mcz  ^^Paries  Sauuages  ,  &  par  nous 
'    pttité forte  autres  Moiffons  ,  ne  font  pas  plus  gros 
de  Terre-  qu'eftourneaux:  mais  quant  au  plumage* 
excepté  la  queue  qu'ils  ont  fort  longue^ 
entremefleedeiaune,ils  onrle  corps  en- 
tièrement aufsi  verdque  porree. 

Auant  que  finir  ce  propos  des  Perro- 
quets,me  refouuenant  d'auoir  leu  en  vne 
erreur     Cofmographie   qu'afin  que  les  ferpens 
fv*  C°f;  ne  mangent  leurs  œufs  ,  ils  font  leurs 
7ouchlTu^às^nànsl  vne  branche  d'arbre  iedi- 
Facon  des  rav ici  en  parlant ,  qu'ayant  veu  le  côtrai 
Croquet* ie  en  ccux  de  FAmerique  qui  les  fôt  tous 
dans  dés  creux  d'arbres ,  en  rond  &  affez 
durs,  iepenfe  queça  cfte'vne  faribole  & 
conte  faitaplaifirà  Fauteur  de  ce  liure. 
^  Les  autres  oyfeaux  du  pays  de  nos  A- 

meri- 


DE     l'aMERIQJ  E.  I75 

meriquainsfôt,en  premierlieu  celuy  que 
ïlsapvelétToucandât  a  autre  propos  l'ay  Tpuca 
fait  mention  ci  deffus.il  eft  de  lagroffeur  0?/^. 
d'vn  ramierj&a  tout  le  plumage,exeepte 
le  poitral ,  aufsi  noir  qu'vne  Corneille, 
mais  ce  poitral  l'enuirô  de  quatre  doigts  **ut 
en  longueur  &  trois  en  largeur   eftant"»'* 
pins  laSne  que  faffran,  efcorchéqu'il  eft  f^ 
par  les  Sauuages,outre  qu'illeur  lert  tat  fmMX 
pour  s'en  couurir  &  parer  les  ioues,  que  s**«». 
autres  parties  de  leurs  corps  encores  par 
ce  qu'ils  en  portent  ordinairement  quant^ 
ils  danfent  le  nommant  Toucan-tabouracé 
c'eftà  dire  plume  pour  danler,ils  en  font 
plus  d'eftime:  toutesfois  enayâs  en  grâd 
nÔbre  ils  ne  font  point  de  diffiçultez  d'e 
bailler  &  changer  a  la  marchandée  que 
les  François  &^  Portugais  qui  trafiquent 
•    par  delà  leur  portent.       h  -Summ- 

Mais  au  furplus  ceft  oyfeau  Toucan  a-jirumx  de 
yantle  becplus  longue  toutle  corps3&  W<~ 
gr  osen  proportion.fans  luy  paragonner  i  •*« 
riluy  oppofer  celuy  de  grue,quin'eft  rie 
en  comparaifon  ,il  le  faut  tenir  non  feule 
ment  pour  le  bec  des  becs  ,  mais  auisi 
pour  le  plus  prodigieux  &  monftrueux 
qui  Te  puiffe  trouuer  entre  tous  les  Oy- 
feauxdel'vniuers. 

11  s  en ontvn  d'autre  efpece  delà grolleur  Panm 
d'vn  Merle  &  àinfi  noir  ,  fors  la  poitrine.^ 
qu'il  a  rouge  come  fang  de  beuf  laquelle  ^.^ 
les'Sauuages  efcorchet  côme  le  précéder  W£», 


■■ 


r  .'   9m 


■IHHH^HM 


Orna- 
pian 

eyjtau  en- 
tièrement 
rouge. 


Çonam 
huch 

oifelet 
trefyeth. 
&  (on 
cha.ni    ef 
fnermiila- 
ble. 


vawte  es 
Lenteurs  de 
pltf/ieurs 
oy féaux  de 
t'^Amerty. 


XjS  HISTOIRE 

&  appeîcnt  ceft  oifeau  Tanou. 

Vn  autre  delà  grofleur  d'vne  Griue 
ou  ils  nomment  jQ^utampian^ lequel  fans 
rien  excepter  a  le  pxumage  aufsi  entière* 
ment  rouge  qu'efcarlatew 

Mais  pour  vne  fingulieremerueille  & 
chefd'œuure  depetite'tfe,  il  n'en  faut  pas 
obmettre  vn  que  les  Sauuages  nomment 
GonambuchAz  plumage  blanchaftré  &  lui 
fant:iequel  côbien  qu'il  n  ait  pas  le  corps 
plus  gros  qu'vn  Frelon.ou  qu'vnCerfvo 
iarit,  triomphe  neantmoins  de  chanter: 
tellement  que  ce  trefpetit  oifelet  ne  bou- 
geant gueres  de  deffus  ce  gros  Mil  que 
nos  Ameriquains  appelent  Auan^ou  fut 
autres  grandes  herbes  ,  ayant  le  bec  &  le 
gofier  toufiours  ouuert ,  fi  on  nefoyoit 
&  voyoit  par  experience^on  ne  diroitia- 
mais  que  chvn  fi  petit  corps  ïl  peuft  for- 
tir  vn  chat  fi  franc  &  fi  haut,  voire  fi  clair 
&  fi  net,  qu'il  ne  doit  rien  au  RofsignoL 

Aufurplus  paixe  queie  nepourrois 
pas  fpecifier  par  le  menu  tous  les  oifeaux 
qu?on  voit  en  celle  terre  du  Brefil ,  non 
feulement  differens  en  efpeces  à  ceux  de 
noftre  Europe,mais  aufsi  d'autres  varie- 
tez  de  couleurs:  comme  rouge,  incarnat, 
violet,  blanccendié,  diapré,  de  pourpre 
&  autresrpour  la  fin  Ten  deferiray  vnque 
les  Sauuages  (pour  la  caufe  que  ic  diray) 
ont  en  telle  recommendation  >  que  non 

feule- 


De    l'amer  I  QV  E*  t*]-y 

feulement  ils  feroyent  bienmarrisdelujr 
mal  faire ,  mais  aufsi  s'ils  fcauoyent  que 
quelcun  en  eut  tué  de  cefte  efpeee,ic  croy 
qu'ils  fen  feroyent  repentir. 

GeflOyfeaun'eft  pas  plus  gros  qu'viï 
Pigeon,  Ôc  de  plumage  gris  cendré  :  mais 
au  refte,qui elt  le  miftere  que  ie  veux  tou 
eher,ayant  la  voix  penetrante,&  encores 
pluspiteufe  que  celle  du  Chahuarit  *  nos 
£2iXi\iïesTouQupinambaoults  qui  l'entèndét 
aufsi  crier  plus  fouuent  de  nuit  que  de  ^tm> 

i  a  r         •      -  •  l  étés  SauuA 

iour,  ont  celte  reluerie  imprimée  en  leur  £«/*>r«- 
cerueau,que  leurs  païens  &  amis  tresêûi $f*\  n" 

r  r    l         *      ,       *     •  .  r        chant  <tv& 

lez  en  ngne  de  bonne  aciuenture&  pqnttyftm, 
les  accoûrager  a  fe  porter  vaillamment 
contre  leurs  ennemis ,  leur  enuoyent  ces 
oyfeaux  :  de  façon  qu'ils  croyent  ferme- 
inentjs'ils  obferuentcequiieur  eftfigni- 
Êépar  ces  Augures  ,  que  noix  feulement 
ils  veineront  leurs  ennemis  en  ce  monde 
mais  qui  plus  eft  quandils  feront  morts* 
que  leurs  âmes  ne  faudront  point  d'aller 
trouuer  leurs  predece/feurs  derrière  les 
montagnes  pour  danfer  auec  eux. 

le  couenay  vne  fois  en  vn  village  ap* 
pelé  Vpeç  par  les  François  ,  ou  fur  le  foir 
oyant  chanter  airtii  piteufement  ces  Oy-* 
féaux,  &  voyant  ces  pauures  fauuàges  fi 
attentifs  à  les  efeouter  *  fcachànt  aufsi 
la  raifon  pourquoy  ie  leur  voulu  remott 
ïtrer  leur  folie:mais  ainfi  qu'en  parlant  a 

M 


I73 


HIST  O  I  R  F. 


euxie  me  pnns  vnpeuarire  contre  vil 
Francois  qui  eftoit  auec  moy  :  il  y  eutvn 
vieillard  qui  afTez  rudement  me  dit  tais 
toy,&  ne  nous  empefche  point  d'ouïr  les 
bonnes  nouuçlles  que  nos  grands  pères 
nous  annoncent  à  prefent:  carquand  nous 
oyons  ces  oifeaux  nous  Tommes  tous  rçf 
iouys  &  receuohs  nouuelle  force*  Partât 
fans  rien  répliquer  4  car  c'eufi:  efté  peine  ? 
perdue,me  refîouuenant  lors  de  ceux  qui 
tien  net  &  enfeignet  que  les  âmes  des  tre£ 
palTez  retournas  de  purgatoire  les  vien- 
Umeri-     net  aufsi  aduertir  de  leur  deuoir,  ie  pen-; 
quainspus  fay  que  ce  que  font  nos  poures  aueuglés, 
\utfchx    Ameriquains  en  ceft  endroit, eft  encores 
qui  croyit  pjus  fupportable:  car  corne  ie  diray  plus 
hfafiiï**  amplement  parlant  de  leur  Religion, co- 
roir  après  {3 jen  qu'ils  confelTent  l'immortalité  de» 
ames,tât  y  a  neantmoins  qu'ils  n'en  font 
pas  la  logez  de  croire  qu  après  qu'elles 
font  feparees  des  corps  elles  retiennent 
ains  feulemet  difent  que  ces  oifeaux  font 
leurs  mefîagers.  Voila  ce  que i'auois  à  di \ 
re  touchant  les  oifeaux  de  FArnerique^ 
Il  y  a  toutesfois  encores  des  chauuef- 
?hauuejjhu  fouris  en  ce  pays  là,  prefques  aufsi  gran- 
r:ffuccant  ^QS         nos  Choucas, lefquelles  entras  la \ 

le  fzngdes^         m    1  ,^j        r      11  -  1    . 

êrrtiis  de   nuit  das  les  rnaiios  il  elles  trouuetqueJk, 
cun  qui  dorme  les  pieds  defcouuerts(s'a-? ) 
dreffans  toufiours  principalemét  au  grosq 
ortëificlles  ne  faudrontpoint  de  luyiuc- 
ccr  le  fang)&  d'e  tirer  quelques  fois  plus 


la  mort 
des  corps 


Cjrandes 


ceux  qm 
dorment 


D  E    L*  AMERIQUE.  tj$ 

&in  pot  fans  qu'il  en  fente  rien:  tellemét 
*{ue  quand  on  fe  refueille  le  matin  on  eft 
toutesbahi  de  voirie  lid  de  cotô  &Iapla 
cetoute  fangîante:  dequoy  cependant  ies 
Sauuagess'aperceuâs,  foit  que  cela  aduie 
rie  a  vn  de  leur  natiô  ou  a  vn  éftrâger,  ils 
né  s'en  fët  que  rire.  Et  defait,moymefme 
ayât  efté  quelques  fois  ainfi  furprins>ou- 
trela  moquerie  que  i'en  receuois,  encore 
y  auoit  il  (quoy  que  la  douleur  ne  fut  pas 
autremet  grade)  que  cefte  extrémité'  ten- 
dre au  bout  du  gros  orteil  eftât  offencee* 
je  ne  me  pouuois  chauffer  de  z.ouj.iours 
finôa  grand  peine.  Ceux  de  rifle  de  £um<* 
na^cpï  eft  enuiro  ij. degree  au  deçà  de  l'E 
quinodial,  font  pareillemét  moleftez  de  Hiftgen 
ces  grandes  &mefchâte$  Chauueffouris.  des  Ind» 
Auquel  propos  cehiy  qui  a  eferit  l'hiftoi  î^^îl-*, 
re  générale  des  Indes  recite  vne  plaifante     * 
hiuoire.Ily  auoit  dit  il  à  S.  Foy  de  Ciri- 
bici  vn  feruiteur  de  moyne  qui  auoit  la 
pleureiie,duqueln'ayat  peu  trouuer  la  vei 
ne  pour  le  fcigner,&eftâtlaifîépour  mort 
il  aduint  de  nuit  qu'vne  Chauueffouris  le 
mordit  près  du  talô  quelle  trouua  defeou  ^laipmu 
uert ,  dont  elle  tira  tant  de  fang  que  non  J^J^ 
feulement  elle  s*en  faoula,mais  aufsi  laif  nejfmrn, 
fant  la  veine  ouuerte^il  en  faillit  autât  de 
fâiîg  qu'il  eftoit  befoin  pour  remettre  le 
patient  en  fanterqui  fut  vn  plaifant  &gra 
cieùx  Chirurgien  pour  le  malade, 

"M*1 


- 


x8o 


HISTOIRE 


Yra 

mi  ell? 

yetic 

an  notre. 


?  n.j*        Quant  aux  Abeilles  de  1  Amérique, 

abeilles  de  n^-'  r        ,   ,    i  ,         0         ,,         j- 

/4«rrtrf«neftans  pas  iemblables  a  celles  de  par 
rBrçilL  deçà  -,  ains  reiTemblans  mieux  les  petites 
mouches  noires  que  nous  auons.cn  Efté, 
principalement  au  temps  des  raiiins  ,  el- 
les font  leur  miel  &  leui  cire  par  les  bois 
dans  des  creux  d'arbres.  Et  ainfi  Us  Sau? 
uages  qui  fcauét  bien  amafier  Tvn  &l'au- 
tre>  &  qui  encores  méfiez  enfemblc  appe 
lentcehYra-yeticyCd.ï yra  e&le  miel  biyctic 
la  cire  3  après  qu'ils  les  ont  feparez  ,  ils 
mangent  le  miel  ainfi  que  nous  faifons: 
&  quant  à  la  cirejaquelle  eft  prefque  auf 
fi  noire.' que  poix  ils  la  ferrét  en  rouleaux 
gros  commele  bras. Non  pas  toutesfois, 
Knivfage      >jjs çn  facent  nj  torche  ni  chandelle,ear 

detanhes     *1  -  -.  . 

mde+hAn-:  n'vfans  point  la  nuit  q  autre  lumière  que 
fell"e»tre  de  certains  bois  qui  rend  la  flamme  fort 
gu.  claire,  ils  le  leruent  principalement  de 
celle  cire  à  eftouper  les  grofles  cannes  de 
bois  ou  ils  tiennent  leurs  plumafleries, 
afin  de  les  conferuer  contre  vne  certaine 
efpece  de  papillons  lefquels  autrement 
les  gafteroyent. 

Et  afindedefcrireâufsi  ces  beftioles* 
arauerslcfciucUcs  font  appellees  parles  Sauua- 
TcipiUons  gfS  ^/irauers-i  n'eftans  pas  plus  grofles 
"uïï'&u  0*  nos  Grillets  r  &  fortans  ainfi  la  nuit 
viande  e^  troupes  auprès  du  feu  rfi  elles  y  trou- 
""**'  lient  quelque  chofe ,  elles  ne  faudront 
point  de  le  ronger.  Mais  principalement 

outre 


de  -l'am'e  riqve.  i8i 

'outre  qu'elles  fe  iettoyent  de  telle  façon 
fur  les  collets  &  fouliers  de  marroquins 
que  mangeans  tout  le  deflus,  ceux  qui  en 
auoyent,àleur  leué  les  trouuoyent  tous 
blancs  &  èfdeure^encores  y  auoit  il  cela 
^ue  fî  nous  laifsiôs  le  foir  quelques  Pou 
les  ou  autres  volailles  cuites  mal  fer- 
rées J  ces  tArauers  les  rongeans  iufques 
aux  os  ,  nous  nous  pouuions  bienatten- 
dre  de  trouuer  le  lendemain  des  Ana- 
tomies. 

LesSauuages  fontaufsi  perfecutez  en 
leurs  perfonnes  dvne  autre  petite  ver- 
minette  qu'ils  nomment  Tom  laquelle  fe  *fm 
trouuant  parmi  la  terre,&  neftat  pas  ^xvermint 
cômencemét  fi  grofle  qu'vne  petite  P^ce,^;;f 
fe  fichant  neantmoins, nommément  fous  çQW  us 
les  ongles  des  piedz  &des  mains,ou  tout0"*'* 
foudain  ainfi  qu'vn  ciron  elle  y  engendre 
vne  demaiaifon,fi  on  n'eft  bien  foigneux 
de  la  tirer, dans  peu  de  temps  fe  fourrant 
toufiours  plus  au  at  elle  deuiendra  auisi 
groffe  qu'vn  petit  pois  &  ne  la  pourra  on 
arracher  qu'auec  grand  douleur. Et  ne  fe 
Tentent  pas  feulement  les  Sauuages  qui 
"-  vont  tout  nuds  &  tout  defchaux  attaints 
&  moleftez  décela  ,  mais  aufsi  nousaUr 
très  François ,  quelques  bien  veftus  & 
chauffez  que  nous  fufsions  auions.  tant 
d'affaire  à  nous  en  garder ,  que  pour  ma 
part  quelque  foigneux  que  ie  fuite  d'y  re 


ani 


.- 


tBz  HISTOIRE 

garder  fouuet,on  m'e  a  tiré  plus  de  vingt 
pour  vn  iour.  Brief  l'ay  Veu  perfonnagej 
pare/feux  de  les  tirer,  eflre  tellement  en- 
damage* de  ces  tignes-puce^,  que  nô  feu 
lementilsenauoyentles  mains,  pieds, & 
orteils  gafte2,mais  mefmes  fousles  aifej 
les,&  autres  parties  tendres,  ils  eftoyent 
tous  couuerts  de  petites  boflettes  comç 
verruresprouçnantesde  cela,  Aufsi  iç 
çroy  pour  certain,  que  c'eft  cefte  petite 
beftiole  que  Thiftonen  des  Indes  occidç 
taies  appelé  i\7/^^, laquelle  aufsi  corne  il 
dit  fe  trouue  enllile  Efpagnolk,car  voi 
Ci  ce  qu'il  en  a  efcrit.LaiV/V^eft  comme 
vne  petite  puce  qui  fautereîïe  aime  foi  t  la 
poudre:elle  ne  mort  point  finon  e's  pied$ 
ou  elle  fe  fourre  entre  k  peau  &  la  chair, 
&  aufsi  toft  elle  iette  des  lêtilles  en  plus 
grande  quantité'  qu'on  n'eftimeroit,atten 
du  fa  petitefle  :  lefquelles  en  engendrent 
d'autres,  &  fi  on  les  y  laifïe  fans  y  mettrç 
ordre,elles  multiplient  tant  qu'on  ne  les 
çn  peu t  chaffer  ni  remédier  qu'aucç  le  feu 
ouïe  ferrmais  fi  on  les  oftede  bonne  heu 
re  ,  elles  font  peu  de  mal.  Aucuns  Efpa^ 
gnols  en  ont  perdu  les  doigts  des  pieds, 
autres  les  pieds  entiers. 

Or  pour  y  remédier  nos  Ameriquainf 
fe  frottet  tant  les  bouts  des  orteils,qu'au 
très  endroits  ou  elles  fe  veulent  nicher 
fur  eux,  d'vne  huile  rougeâftre  &  çfpeffç 

faite 


DE    t'AMïRIQVï-  l8j 

faite  d'vn  fruit  qu'ils  nomment  ÇouroqM  Çm^ 
'«uel  eft  prefque  corne  vne  chaftaigne  en /*»,»«- 

pardela.Outre  plus  ceftonguét  eitii  lou  ^a 
uerain  pour  guérir  les  playes,  caflurës  ■&  ^^ 
Wutres  douleurs  qui  furuiennétau  corps  B,5„. 
humain  ,  que  nos  Sauuages  cognoiflas  la  ^.^ 
vertuvle  tiennêt  aufsi  precieuxqu  on  tait  huiU  de, 
quelque  part  la  fainteWle.  Et  de. fee  le  «--^ 
barbier  du  Nauire ,  ou  nous  repaflalmes 
en  Frâce,  l'ayât  experimétee  en  plulietrrs 
fortes  en  rapporta  io.ou  12.  grands  po  ts 
plains:&  autant  de  graiffe  humaine  qu  il 
auoit  recueillie  quand  les  Sauuages  cui- 
foyent  &roftiffoyét  leurs  prifonmers  de 
guerre  à  la  façon  que  ie  diray  en  fon  lieu. 
Dauantage  l'air  de  cefte  terre  du  Bre- 
fil  produit  encores  vne   forte  de  petits 
mouchillons,  que  les  habitans  nomment 
YmWefquels  piquent  fi  ymement,voire  Yetin 
à  trauers  des  leeers  hàbillemens  ,  qu'on  mmw» 
diroit  que  ce  fôt  pointes  d'efguilles.  Rljg- 
tant  vous  pouuez  penfer  quel  pafletemps 
c'èft ,  de  voir  nos  Sauuages  tous  nuds  en 
eftrepourfuyuis  :  carclaquans  lors  des 
mains  fur  leurs  feiîes,cuiiîes,efpaules,& 
fur  tout  leurs  corps,  vous  dînez  que  ce 
font  chartiers  auec  leurs  fouets. I'adiou-. 
fteray  encores  qu'en  remuant  la  terre  Se 
dèffous  les  pierres  en  noftre  terre  du  Bre 
fil  ôntfbiïuedès  Scbfpions,iefquels  co- 


ï&f  HISTOIRE 

Uorpions  bien  qu'ils  fpyent  beaucoup  plus  petit* 

H$ft  ^ue. ceux  ?u'Gn  voiî;  en  Prouehce,  néant* 
venimeux  moins  pour  cela  ne  laifient  pas  ,  commç 
iePay  expérimente' ,  d'auoir  leurs  poin~ 
tures  venimeufes  &  mortelles. 

Gomme  ainfi  foit  doncques  que  ceft  a- 

nimal   cerche  les  chofes  nettes ,  aduint 

qu'vn  iour  après  que  i'eu  fait  blanchir 

.      mon  lid  de  coton,  l'ayant  repêdu  en  l'air 

Scorpions     \  i      /»  j        o  '         ••      * 

timansies  a  Ja  taço-n  des  Sauuages,  il  y  eut  vn  Scor-> 

fbofesmr^ïpn  lequel  s'eftaiit  caché  dans  le  repli, 

ainfiqueie  me  voulus  coucher  (fans  que 

ie  le  viffe  )  me  piqua  au  grand  doigt  de  la 

main  gauche,  laquelle  fut  fi  foudainemét 

enflee,quefien  diligence  ie  n'eulleeu  re-* 

cours  àl-vn  de  nos  Apothicaires  ,  lequel 

en  ayant  de  morts  dâs  vne  phiole  auec  de 

]  huile  m'en  appliqua  vn  fur  le  doigt ,  il 

n'y  a  point  de  doute  que  le  venin  ne  fe 

Xémede    *"**  ^ou^n  efpanché  par  tout  le  corps., 

tonttfU    Et  de  fait  nonobftant  ce  remède,  la  coma 

Swl   g*™*"  fi  grande  que  ie  fus  Tefpace  de 

fit».        vingtquatre  heures  en  telle  deftrefle,quc 

de  la  vehemence  de  la  douleur  que  ie  fen 

tois  ie  ne  me  pouuois  contenir.  Les  San- 

uages  aufsi  eltans  piquez  de  ces  Scorpiôs 

s'ils  les  peuuent  prendre,  vfent  de  la  mef 

me  recepte ,  alTauoir  ,  de  les  tuer  &  efea- 

$**«àgn    cher  fur  la  partie  offencee.  Au  refie  cômç 

^!^,^ay^^cIucltIuepart,tout  ainfi  qu'ils  font 

Tort  vindicatifs,  voire  forcené*  contre 

toutes 


DE    L' AMERIQVE.  185 

toutes  chofes  qui  leur  nuifent,  mefmes 
s'ils  s'ahurtent  du  pied  contre  vne  pierre 
ainfi  que  Chiens  enragez  ils  la  mordront 
à  belles  dents,  aufsi  recerchâs  autant  que 
il  leur  eft  pofsible  les  belles  qui  les  endo 
magent,ils  en  defpeuplent  leur  pays  tant 
qu'ils  peuuent. 

CHAP.    XII. 

&  aucuns  pijfons  flmcomuns entre les  San 
ttages  de  l  Amérique  :  &  de  leur  manière  de 
fefchen 

FIN  d'obuier  aux  redites> 
lefquelles  i'euite  tant  que  ie 
puis ,  renuoyant  les  lecteurs 
,j  tantes  troifieme,cinquieme 
■%  &  feptieme  chapitres  de  ce- 
fte  hiftoire,  qu'e's  autres  endroits  ou  i'ay 
ia  fait  mêtion  des  Baleines,  Monftres  ma 
rins,poiffons  volans,  &  autres,  ie  choih- 
rayprincipalemét  en  ce  chapitre  les  plus 
frequés  entre  nos  Ameriquains  dèfqufclf 
neantmoins  il  n'a  point  encore  efte  parle. 
Premierement,afin  de  commencer  par  ^.^ 

le  genrcles  Sauuages  appelent  tous  poil  pujrm,_ 
fons  «Pâmais  quant  aux  efpeces  ils  ont  -^        , 
de  deux  fortes  de  Mulets  qu'ils  nommet^. 
KuremaZc  /War  *  lefquels ■(&  encore  plus  M£v<* 
le  dernier  que  le  premier  )  fort  que  vous 


ï8<S  HISTOIRE 

les  facie*  roftir  ou  bouillir, font  excelle- 
mens  bons  à  mâger.  Etparce,  ainfi  qu'oï* 
a  vcu  par  experience  depuis  quelques  an- 
nées tât  enLoire  qu'autres  nuieres  deFrâ 
ce  ou  les  Mulets  font  remôtez  de  la  mer, 
que  ces  poifTons  vont  couftumieremené 
par  troupes,  les  Sauuages  les  voyâs  ainfi 
iw,  ^P.a5§rofles  nuees  bouillôner  dàslamer, 
SauLgè*'  tlr*s  Soudain- à  trauers  rencotrent  fi  bien 
*  fie/cher  que  prcfquc  à  toutes  les  fois  ils  en  embro 
j Mulets  chent  plusieurs  de  leurs  grandes  ftefches, 
lefquels  ainfi  dardez  ne  pouuans  aller  en- 
fond,  ils  vont  quérir  à  nage.   Dauantagc 
d  auut  que  la  chair  de  ce  poiffon  fur  tous 
autres  eft  fort  friable  quâd  ils  en  prennét 
grande  quantité,  après  qu'ils  les  ont  fait 
feicher  fur  le  'Boucanais  les  efmient  &  en 
font  de  la  farine  qui  eft  fort  bonne. 
CîrZtf-      &  amour  ouf  ouy  ouajfou  cft  vn  bien  gran  d 
fa7 grand V°ifi°n  ft*>  zufsi  ouajfou  en  langue  Breiî^ 
?*m»;     lienne  veut  dire  grand  ou  gros  felon  Tac- 
cent  qu'on  luy  donne^duquel  nos  Totiou- 
finambdoultsiom  ordinairemet  mention 
quand  ils  chantent  difant  ainfi:  Viraouap 
fou  a  oueh  K amouroupouy  ouajfou  a  oueh  &c. 
Ouara  &c'&  fort  bon  à  manger. 
&  Aca      ^cux  autres  qu'ils  nomment  Ouara  a 
ra-ouaf^cara-otiajr°^Pr^^^^d^  mefme  grâdeur 
f0H         que  le  precedent  mais  meilleurs;voiré  di 
pQ'ffimsde  ray  que  V  Outra  n'eft  pas  moins  délicat 
liiats-       que  noftre  Truite. 

Acœ* 


DH      l'  AME  RIQVÏ.  187 

^carafep  poiifon  plat  qui  iette  vne  Ac^ 
graifleiaune  en  cuifant laquelle  luyiert    _ 
de  faufle  :  &  en  eft  la  chair  merueilleufe- ,,„/„„  p/4« 
pjent  bonne.  . 

,  sicar^boutenpoitton  vifqueux  de  cou-  *c*r* 
leur  tânecou  rougeaftre,  qui  eft  de  moin  JjjWg 
dre  forte  que  les  fufdits ,  &  n  a  pas  le^,„. 
gouft  fort  agréable  au  palais. 

Vn  autre  qu'ils  appelent  Pira-ypochi,  Vira 
qui  eft  lone  comme  vne  Anguille,&  ne&ypocbi, 
pas  bon  :  zuhiypocbi  enleur  langage  veut^»'** 
dire  ce[a. 

Touchant  les  Rayes  qui  fe  pe/chent^f- 
tant  en  la  riuicre  de  Genevre  qu'es  mers  âece\itU< 
4'enuiron,elles  ne  font  pas  feulemet  pinsf-r**- 
larges  que  celles  qu'on  voit  en  Norman- 
die ,  Bretagne  &  autres  endroits  depar 
deça,mais  outre  cela,  elles  ont  deux  cor- 
jies  affez  langues  ,  cinq  ou  fix  fendaffes 
fous  le  vetmqu'on  diroit  eftre  artificiel-  ^ff$g 
Us,  1*  queue  longue  &  deflice  ,  voire  qui  %$W 
pis,  eft d  dangereufe  &  venimeufe,  que 
comme  ie  vis  vne  fois  par  experience ,  fi 
toftquVvne  que  nous  auions  prife  &  ti- 
re^ dans  vne  Barque  eut  picque  la  iambe 
d'vn  de  noftre  compagnie  -,  l'endroit  de- 
uint  tout  foudain  rouge  &  enfle.  Voila 
fommairemet  &  derechef  touchât  aucuns 
ppiffons  de  mer  de  T  Ameriq.  dcfquels  au 
furplus  la  multitude  eft  innombrable..    ;    . 
Au  refte  les  riuieres  d'eau  doucç  de  ce 


î88  HISTOIRE 

pays  Iàeftans  aufsi  remplies  d'vnc  infini 
te  de  moyens  &  petits  poiffons >  lefquels 
*Pira-  en  general  les  Sauuages  nomment  <Pjr*± 
mm  &  min  &  *Acara~miri  (  car  miri  en  leur  pa- 
uicœ-  tois  veut  dire  petit)  ïen  deferiray  feule- 
rnirt  ment  encores  deux  merueilleufement  dif 
*™*H formes. 

foni. 

Le  premier  que  les  Sauuages  appe- 
Tamou  lent  Tamou-ata  ,  eft  communément  long 
ata        de  demi  pied,  a  la  tefte  fort  grofle  ,  voire 
^ff^tm*&  au  Pris  du  refte ,  deux  bar- 
«rm,'.       oillos  fous  la  gorge  ,  les  dêts  plus  aiguës 
que  celles  dvn  brochet,les  areftes  piqua- 
tcs,&  tout  le  corps  armé  d'efcaiiles  fibie 
a  l'efpreuue,  que  comme  i'ay  dit  ailleurs 
du  Tatou  befte  terreftre  ,  ie  ne  croy  pas 
qu'vn  coup  dvefpecluy  fit  rien  :1a  chair 
en  eft  fort  tendre  bonne  &  fauoureufe. 
cPdna-      j^utre  poiflbt!  que  les  Sauuages  nom 
fana      m<\c  7/*^*ra*ieft  de  moyenne  grandeur: 
fàjfc**-  m*is  quant  a  fa  forme,  ayant  le  corps 
jZ^uçuë  &  Peau  femblablc  &  ainfi  afpre 
tufi.        que  celle  d> vn  Requien  de  mer,il  a  du  re- 
fte vne  tefte  plate  fi  biiarre,&  fi  eftrange- 
ment  faite,que  quand  il  eft  hors  de  Peau, 
fediuifant&  feparanten  deux  il  fembïc 
qu'on  luy  ait  fendue,&nYft  pas  pofsible 
de  voir  tefte  de  poiflbn  plus  hideufe. 

Quant  à  la  façon  de  pefcher  des  Sau- 
nages ,  faut  noter  en  premier  lieu  fur  ce 
que  i'ay  défia  dit,qu  ils  prennent  les  mu- 
lets à 


DE     l'AME  R.I-OyE.  189 

lets  a  coups  de  flefches  (ce  qui  fe  doit  auf 
fi  entendre  de  toutes  autres  efpeces  de 
ppiffons  quails  pçuuët choifir dans  Peau) 
que  non  feulemtft  les  hommes  &  les  fem- 
mes de  l'Amérique  5  comme  chiens  bar- 
bets afin  d'aller  quérir  leur  gibier  Scieur 
pefche  dans  l'eau..»  feauent  tous  nager»  r1ommff 
niais  qu'aufsiles  petits  enfans  dés  qu'ils  f^Ts& 
commencent  à  cheminer  fe  mettans  dans  l^eri 
les  riuieres,&  fur  le  bord  de  la  merrgre-f^^ 
nouïllét  défia  dedâs  corne  petits  Canars. 
Pour  exemple  dequoy  ie  reciteray  brie- 
nemét  qu' ainfi  qu'vn  dimanche  matin  en 
nous  pourmenant  fur  vnc  plate  forme  de 
noiVre  fort  nous vifmes  renuerfer  en  mer 
vne  barque  d'efeorce.,  dans  laquelle  il  y 
auoit  plus  de  trente  peifonnes  Sauuages 
grands  &:  petits  qui  nous  venoyent  voir: 
comme  en  grande  diligence  auec  vftde 
nos  bateaux  pour  les  penfer   febourir, 
nous  fufmes  aufsi  toft  vers  eux,îes  ayanè 
tous  trouuez  iiageans  &  rians  fur  l'eau, 
il  y  en  eut  vnqui  nous  dit  :  &  ou  allez 
vous  .ainfi  a  figrand  hafte  vous  autres 
zJMairï  (ainfi  appelent  ils  les  François) 
Nous  venons  pour  vous  fauuer  &rerirer 
de  l'eau  >  difmes  nous  .  Vrayement  dit  il 
nous  vous  enfeauonsbongre:  mais  au 
relie  auez  vous  opinion  quenous  nous 
puifskms  noyer?  Pluftoft  fans  aborde? 
terre  demeurerions  nous  huit  ioursfur 


I$0  HISTOIRE 

l'eau  de  cefte  façon  :  tellement  que  ndui 
craignons  beaucoup  plus  que  quelque 
grand  poiflbn  ne  nous  traifne  en  fond* 
que  d'enfoncer  de  nous  mefraes.  Partant 
les  autres  qui  tous  nageoyent  aufsi  aifé- 
ment  que  poifibns,eftas  aduertis  par  leur 
compagnon  de  la  caufe  de  noftle  venue  û 
foudaine  vers  eux ,  en  s'en  moquant  s'en 
pnndrent  "fort  à  rire,  que  comme  vne 
troupe  de  Marfouins  nous  les  voyons  & 
entendions  foufler  &  ronfler  fur  l'eau.Et 
de  fait.combien  que  nous  fufsions  enco- 
res à  plus  d'vn  quart  de  lieuë  de  noftre '} 
Fort,  fi  n'y  en  eut-il  q  quatre  ou  cinq  qui 
le  voulurent  mettre  dans  noftre  batteau, 
&  encores  plus  pour  caufer  auec  nos  que 
de  crainte  qu'ils  euffent.  I'obferuay  que 
»on  .feulement  les  autres  ,  quelques  fois 
en  nous  deuançans  nageoyent  tant  roide 
&fi  bellement  qu'ils  vouIoyét,mais  aufsi 
fc  repofoyent  fur  l'eau  quand  bon  leur 
fembloit.Et  quant  à  leur  Barque  d'efeor- 
fe,  quelques  licts  de  couton&  viuresqui 
eftoyent  dedans  lefqucls  ils  nous  appor- 
toyentqui  furent  perdus,  ils  ne  s'en  fou;.  ' 
cioyent  certes  non  plus  que  vous  feriez 
d'auoir  perdu  vnepomme:  car  difoyent 
ils  n'en  y  a-il  pas  d'autres  au  pays?  tt* 

Au  furplusiene  veux  pas  aufsi  ob-^ 
mettre  fur  cefte  matière  de  la  pefcherie  ; 
des  Samiages,auoir  ouïdire  à  vnd'iccuxr 

que 


Dfi  l'a  mer iay E.         19* 
due  comme  auec  d'autres  il  eftoitvnefois  q*rçi 
en  temps  de  calme  dans  vne  de  leurs  Bar-  *«*^ 
ques  d'efeoi  Ce  affez  auant  en  mer,il  y  eut,Mha„t 
ïngros  poiflon  lequel  la  prenant  parle£.£& 
hord  auec  la  patte5à  fon  aduis,ou  la  vou-  £.  ,^j« 
loit  renuerfer  ou  fe  letter  dedans  Ce  que  ££*- 
voyant ,  difoit-il ,  ie  luy  coupay  foudai- 
l^ement  la  main  auec  vne  Serpe  ,  laquelle 
main  eftant  tombée  &  demeurée  dedans 
noftre  Barque,  non  feulement  nous  vif- 
mes  qu'elle  auoit  cinq  doigts,  comme 
celle  d'vn  homme,  mais  aufsi  de  la  dou- 
leur que  ce  poiflbn  fentit ,  monftrât  hors 
de  l'eau  vne  teftequi   auoit  femblable- 
ment  forme  humaine,il  ictta  vn  petit  cri* 
Sur  lequel  wcit  affez  eftrange.de  ceft  A- 
meriquain  ie  laifleray  à  philofopher  au 
le&eur  fifuyuant  la  commune  opinion     . 
qu'il  y  a  dans  la  mer  de  toutes  les  efpeces 
d'animaux  qui  fe  voyent  en  terre,&  nom 
mément  qu'aucuns  ont  efent  des  Tri- 
tons &  des  Sereines-.aflauoir  fi  s'en  eftoifc 
point  vn  ou  vne,  ou  bien  vn  Marmot 
ou  Singe  marin  auquel   ce  Sauuage  af- 
fermoit  auoir  coupé  la  main.  Toutesfois 
fans  condamner  ce  qui  pourroit  eftre  de 
telles  chofes  ie  diray  que  tât  durât  l'efpa 
ce  de  9.  mois  que  i'ay  efté  en  pleine  mer 
fâs  mettre  pied  en  terre  qu'vne  fois.qu'en 
toutes  les  nauigatiôs  §  i'ay  fouuet  faites 
fur  les  riuages  ie  n'ay  riéapexceu  deeek, 


- 


l$Z  Ht  S  TO  I    It  H    . 

ni  veu  poîflbn  qui  approchait  fi  fort  de  te 
femblance  humaine. 

Pour  doncques  continuer  à  parle*-  de 
la  pefcherie  de  nos  Tomupinambaotdts^ 
outre  celle  premiere  façon  de  flefcher 
les  poiflbns  dont  i'ay  fait  mention, enco 
res  à  leur  ancienne  mode  VQnt  ils  couftiz 
miercmét  fur  l'eau  douce  ou  faleejdeflus 
certains  radeaux ,  compoiez  feulement 
de  cinq  ou  fix  pieces  de  bols  rond  plus 
grofles  que  le  bras  liées  enfemble,  qu'ils 
.      .  appelent ^Pvperis ,  fur  lefquels  ils  font  afi- 

TiperiS£s  iescaiffQS  &  les  ïambes  cftêdues  &  pef 

furUfcfueb  chetainii  (auisi  bieque  du  bord  de  Peau) 
auec  certaines  efpines  qu'ils  accommo- 
dent en  façon  d  hameçon:  &  mefmequâd 
ils  nous  voyoy et  pefcher  auec  des  haims 

p   .*     ou  rets(qu'eux  appelent  'Tuijfaouafîou) ou 
*f,  *Ml  nous  fcauoyêt  bien  aider,  ou  pefcher 

**,<!Lr  $<***  bien  tous  fieuls  auec  icelles  fi  on  leur 

Tels  £1  P*J~  t  ^ 

cher,        en  bailloit .   Mais  fui:  tout  nos  Sauuages 

depuis  que  les  François  trafiquent  par 

Hameçon*  dela,trou uans  fort  propres  les  hameçons 

trmuex^    qu'ils leur  portent  pou  r  fai  re  ce  mcftier 

flXsïZ  de  pefchene,faifas  leurs  lignes  d'vne  cer 

uagestr    taine  herbe  qu'ils  appel  etTcwa?;?  laquelle 

anoyii/'  fe  tillecome  chaure,&  eft  beaucoup  plus 

font  leurs  forte  5  louent  grandement  ceux  qui  leur 

f*fïhtr.     cîî  ont  baillé  premièrement  l'inuention. 

Aufsi  comme  Pay  dit  ailleurs, font  bié 

apprins  les  petits  garçons  de  ce  pays  là, 

à  dire 


Us  Sauua- 
ges  pefch'ét 


DE    L'AME  R  I  Oy  V.  JPJ 

à  dire  aux  efti angers  qui  vont  par  delà.  F*«nto 
De  agatorem  amabï pinda,ce&  à  dire,  tu  es  ff^ 
bon  donne  moy  des  haims:  car  agatorem  com  s** 
en  leur  langage  veut  dire  bon:<m^/don  ««£"• 
nemoy:&/W*eftvnhain.  Q^e  (i  on  ne 
leur  en  baille,  la  canaille -tournant  fubi- 
tement  la  telle  de  defpit ,  ne  faudra  pas 
de  dire  de-engaipa-aïoHca,c'cPi  à  dire:tu  ne 
vaux  rien,il"te  faut  tuer. 

Sur  lequel  propos  ie  diray  que  fa  on 
veut  eftrc  coufin,  comme  nous  parlons 
communément,  tant  des  grands  que  des 
petis,qu'il  ne  leur  faut  rien  refufer.Vray 
eft  qu'ils  ne  font  point  ingrats:  car  prin- 
cipalement les  vieillards  fe  refouuenans 
du  donqu'ils  auront  receu  de  vous  ,  voi- 
re mefmelors  que  vous  n'y  penferez  pas, 
en  le  recognoiifant  vous  dôneront  quel-  U;  ^ 
ques  chofesen  recompenfe.  Mais  quoy  ™?**««f 
qu'il  en  foit  i'ay  obferué  entr'eux  quecô ££££ 
me  ils  aimét  les  hommes  gays.ioyeux,  &  &  i,b<- 
liberaux,par  le  contraire  ils  haiflent  fort  ™*;nt 
les  taciturnes, chichcs,&  mélancoliques,  auxd'hu. 
Partâtque  les  limes  fourdes,fongecreux,  %££*. 
taquins, &  ceux  qui  comme  on  dit ,  man- 
gent leur  pain  en  leur  fac,ne  facent  pas  e- 
ftat  d'eftre  les  bien-venus  parmi  nos  Ton 
^ipambaoults:  car  de  leur  naturel  ils  dé- 
tellent telle  manière  de  gens. 

N 


i94  H  I  s  T  °  l  R  E 

CHAP.  .X  III. 


Des  Arbres •>  H 'erbaf  ,  &  Fruits  exqui$ 
que  produit  la  terre  du  ifrejih 

î$\  Y  A  NT   difcouru  ci  deffus 
^ des  animaux  a  quatre  pieds* 
^,enfembledesOyfeaux,Poif- 
^ïfons  ,    Reptiles  ,  &  chofes 
Mayans  vie.mouuement  &(en- 
tîment,  qui  fe  voyenten  l'Amérique  :  a- 
uant  encores  que  parler  de  Ja  Religion, 
Guerre,  Police,  &  autres  manières  de 
faire  qui  refte  à  dire  de  nos  Saunages  ,  ie 
pourfuyuray  à  défaire  les  Arbres  ,  Her- 
bes,Plantes, Fruits  &  en  fomme  ce  qu'on 
dit  communément  auoir  ame  vegetatiue 
qui  fe  trouuent  aufsi  en  ce  pays  là. 
Premièrement  entre  les  arbres  les  plus 
'    célébrez  &  cogneus   maintenant   entre 
nous, le  bois  dê'Brefil  (duquel  cefte  terre 
a  prihs  fon  nom  a  noftre efgard  )  à  eaufc 
delà  teinture  qu'on  en  fait,  eft  des  plus 
eftimez.  Ceft  arbre  dôcques,que  les  Sau- 
ç/frœ-  uages  appelent  <>/{raboutan ->  c  roi  ft  com- 
boutan  munement    aufsi  haut  &  bianchu    que 
bots  de      Jcs  Chefnes  es  foreftsdc  ce  pays:  &  sen 

brefti  é-U  «  r        ' 

fatondt     trouue   qui  ont    le  tronc  11  gros  ,   que 
tétrbre.      trois  hommes  ne  fcauroyent  embrailer 
vn  feul  pied  .    Quant  à  la  fueille ,  die  eft 
comme  le  buys:  toutesfois  de  couleur  ti- 
rant 


Î>E    L'A  ME  RIQVE.  195 

rant  plus  furlevertgay,  &  ne  porte  au- 
cun fruit. 

Mais  touchant  la  manière  d'en  charger 

les  Natures  ,  dequoy  ie  veux  faire  men- 
tion en  ce  heu ,  notez  que  tant  à  caufede 
la  dureté  ,  &  par  confèrent  de  la  dirn- 
culté  qu'il  y  a  de  couper  ce  bois,que  par-  ^  ^ 
ce  que  n'y  ayant  cheuaux  ,afnes, ni  autres  uauxni 
belles  pout  porter,  charrier,  ou  traifner-™ 
les  fardeaux  en  cepaysla,il  fautneceiiai-,Wmrra 
rement  que  ce  foyent  les  hommes  qui  fa-  **** 
centeemeftienn'eftoit  que  les  eftrangers 
qui  voyagent  par  dela,font  aidez  des  Sau 
uages,ils  ne  feau royent  charger  vnmoyé 
Nauire  en  vn  an.Les  Sauuages  doneques 
moyennant  quelques  robes  de  frizes,che 
mifes  de  toiles  ,  chapeaux,  coufteaux,  Se 
autres  marchandées    qu'on  leur,  baille, 
non  feulementiauecles  coignees,  coings 
de  fer  ,  &  autres  ferremens  que  les  Fran- 
çois &  autres  de  par  deçà  leur  donnent) 
coupent,fcient,fendent,mettent  parquar  «*(£ 
tiers,;&arrôdiffent  ce  bois  de  Brehl,mais  ,„,,,,„,,, 
aufsi  le  portent  fur  leurs  efpaules  toutes  Wg: 
nues, voire  le  plus  fouuent ,  d  vne  oipde  tSfMtln 
deux  Heuës  loin, par  des  montagne,  &,.;^- 
lieux  affez  fafcheux  lufques  fur  le  bord  de*,m. 
la  mer  près  desvaifleaux  qui  font  à  l'acre, 
ou  les  Mariniers  le  reçoyuet.Ie  di  exprel 
fément  6  lesSauuages,defpuis  que  lesHa 
çois  ÔcPortugais  frequentet  en  leur  pays 
.  ■  Ni 


Ï9^  HISTOIRE 

coupent  leur  bois  de  BrefihcarauparauJt 
a*™»  7  ainil  ^UC  la7  ^"tendu  des  vkfilaids  ,  ils 
^^/^,aao7cntPrc^ues  aùt.einduflrie  pour 
qxawsd'a-  abbatre  vu  ai  bre, linon  que  de  mettre  ]<» 
arbreejhn  *eu  au  pied. ht  parce  a  ufn  (]u  û  y  a  des  per 
mntreie    fonnages  pardeca,qui  penient  que  les  bu 

feu  au  pied     1       <  j  ,x        l  .  ,.   I  *•*  ^m. 

ches  rondes,  qu  on  voit  ordinairement 
chez  les;marchans>foit  la  grolTeur  des  ar 
brcs;pdur  môftrer  que  tels  sabufcnt^ou- 
tre  que  i'ayia  dit  qu'il  s'en  trouuedefbrt 
gros, fay  encores  adioufté  que  ks  Sauua- 
ges,tât  afin  qu'il  leur  foit  plus  aife'  à  por 
ter  qu  aifé  à  manier  dans  le  Nauire,  l'ar- 
rondiffent&accouftrerttde  cefte  façon. 
Aufurplus,p'arce  que  durât  le  temps  que 
nous  auons  cftéen  ce  pays  là,nous  auons 
fait  de  beaux  feux  de  ce  bois  de  Brefîl: 
i'ay  obferu^  que  n'eftant  point  humide 
^^.  comme  les  autres  arbres,  ains  comme  na 
llVreiïi  turellement  fée, qu'il  ne  fait  que  bicpeu, 

Lf w&pîe^lleS  P°*nt  du  tout  de  furnte  en 
JaûS  fumce  bï\\i\am.  le  diray  d'auantage ,  qu'ainil 
Cendre  de  qu'vn  iour  vn  de  noftre  copaçnic  fe  vou 
flf  "•    lant  méfier  de  blachir  nos  ebemifes,  fane 

gnatenrou  #  v,uvni  J  ■  *-*1  1<111S 

get**»?*    le  douter  de  rien, mit  des  cendres  de  Brc 

t?£t  ûl  dans  la  leffiue>  Vu'au  Jl™  de  les  faire 
bUnchirdu.  blanches,  il  les  fit  fi  routes  \   que  quoy 
Unl';        qu-on  ks  fcciift  lauer  puis  après  il  n'y 
eutiordrede  leur  faire  perdre  cefte  cou- 
leur: de  façon  qu'il  nous  les  fallut  aipfi 
veftir  &  vfer. 

Au  refte 


DE      L'A  ME  RI  OVÏ.  197 

Au  refte  ,  parce  que  nos  .TouoHpittam- 
baoults  font  fort  «bahis  de  voir  prendre 
tant  de  peine  aux  Franço.s,  &  autres  de 

lointains  pays,  d'aller  quérir  leur  «g* 
L^c-eftàdireBrefil-.ilyeutvnefois 

vn  vieillard  d'entr'eux  qui  lur  cela  »«*«  ■ 

lelledem.nde.  Que  veut .d.re  qjie _vous  «•£* 

autres  &l&r  &  ■?«'  ^'eft  a  dl  e  J""?*  <^»s*"" 
çois  &Portugai.)veni«  quérir  de  fi  *»£~pA 
du  bois  pour  vous  chautfcr  |  n  Ipn  y  a  il  „e/w 
point  envoftre  pays?    A  quoy  l*y  ayant  «*«- 
refpondu  qu'ouy  &  en  grande  quantité, 

mais  non  pas  de  telle  forte  .que  <«  \**f 
nimefmes"duboisdeBrefil,  lequel  les 

noftresnemmenoyent  pas  pour  bruller 
comme  il  penfoit,  ains  icomme  eux  mêl- 
ées en  vfoyent  pour  rougir  leurs  cor- 
dons de  Cotons,plumes  &autres  chofes) 
pour  faire  de  la  teinture  ,  il  me  répliqua 
Soudain.  Voire  mais  vous  en  faut  il  tant? 
Ouy  luy  di-ie  car  (  en  luy  faifant  trouuer 
bon  >  y  ayant  tel  marchant  en  noftre  pays 
quia  plus  de  frifes  &  de  draps  rouges: 
voire  mefmes  m'accommodant  a  luy  par 
1er  de  chofes  qui  luy  fuffent  cogneues) 
de  coufteaux  cifeaux,  mirouers,&  autres 
«narchandifes  que  vous  n'en  auez  «mai. 
veupardeca,ilacheteraluyfeultoutle 

boisPdeBrefil,dontplufieursNauire 
s'en  retournent  chargezde  ton  pays  .  Ha 
ha!  dit  mon  Sauuage,  tu  me  contes  mer- 

V*   S 


*9%  HIST  OIRE 

ueilles.  Puis  ayant  bien  retenu  ce  que  ie 
lay  venais  de  dire  ,  m'interroguant  plus 
auantdit.   Mais  ceft  homme  tant  riche 
donttumeparJes,nemeurtil  point?  Si 
fait,fi  fait  luydiie,aufsi  bien  que  les  au- 
tres.Surquoj  (comme  ils  font  grands  dif 
eoureurs.&pourfuyuc-t  fort  bien  vn  pro 
pos  lufques  au  bout  )  il  me  demanda  de- 
rechef :  &  quand  doneques  il  eft  mort    à 
qui  eft  tout  Je  bien  qu'il  Jaifie  ?  A  fes  en- 
fans  s'il  en  a  ,  &  au  défaut  d'iceux  à  fes 
frères,  feurs,  ou  plus  prochains  parens. 
Vraiment,  me  du  lors  mon  vieillard 
(nullement -Jourdain)  à  celle  heure  co- 
gnoisieque  vous  autres  ^Matr,  c'eftà 
dire  François,  eftes  de  grands  fols  :  car 
vous  faut  il  tant  trauailler  à  paffer  lamer 
jur  laquelle  (comme  vous  nous  dites  e- 
ftans  arriuez  par  deçai  vous  endurez  tant 
de  maux  ,  pour  amaffer  des  riçheffes  ou  à 
vos  enfans,  ou  à  ceux  qui  furuiuenta- 
presvous?  La  terre  qui  vous  a  nourris 
Smmc,    "  efteilepas  aufsi  fufh'fate  pourles  nour 

;:;t &  T  Nrs  a,urns(f dioufta  il)des  pare"s^ 

Pbijofipk*  dcs  enrans,Ielquels, comme  tu  vois,nouc 

JÊSS  127  f  Chenfl0n,s:ma's  P"«  que  nous 
r4««i».  nous  apurons  qu'après  noftre  mort, la 
terre  qui  nous  a  nourris  les  nourrira, 
/ans  nous  en  foucier  autrement  ,  nous 
nous  repofons  fur  cela.Voila  fommaire- 
ment  &auvrayle  difeours  quei'ay  en- 
tendu 


PE  rl'AMERIQVÏ.  Ï0$ 

tendu  de  la  bouche  dvn  panure  Saunage 
Ameriquain. Partant  outre  que  celte  n '  /e 

tion,  que  nous  eft.mons  tant  barbare,  fe 
So^l  bonne  grace  de  ceux  qu,"    ^Z 
eer  de  leur  vie  paflent  la  mer  poui  aUr, 
ge,  aetui        ARrefiiafin  de  s'enrichir,- ?«»«" 
auerir  du  bois  aenreiuduii  u>-  Jm .  atm_ 

"  a1h.«p  -meuble  qu'elle  foit  attri-  tws<  pto 

encores  qlquc  aueu&»c  u ,  A&ë*uf«t* 
buant  plus  à  nature  &  a  la  fertilité  de  la  ^ 

terre  que  nous  ne  faifons  a  la  puiffanceSc 
tene  qae  f  j  en  iU_  «/«./^ 

crouidencede  iJieu,  ieicuv.i    v  ,„uproM- 

Lment  contre  les  rapineurs,  portans  le         /e 
fkre  de  chreftiés,  dot  la  terre  de  par  deçà  ft» 
eft  aufsiréplie,que  leur  pays  en  eft  vuide 
quant  a  fes  naturels  habitans.  Et  peuft  a 

Dicu,fuyuât  ce  que  .'ay  dit  que  nos  T  «- 
L«;w/.0^,haiftent  morte^mentles 

a/ancieux,qu  afin  qu'ils  fermffetdeua  de 
Demons  &de  furies  pour  tourmeter  nos 
gouffres  infatiables  tqui  n'ayas  ïama.s  af 
fezdebiés  ,  ne  fonticique  fuccerlefang 
des  autres  ils  fuffent  tous  cofinez  parmi 
eux.  Il  falloit  qu'a  noftre  grande  honte, 
&  pour  iuftmer  nos  Saunages  du  peu  de 
foin  qu'ils  ontdes  chofes  de  ce  modeie  hf 
feceftedigrefsiCenleurraueur.Aquoyce     ^ 

me  féblefencor  bië  a  propos,  le  pourrav      ft< - 
adionfter  ce  que  lhiftorié  des  Indes  a  ef  ^Ind. 
critd'vne  certaine  natiô  de  Saunages  du  h  4-ch. 
Peru.Carcômeil  dit  voyas  ducomecemet  irf 
les  Efpaenols  roder  en  ce  pays  la  :  ne  les 
youlâs  receuoir  (tant  parce  qu'ils  eftoyet 

N   4 


_ 


SOO  HISTOIRE 

barbus,queles  voyâs  ainfi  fi  bragards  & 
mignons  ils  craignoyent  qu'ils  ne  les  cor 
H,,„i,  romPlfl«"  &changcaffent  leurs  ancien, 
«,$*H*  nes  coultumesj  Içs  appeloyent  efcume  de 
ï2Zr  h  *f'»f»M  ûai  pères  ,  hommes  fans  re- 
pos qu,  ne  fe  peuueht  arrêter  en  aucun 
lieu  pourculduer  la  terre  afin  d'auoirà 
manger. 

«9*»»»     ,  Pouf%«ant  donçques  à  parler  des 
pfiru,  arbres  de  celle  terre  d'Amérique,  ilsy 
»»er,  en   tfouu^dc  quatre  ou  cinq  fortes  de  Pali 
fimri,.  miers,dont  entre  les  plus  communs  font 
vn  nomme' par  les  Sauuages  gérai,  &  vn 
r«  *rbrf  autr e  Yr*:  mais  comme  ni  aux  vns  ni  aux 
Vfifrm  autres  ie  nay  iamais  vcu  de  Dattes,aùfsi 
croyIe  qu'ils  n'en  produifentpomt.  Biâ 
eft  vray  que  /Tri porte  vn  froït  rôd  com 
me  petites  prunes  ferrées  &  arreneees 
•      cnfemble  ,  ainfi  que  vous  diriez  vn  bien 
gros  raifinrtellemem  que  ceft  tant  qu'v« 

homepeutleuerd'vnemainrmaisilnya 

que  Je  noyau,  qui  n'eftpas  plus.gros  que 

celuy  d  vne  cerne ,  qui  en  fort  bon.  Da- 

jw™,  uantage  il  y  a  aufsi  vn  tendron  blanc  cn- 

deshZs  trclesfueiJJesdelacime  des  icunes  Pal- 

tjm*,   miers,  lequel  nous  coupions  pour  man- 

bons  cent, ,  __       a.     1  :  r'  •     ,        r  i'  "V         "UIl- 

«»*«■*.  pCi-&  dl'oitle  fieurduPont.  quieftoit 
mMk,      fuiet  aux  hémorroïdes  que  cela  y  eftoit 
bon  :  dequoyieme  rapporte  aux  Méde- 
cins. 

Vn  autre  arbre  que  les  Sauuages  appe-     : 

ient 


DE     i'AMERTOVE.  iOl  " 

lent  Jïri,  lequel,  biea  qu'il  ait  les  fueil-  ^ 
IL  corne  le  Palmier,  qu'il  torglf  g*£ 
à  lentour  d'efpines  ,  aufsi  deilices  &  pic-  ^^<àr 
quantes  qu'efguilles,  qu'  il  porte  iuisi  »n;„/»*. , 
fruit  de  .Moyenne  grofleùr  dans  lequel  fe 
trouue  vn  noyau  blanc  comme  neigc.qui 
toutesfois  n'eftpas  bon  à  mâger,eit  «eat- 
moins  à  mon  aduis  vne  efpcce  dhebene: 
car  outre  ce  qu'il  eft  noir,  &  que  les  Sau- 
nages àcaufe  de  fa  durté  en  tont  leurs  ef- 
pees  &  maffues  de  bois  :  voire  vne  partie 
Se  leurs  flefehes  ,  lefquelles  iedefcriray 
quand  ie  parleray  de  leurs  guerres,eitant 
fort  poli  &  luyfant  quâd  il  eft  mis  en  be- 
fongne ,  encores  eft  il  fi  pefant  que  li  on 
le  met  en  l'eau,  il  ira  au  fond. 

Au  relfe  ,  &  auant  que  palier  plus  ou- 
tre, il  fe  trouue  de  beaucoup  de  fortes  de 
bois  de  couleur  en  cefte  terre  d'Ameri- 
que,dont  ie  ne  fcay  pas  tous  les  noms  des 
arbres.Entre  les  autres,i'en  ay  veu  d  auf-  **££ 
fi  îaunes  que  Buis,  de  naturellement  vio-  blancs& 
lets  ,  dont  i'auois  apporté  quelques  rei-  «w». 
gles  en  France,  de  blancs  comme  papier: 
d'autres  fortes  de  rouges  que  le  Brefil, 
dequoy  les  Sauuages  font  aufsi  des  ci-, 
pees  de  bois  &  des  arcs  .  Vn  autre  qu'ils 
nomment  Copa-u,  lequel  outre  que  fur  le  q^ 
piedilrefemble  aucunement  au  Noyer,  «£«*P 
fins  porter  noix  toutesfois,  encores  les  £*,£'£ 
jtis  comme  i'ay  veu ,  en  eftant  mis  en  be- 


2oa  HISTOIRE 

fongneen  meuble  de  bois ,  ont  Ja  mefme 
5::f"^Veinc-  ^mblablemcntils'ei,  trouueau 
Kiftfeur  cu"s  oui  ont  les  fueilJes  plus  efpeffesque 
îfZTJf  Je*°n!  d'«trcs  lesayan.  larges  de 
/««  %,.  PIf  d  &  demi:  &  deplufieurs  autres  efpe- 

ces  qui  feroyent  longues  a  reciter  par  Je 

menu. 


moi,  ^        Mais  fut  tout  ie  diray  qu'il  y  a  vn  ar- 

& àt  rrC  C"  Ct?*P  ,à',cq.uel  auec  »  beauté  Cet 
il  mei  ueilleulement  bon  ,  que  quand  les 
menuifierslechapotoyent  ou  rabotcyëc 
fi  nous  en  prenions  des  coupeaux  ou  des 
buchilles  en  Ja  main*  nous  auiôs  Ja.vraye 
lenteur  d'vne  franche  rofe.  D'autre  au 
contraire  que  les  Sauuages  appelent  a^_ 
Muai  ou-ai  qui  put  &  fent  fi  forties  aulx  ,  que 
SK  flon  Ic  co^  >  ou  qu'on  en  mette  au  féu, 
w««.  on  ne  peut  durer  auprès  .    Ce  dernier  a 
prefquesles  fueilJes  comme   celles  d'vn 
pommier:  mais  au  refte  fon  fruit  (  lequel 
eft  aucunement  de  la  forme   d'vne  cha- 
ftaigne  d'eau)  &  encores  plus  le  noyau 
qui  eft  dedans, font  fi  venimeux  ,  que  qui 
enmangeroit  ilfentiroit  foudain  l'effet 
dVn  vray  poifon  .  Toutesfois  parce  que 
ceft  celuy,  dont  ïay  dit  ailleurs  que  nos 
Amenquains  font  des    fonnettes   pour 
mettre  a  lentour    de  leurs   iambes     ils 
l'ont  en  grande  eftime  a  caufe  de  cela.  Et 
faut  noter  en  ceft  endroit  ,  qu'encore* 

(comme 


DE      L'AMERIQJB*  20J 

{come  nous  verrons  en  ce  chapitre  )  que 

celte  terre  du  Brcfil  produife  beaucoup 

de  bons  &  excellens  fruits,  neantmoins 

il  s'y  trouue  plufieurs  arbres  qui  por-  ^,lu/!tart 

tent  fruits  beaux  a  merueilles,  lé^g&J 

toutcsfois.nefont  pas  bons  a  manger. 

Et  nommément  furie  riuage  de  la  mer £££ 

il  y  a  force  arbrifleaux  qui  portentles  ^^ 

leurs  relfemblans  prefquesanos   poires 

yurees.maistresdâgereuxàmanger.Aut 

fi  les  Sauuages  voyans  les  François  ,  ou 
autres  eftrangers  approcher  de  ces  ar- 
bres pour  cueillir  le  fruit,  leur  difant 
en  leur  langage ypochi ,  c'eft  a  dire  il  n  eft 
pas  bon  ,  les  aduertiffant  de  s'en  donner 
garde. 

Hiuourae  (comme  ie  l'ay  ouy  affermer  tfimfr 
àdcuxieuncs  appôticaires  qui  auoyènt  raue' 
paffé  lamer  auec  nous)  ayant  l^.?*? '<££** 
de  demi  doigt  d'efpais ,  &  affez  p^aifan-     Snmx_ 
te  à  manger,  principalement  venant  frail  ^fm» 
chement  de  deffus  l'arbre  ,  eft  vne  efpe-  <%%? 
cede  Gaiat.    Et  défailles  Sauuages  en  *„>»*»« 
vfent  contre  vne  maladie  qu'ils   nom-  Vum» 
ment  T^w,laquelle,comme  ie  diray  ail- 
ieurs,eft  aufsi  dangereufe  qu'eft  la  grofte 
vérole  par  deçà. 

L'arbre  que  les  Sauuages  appeler  Çho~ 
yns  eft  de  moyenne  grâdeur,  a  les  fueilles 


2°4  HISTOIRE 

Choyne  approchantes  de  forme  de  celle  d'vn  Lan 
*rbr,e„:  ner,&  ainfi  vertes:&  porte  vn  fruit  eros 

»«»  frm,  comme  Ja  telle  d  vn  enfin*     Air  A    i    *.- 

gmsïomme  ^  «vu  lisant,  rait  de  la  fa- 

u,.-.  çondvn  ceuf  d'Auftruche  ,  lequel  n  eft 
£7^1'^s;bo»  *  ""nger.Neantmoin*  nos  Ton- 
S^uagc,  oupinambaoults  en  referuans  de  tous  en- 

£i;Jr;nersfnfo^Jeurinftrumentnommé^^ 
«jw      w«idont  iay  ia  fait&  feray  encores  men 
~*~-  uoncomme  aufsi  ta„t  pour  faire  I„  raf- 
les ou  ,1s  bojuen^.qu'autres  vantaux  ils 
en  creufent  &  fendent  par  le  milieu 

Continuant  a  parler  des  arb'res,  il  s'en 
trouuevn  que  les  Sauuages notmnentS*- 
Sabau-  hiverne-  portant  fon  fnur  plus  eros  que 
taie       les  deux poingts  ,  fait  en  feçô  /vn      \ 

tlt   Jct'dans  Jc<î^l  H  y  a  certains  petits  no- 
/*»«.£  yaux  comme   amendes  ,  &  prefques  de 

Stfte  mefmes  |N*  LVcfte  a^«oirrefcorce 
^./iw°u  coquille  de  ce  fruit,  eft  fort  propre  à 
*VW.  fa.re  vafes  ,  &  penfe  q„e  ce  foit  ce  que 
nous  appelons  noix  d'indes  ,  lefquelles 
après  qu'elles  font  tournées  &  appro- 
priées de  telle  façon  qu'on  veut ,  on  fait 
couftumierement  enchafler  en  argentpar 
deçà.  Aufsmous  eftansen  ce  pays  nar 
Vil.   ,Ja:n  nom"ié  Pierre  Bourdon  ,  excel- 


■   ^ntTourneur^yantVakpiTrrbra;1; 


excellent 


uurneur    vaics    &  autres    vaifleaux ,  tant   de   ces 

mal  ream.   frAiît<    Ar>     C    /  »•  ,♦  . 

fenfide     XrU1tts  de  b*boucate  que  d'autres  bois  de 

ViUe£ag.   couleur,  il  en  fit  prefent  à  VilWaenon 

lequel  les  pnfoit  grandement  :  toutef- 

foi* 


BE    t'A  M  BRIQUE.  205 

fois  le  pauure   homme  en  fut  fi  mal  re~ 
compenfé  parluy  que  (comme  ledjray 
en  fon.  lieu  )  ce  fut  l'vn  de  ceux  qu'il  fait        ( 
noyer  &  fuffoquer  en  mer  àcaufedel'E- 

uangile.  x  1 

11  y  a  au  furplus  vn  arbre  en  ce  pays  la 
lequel  croifthaut  efleuécomme  les  cor-    , 
miers,&  porte  fon  fruit  nomme  Acaiou  }  ^    ^  ;j 
de  la  grofleur  &  figure  d  vn  œuf  de  pou-  ammt  vit 
le.    Ce  fruit  eftant  venu  à  maturité  eft «f£  + 
plus  iaune  qu  vn  coing,  &  au  relie  il  eft  ranger. 
non  feulement  bon  à  manger,  mais  aufsi 
ayant  vn  iùs  vn  peu .  ai.gret ,  &  néant- 
moins  agreableà  la  bouche ,  quand  on  a 
chaut,  ceftéliqueurrefrefchit  fortplai- 
famment:  touteifois  eftant  affez  malaife 
d'abatrededeffusecs  grâds  arbres: nous 
n'en  pouuiôus.gueres  auoir  autrement 
finonque  les  Guenons  montans  deflus 
pour  en  manger  nous  en  faifoyent  tom- 
ber en  grande  quantité. 

rpaco-aireeftvn  arbrifleau  qui  croift  epac£ 
communément  dedix  ou  douze  pieds  de  aire 
haut,  &  quât  a  fa  tige,ebmbien  qu'il  s'en  **,$** 
trouue   qui  l'ont  prefques  aufsi  greffe  "«<"• 
que  la  cuifle  d'vn  homme,tanty  a  qu'elle 
eft  fi  tendre  qu'auee  vne  cfpee  bien  tran-  <?acos 
chante  d'vn  feu!  coup  vous  en  abattrez  gjjgp 
vn.  Quant  a  fon  fruit  que  les  Sauuagcsp^' 
*  nommenttP^iif  efli déplus  de  demipied  Hum. 


20<?  HISTOIRE 

de  long \  de  forme  aflez  reifemblant  à  vfl 
Coucombie>&  ainfi  iaune  quand  il  eft 
ineuntoutesfois  croifîans  vingr  ou  vingt 
cinq  ferrez  tous  enfemble  en  vne  feule 
branche,  nos  Ameriquains  les  cueillans 
par  gros  fioquets  tant  qu'ils  peuuentle- 
uer  dvnemain  jes  emportant  ainfi  eri 
leurs  maifons.   : 

Touchant  la  bonté  de  ce  Fruit,  quand 
il  eft  venu  à  fa  iufte  maturité  ,  &  que 
Ja  peau,  laquelle  feleuetout  anifi  que 
d'vne  figue  frefche  ,  en  eft  oftee  ,  vn  peu 
«Paco     fembIabiement  grumeleux  qu'il  eft,vous 
fru«aya»tàlri!:z  **  Je- mangeant  que  c'eft  aufsi  y- 
goujtàeji-toe  ngue  :  &  de  fait  à  caufedecela  nous 
gu»,        autres  François  nommions  ces  P***/ Fi- 
gues :  vray  eft  qu'ayant  encores  legouft 
plus  doux  &  fauoureux    que  hs  meil- 
leures Figues  de  Marfeilie  qui  fepuif- 
fent  trouuer  ,  il  doit  eftre  tenu  pour  Vvn 
des  beaux  &  bons  fruits  de  cefte  terre 
du  Brefil .    Les  hiftoires  racontent  bien 
que  Caton  retournant  de  Carthage,  ra- 
porta  à  Rome  des  Figues  de  merueil- 
leufe  groffeur,  mais  parce  que  les  an- 
ciens n'ont  fait  aucune  mention  de  cel- 
les dont  ie  parle,  il  eft  vray  femblablc 
que  ce  n'en  eftoyent  pas. 

Au  furplus  les  fueiiles  du  Paco-aire 

font 


DE    L'AMERIQJ^  *°7 

font  de  figures  allez  femblables  à  cel- 
les de  LaLthum  aquaticum,  mais  au 
iefte  CflanPs   de  fi  excefsiue  grandeur , 
que  chac T  a  co.-ne.enr  gJ^U~* 
fix  pieds  de  long ,  &  pi"*  d%£cux"  \tlKttfim 
la  ge,  16  ne  croy  pas   qu'en  1  Europe,        ' 
A'?e,ni   Affriquc:  il    le  trouue  de  $«*«£ 
tandc"&lVlaVS^le^:^qU07. 
lue  ^ve  ouy  affeurer  à  Apoticaire  auoir 
Jeu  vJefueaiç.dePetafites  ivne      lne 

ïvn  quart  de  large,qui  eft  à  d  ,re,ce  fim- 
pie  eftant  tout  rold,  trou  aulnes  &  «roi. 

Laus  de  ^W^^MfS 
ce   pas  approcher  de  celles  de  noitre 

%2ouJ.  il  &  m  m  ^ftan:,ss 

efpefles  à  la  proportion  JMj^g 
deurvains  au  contraire  fort  mmce.SC 

toutesfois  fe  tenans  toujours  toute, 
droites ,  quand  le  vent  eft  vn  peu  im- 
petùeux  (comme  ce  pays  d  Amérique  y 
îft  fort  te  >  n'y  ayant  quela  t.« ?  da 
milieu  de  la  fueille  qui  ouiue  refifter, 
to  le refte alentour  fe  découpe -de te U 
le  façon, que  les  voyans  vn  peu  de  loin 
iL  lUre  vous  ingériez  que.ee  feroyent 
plumes  d'Auftruches. 

Quant  aux  arbres  portans  le  cou- <Atin^tt 
ton  kfquels  croiffent  en  moyenne  hau-^.. 
trar  il  V  en  a  en  abondance  en  cecmmtMii 
fie   terre   du  Brefil:  la  fe»*  vient  cy* 


•io8  HI  STOIRl" 

petite  clbchette  iaune  comme  celle  des 
corgels  ou  citrouilles  de  par  deçà  >mai$ 
quand  lé  fruit  eft  Formé  non  feulement  it 
a  la  "  figure  approchante  de  la  feine  des 
fôfteaux  de  nos  foi  efts >  mais  aufsiquand 
il  eftmeur  , fé  fendant  ainfi  en  quatre,  le 
Àmeni  coton^iu^  'es  Americjuains  -appelët^w 
ni-iou)  enfôrt  par  tourTeaux  ou  floquets* 
fiww,  gros  corne  eiteiir:  lequel  les  femmes  Sau- 
nages fauehthien  amafier  &  filler  pour 
faire  des  lifts  à  h  faço  que  le  les  defpein,- 
dray  ailleurs. 

Dauantâgè^cbmbien  (ainfi  que  i'ay  en- 
tendu) qu^ncierînement  il  n'y  euftni  O- 
rangiers  ,  ni  .Citronniers)  en  celte  terre 
,    ,     d  Amerique,'tant  y  a  néant  m  oins  que  fur 
«i«r^o/  le  rhiage  de  la  mer  ou  les  Portugois  ont 
fes  ora»  fréquenté ,  yen  âyans  planté &  édifié  ,  ils 

ges  &  ci-  \  ,  J'r       \  J 

iroienisA  n  y  lont  pas  ieùlement  grandement  mul- 
nertftte.  tipliez  ,  mais  anfsi  ils  portent  Oranges 
(que  les  Sàuùages  nomrtxçrït'çJW wgouia) 
douces  &  grofies  corne  les  deux  poings, 
&  des  Citrons  encores  plus  gros  &  en 
plus  grand  nombre. 

Touchant  les  Cannés  de  fuccre  5  il  en 

croift  grande  quantité  en  ce  pays  la  :  tou- 

defuccre    tesfois  nous  autres  François  n'ayans  pas 

éJi'efil'  encores5c]ua^  iy  r^olsf  lcs  gens  propres 
ni  les  cho Ces  neceffaires  pour  en  tirer  le 
fuccre  (comme ont  les  Portugaises  lieux 
qu'ils  pofîedent  par  delà)  ainfi  que  i'ay 

ditci 


Cjifanit 

quantité 
de    Cannes 


'annes 
S  mere. 


be  l'amer  i  ay  e.         ^09 
ditcideffus  au  chapitre  neufiemcfurle 
propos  du  bruuage  des  Sauuages  ,  nous 
lesfaifions  feulement  infufer  pour  faire 
de  l'eau  fucree  :  ou  bien  qui  vouloit  en 
fucçoit  &  mangeoit  la  moelle.Sur  lequel 
propos  ie  diray  vne  chofe  qui  en  fera  pof 
fible efmerueiller  plufieurs . Cefl  que  cô->  vinaigre 
tre  la  qualité  du  Sucre,  laquelle  comme  *  £"" 
chacun  fcait ,  eft  fi  douce  que  rien  plus, 
nous  auons  neantmoins  fouuent  expref- 
fémentlaiflfé  enuieillir  &  moifir  des  Can- 
nes de  Sucre,    lefquelles   laiflans   ainfi 
quelque    temps  tremper  dans  l'eau  elle 
s'aigrifîoit  puis  après  de  telle  façon  qu'el 
le  nous  feruoit  de  vinaigre. 

Semblablement  il  y  a  des  endroits  par  ^.. 
les  bois  ou  il  croift  forceRofeaux  &>\ïfc  fiauxdont 
nés  aufsi  greffes  que  la  iambe  dVn  hom-  ^  s-^; 
me:  mais  bien  (  comme  i'ay  dit  du  l^aco-  y9ut  de 
aire)  qu'elles  foyent  fi  tendres  fur  le  pied:  %»  Pfi 
que  d'vn  coup  d'efpee  on  en  coupera  ai- 
fément  vne,  fi  eft-ce  neantmoins  qu'eftâs 
feiches  elles  font  fi  dures,  que  les  Sauua- 
o-es  les  fendans  par  quartiers  &  les  acco- 
modate en  manière  de  lancette  ou  de  lâ~ 
«me  de  ferpent ,  en  font  le  bout  de  leurs 
flefehes  dequoy  ils  arrefteront  vne  befte 
Sauuage  du  premier  coup. 

Le  Maftic  y  vient  aufsi  par  petis  buif- 
fons:lequel  aue.c  vne  infinité  d'autres  her 
bes  &  rieurs  odoriférantes  rend  la  terre 

O 


2-ÏO  HISTOIRE 

de  tresbonne  &  fouefue  fenteur. 

Finalemét  parce  qu'à  l'endroit  ou  nous 
eftions  aflauoir  fous  le  Capricorne,  bien 
qifilyaitdegrâds  tonnerres,  que  les  Sau 
uages  nôment  Toupa^pluyes  vehemetes 
&  de  grands  vents, tant  y  a  que  ni  gelant, 


Terre  < 

tréfile-  .        «-'  .         ~    ~n~  ' J   ~  1~w  ***  5^a«t 

*»W«  *  neigeant,ni  greilant  iamais,&par  confe 


tArhres 

l  ou  fi ours 
rdojtam 

r^Ame- 


'£$?  ^UCiU  lcs  arbrcs  n>  eftans  Point  affaillis 
ru  gaftez  du  froid  &  des  orages  (comme 
font  les  noftrespardeça)  vous  les  verrez 
toufiours,  nô  feulemét  fis  eftre  defpouil 
lez  &  defgarnis  de  leurs  fueilles,  mais 
aufsi  tout  le  16g  de  l'ânee  les  forelîs  font 
aufsi  verdoyantes  qu'eft  le  Laurier  en-no 
r/XT-  ftre  France-  Aufsi  puis  que  ie  fuis  fur  ce 
propos ,  quant  au  mois  de  Decêbre  nous 
auô*  ici  nô  feulemét  les  plus  petits  iours 
mais  aufsi  que  tranciffans  de  froid  nous 
foufflôs  en  nos  doigts,  &  auos  ks  glaçôs 
pendus  au  nez,  c'eft  lors  que  nos  Ameri- 
*piusi.nV  qu^ins,ayâs  Us  ieursplusl6gs,ont  fîgr.âd 
tours  &    chaud  en  leur  pays  que  corne  mes  compa 
*JbiïZf°  §nôs  du  voyage  &  moy  auos  expérimente' 
aumois  de  nous  nous  y  baignios  à  Nfo  cl.  Toutes  fois 
fnTJrl  c5me  ccux  qui  entendent  la  Sphere  peu- 
rit/ue.      uét  comprédre,  ks  iours  n'eftâs  iamais  fi 
Saif^re-lonSsnc  fi  colI^s  fous  lesTropiqucs  que 
perces  fous  nous  les  auons,  en  noftre  climat, ceux 
'  *>.,i.j  qui  y  habitêt  les  ont  non  feulement  plus  l 
efgaux  ,  mais  aufsi  (  quoy  que  les  an- 
ciens ayent  autrement  eftimé  (les  faifons  . 

y  font 


yues. 


d  e5x'ame  ri  qve  in 

y  font  beaucoup  &  fans  '  comparator* 
plus  tempérées..  Ceft  ce  que  l'au^is,  à 
dire  fur  lepiopos  des  arbres  de  la  terre 

duBrcfil.  ?  .- 

Quant  aux  plantes  &, herbes  donne 
veux  aufsi  faire  mention  ,  ie .commence* 
ray  par  celle*;  lesquelles  à  caufe  de  kurs 
fruits  >&  effets  me  femblent  les  plus.ex^ 
ceîlentes.  Premièrement   la  plante  qui 
produit  le  fruit  nomme'  par  ks  Sauuagês  rpUntes 
lAnanaseb  défigure femblable  aux  glai,  #fi*ju* 
euls,&  encores  ,  ayant  les  .fueiljes  vnpeu  ^ 
courbées  &  canelées  tput alentour  y pins 
approchatesde  celles  d^Alpes. Elle  croift  » 
aufsi  non  feulement  emmonctke  com- 
me vn  grand  Chardon',  niais  âufsitfon 
fruit,  qui  eft  de  la  groîleur  d'vn  moyen 
Melôi&de  façon  comméies  Pommesde 
pins5fans  pendre  ny  pancher  d'vn  çofté 
m  d'autre  ,vtét  de  la  propre  forte  de  nos 
Artichaux.    >  ^  "   '  À  j{m~ 

Ces  ananas  au  furplus  ,   eltans  rYe-  ^ 
bus  à  leur  maturité' v  font  de  couleur ;:  de  pluseXfeL 
iauneazuré,  &ontvne  telleodeux  de -fr^A** 
framboife  que   non    feulement    aîlan  t  ^ 
par  les  bois  on  les  fent  de  loin ,  mais    À      m 
aufsi   quanti  leur  gouft  fondans , en  la 
bouche,  '&eftans  naturellement .- fi  doux    -        ^ 
qu'il  nyaconfitures  de  cep^ys  qui  lés  fur 
patfe,  ie  tiês  que  ceille  plus  excell et  fruit 
de  r Amérique  .  Etdefaitmoy-'niefnieen 


2K-  HI'S-TOIRE 

ayant  antresfoisprefTc'teJ ,  dont  i'ay  feit 
r  toi  tir  pies  d>n  verre  de  fuc ,  celle  li- 
queur ne  me  fembloit  pas  moindre  que 
la  maluaifie.Cependant  les  femmes  Sau- 
nages nous  enapportoyentdegrands  pa 
mers  quelles  nomment  Traçons,  auec 
accès  <iWdont  i'ay  ia  fait  mention,  & 
autres  fruits  Iefquels  nousauions  d'ellç* 
pour  vn  peigne  ou  pour  vn  mirouer 

■  Povr  l'efgard  des  Simples. que  cefte  ter 
re  du  Brefil  produit,  il  y  en  a  vn  entre  les 
Tetm  autresque  nosTou-oupnambaoults  nom- 
fimfk de   menti9f««,lequel  croift  vn  peu  plus  haut 
££»  que  noftre  grade  o2cilIe,a  ks  fueilles  af- 
içz;femblables,  mais  encores  plus  appro 
chantes  de  celles  de  Côfolidamaiorf  Ce- 
tte herbe ,  a  caûfe  de  la  finguliere  vertu 
que  vous  entendrez  qu'elle  a,  eft  en  gran 
de  eftime  entre  les  Sauuages:&  voici  cô 
met  ,1s  en  vfent.  Apres  qu'ils  l'ont  cueil- 
.  ;      ie&  fan  fâcher  par  petites  poignée*  en 
,      leurs  maifons,  ils  en  prennent  quatre  ou 
cinq  fueilles  ,  lefquelies  ils  enuelopent 
;       dans  vne  autre  grand  fueille  d'arbre  en 
?( .  ...  façon  de  cornet  d'efpice. Cela  faitmettas 
TslL Je  (T  V*£  P« "  ^  >P"  le  mettans 

>. .        ■-.  iiniwn   won  «  „^/  J 1  t 


amii  vn  peu  allume  dans  leur  bouche,  ils 


d\hÀ 

mer  la  f  h 
mee  de 
cTeùun. 


en  tirent  la  fumee>la(jiielle,  combien  que 
elle  leur  refTorte  par  les  narines  &  par 
leurs  Ieures  percées  j  ne  JaiflTe  pas  néant- 
moins  de  tellement  les  fubftanter ,  que 
•  princi- 


DE     L'AMERIQUE.  2IJ 

principalement  s'ils  vont. en  guerre,  & 
Le  la  oteefsitc  les  prefix,  ils  feront  ftffta 
ou  qoatie  lours  fans  fe  nourri  d  ****.FtmMjll 
chofe    II  eft  vray  qu'ils  en  vient .encoi es :n>ttu„fHT 
pour  vn  âutrd efgard  :  ear  parce  quexela  ^ 
leur  fait  diftiller  les  humeurs  fuperftue» 
du  cerueau  ,  vous  ne  verriez  gueres  nos 
Brefiliés  fans  auoir  chacun  vn  cornet  de 
cette  herbe  pendu  au  col  :  mefmes  a  tou- 
tes les  minutes&  en  pariant  a  vous  ycete 
leur  feruant  aufsi  décontenance.,  -ils  en 
hument  la  fumeclaquelle,  comme  l'ayu  : 
dit  (eux  reffertas  foudain  la  bduche)  leur. 

refforr  parles  nez,  & .p«  lesievres.,.tei^ 
dues,comme  d>vn  enceafoir.  Neâtmoins 

ie n'en  ay  point  veu  vferaux  femmes  v«5 
ne  fcay  la  raifon  pourquoy  :  mais;  bien 
diray-re ,  qu'ayant  rjioy  méfmes .  expert 
menti  cefte fumee,de<7>«M^i'ayknuque 
elle .raffafie  &  gârdetbien  d'auoir  faim. 
Au  refte  quoy  qu'on.  af -pek  maintenant 
par  deçà  la  Necocknnc ,ou  herbe  »»l*^ 
Boyne  <?««»>.  tant  s?en  taut  toutestois  ^mtint 
que  ce  foitde  céluy  dont  ie  parle  ,  qu'au  £*£$£ 
contraire5outreque:cesd«ux  plantes  n'ot 
rien  de  commun  ni  en  forme  m  en  pro- 
priété ,  encores  quelque  recherche  que 
i-aye  faite  en  pluueufs  tardins  ou  Ion  ie 
vantoitd'auoir  dufl«*s  itrfques  a  p  relent 
ie  n'en  ay  point  vëu  en  noftre  France  .  tx 
afin  que  celuy  qui;  nous  à  Élit  Me  de  ion 


t/j  tut     de 
choux 


rf-iKPifort 
uonnti  & 
f»  grande 
abondanie 
cni'^4mt 


2I4  HISTOIRE 

Abgoumoife,  qu'il  ditcftrevray  Return 
ne  penfepas  qae  ^  fc  fl        7  TjJJJ 

Am  .  fi  k  «n»!  du  fimple  L.nt  ,1 S 

famfare,!  en  dr  autât  que  «  Ja  Necocié- 
ne.teliement  qu'en  ce  cas  iémefuy  conce- 
de pas  eetqu  "il.  pretend  :  aflàuoirqu'il  ait 
Wrteiepremxerdelagrainede  Penm 
enlace,  ou  a  canfe  du  froit  ,'effime  que 

mak^eraent  cefrmplepourroit  croiftre. 
«?* fcy  *«f„; iKeu. par. aea  *  ae manière  de 

Uxoux5ue  ks,  Sauqages  nomment.  À* 
™-a,dotals  font  qudquefbisdu  potage, 

ierqueJsontJesfoei^saursiJarçes&pfef 
ques  de mefme  forte  q  celles  SSLSftB 
qw  croift  furies  mara,s  Cn  ce  pays  deçà. 
rçjfd  qo.ant  aux  racines  outre  celles  de 
gffiP*?*1  ^-%'Vdefquelles  comme 
Mjduau  neufieme  chapure  les  Sauua* 
gesfont.ide  Ja  farine  ; ils  c«  ont  encores 
d  autres  qu'ilsappeJlent Hmch, lefquek 
ks  .non  feulement  «raflent  en  aufsiWan 
de  abondance  enleur.  terre;  que  font  Je/ 
raws  en  Ljmofin ,  ou  en  Sauoyé  s  mais 
auisi  il  sfeh  treuue  communément  d'auf- 
«  grofles-que-les  deuxporngts    &   lon- 
gues d-v-n  pied  &  dem7  plus"  ou  moins; 
±t  combien.que   les  voyant  arrachées 
hors  de  terre  on  iugeàrt  de  prime  face 
a  la  fembJance, ■  qu'elles  fufient    toute 
dvne     forte:     tant  y    a . néanmoins 

d'au- 


DS     l'AMERIQVE.  2»5 

d'autant  qu'en   cuifant  les  vnes    dene- 
nans  viollettes  comme  certaines  Pafte- 
ZTcs   de   ce  pays ,  les  autres   «ones 
comme   Coins  ,&  les  troiiemes  ban- 
cheaftres^ayopimonquilyen   a  de 
trois  efpeces.    Mais  quoy  qu  il  en    m 
evousPpuis    afleurer  que  quand   el  es 
font  cuites   aux   cendres   ,  jj****** 
ment  celles  qui  iauniffent  ,  qu  elles  ne 
font  pas  mohrs    bonnes  à  manger  que 
les  meilleures  Poires  que    nous  puii- 
fionsauoir.    Quant  à  leurs  fiieillc,  les- 
quelles traifnent  fur  terre  comme  He- 
Sera  terrcftris  ,  elles  font  fort  fcmbja- 
bîé   à  celles  de  Cocômbrç.,ou  des  plus 
laïïes  Efpinars  qui  fe  puinenttrouuer 
paf  deçà  f  non  pas    toutes  fois    quelles 
g*7«  vertes'  car  quant  à    a  couleur 
eîks  tirent  plus  à  celles  de  Vins  Alba. 

Au  refte  parce  qu'elles  ne  portent  point 
de  graines ,  les  femmes  Sauuages  ,  q  ^ 

font  foigneufes  au  pofsible  deles  mul-  s 

tiplier  ,  pour  ce  faire    ne    font    autre  £** 
chofe  (ϕnrc  merueilleufe  en  l'Agricul- 
ture) finoft  d'en  couper  par  petites  pie- 
re      comme  on  fait  icy  les  Carotes  poui 
f    r'efXdes:&femâscye!a  par  les  champs 
elles  ont  au  bout  de  quelques  temps  au- 
tdegro^sracines^H^q^::- 
feme  de  petits  morceaux  .    Touus.ois 
parce  que  c'eft  la  plus  grande  manne  de 


efyece  de 

not f et  te 

dans  terre. 


£16  H    I    ^    T    ft    T    B 

celte  terre  du  Brefil,&  ^ïhns  par  pays 
on  ne  vouprefquc,  autVe  chofef  leS^ 
quelles  vannent  aufsi  pourJa  plufpart 
fans  main  mettre.  popart 

■v        fortCH  SrUUageS'0ntfcmb]abWntvne 
^  °rrte  ie  fnm*  '  H*™*  nomment  ^««fc, 

Si "    aUt"  *******  fiJ^ens,ne 

S font  H  ST  ^Ue,n°ifettes  feWSw! 
ITS  ?I  7aU  d.en,rfm«gouft.  Néant, 
moins  ils  font  de   couleur  grifaftre   & 

Sue  °" tfoc/  ,es  &grain*s,combie» 

que  i  aye  mange  beaucoup  de  fois  de  ce 
£nt ,  ie  confefle  ne  fauofrpas  yj^ 
ierue  &  ne  m'en  fouuienr  pas. 

II  7  a  aufsi  quantité'  de  Poyure  Ion* 
duquel    es  marchans  de  par  deçà  fefe? 
uent  feulement  à  la  tein  Je:  mal  oua„c 
anosSauuages5lepiilant&broyantqaleC 
du  iel,&  appelans  cemeflange LquetAh 
en  vfcnt  côme nous  faifons  3c  fclZ     1 
ble.-nopastoutesfoisqu'ainnouenous 
Ton  en  chair,  poiffon,  ïu  autre]  viande,' 
ils  falent  leurs  morceaux  auant  que  les 
mettre  en  la  bouche  rear  eux  prenansl 
morceau  le  premier  &  à  part.pincêt  "ri. 


Sciure  log 


loquet 

feldes  S  au 
uagvs  &  U 
façon  r  orne 
ils  envfent 


DE      L'AMERIQVE.  21? 

Finalement  il  croi.ft  en  ce  pays  là  vne  c-mm 
forte daufsi  greffes  &  largesFebves  que da_omf 
le  pouce, lefquelles  les  Sauuages  appe-^ 
lent  CommarJa-omfoW.  comme  aufsi  de     fts 
petits  Pois  blancs  &  gris  qu'ils  nop^  ^ 
lommanàa-rmn .   Semblablement  certai-  t£ 
nés  Citrouilles  rondes  nommées  par  mpetitei 
Maurongans  fort  douces  à  manger.         )  /,<,*«. 
Voila,  non  pas  tout  ce  qui  fe  pourroit  Ma» 
dire  des  arbres  ,  Herbes,  &  fruits  de  celle  rongan 
terre  duBrefil,mais  ce  que  i'en  ay  remar-  Or"»"** 
que  durant  enuiron  vn  an  que  i'y  ay  de- 
meuré.Surquoy  ie  diray  pour  concluhon 
que  tout  ainfi  que  i'ay  dit  ci  deuant,qu'll 
n'y  a  belles  à  quatre  pieds,  Oyfeaux,poif 
fons,  ni  Animaux  en  l'Amérique,  qui  en 
tout  &par  tout  foyent  femblables  à  ceux 
que  nous  auons  en  Europe,  qu'aufsi,  fe- 
lon que  i'ayfoigneufement  obferue  al- 
lant &  venant  par   les  bois  &  par   les 
champs  de  ce  pays  là,  exceptées  £°*^ 
herbes:affauoir  du  Pourpier ,  du  banne,  herlM& 
&  de  la  Fougiere  ;  qui  viennent  en  quel-f-^ 
ques  endroits  ,  ie  n'y  ay  veu  arbres,  ner-  excefté 
bes,ni fruits  qui  ne  fuffent différents  des  ;„*£»■ 
noftres.    Partant  toutes  les  fois  quel  ^desMf,tl. 
mage  de  ce  nouueau  môdeque  Dieu  m'a 
fait  voir,  fe  prefentedeuant mes  yeux: 
&  que  ie'confidere  la  ferenité  de  l'air, 
la  diuerfité  des  Animaux  ,  la  variété  des 
oyfeaux ,  la  beauté  des  arbres  &  plantes-, 


2l8  HISTOIRE 

l'excellence  des  fruits  :&  brief  en  general 
les  ncheffes  dont  cefte  terre  du  Brefij  eft 
decorecincontine't  cefte  exclamation  du 
Prophète  au  Pfeau.  104.  me  vient  en  mé- 
moire. 

O  Seigneur  Dieu  quêtes  œimresdiuers 
JontmerueiJleuxparie  monde  vniuers, 
O  que  tu  as  tout  fait  par  grand  façefte 
Bref,Ja  terre  eft  pleine  de  ta  large/Je. 
Ainfi  donques  heureux  les  peuples  qui 

y  habitent  s'ils  cognoiftoy  et  l'A  u&eur  & 
Créateur  de  toutes  ces  chofes  :  maisaii 

lieu  de  cela  ie  vay  entrer  en  des  matières 

qui  monftrcront   combien  ils   en  font 

efloignez. 

GHAP.    XIII I. 

De  la  guerre,  combats ,  hardieffe  &  armes 
des  Saunages. 

O  M  B I E N  que  nosTmou-pi 
«  nambaoults  ToupinenquiH  fuyuât 
>  la  couftume  de  tous  les  autres 
J  Sauuages  habitas  cefte  qua  trie 
me  partie  du  môdclaquelle  en 
latitude  .depuis  ledeftroit  de-  Maeellan 
qui  demeure  parles  cinquante  deere* 
tirant  au  Pole  Autarcique  iufques^aux 
terres  Neuues  ,  qui  font  enuiron  Us  foi- 
xanteau  deçà  du  cofte'  de  noftre  Arfli- 

que 


MB 


£uer 


DE      t'AMBRÏQVÏ.  219 

. ,'.      i  •  L    -       Amérique 

que ,  contient  plus  de  deux  milie  lieues,  rMrtepar 
ayent  guerre  mortelle  contre  pluhéurs  £*£• 
nations  de  ce  pays  la  :  tant  y  a  que  leurs  fo  ,, 
plus  prochains  &  capitaux  ennemis  font  f^'h 
tant  ceux  qu'ils  nomraente^^  que 
les  Portugais  qu'ils  appelentTtfW  leurs 
alliez.-comme  au  réciproque  leldits  Mar 
jrat**  n'en  veulent  pas  feulement  aux  f** 
t«P;»a^W^,maîs  aufsi  aux  François 
leurs  contederez.  Non  pas  quant  a  ces 
Barbares. qu'ils  fe  facentla  guerre  pour  BMfii«»t 
conquérir  les  pays  &  terres  les  vns  des  £*JJ£ 
autres  ,  car  chacun  en  a  plus  qu'il  ne  lu/  „. 
en  faut:  moins  que  les  vainqueurs  preten 
dent^'enrichirdesdefpouilles,  rançons, 
&  armes  des  veincus  >  te  n'eft  pas  di-ie 
tout  cela  qui  les  meine.  Car  comme  eux 
mefmes  confefient  n'eftans  pouhez  d'au- 
ti-eaffeaioneine  de  végef,  chacun  de  Ton 
cofté,fesparés&amisquiparlepafleont 
efte  prins  &  magez,  à  la  façô  que  ie  diray 
au  chap.fuyuant,ils  font  tellemet  achar- 
nez les  vns  à  lencôtre  des  autres,que  qui 
conque  tombe  en  la  main  de  fon  ennemi, 
fans  autre  compolicion^  ilfaiït  qu'il  s'até 
de  d'eftre  ttaitté  de  mefme:c'eft àMire  a(- 
fommé  &  mangé;  Qui  plus  eft,{itofi  que 
la  guerre  eft  vne  fois  déclarée  ë'ntre  quel- 
ques vhes  de  ces  natiôs  ,tous'al!egSs  qu'a 
têdu  que  l'ennemi  qui  a  receu  l'iniure  s'ert 
reffentira  à  iamais  ,  c'eft  trop  lafchemem; 


220 


HI STpIR e 


it  tien ffe-  f hap^  v*n4  °nk  ** 

a  fa  meilleurs  haines  font  tellement  in- 
SSS  "etefCes  <ïu'lls1  ^meurent  perperuele- 
mus.      nmmemnciliibks,  Surquo/on  peut 

ntf,  m*********  Marine  chrefèiçune  pratiquât 
w«»^/*&enfeignentauAio«^i    f  ^  «*T»W 

*"•""     ufe,  „fj  «ftw«  nouueaux  fer- 

^%^!!-n"-'yilemiama^^^e  Oublier  Je* 


tes. 


....         .      .  /   ■       •-■*"  -~***«.  +  o>  sialic  VUDIl 

ces  A.heiAes  vn  courage  de  Tigre,ih  fôt 

en  ce  point  vrais  imitateurs  des  barbares. 

Ox  feon  que  i'ay  veu,  Ja  manière  que 

SSL'S ^*JW ^  "Cnnent  PO'Ws'aflcni- 

Wei  afin  d  aller  en  guerre  eft  telle  :  e'eft, 

Bnfium  combien  qu'ils  n'ayent  entre  eux  &,js  nj 

*,■**  PIC'?U«  aufsi  grands  Seigneurs  lcs  vns 
***»  que  les  autres,. neantmoins- nature  leur 
££"*  ayantappris  queles  vieillards  (quîfon 
appelé, -Veoreroupkheh)  à  caufe  de  l'expé- 
rience du  pane,  doyuenteftre  refpecfe* 
eftans  en  chacun  village  affez  bien  obéis! 
quand  i'occailon  feprefente,  eux  fepou, 
menans  ,-ou  eftans  zÇsls  en  leurs  lias  de 

coutonpendus  en  l'air,eXhortentleS  au- 
tres dé  telle  ou  femblable  façon. 

»ir«p.      •E^omment,diront-il5  parlans  l'vn  a- 

trl-  S"" \ ^m^S  ^'interrompre,  nos  pre- 

*•*•       decefïeurs,  Jelquels  non  llulement  ont  fi 

vaillamment  combatu,  mais  aufsi  fubiu- 

gue  tue  &i3ulgétant.d'ennemisJnous  ont 

ils 


DE    L'AMERIQUE.  MI 

ils  laiffé  l'exemple  que  comme  efféminée 
&  lafches  de  cœur  nous  demeurions  touf 
jours  àla  maifon?  Faudra  il  qu'à  noftrc 
grand  hôte,au  lieu  que  noftre  nation  par 
fe  pafle  a  efté  tellement  craint  &  redou- 
tée de  toutes  les  autres, quelles  n'ont  peu 
fubfîfter  deuant  elle ,  nos  ennemis  ayent 
maintenant  l'honneur  de  nous  venir  cer- 
cher  iufques  au  foyer  ?  Noftre  couardife 
donera-elle  occafion  auxMargaias  &  aux 
Veros~en?aipaic£&  à  di re,à  ces  deux  natiôs 
alliez  qui  ne  valet  rie  )  de  fe  ruer  les  pre- 
miers fur  nous?Puis  celuy  qui  parle  ainU 
claquant  des  mains  fur  tes  efpaules&  fur 
fes  feflcstauecexclamatiô  adiouftera.  Eri 
mai  grima  ToHouPinabaoults  Çonomi  ouafm 
Tan  T^:&c.c*eft  à  dire,noii  non  gens  de 
ma  nationvpuifsâs  &  tresforts  ieunes  ho 
mes,ce  n'eft  pas  ainfi  qu'il  nous  faut  faire* 
pluftoft  nous  difpofans  de  les  aller  trou- 
ver faut-il  que  nons-nous  facions  tous 
tuer  &  manger ,  ou  que  nous^  ayons  ven- 
geance des  noftres. 

Apres  que  ces  harâgues  des  vieillards 
(lefqlles  durerôt  quelquefois  plus  de  fix 
heure$)font  finies,chaçun des  auditeurs, 
qui  en  efeoutant  attentiuement  n'en  au- 
ra pas  perdu  vn  mot ,  fe  fentant  accoura- 
«i  &  auoir,  comme  on  dit,le  cœur  auven 
tre  ,  en  s'aduertiffans  de  village  en  villa- 
ges ,  ne  faudront  point  en  diligence  de 


222,  HISTOIRE 

safîernbler en  grand  nombre,  &  fe  trou- 
uer  au  lieu  qui  leur  aura  efté  afsigné. 
Mais  auant  que  faire  marcher  J  armée  il 
faut  fauoir  quelles  font  ks  armes  de  nos 
Tou-cupinambaoults. 
é     I    Ils  ont  premieremft  leur  Tacapé,  c'eft 

fùdtbou.  Gitans  de  bois  rouge,&  ks  autres  de  bois 
i         noir  ordinairement  longues  de  cinq  à  fix 
pieds:  &  quant  à  leur  façon,  elles  ont  vn 
rond,  ou  oval  au  bout ,  d  enuiron  deux 
paulmes  de  main  de  largeur, lequel  cfp^is 
qu'il  eft  de  plus  dvn  pouce  par  le  milieu, 
eft  fi  bien  apprimé par  les  bords,quC  cela 
(eftatde  bois  dur  &  pefant  comme  Buis) 
Sauuages  tranchant  prefque  comme  vne  coignee, 
furieux    l'ay  opinion  que  deux  des  plus  accor  ts 
Spadafsins  de  par  deçà  fe  trouueroyent 
biê  empefehez  d'auoir  affaire  à  vn  de  nos 
Tornupinambaouîts  eftant  en furie  s'il  en 
auoit  vne  au  poing. 

Secondement  ils  ont  leurs  Arcs  (qu'ils 
*<W  nomment  Or apats)  faits  des  fufdits  bois 
noir  &  rouge,lefquels  font  tellemét plus 
longs  &  plus  forts  que  ceux  que  nous  a- 
uons  par  deça^que  tât  s'en  faut  qu'Vn  ho- 
me Centre  nous  les  peuft  enfôcer,  moins 
en  tirer,  qu'au  contraire  ce  feroit  tout, ce 
qu'il  pourroit  faire  dVn  de  ceux  des  gar- 
çons de  9. ou  io.ans  de  ce  pais  la.  Les  cor- 
des de  ces  Arcs  font  faites  d'vne  herbe 

que 


DE     l'A  M  E  R  I  Qj  E. 


11$ 


que  les  Sauuages  appelent  %«**&£  Z%: 
les  combien  qu'elles  foyet  fortdeihees)  tade[her 
font  neantmoins  fi  fortes  qu'vn  cheual  y  h  *«*, 
tireroit.  Quant  à  leurs  flefches,elles  ont  «^ 
près  d'vnebraffe  de  longueur,&  font  lai- /^««. 
tes  de  trois  pieces  ,  affauoir  le  milieu  de 
Rofcau,&les  deux  autres  parties  de  bois 
noir.lefquellcs  pieces  font  fi  bien  rapor- 
teesjiointes  &  liées  auec  des  petites  pelu 
res  d'Arbres  ,  qu'il  n'eft  paspofsible  de 
mieux.  Au  refte  elles  n'ont  que  deux  em- 
pennons  chacun  d'vn  pied  de  long,  lef- 
quelsCparce  qu'ils  n'vfent  point  de  colle) 
font  aufsi  fort  proprement  liez  auec  du 
fil  de  couton.  Au  bout  d'icelles  ils  met- 
tent aux  vnes,  des  os  pointus,  aux  autres 
la  longueur  de  demi  pied  de  quelque  bois 
de  Cannes  fait  en  façon  de  lancette  Se  pi- 
quant de  mefme  :  &  quelquesfois  le  bout 
d'vne  queue  de  Raye  laquelle  (  comme 
i'ay  dit  quelque  part)  eft  fortvenimeu- 
fc-mefmes  depuis  que  les  François  & 
Portugais  ont  fréquenté  ce  pays  la,  les 
Sauuages  à  leur  imitation  commencent 
d*y  mettre,  finon  vn  fer  de  flefehes ,  pour 
le  moins  vne  pointe  de  clou. 

I'ay  défia  dit  comment  ils  manient 
leurs  Efpees-.mais  quant  à  l'Arc,  ceux 
qui  les  ont  veus  en  befongne  diront 
auec  moy,  que,  fans   brafiards  ,  ains 


224  HISTOIRE 

tous  nuds  qu'ils  font ,  ils  les  enfoncent 

amtri-    tellement ,  tirent  li  droit  &  fi  foudaine- 

çMtnsex-  ment,qae  n'en  defplaife  aux  Anglois(efti 

"ktn.  "*' mcz  neantrnoins  fi  bonsArchersjnos  Sau 

uages  tenans  leurs  troufleaux  deflefehes 

en  la  main  dequoy  ils  tiennentl'Arc  ,  en 

auront  pluftofï  enuoyé  vue  douzaine  que 

eux  fix. 

Finalement  ils  ont  leurs  rondelles,  fai 
tes  du  dos  du  cuir  fee  &  efpais  deceft  a- 
faLal*  nimal  qu'ils  nôment  Tapiroujfou  (duquel 
mtrfec.  i'ay  parle  ci  deffusj&  de  façon  larges^ron 
des  &  plates  comme  le  fond  d'vn  tabou- 
rin  d'Alemand.  Vray  eft  que  quand  ils 
viennent  aux  mains,  ils  ne  s'en  couurent 
pas  comme  font  les  foldats  de  par  deçà 
des  leursrmais  elles  leur  feruet  pour  fou 
ftenir  les  coups  de  flefehes  de  leurs  enne- 
mis. C'eft  en  fomme  ce  que  nos  Ameri- 
quains  ont  pour  toutes  armes:  car  au  de- 
meurant tant  s'en  faut  qu'ils  fe  couurent 
le  corps  de  chofe  quelle  qu'elle  foit ,  que 
au  contraire(horsmis  leurs  bonnets, bra- 
celets &  courts  habillemens  de  plumes 
dont  ils  fe  parent)  s'ils  auoyent  feulemêt 
les  Sau-   veftu  vnechemife  quand  ils  vont  au  com 

uages    com  ,  „.  *  .  r  1  • 

bAtitnuds.  bat.,  eftimans  que  cela  les  empefchcroit 

de  fe  bien  manier,ils  la  defpouilleroyét. 

Et  afin  queie  paracheue  ce  que  i'ayà 

dire  fur  ce  propos,  fi  nous  leur  baillions 

des  cfpees  trenchantes(comme  ie  fis  pre- 

fent 


DE     l'AMEKIQVE.  225 

Tent  dVne  des  miennes  à  vn  bô  vieillard)  ESpeea  rri 
iettans  incontinent  qu'ils  les  auoyent  chaut  pen. 
les  fourreaux  r  comme  ils  font  auisi  les  des  Saum 
gaines  des  coufteaux  qu'on  leur  baille,  gespourie 

V,  '1  i  ■    L  *  .'•?/*      \    1  :     combat» 

ils  prenoyent  plus  deplailir  a  les  voir 
treiluire  du  commencement,  ou  d'en  cou 
per  des  brâches  de  bois,qu'iIs  ne  les  efti- 
moyent  propres  pour  combatre  .  Et  à  la 
venté  aufsi, felon  ce  que  i'ay  dit  qu'ils  fa 
uent  tant  bien  manier  les  leurs,elles  font 
plus  dangereufes. 

Au  furplus  nous  autres  ,  ayans  aufsi 
porté  par  delà  quelque  nombre  d  harque 
buzes  de  léger  pris  pour -trafiquer  auec  ^^ 
euxti'en  ay  veu  qui  s'en  fcauoyent  fi  bien  de  trots 
aider  ,  qu'eftans  trois  à  en  tirer,  vne,  i'vn  s**»*g" 
la  tenoit,  l'autre  prenoit  vilee,  &  1  autre  haqucbuu. 
mettoit  le  feu:  &  au  refte  parce  qu'ils 
chargeoyent  le  canon  iufquesau  bout, 
n'euft  efté  qu'aulieu  de  poudre  fine,nou$ 
leur  baillions  moitié  de  charbon  broyé, 
il  eft  certain  qu'en  danger  de  fe  tuer,  tout 
fuft  creué  entre  leurs  mains.  A  quoy  il 
faut  que  i'adioufte  qu'encôres  que  du  cu- 
mencement  qu'ils  oyoyent  les  fons  de^gf 
noftre  Artillerie  ,  &  les  harquebuzades  du  fin  d» 
que  nous  tirions  ils  s'en eftonnaflent  au^  c^enJrT 
cunement  :  mefmes  que  voyans  fouuent/w*w^ 
en  leur  prefence  aucuns  d'entre  nous  ab- 
batre  vn  oifeau  de  deflus  vn  arbre  ,  ou 
vne  befte  fauuage  ,  fans  qu'ils  viffent  la 

P 


Sauuages 
defcochans 

roulement 
leurs  arcs. 


Iftofques  a 
quel  nom- 
bre s^ajfem 
blent  les 
Saunages 
&  pour 
yunyleurs 
femmes 
mâchent 
en   guerre. 


Zl6        .  HISTOIRE 

balle  ils  s'en  esbahifient  bien  fort,  tant  j 
a  neantmoins,  qu'ayans  cogneu  l'artifice 
&  difans(comme  il  eft  vrayjqu  auec  leurs 
arcs  ils  auront  pluftoft  delafché  cinq  ou 
fixflefches  qu'on  n'aura  chargé  &  tirévn 
Coup  d  harquebuze  ,  ils  commençoyent 
de  s'affeurer  à  l'encontre.  Que  fi  on  dit  la 
delîus:  voire  mais  l'harquebuze  fait  bien 
plus  grande  faucee:ie  refpond  contre  ce- 
tte obicâ:ion,que  quelques  colets  de  buf- 
fles ,  voire  cotte  de  maille  ,  ou  autres  ar- 
mes (finon  qu'elles  foyent  à  Pefpreuue) 
qu'on  puiffe  auoir,  que  nos  Sauuages 
forts  &  îobuftes  qu'ils  font,tirent  fi  roi- 
dement  qu'ils  tranfperceront  aufsi  bien 
le  corps  d'vn  homme  d'vn  coupdeflef- 
che  ,  qu'vn  autre  fera  d'vne  harquebuza- 
de.  Mais  par  ce  qu'il  euftefté  plus  apro- 
pos de  toucher  ce  point ,  quant  cy  âpres 
le  parleray  deleurs  côbats,afïn  de  ne  con 
fondre  les  matières  plus  auât  ie  vay  met- 
tre nos  Tououpinambaoults  en  campagne 
pour  marcher  contre  leurs  ennemis. 

Eftans  doques,  par  le  moyen  que  vous 
auez  entendu, aflembles  en  nombre  quel- 
ques fois  de  huit  ou  dix  mille  hommes: 
&  mefmes  que  beaucoup  de  fcmmes,non 
pas  pourcombatre  ains  feulement  pour 
porter  les  lias  de  couton  ,  farines  &  aur 
tres  viures  ,  fc  trouuet  auecles  hommes, 
après  que  les  vieillards  qui  par  le  pafle 

ont 


DE      L'A  ME  RIQJZ  £•  lZf 

©nt  le  plus  tué  &  mangé  des  ennemis* 

ont  efté  créez  conducteurs  par  les  autres,  vieillards 

i  *  "     f*  1  crPtZ  con-* 

tous  fe  mettent  en  chemin  fous  leur  con-  ^^ 
duiâe.  Et  quoy  qu'ils  ne  tiennent  ni  râg, 
ni  ordre  en  marchant, -fi  eft-ce  toutesfois 
que  s'ils  vôt  parterre,  outre  que  les  plus 
vaillans  font  toufiours  la  pointe, &qu'ils 
marchent  tous  ferrez  ,  encore  eft-ce  vne  £^ 
chofe  incroyable  de  voir  vne  telle  mul-  fans  ordre 
titude  laquelle,  fans  Marefchal  de  camp  fj°f"f~ 
ni  autre  qui  ordonne  des  logis  pourle  c«»A?«». 
general,  fe  feait  fijbien  accoirunoder,qué 
fans  confufion  vous  les  verrez  toufiours 
prefts  à  marcher* 

Au  furplus  tant  au  defloger  de  leurs 
pays  qu'au  départir  de  chacun  lieu  ou  ils 
feiournent:  afin  d'aduertir  &  tenir  les 
autres  en  ceruelle,il  y  en  a  toufiours  quel 
«nues  vns  qui  auec  des  Cornets  qu'ils  no- 
ment  Inubia  ,  de  la  groffeur  &  longueur  lmyu 
d'vne  demie  pique,mais  par  le  bout  dem  gra,M 
bas  large  d'enuiron  demi  pied  comme  va  <•"**" 
Haubois,fonnent  au  milieu  des  troupes: 
mefmes  aucuns  ont  des  Fifres  &  fleutes  vïgruf* 
faites  des  os  ,  des  bras  &  des  cuiffes  4*£ïï** 
ceux  qui  ont  efté  par  eux  mâgez,  defqueî 
les  pour  s'inciter  d'auâtage  d'en  faire  au- 
tant à  ceux  contre  lefquels  ils  marchent» 
ils  ne  ceffent  de  flageoler  par  les  che- 
mins. Q^ue  s'ils  fe  metttent  par  eau'com- 
me  ils  fontfouuent)coftoyans  toufiours 

P    » 


Y  (rat 

deforce. 


ZZ§  HI.STOIR  8 

la  terre  &  ne  fe  iettans  gueres  en  mer*  ils 
ferengerôtdans  leurs  Barques, qu'ils  ap- 
pellent Ygat  ,  lefquelles  faites  chafeune 
■  d' vile  feule  efcqrfe  d'Arbre  ,  qu'ils  pellet 
du  haut  en  bas,font  neantmoins  fi  gran- 
des que  quarante  ou  cinquante  perfon- 
nés  pcuuent  tenir  dans  vne  d'icelles.  Ain 
■fi- vogans  tout  débouta  leur  mode,auec 
vn  auiron  plat  par  les  deux  bouts,  lequel 
ils  tiennent  par  le  milieu,  ces  Barques 
(plates  qu'elles  font)  n'enfonfas  pas  dans 
l'eau  plus  auant  que  feroit  vn  ais  ,  font 
fort  aifces  a  manier  &  à  conduire.  Vray 
eft  qu'elles  ne  feauroyet  endurer  la  mer 
vn  peu  haute  &  cfmeue  ,  moins  la  tour- 
mente,mais  en  temps  calme  vous  en  ver- 
rez des  fois, quand  nosSauuages  vont  en 
guerre  pi9  de  do. tout  d'vne  flote  lefquel- 
les fe  fuyuâs  près  âpres  vôtfi  vifte  qu'on 
hs  a  incontinent  perdues  de  veue.  Voila 
donc  les  armées  terreftres  &  Nauales  de 
nos  'Toufinenquins  aux  champs  &  en  mer. 
Or  allans  ainfi  ordinairementeercher 
leurs  ennemis  vingt  &  cinq  où  trente 
lieues  loin, quand  ils  approchent  de  leur 
pays, voici  les  premieres  rufes  &  frrata- 
gemes  de  guerre  dont  ils  vfent .  Les  plus 
jtratageme  habiles  &  plus  vaiîlâs  ,  laiffansles  autres 

cfr   guerre  %         r  :  i  i 

entretes     allec  *cs  Kmmes  vne  îoumce  ou  deuxdcr 

sAmnu    yiere  eux  ,  approchas  le  plus  fecrettemét 

qu'ils  peuuet  pour  s'cmbufquer  dans  les 

bois 


Tve*n?er 


"^dle  viU 


p  E      L'A  M  E  R  I  QV  E.  "9" 

bois.d'affecuon  qu'ils  ont  de  furprendrc 
leurs  ennemis,ilsy  demeurerot  tapis  tel, 
le  fois  fera,  plus  de  vingt  quatre  heures. 
Tellement  que  files  autres  font  pnns  au 
defpouruçu,tout  ce  qui  fera  attrape  loit. 

hommes  ,  femmes  ou  enfans  ,  non  ieu^ 

lementfeça  emmené5mais  aùfsi  quant  Us 

feront  de  retour  en  leur  pays,  tuez  ,  mis- 

par  pieces  roftis,  Se  'Boptcane^.   h-tiem- 

font  telles  furprifes  tant  plus  aifces  aiai 

re,quoutre  que  les  villages  (car  de  *&****££ 

iis  n'en  ont  point)  ne  ferment  pas,enco- ?M 

res  n'Ôt  ils  autre  porte  aux  huys  de  leurs; 

maifons (longues  cependant  pour  la  plul 

part  de  quatre  vingt  a  cent  pas*  Se  peicees.  te„  umr 

en  p-lufieurs  endroits) fmô  que lque s hrâ-^ ;^; 

ches  de  Palmier  ou  d'viie  grande^ >hetWTs        s^ 

qu;iïs   appellent    Vpndo  .  •  Bien  eft  a  vraT  'r  „ 
qu'alétourde  quelques  villages  frotiers^^^^ 

des  çnnemiS,lesmieuX  aguerris  y^piantet  ww.«fe 
des  pauxde  Palmier  de  cinqiou  fix  pieds i*  J>  - 
de  haut:&  encores,fur  les  aduenues  des- 
chemins  en  tournoyât,des  chenilles  poin' 
tues  à  Heur  de  terré  :  tellement  que  h  les 
affaillans  penfent  entrer  de  mut  i  comme 
ceft  leur  couftui*)  ceux  de  dedans  qui  la 
uent  les  deftroits  où  ils  peuuêt  aller  fans 

s'offenfer,fortans  deffus  eux, fort  qu'ils 
veullentcombatre  ou  fuirtparee  qu'ils  le 
piquent  bien  fort  les  pieds  vil  en  demeu- 
re ordinairement  fur  la  place» 

P     * 


£futrvson- 
thf  furieu 

ft  Oltl'^Au 

Uur  ejttit 


Cris  &■ 

burttmehs 

apperce- 

uaKsVenne 

rm. 

Ge/tes   <(y 

cts  afprt- 
thanr  i'en- 
mmy. 


Mtnffre 

Jtnts  àts 
prifonttrs 
rtlxngi  \. 


23°  »ISTOlRE 

Que  s'il  aduientgueles  ennemis  foyé*t 
aduerus  les  vns  des  aur.ee    1,,  A        yçt 
«,,,„/•„„„  -       aes  aunes,  Jes  deux  ar- 
mées ierencotrans,on  ne  pourroitcroi 
re  cobien  le  combat  eft  cruel ,  dec"  oy  . 

S^^P^teuriepuispaSàla'v; 
me.  Car  come  vn  autre  François  &  moy 
au    danger  Û  „ous   cufsions    efte'  nrins 
outue,  fur  le  champ  deftre  mfng7Z  d 
f^M^f6fmes  vne  fois  par  cunofite' 
jeeopagner  nos  Saunages,  lors  en  note 
à  enuiron  quatre  mil!  Aômc«,en  vne  ef! 
«touche  oui  fe  fit  rur  Je  riu  age  delà 
-ex  nous  vrfoes  ces  Barbares  fôb'ttre 

fens  ne  S"*  *"'  ë*S  Wne2  &  h°"  * 
iensne/cauroyent  pis  faire. 

_Prem,eremét  quad  nosTououpinU.i^n 

eTc^,,9îart^JieUeaPerwu'ft  ]™ 
ennemis  ils  fepnndrent  à  hurler  de  telle 

fiçon,que  nô  feuWt  ceux  qui  vont  à  la 

çhafle  aux  loups  par  deçàfan?c<Spa£ fon 

cenain  r  P-°ÏÏ tdJbrU"' M"^  pou" 
certain,!  a,rfedat  de  leurs  cris  &deJeurs 

pVa°s  eSd  f^*««  ne  feu^ 
pas  entedu.fct  au  refteà  mefure  qu'ils  ap- 

fa  M      -  "CtS'^endâs  ks  *»*&  menaf 
de spnfonniers  qu,  auoye'tefte'  mandez, 

iÛtventUXSraïCSptîc3ucak>UrcoJ'C'e 
itoit  yn  horreur  de  yoir  leurs  côtenâces. 


232  HlSTOI  RE 

Mais  auioindre,cc  fut  bft  encore  le  pis- 
«r  Û  toft  qu>i]s  furent  j  d  £*#«• 

hes  vo  eufsie    yeu  yne  .  Pfin.t , £ 

ratceîft  efcarmouche  voler  en  lair  aufft 

ST^,  drues  que  mouches.  Q^e  fi  quelques  insj 

*  "»-/7P„:c  "'  comme  furent  plu- 

""•**'*  rs' ,aPrcs  <F  auec  vn  merueilleux  cou 

-«**  rage  ,1s  les  auoyent  arrachées  de  SfJ 
colps,v01reles  rompans  &  comme  chies 
fis  ngrrrdanS  Jes  P— s  à  belles  de  s 
.Is  ne  k]%étpas  pour  cela  tous  navre, 
de  m  me  combat.Surquoy  faut  no. 
ter  que  ces  Amériques  font  û  achar- 

ron,  "  ?UCrrcs>aue  «nt  cu'ih  pour 

ront  remuer  bras&  ïambes  fans  reculer 
ni  tourner  le  dos.ils  combatront  incef- 
famn,ent.Finalcmft  quand  ils  furet  mef- 
£*.*ce  fut  auec  leurs  efpees  de  bois  à 
grands  coups  &  a  deux  mLs  à  ft  dur 
fa^cft^  r^0"' que ^Ui  renc5«o,t  ftr 
Pas  ftuf  COmPag"5  i'nel'enuoyoit 

pas  feulementpar  terrcmaisl'affoaloit 
comme  vn  bœuf.  "mou 

le  ne  touche  point  icy  s'ils  e/Wt  biê 
ou  mal  monte2,car  prefluppofant  f  parce 
W  l'ay  dit  cy  derîus,que  chacû  ft  J  fôu" 
rendra  qu'ils  n'ont  chenaux  ni  Vu  très 
monture, :  en  leur  pays,  tous  eftoyen  & 
vonttounoursàbcauxpiedsfansince 
Partatcob^nqu'eftatpardelai'ayefo" 

went 


DE    i'AMERIQVE.  9f%«Atf« 

uétdefi*éque  nos  Saunages  viffét  des  che  «£-« 
uaux,fieft-ce  que  lors  plus  qu  auparauat  fc  *, 
£?o*haïtois  Jcn  auoiï  vn  bô  entre  jjgj^*, 
iàbes.Etdefaitiecroyques'ilsvoyo^et 

Vn  de  nos  Gédarmes  bien  monte  &  arme 
auec  la  piftole  au  poing  fiufant  bondir  & 
paffader  fon  chenal,  qu'en  voyant  form 
le  feu  dvn  cofté  &  la  fume  de  l'homme  & 
du  cheual  de  l'autrcde  prime  face  ils  pe- 
feroyent  que  ce  fut  Jygnan,ctk  a  dire  le 
diable  en  leur  langage.  Toutefois  quel- 
qu'vn  a  efcrit  vne  chofe  notable  a  ce  pro- 
poser combien  qu'A  ttabalipa  ce  grand^ 
Roy  du  Peru,qui  de  noftre  aage  fut  f**j«*£ 
iugué  parPizane,n  eut  iamais  veu  de  che      4  -du 
uaux,tantyaquoyqu'vn  Capitaine  tf-    î 
pagnol  allant  contre  luy,  par  gentilefle  & 
pour  donner  esbahiffement  aux  Indiens, 

■ïttoufiours  voltiger  le  fien  iufques  a  ce 
qu'il  fut  près  la  perfonne  d'Attabahpa, 
il  fut  fi  aiTeuré  qu'encores  qu'il  fautait  vn 
peu  d'efeume  du  cheual  fur  Ion  vlfage  il 
ne  fit  figne  aucun  de  changeme't:  mais  ht 
commandement  de  tuer  ceux  qui  s  en  e- 
ftoyent  fuis  dedeuant  le  cheual:    choie 
(ditl'hiftorien-qui  fit  eftonnerles  fiens& 
efmerueiUer  les  noftres.  Ainfi  pour  re- 
tourner à  mon  propos,  fi  vous  demandez       » 
maintenante  toy  &  toncompagnon  que 
faifiez  vous  duràntcefte  efcarmouche,ne 
combatte*  vous  pas  auec  les  Sauuages? 


2J4  histoire' 

ierefpond,    pour  n'en  rien   defguifer, 
qu'en  nous  contentans  d'auoir  faitcefte 
premiere  folie  de  nous  eftre  ainfi   ha- 
2ardez  auec  fes  Barbares ,  que  nous  te- 
nafis  à  l'arriére  garde  nous  anions  feu- 
lement lepafletemps  deiuger  des  coups, 
Surquoy  cependant  ie  diray  qu'encorcs 
que  iaye  fouuentesfois  veu  des  armées 
&dela  gendarmerie    tant   de  pied  que 
de    chenal    en  ces  pays  par  deçà  ,  que 
neantmoins  ie   n'ay   iamais  eu  tant  de 
contentement  en  mon  efprit  devoirles 
compagnies  de  gens  de  pied  auec  leurs 
rnorrions  dorez  &  armes  luifantès  y  que 
l'eu  lors  deplaifirde  voir  combatre  ces 
Sauuages  .    Car    outre    le   paffe-temps 
qu'il  y  auoit  de  les  voir  fauter  fiffler  & 
fe  manier  fi  dextremet  &  diligêment,en- 
cores  faifoit  il  merueilleufemêt  bô  voir, 

non  feulement  tant  de  flefehes  auec  leurs 
cam&  grands  empennons  de  plumes  rouges 
fiëfchesdes  bleues, incarnates, vertes  &  autres,  voler 
dZTelde  CU  rairParmi  ,cs  rayons  du  Soleil  qui  les. 
fames,    'feifoit'eftincellenmais  aufsi  tantderob- 

bes,  bonnets  ,  bracelets  &  autres  baga-. 

ges  faits  aufsi  de  ces  plumes  de  couleurs 

naitucs     dont     les     Sauuages    citoyen  t. 

veflus. 

Or  en  fin  après  que  cefte  efearmou- 

checut  duré  cnuiron    trois  heures  ,  & 

que    d'vnc   part    &  d'autre  il   y  en    eut 

beau- 


DE    L'A  ME  RI  QVE.  *35 

Wucoup  de   bieiïez,  voire  aucuns  |M 
mourez  fur  la  place,  nos  1  omufinam- 
faults,  ayans  pnns  plus  de  trente  Mar- 
rams hommes  &  femmes  prifonniers  eu- 
rent la  victoire  ..  Partant  encores  que 
nous  deux  François  n'eufsions  lait  au- 
tre chofe  finon  tenans  nos   efpees  nues 
en  la  main  &  tirans  quelques  coups  de 
puftoiles  en  l'air,  donner  courage  a  nos 
«ns.fi-eft-ce  toutesfois,neleur  pouuans 
faire  plus  grand  plaifir  que   d'aller  a  la' 
guerre   auec  eux  ,  qu'ils    ne  laifloyent 
de  tellement  nous  eftimer  pour  cela  que 
du  depuis  les  vieillards  des  villages  ou 
nous  fréquentions  nous  en  ont  touliours 
aimez  davantage. 

Les  prifonniers   doneques    mis  au 
milieu  &  près  de  ceux  qui  les  auoycnt 
prins,, voire  aucuns  hommes  des  plus 
forts  pour  s'en  mieux  alTeurer  liez  &  gar 
rotez  ,  nous  nous  en  retournaimes  con-  \itip.g„ 
tre  noftre  riuiere  de  Genevre ,  aux  enui- ,.„*. 
rons  de  laquelle  habitoyent  nos  Sauua- 
ges.  Mais  encores  ,  parce  que  nous  en 
pouuios  eftre  à  douze  ou  quinze  lieues, 
ne  demandez  pas  fi  en  panant  par  les  vil- 
lages de  nos  alliez  ,  venans  au  deuant  f  ^f 
nous,difans  &  fautâs,auecclaquemes  de-^^, 
mains,&  autres  aplaudiifemens  ils  nous 
çarefToyét.Pour  côclufion  deques  quand 
nous  fufmes  arriuez  àl'édroit  de  noltrc 


235  HI   S  TOI  RE 

Me  mon  compagnon  &  moy  nous  nïmes' 
pafler  dans  vne  Barque  ennoftre  Fort,  & 
les  Saunages  s'en  allèrent  en  terre  ferme,, 
chacun  en  Ton  village. 

Cependant  quelques  Jours  après  que i 
aucuns  de  nos  Tououpmœmbœouks, qui  z- 
uoyent  de  ces  prifonniers  en  leurs  mai-* 
ions  nous  vindrent  voir  en  noftre  Me,, 
rrfaun  fri.eZ  "3u'lJs  furent  far  Villegagnon,&fo 
«b,t^    iicitez  par  les  Truchemens  que  nous  a-." 
f:tFr"  mons>  de  W«"  en  vendre,  il  y  en  eut  vne. 
partie  recouffe  par  nous  d'entre  leurs 
mains  .  Toutefois  ainfi  queiecoenu  en 
"     achetant  vne  femme  &  Vn  fien  petit  gar- 
çon qui  n'auoitpas  deux  ans,  lefqueJs  me 
coûtèrent  pour  enuiron  trois  francs  de 
marchandife,  c'eftoit  affez  maugré.  eux- 
car  difoit  celuy  qui  les  me  vendoit  .le  ne 
icay  d'orefenauant  que  s'en  fera,car  def- 
puis  que  Tai-colas  (  entendant  Villega- 
gnon)  eft  venu  par  deçà  ,  nous  ne  man- 
geons pas  la  moitié  de  nos  ennemis.  I© 
penfois  bien  garderie  petit  garçon  pour 
moy  ,  mais  outre  que  Villegagnon  en  me 
tailant  rendre  ma  marchandife  ,  voulut 
tout  auoir  pour  luy,encorcs  y  auoit-il  ce 
laquequadiedifois  àla  mere  quelors  que 
ie  repafferois  la  mer,  ie  le  ramenerois 
par  deçà:  elle  refpondoit  (tant  cefte  na- 
tion a  la  vengeance   enracinée    en  fon 
cœur)  qu'à  caufe  de  l'efperance  qu'elle 

auoit 


DE     L'A  ME  R  I  Oy  E.  237 

auoit  qu'eftant  deuenu  grand  il  pour  roit 
efchaper  &  fe  retirer  auec  les  Margate 
pour  les  venger-,  qu'elle  euft  mieux  aimé 
qu'il  euft  efté  mangé  par  les  Tououpinam- 
bMoului<{M  de  l'efloigner  fi  loin  d'elle. 
Neantmoins  (  comme  i'ay  dit  ci  deuant) 
cnuiron  quatre  mois  après  que  nous  fuf- 
mes  arriuez  en  ce  pays  là,  d'entré  qua- 
rante ou  cinquante  efclaues  quitrauail- 
loyent  en  noftre  Fort  (que nous  anions 
aufsi  achetez  des  Sauuages  nos  allier) 
nous  choififmes  dix  ieunes  garçons,  les- 
quels dans  les  Nauires  qui  reuindrent, 
nous  enuoyafmes  en  Frâcc  au  Roy  Hen~ 
ri  fécond  lors  regnant. 

C  H  A  P.    XV. 

Pomment  les  A  meriquains  traitent  leurs 
prifonniers  prws  en  guerre,  &  les  ceremonies 
qu'ils  ob j[cr uent  tant  a  les  tuer  qu'a  les  magtr. 

!  L  refte  maintenant  de  fça- 
I  uoir  commet  les  prifonniers 
5  prins  en  guerre  font  traitez 
)au  pais  de  leurs  ennemis. In- 
_i  continent   doneques   qu'ils 
font  arriuez,non  feulemët  ils  font  nour-  TraitmU 
tis  des  meilleures  viandes  qu'on  peut^jg^ 
trouuer,  mais  aufsi  on  baille  des  femmes  gunr^ 
aux  hommes  (  &  non  des  maris  aux  fern- 


f£§  H  I  $  ■£  o  I  ft  fi 

mes,  mefmes  celuy  qui  aura  vn  prifW 

KlenneAnntp°>  ^dtfficultldeluy 
ba.ller  fa  fille  ou  fa  feur  en  mariage,  ce£ 
Wd  retiendra  le  traitera  &luy  admi- 
mftrera  tout  ce  qui  luy  fera  ne/dfaire. 
Bref ,  combien  que  fans  aucun  terme  prc 

fix,felonquiScognoiftrontJeshommeS 
ou  bons  chafleurs,  ou  bons  pefcheurs,  & 
les  femmes  propres  à  faire  les  lardins  ou 

a  aller  quenr  des  Huîtres,  ils  les  gardent 
plus  ou  moins  de  temps,  tant  y  a  que fi- 
nalement après  ks  auoir  engraiife*  com 

mepourceauxenrauge,aueciesceremo 
mes  fuy uates  ils  font  affômez  &mange2. 
Premièrement  après  que  tous  ks  viiU 
UtimiU,  gcs  d  alentour  de  celuy  ou  fera  le  orifr,» 
/«„  du  '  ni"  amont  elle  sduertis  du  iour  de  l'exe 
,»/,»*,,.  cution,homes,fémes  &  enfans  y  cftâs  ar 
"Uez  de  toutes  Pars,c'eft  à  dâfer,boire& 
C*»  toute  la  matinee .  Mefmes  celuy 
Trifm„ilr  qui  n  ignore  pas  q  telle  afse'blee  fe  faifât 
VST*  a/on  occafIOn,il  Joit  dire  dds  peu  d ïeu 
*»/?«^  realfommcempIumalTéqu'iJ  fera.tâtsen 

fautât  &  buuat  il  fera  des  plus  ioyeux.Or 
cependant  après  qu'auec  les  autres  il  au- 
ra ainfi  nble  &  chanté  6. ou  7.heures  du- 
rant:deuX  ou  trois  des  plus  eftimez  delà 
troupe  1  empoignans  &  Je  lians  par  le  mi- 
lieu du  corps  auec  des  cordes  de  cotô,ou 
autres  faites  de  l'efeorce  d>„  arbre  que 

ils 


DE     L'AME  RI  QV.E.  i& 

ils  appellent  Y«/W  laquelle  eft  corne  celle 
du  TU  de  par  deçà,  fans  qf  il  face  aucune 
refiftâce,  comblé  qu'on  luy  laifle  les  deux  pAfu^ 
brasàdeliure,il  fera  ainfi  quelque  peu^r 
de  temps  pourmené  en  trophée  parmi  le  ffe^ 
villa-e.Mais  pétez  yousqu'encores  pour 
cela  (ainfi  que  feroyent  les  criminels  par 
deçà  )  il  en  baiffe  la  tefte  ?  rien  moins:  car 
aucôtraire  auec  vne  audace  &  affeurance 
incroyable^  vantant  de  fes  proueffesdu 
oaflé,  il  dira  à  ceux  qui  le  tiennet  lie:  1  ay  uamat% 
rnoy  mefme,vaillant  que  ic  fuis,  prenne-  «gw. 
rement  lié  &  garroté  vos  parens  :  puis  en  f*~ 
s'exaltant  toufiours  de  plus  en  plus,auec 
Yne  contenace  de  mefme,  fe  tournant  de 
eofté  &  d'autre  il  dira  à  i'vri^ay  mage  de 
to  père:  à  l'autre  i'ay  aflbmme  &  "Bmca/té 
tes  frcres:bi ef,dira-il,  i'ay  en  general  tat 
mangé  d'hommes  &de  femmes,voiredes 
cnfans,de  vous  autres  Tououfmambaoults 
que  i'ay  prins  en  guerre  que  le  n'en  lay  le 
nombre:&  au  refte  ne  doutez  pas  que  les 
Marrai*  de  la  nation  dont  ie  fuis  pour 
veneer  ma  mort  n'en  mangét  encores  cy     . 
après  autant  qu'ils  en  pourront  attra- 

P  Finalemê't  après  qu'il  aura  çfté  ainfi  ex 
pofé  à  la  veue  d'vn  chacÛ,  les  deux  Sauua 
ses  qui  le  tiénet  lié  s'efloignâtde  luy  1  va 
!  dextre  &  l'autreà  feneftre  d'éuirÔ  trois 
braffes,tenàs  neltmoinsvn  chacu  le  bouc 


240  HISTOIRE 

de  fa  corde  qui  eft  de  mefme  longueur» 
tirent  lors  fi  fer  m  émet  queleprifonnier 
faificôrneTay  dit,par  le  milieu  du  corps, 
eftanrarrefté  tout  court ,  nepeut  aller  ni 
*prif6nier  venir  de  collé  ni  d'autre. La  deflus  on  luy 
tourtje    apporte  des  pierres  &  des  teclz  de  vieux 
vegeanat  pQts  cafTez  ,  ou  de  tous  les  deux  enfem- 
3  bie:  pins  les  deux  tenans  les  cordes, de 

peur  d'eflrebleffez,  s'eftans  couuerts  cha 
.  cund'vne  de  ces  rondelles  de  la  peau  du- 
Tapiroujfou  dont  i'ay  parle  ailleurs,  luy  di 
fent  :  venge  toy  auant  que  mourir:  telle- 
ment que  iettant  &  ruant  fort  &  ferme 
contre  ceux  qui  font  aflemblez  alentour 
de  luy  ,  quelquesfois  en  nombre  de  trois 
ou  quatre  mille  perfonnes ,  ne  demandez 
pas  s'il  y  en  a  de  marquez  :  &  de  fait  ie  vi 
vn  iour  en  vn  village  nomme  Sarigoy,  vn 
prifonnier  qui  de  celle  façon   donna  iî 
grand  coup  de  pierre  contre  la  iambe  d'v 
ne  femme  que  iepenfois  qu'il  luy  euftrô 
pue.  Or  les  pierres,  &  tout  ce  qu'en  fe 
baiffantila  peu  ramafler  auprès  de  foy, 
iufques  aux  mottes  déterre  eftans  fail* 
lies  ,  celuy  qui  doit  faire  le  coup  ne  s  'e~ 
liant  point  monftré  tout  ce  iour  là  ,  for* 
tant  d'vne  maifon  auec  vne  de  ces  gran- 
des efpees  de  bois  au  poing,  richement 
decoree,de  beaux  &  cxccllens  plumages, 
comme  aufsi  luy  en  a  vn  bonnet ,  &  au- 
tres paremens  fur  fon  corps, s'approchât 

lors 


DE    L^AMERiaV^  HX 

ïorsduprifonnier  il  luy  vfe  ordinaire-  ^^ 
ment  de  telles  paroles   .  Nés  tu  pas  de  la  rf«  ag- 
nation nommée  ^drgatas  qui  nous^eft^^ 
ennemie?  &  iras  tu  pas  toy  mefme  tue  &  V'Udoit 
mâgé  de  nos  parens  &  arnis?Luy  plus  a£  a&m7ner° 
feuré  que  iarnais  refpond  en  fbn  langage 
{tzï\z$dMœrgMœs&   les    TvnpznèmqMns 
s'entendent)  Pay  chetan  tan^aioHcaatoupa^ 
«/•  c'efta  dire  ouyie  fuis  tresfort  &  en 
ay  voirement  tué  plùfieurs.Puis  auec  ex- 
clamatiô  &  pour  faire  plus  de  defpit  à  fes 
ennemis  mettatfes  mains  far  fa  tefk  ils'ef 
crie:  ô  que  iene  m7y  fuis  pas  feint  ô  com 
bien  i^y  cfté  haïdy  à  aiTaillir  &  àprendre 
de  vos  gens,  dequoy^aj  tant  &  tant  de 
fois  mangéyà  autres  propos  femblables 
^u'il  àdioufte.  Pour  eefte  caufe  aufsr5luy 
eir^l'autre^nous  te  te dans  mainteeanten 
noftre  puirîancé  tu  leras  preferitenient 
tué  par  moy,puis  mangé  de  tous  nous  au 
tres»Ëtbien  refpond  M  encoretaùftirefo  Jfg 
lu  d'eftreaiTommépour  fa  nation  que  Kefe  dH  fHlk 
gulus  fut  cpnftât  a  endurer  la  mort  pour  £>££* 
fa  république  Romaine)   mes  parens  me  nuiemSnn 
vengerorit  àufsi.Sùrquojr  pour  monftret  6  *»*. 
qu'encores  que-ces  nations  barbares  crai 
gnent  fort  la  mort  naturelle  ,     néant* 
moins  tels  prifbnniers  Veftimans  heu- 
reux de  mourir  ainfi  publiquement  au 
milieu  deleurs  ennemis  ne  Ven  foucient 
lîuliemét,  i'alegueray  ceft  exemple.  M' e* 


■klJçZ  HI  STOIRE 

fiant vn  iour  trouué  inopinément  en  vn 

village  de  la  grande  Ifie  nommé Tiraui* 

-         4qh  pu  il  y  auon  vne   femme  prifonniere 

toute  pi  efte  deftre  tuee^en  m'approchât 

Exemple  4  eMc "&P°i?r  m'aecômoder  àfon  jangage 

d'vnepri.  J^y,  difant  ^qu'eiie  fe  recommâdaft  à  TW- 

^mefpri}^^  ne.yempas  di-j 

m  mon.    jrq:X3ieur^ihs  ie  tonerre)  ci  qu'elle  le  priaû 

^nftque  ieluy  errleignerois:  pour  toute 

a-efpoiîcehoçb^ntla  tefte  &  ie  moquant 

;dè  moy  me  dit:  que,me  bailleras-tu  &  ie 

^feray  ainfi  quetu  4|^rr  A'9?oy  ^uï  £Ç]?}&5 
:q\*ar(t  ;  poure  mi [érable  il  ne  te  faudra 
«ta^toft  plus  rien  en  ce  monde  ?&  par^ 
4ân*tpuis  que  *  tu  crois  l'ame  immor  tellç 
£çe  qu'eux  tous  comme  ie  diray  au  cha- 
pitre fuyuant  confeilen.tfpenfe  que  c  eût 
qu'elle  deuiendra  après  ta  mort  ;  marg 
elle  s'ea  riant  derechef  mourut  &  futak- 
j^m^^c^eceftefaçon..  r 
*V\ ■■■';"  .?A|^>pp^^ continuer  ce  proposf 
* n  ;~    après  k es  ,c ont  e  fta tio  n s  ,  &  le  pi us  fq u-» 
tient  parlansencorcs  X'vn  à  Tautre  ,  çe~ 
luy  qui  eft  la  tout  preft  pour  faire  ce  maf 
facile  vleuant  fa  maifue  de  bo^s  à  deux 
rnarins,  donne  du  rondeau  qui  eft  au  bout 
défi    grande  force-fur la  telle  du  pourç 
prifonnier,lque  toutainfi  que  les  bou- 
tué  fétr    chers  .adornment  les  bœufs  par  deçà  i  en 
terrée     ay,Veu   du  premier   coup  tomber  tout 
premier     roxde  ;ô>ort ,  fans,  remuer  puis  après  ne 
t9Ut-  bras 


DE     L*  A  M  E  It  I  QJ  E*  1^3 

bras  rie  iambe.  Vray  eft  qu  eftant  eften- 
du  par  terre  à  caufe  des  nerfs  &  du  fang 
qui  fe  retire  on  les  voit  vn  peu  formil- 
1er  &  trembler:  mais neantmoins  ceux 
qui  font  l'exécution  frappent  ordinai- 
rement fi  droit  fur  le  teét  de  la  telle  , 
voire  fauent  fi  bien  choifir  derrière  l'o- 
reille,  que  (  fans  qu'il  en  forte  gtieres 
de  fang)  pour  leur  ofter  la  vie  ils  n'y  re- 
tournent pas  deux  fois.  Aufsi  eft-ce  la 
façon  de  parler  de  ce  pays  là,  laquelle^  ^ 
nos  François  auoyentdefia  en  la  bouche,  'Barbares 
qu'au  lieu  que  les  foldats  &  autres  en  ™^Jses 
querellant  pardeçà  difent  maintenant 
Tvn  à  l'autre  ie  te  creuerray  ,  de  dire  à 
celuy  auquel  on  en  veut  ie  te  câfleray 
la  teftç, 

Or  fi  toft  que  le  prifonnier  aura 
cfté  ainfi  tué  ,  s'il  auoit  vne  femme, 
(comme  i'aydit  qu'on  endonne  à  quel- 
ques vns  )  elle  fe  mettra  auprès  du 
corps  mort  &fera  quelque  petit  dueik 
ie  di  nommément  petit  dueil5carfuy liant 
vrayement  ce  qu'on  dit  que  fait  le  Cro-  fr^ly/e°pd 
codille:  aflauoir  qu'ayant  tué  vn  hom-f&mme  ^ 
me  il  pleure   auprès   auant  que   de   le prtfonnùr. 

r  I  c\       r  mort. 

manger,   aufsi  après    que  celte  remme 
aura  fait  quelques  tels  quels  regrets,  & 
ietté  quelques  feniteslarmes  fur  fonmari 
mort,  fi  elle  peut  ce  fera  la  premiere  qui 
en  mangera. 


244  HISTOIRE 

Cela  fait  les  autres  fernmesj&principale- 

corpsmort  ment  les  vieillesdefquelles  plus  conuoi- 

dni!r$hau  teu&s  demâger  delà  chair  humaine  que 

dé  coramtles  ieunes,  feruent  de  foliciteurs  enuers 

vncouchon  tQUS  ccux  ^U1  om  jcs  prlf0nniers  pour 

les  faire  viftem et  defpefcher)fe  prefentâs 

auec  de  l'eau  chaude,qu' elles  ont  toute 

prefte,frottent  &  efchaudent  de  telle  fav 

çon  le  corps  mort ,  qu'en  ayât  leué  la  pre 

miere  peau  elles  le  font  aufsi  blanc  quei 

les  cuiîiniers  par  deçà  Font  vn  couchon 

dclaidpreftà  roftir. 

Apres  cela  celuy  duquel  il  efloit  pri- 
fonnier  auec  d'autres, tels, &  autant  qu'il 
corps  du  ]Uy  plaira,  prenans  ce  poure  corps  le  kn 
dront  ce  mettront  h  ioudainemet  en  pie- 
ces, qu'il  n'y  a  boucher  en  ce  pays  icy  qui 
puifle  p'luftoft  defmembrer  vn  Mouton. 
Mais  outre  celatcruaute' plus  queprodigi 
eufe)  tout  ainfi  que  les  Veneurs  par  deçà 
après  qu'ils  ont  pris  vn  Cerf  en  baillét  la 
curée  aux  chiés  courâs,aufsicesBarbàres 
afin  d'inciter  &  acharner  dauantage  leurs 
£»/*»*#«  en  fa  ns,'l  es  prenans  l'vn  après  l'autre  leur 
^-"du  frotent  le  corps  ,  bras  3  cuiiTes  &iambes 
flag  dé*  du  fang  de  leurs  ennemis.  Aurcfte  depuis 
que  les  Chreftiens  ont  fr  Tuente  ce  pays 
là, les  Sauuages  découpent  tant  les  corps 
de  leurs  prifonniers  que  les  Animaux  ce 
autres  viandes  auec  les  coufteaUx  &  fer- 
remens  qu'on  leur  baille  :  Mais  aupara- 

uant 


prif  enter 
fov.daint- 
ment  par 
pteces 


prifinnUri 


DE     ÏAMERIQVE.  245 

uantjcomme  i'ay  entendu  des  vieillards,  Twrr«/ïr 
ils  rfauoycnt  autre  moyen  de  ce  faire,fi-^£ 
nonaueedes  pierres  tranchantes  qu  ils  ^»im- 
accommodoyentàceftvfage.  ^"5' 

Or  toutes  les  pieces  du  corps, mefmes 
lès  trippes  après  eftre  bien  nettoyées,  Chair  du 
font    incontinent  miles  fur  le  Boucan'  lfJle^0U 
auprès    duquel  ,   pendant  que   le  tout  m». 
cuit  ainfi  à  leur  mode,  les  vieilles  fem- 
mes (lefquel les  comme  Tay  dit  appetans 
merueilleufement  de  manger  de  la  chair 
humaine)  eftans  toutes  affemblees  pour 
recueillir  la  graifle  qui  defgoute  le  long 
des  baftons  de  cefte  haute  grille  de  bois, 
exhortans   les  hommes  qu'ils  facent  en 
forte  qu  elles  ayent  toufiours    de  telle 
viande,  en  lefchans  leurs  doigts  difent 
Yguatou:  c'eft  à  dire  ileft  bon.  Voila  don-  vitiUesur 
ques,ainfi  que  Tay  veu,  comment  les  Sau  f^Jplg. 
ua^es  Ameriquains   font  cuire  la  chair  maint. 
de  leurs  prifonniers  prins  en  guerreraffa 
uoir  Boucaner. 

Parquoy,d'autât  que  bien  au  log  ci  def 
fus  au  chap,  des  Animaux, parlant  du  Ta  pag.  153. 
■piroujfou  i'ay  mefme  déclaré  la  façon  du 
"Boucan  ,  pour  obuier  aux  redites,  priant 
les  lecteurs  afin  de  fe  le  mieux  reprefëter 
d'y  auoir  recours, ie  refuteray  iciPerreur 
de  ceux  qui ,  eôme  on  peut  voir  en  leurs 
Cartes  vniuerfelles, nous  ont  nôfeuîemët 
marqué  &:  peintlesSauua^esdelâterredu 

<0 


24^  HISTOIRE 

erreurés  Brefil ,  qui  font  ceux  dont  ie  parle  a  pre- 
Ca-tesmo  fent ,  roftiffans  la  chair  des  hommes  cm- 

prans  les  v  1  1  /•••/» 

«s*****g<*ï   brochée  comme  nous  faifons  les  mem- 
rf^i-ii     bres  de  moutons  &  autres  viandes,  mais 

ebatr  hu-  p  •  r   . 

»«»«  ci»  aulsi  ont  feint  qu  auec  de  grands  Cou- 
^^perctsde  fer  ils  Jes  coupoyent  fur  des 

jons  nos       f  0  .  L      J         , 

\i«nâes.    oancs  ,  ôc  en  pendoyent  &  mettoyent  les 
pieces  en  monftre  ,  comme  font  par  deçà 
les  Bouchers  la  chair  de  beuf.  Tellement 
que  ces  chofes  n'eftans  nonplus  vrayes 
que  le  conte  de  Rabelais  touchant  fon 
Panurge  qui  efchapa  delà  broche  tout 
lardé  &  à  demi  cuit ,  il  eft  aiféà  voir  par 
l'ignorance  de  ceux  qui  font  telles  Car- 
tes, qu'ils  n'ont  iamais  eu  cognoifîance 
des  chofes  qu'ils  mettent  en  auant.  Pour 
confirmation  dequoy  i'adiôufteray ,  que 
outre  la  façon  que  i'ay  dit  que  les  Brefi- 
liens  ont  de  cuire  la  chair  de  leurs  prifon 
niers^encorcs  quand  feftois  en  leurpays 
ignoroyent-ils  tellement  noftre  façon  de 
roftir.que  comme  vn  iour  quelques  mies 
compagnons  &  moy  en  vn  village  ral- 
lions tourner  dans  vnc  broche  de  bois  vi 
ne  Poule  d'Inde,  auec  d'autres  volailles: 
$4*mge^  eux  ferians  &  moquansdenous  ne  vou- 

fe  moquas  \  •  •  •  , 

ite  noftre   Jurent  ïamais  croire  ,  les  voyans  remuer 
wffiriç.   ainfi  incefîamment, qu'elles  puiffent  cui- 
re,uifqucs  à  ce  que  l'expérience  leurmÔ 
lira  du  contraire. 

Reprenant  donc  mon  propos  ,  quand 

la  chair 


DE    L'AMER  I  QVE.  .M7 

U'chaird'vn  prifonnier  ,  ou  dephnleurs 
(car  £  en  tuïnt  quelques  fois  deux  ou 
\l6is  en  vn  iour>eft  ainii  cuire ,  tous  ceux 
quiontafsiftéàvoirh.relemaiTaae^e- 
ftans  derechef  refiouys  a  l'entour  dcsBou 
Ait  auelqneerand  qu'en  foit  le  nombie, 
s'il  eft  pofsible  chacun  en  aura  fon  tto.-  ^Ji:e 
ceau    Et  defeit.Horsmis.ee  quei'ay  dit        wor, 
part  éuheremcntaes  vieilles  femmes,  co^, 
Eicn  que  tous  eonfeffcnt  que  cefte  chair 
humaine  foitmerueilleufement  bonne  SC 
delicate,tant  y  a  neantmoins,  qu  excepte 
la  ceruclle,  &  plus  par  vengeance   que 
pour  le  gouft  &la  nourriture  ,  ils  man- 
gent erttieremét  tout  ce  qui  fe  peut  trou- 
er depuis  les  extremitez  des  orteilsaui- 

ques  aux  ncz.oreilles  &  Commet  de  la  te-  ^^ 
fte    Et  au  furplus  nos  T ou-oupwambaoults  &  dents 
referuans  les  tedz  par  môceaux  en  leurs  %*£ 
villages  ,  comme  on  voit  par  deçà  les  te-  ^  reJir 
ftes  de  morts  es  cimetières  ,  la  premiere  ^ 
chofe  qu'ils  font  quand  les  Fiançois  les 
vont  voir,  c'eft  en  recitant  leurs  vaillan- 
ces, &  en  leur  ir.onftrant  par  trophée  ces 
teftz  ainfidefcharnez,dire  qu'ils  feront 
de  mefme  à  tous  leurs  ennemis.  Sembla- 
blement  ils  ferrent  fort  foigneufemenj 
tant  les  plus  gros  os  des  cuifles  &  des 
bras ,  pour  (comme  i'ay  dit  au  chapitre 
precedenrfeire  des  fleures,  que  les  dents 
lefquelles  ils  arrachent  &  enfilent  en  ta- 


H§  HISTOIRE 

çon  de  patenoftre  les  portans  rourtîIIe.cs 

a  l'entour  de  leur  col     De  mefme  J  hi- 

ftonen  des  Indes,  parlât  de  ceux  de  1  lûç 

h^gen.  de^/^dit  qu'eux  attachant  aux  porter 

des  In d9  de  leurs  maifons  les  teftes  de  ceux  qu'ils 

liu.  ».     tuent  &  facrifîent  ,  en  portent  aufsi  les 

c  f  7J-  dents  pendues  au  col  pour  plus  grandes 

brauades. 

Quant  à  çeïuy  ou  ceux  qui  ont  commis 

ces  meurtres, reputans  cela  à  grand  gloi- 

Çorptiu   re>de'5  *e  m<;foe  iour  qu'ils  auront  fait  le 

t»ajraryeHr  coup, fe  retirons  àparr  ils  fe  feront  non 

SX"?  Clement  incifo  iufques  au  fang,la  poi- 

çtrine,les  brasses  cuiffefc,le  gras  des  iam 

bes,&  autres  parties  du  corps:  mais  auf- 

fi  afin  que  cela  paroitfe  toute  leur  vie  ils 

frotter  ces  taillades  de  certaines  mixtios 

&    poudre  noire  qui  ne  fepeut  iamais 

effacer:  tellement  que   tant  plus    qu'ils 

font  ainfi  déchiquetez, tantplus  cognoift 

on  qu'ils  ont  beaucoup  tué  de  prifon- 

piers: &  par  confequet  font  eftimez  plus 

vaïllans  par  les  autres/Ce  que  pour  vcps 

mieux  faire  entendre.encores  que  ci  def- 

fus  au  chapitre  delà  guerre  ï?yeiami$ 

celle  figure  du  Sauuage  déchiqueté, ie 

ypusje  rep  refente  ky  derechef. 


250 


HIST  O.I  R  E 


horrible 
&  nompa 
Veils  cru 
Mité. 


Pour  la  fin  de  cefte  tant  eftrange'TiW 
die.s'il  adulent  que  les  femmes  qu'on  a- 
uoit  baillées  aux    prisonniers     demeu- 
rent grofïcs  d'eux5le$  Sauuages  qui  |nd 
tue  les   pères  allegaans  que  tels  enfinsî 
font  prouenus  de  la  femence  de  leurs  cnJ 
Demis  (chofe  horrible  à  ouyr  ,  &  encoresj 
plus  à  voir)  mangeront  les  vns  incontii 
net  après  qu'ils  feront  naiz,  où  felon  que? 
bôleurfemblera  auant  que  d  en  venir  W 
Jeslaifleront  deucnir  vn  peu  grandets.Et 
non  feulement  ces  Barbares  fe  dele&ent,; 
plus  qu  en  toute  autre  cho/e,  dextermiJ 
ner  ainfi  autant;  qu'il  leur  eft  pofsible  la 
race  de  ceux  contre  lefquels  ils  ont  guer- 
*e(car  les  dJ^l/argaias  font  le  mefme  trai-? 
tementaux  ToHOHpw*mboultsc{vi&ndils  les; 
tiennent)  mais  aufsi  ils  prennent  vn  fin- 
gulierplaifir  de  voir  les  eftrangers  qui 
leur  font  alliez  faire  le  femblable.  Telle- 
ment que  quand  ils  nous  prefentoyent 
de  cefte  chair  humaine  de  leurs  prifon- 
niers  pour  manger,    &  que  nous  en  fai- 
fions  refus  (  ainfi  que  moy  &  beaucoup 
d'autres  des  noftres  ne  noua  eftans  point 
Dieu  merci  tant  oubliez  aucins  tqufiours 
tnul    fait)  il  leur  fembloit  par  cela  que  nousne 
^orman  leurs  fufsions  point/ affez  loyaux.    Sur- 

dis  menas    «.ïa.»  «  tv,AM  ^  J  r    •  «. 

*,W\x-  qiï°y  a  m^n  grand  regret  le  fuis  cotraint 

thajhs      de  reciter,quc  quelques  Truchem ens   de 

Normandie,  qui  auoyent  demeuré  long 

temps 


Truth 
mens 


DE     L'AMERIQVE.  ^5T 

temps  en  ce  pays  là,  pour  s'accommoder 
ITuCnan^vLvJd'Athe^es^ee 

Wluoyent  pas  feulement  entoures  foi- 
ïesdePa1'lard.res&  vilenies  parmy  les 

femme,  &  les  filles,dont  yn  entre  autres 
de  mon  temps  auoit  vn  garçon  aage  d  en 
uuon  trois  ans,mais  aufsi  furpaflant  les 
Sauuaees  en  inhumanité,  l'en  ayouy  qui 
fevantoyentd'auoir  tué  &  mange  des 

«rifonniers.  .         ,  , 

P  Ainfi  continuant  à  defcrire  la  cruauté 
de  nos  romupnamboults  enuers  leurs  en- 
nemis:aduint  pendan    que  nous  eftions 
par  delà,qu'eux  s'eftans  aduifez  qu  il  y  a 
Soit  vn  village  en  la  grande  Me,  dot  i  ay 
parlé  cy  deuât,lequel  eftoit  habite  de  cet 
tains  ^fargataslevrs  ennemis  qui  neat- 
moins  s'eftoyent  rédus  à  eux  dés  que  leur 
çuerrecôméça:  affauoirily  auoitenuiro 
vingt  ans:  combien  di-ic  que  depuis  ce 
temps- là  ils  les  euffent  toufiours  laiflez 
'  viureenpaix  parmi  eux  ,  tant  y  a  qu  vn 
iour  en  beuuant  &  Caomnant-,  s'accoura- 
geansl'vn  l'autre  &  alieguans,cÔme  i  ay 
?antoftdit,que  c'eftoyent  gens    iflus  de 
leurs  ennemis  mortels  ils  dehbcreret  de  Df[oUtim 
tout  fac^ager.  Et  de  fait  s'eftans  mipue^J 
nuit  à  la  pratique  de  leurs  resolutions,, ,„ 
prenans  fes  poures  gens  au  defpourueu,  ^ 
ils  en  fire-t  vn  tel  carnage  &  vne  telle  bon 
«herie  que  c'eftoit  vJïepitie  nopareille  de 


252  Histoire 

ouir  crier.  Plusieurs  de  nos  F rançois  en 
eftam  aduertis  ,  e„uirorx  mi3mit  ^nk& 
bien  armez  &  s'en  aJJere't  dâs  vne  Barque 
en  grande  diligence  contre  ce  village  qui 
n  eftoit  qu'a  quatre  ou  cinq  lieues  de  no- 
ttre  tort.  Mais  auant  qu'ils  y  fuffent  arri- 
2"?  Sauuages  enragez  &  acharnez 
,  qu  ils  eftoyet  après  la  proye,ayans  mis  le 

ieuauxmaifons  pour  faire  fortir  les  per 
Joi:nes,ils  en  auoye'tia  tant  tuez  quec'e- 
itoit  prefquesfait.Mefmes  i'ouy  affermer 
a  quelques  vns  des  noftres  eftâs  de  retour, 
que  non  feulcmêt  ils  auoyent  veus  en  pie 
ces  &  en  carbônades  plufieurs  homes  & 
Extrme  Ienim«  fur  tesBoucans,mzis  aufsi  que  les 
««**  petits  enfans  à  la  mamelle  y  furent  roftis 
tous  entiers  II  y  en  eut  neantmoins  quel 
que  petit  nôbre  des  grands  qui  s'eftâs  iet 

tez  en  mer, &en  faneur  des  ténèbres  de  la 
nuit  fauuez  à  nage,  fe  vmdrê"t  re'dre  à  no9 
ennoftrc  Me:dôt  cependât  nos  Sauuages 
quelques  lours  après  eftâs  aduertis,erô- 
das  entre  leurs  dens  de  ce  que  nous  I«  re 
tenions  n'en  eftoyet  gueres  conte's.Tou- 
tesfois  après  qu'ils  furent  appaifez  par 
quelques  marchâdifes  qu'on  leur  donna, 
moitié  de  force  &  moitié  de  gré,  ils  les 
laifferent  pour  efclaues  à  Villegagnon 

Vneautresfois  que  quatre  ou  cinq  Fr£ 
çois  &  moy  eftiôs  en  vn  village  delà  mef 
me  grande  Me  nommé  Tiraui-io»  ou  il  y 

auoit 


DE      L'A  M  E  R  I  Q_V  E.  2-53 

auoitvnprifonnier  beau  &pui(Tantieu- 
ne  homme ,  enferre'  de ,  quelques  fers  que 
nos  Sauuages  auoyét  reeouurez  des  Cnre 
ûiens  ,  s'accoftant  de  nous,  il  nous  dit  en 
langage  SomigalquX  car  deux  de  noftre  jj^ 
compagnie parlans  bon  Lfpagnol  1  ente-  ^.^ 
direntbi^nô  qu'il  auoitetee»  Portugal:  j**» 
qu'il  eftoit  chreftiane  :  auoit  eite.  baptize  \êulufme, 
&fe  nommoit  Antoni.Partant  quoy  qu'il  [*»*«. 
fut  Marrai*  de  nation  ,  ayant  toutesfois 
par  cefte  fréquentation  en  autre  pays  au- 
cunement defpouillé  fa  barbarie  ,  jl  nous 
fit  entendre  qu'il  euft  bié  voulu  eftre  de- 
liuré  d'entre  les  mains  de  fe s  ennemis. 
Parquoy,  outre  noftre  deuoir  d'en  re- 
tirer autant  que  nous  pouuions,  ayans 
par  ces  mots  de  Creftiane&d'Antoni  efte 
plus  efmeus  de  compafsion  en  fon  en- 
droit*, l'vn  de  ceux  de  noftre  compagnie 
qui  entédoit  l'Efpagnol,  ferruner  de  fon 
eftat,  luy  dit  qu'il  luy  apporterait  des  te 
lédemain  vne  lime  pour  limer  fesiers;S£ 
partant  qu'incontinent  qu'il  (croit  a  deil 
ureCn'eftât  point  autremet  tenu  de  court) 
pendâtque  nous  amuferions  les  autresde 
paroles  il  Yallaft  cacher  furie  riuage  de 
la  mer  dans  certains  bofcages  que  nous 
luymÔftrafmes-.efquels  en nousenretour 
nas  nous  nefaudriôs  point  de  l'aller  qué- 
rir d'as  noftre  Barque: mefmes  luy  difmes 
quefi  nous  le  pouuions  tenir  en  noltre 


254  HIST  01  R  fi 

Fort,  nous  acorderions  bien  aueccetix 
defquels  il  cûoitprifonnicr.  Lepauur© 
homme  bien  aife  du  moyen  que  nous  lu  y 
prefentions,  en  nous  remerciant,  promit 
qu'il  feroit  tout  ainfi  que  nous  luy  auios 
confeiilé.  Mais  quoy  que  la  canaille  de 
Saunages  n'euft  point  entendu  ce  collo- 
que Je  doutas  bien  ncantrnoins  que  nous 
leur  voulions  enleuer  d'entre  ks  mains, 
déslemefrneiour  que  nous  fufmes  for- 
tis  deleur  village  ,  eux  ayans  feulement 
en  diligence  appelé  leurs  plus  prochains 
voiiins  pour  eftre  fpeerateurs  de  la  mort 
de  leur  prifonnier  ,  il  fut  incontinent  af- 
fommé.  Tellement  que  dés  le  lendemain 
qu'auec  la  lime,feignâs  d'aller  quérir  des 
farines  &  autres  viuïtes  ,  nous  fufmes  re- 
tournez en  ce  village  -.comme  nous  de- 
mandions aux  Sauuages  du  lieu  ou  eftoit 
le  prifonnier  quenous  auions  veu  Je  iour 
precedent,  quelques  vns  nous  menèrent 
en,vnemaifon  ou  nous  viimes  lepauure 
Àntoni  par  pieces  fur  le  "Boucan:  mefmes 
parce  qu'ils  cogneurent  bien  qu'ils  nous 
auoyent  trompez,  en  nous  monftrantla 
telle  ils  en  firent  vne  grande  rifee., 
ri*,?»       ScmblrabJement  n°s  Sauuages  avans 
tugms       *  iour  furpris  deux  Portugalois  dans 
frim&    vne  petite  maifonnette  de  terre ,  ou  ils 
wSauu*  eltoyent  dans  les  boispres  leur  Fort  ap* 
*«■         pelé  Morpion  ,  quoy  qu'ils  fc  defendif- 

fent 


DE     L'A- ME  RIQJfE.  255 

fentyaillammét  depuis  le  matin  iufques 
*u  foir,  mcfmes  qu  après  que  leur  muni- 
tion d  harquebuzes  &  traits  d  arbaieftes 
furent  faillis  ,  ils  fortifient  aueC  chacun 
yne  efpee  a  deux  mains,  dequoy  ils  firent 
vn  tel  efchec  fur  les  alfaillans  que  beau- 
coup furent  tuez  &  autres  bleffez,  tant  y 
iineantmoins,  sopiniaftrans  de  plus  en 
plusauec  refolution  de  fe  faire  piuftoft 
tous  hacher  en  pieces  que  de  fe  retirer 
fW  vaincre,qu'en  rin  ils  prindrét  &  em- 
rnenerét  priionniers  les  deux  Portugais: 
de  la  defpouille  defquels  vn  Sauuage  me 
vendit  quelques  habits  de  buffles  :  com- 
jneaufsi  vnde  nos  Truchemens  eutvn 
plat  d'argent,  qu'ils  auoyent  pille'  aueç 
d'autres  chofes  dans  la  maifon  qui  fut 
forcée,  lequel-,  eux^ignoransla  valeur,ne 
tuycoufta  que  deux  coufteaux.Ainfi  eftâs 
"de  retour  en  leurs  villages  après  que  par 
ignominie  ils  crurent  arradbé  la  barbe  à 
ces  deux  Portugais  ils  les  firent  non  feu- 
lement mourir  cruellement,  mais  aufsi 
parce  que  les  pauures  gens  ainfi  affligez, 
fentans  la  douleur  s'en  plaignoyent,  les 
Sauuages  fe  moquas  d'eux  leur  difoyent. 
Et  cornent?  fera-il  amfi  que  vous-vous 
îoyez  fi  brauementdefendus  &  que  main 
tenant  qu'il  falloit  mourir  auec  honneur 
vous  monftriez  que  vous  n'auez  pas  tant 
de  courage  que  desfemmes?  &  de  cefte 


*55  histoire' 

façon  forent  tuez  &  mâge2  à  leur  mode. 

•le  pourrois  encores  amener  quelques 
autres  femblables  exemples  touchant  la 
cruauté  des  Sauuages  enuers  leurs  enne- 
mis ,  neftoit  qu'il  me  femble  que  ce  que 
i  en  ay  dit  eft  alfez  pour  faire  auoir  hor- 
reur &  drefferles  cheueuxen  la  telle  à  vn 
chacu.  Neatmoins  afin  que  ceux  qui  lirôt 
ces  choies  tant  horribles  exercées  Jour- 
nellement entre  les  nations  Barbares  de 
la  terre  du  Brefil,penfent  aufsi  vn  peu  de 
près  à  ce  qui  fefait-par  deçà  parmi  nous: 

îediray  en  premier  lieu,fur  ceflematiere' 
MM»,   que  fi  on  confidere  à  bon  efeient  ce  qui 

fe,'»  ?***&  Sros  vfuriers  ,  (  fueçans  le  fan? 

H»t*itu,  &  ia  moelle,&  par  confequent  mangeans 

t"-  tous  en  vie  tant  de  vefoes  ,  orphelins  & 
autres  pauures  pérfonnes  aufquels  il  vau 
droit  mieux' couper  la  gorge  tout  d'vn 
coup  que  de  les  faire  ainfi  larigu  m  qu  05 
dira  qu'ils  font  encores  plus  Cruels  que 
les  Sauuages  dont  ie  parle.  Voila  auVsj 
pourquoy le  Prophète  dit ,  que  telles  gés 

JKieL*  e        . hfntJa  Peau'm^ngent  la  chair,  rô- 
fi  pent  &  bnfent  les  os  du  peuple  de  Dieu 

comme  s'ils  les  faifoyent  bouillir  dans  h 
chaudiere.Dauantagefionveut  venir  à 
l'aâion  brutale  de  mâcher  &  mâger  réel- 
lement comme  on  parler  la  chair  humai- 
ne ne  s'ê  cft-il  point  trouuéen  ces  reeioj 
de  par  deçà,voire  mefmes  entre  ceux  qui 

por- 


DE     l'A  M|  R1QVÉ.  tyj 

f  ortët  le  titre'de  Chreftiens,  tât  en  Italie 
ou  ailleurs  ,  iefqueis  ne  seftans  pa's  con- 
tentez d^auoir  fan  cruellement  mourir 
leurs  ennemis, nôt  peu  raffaiîer  leur  cou 
rage  felon  finô  en  mangeant  de  leur  iay  e 
&  de  leur  coeur?  le  m'en  rapporte  aux  hi- 
ftones.Et  fans  aller  plus  loin  en  la  Han-^;,;  u 
ce  quoy  ?  (  ie  fuis  faiché  dele  dire  car  ie  trusté 
Ans  François)  durant  Jafanglante  trage-  \r  Ajjf/e§ 
die  qu^i  commença  à  Paris  le  24.  d  Aou&rB«rb*ris. 
i^dont  ie.n'aççufe  point  ceux  qui  n'en 
font  pas  caufe  V  entre  autres  aâes  hori  1- 
bles  à  raconter  qui  ie  perpétrèrent  lors 
par  tout  le  Royaume5dans  Lionla  graif- 
fe  des  corps  humains  qu^ furent  mafia- 
crez  d'vne  façô plus-barbare  &  plus  cruel 
le  que  celle  des  Sauuagesvapres  élire  re- 
tirez delà  rimere  de5aone,nefut  elle  pas 
publiquement  vendue  au  plus  offrant  ÔC 
dernier, ericherilTeur>  Les  foyes, cœurs  &: 
autres  parties  des  corps  de  quelques  vns 
ne  furent-iîs  pas  mangez  par  les  furieux 
meurtriers  dont  les  enfers  ont. horreur? 
Semblablement  après  qu'vn  nome  Cœur 
de  Roy  faifant  profefsiondela  ReUgion 
reformée  dans  la  ville  d' Auxerre  fut  rni- 
ferablement  maflacré  ,  ceux  qui  commi- 
rent ce  meurtre  ne  découpèrent  ils  pas 
fon  cœur  en  pieces,  Texpoferent  en  ven- 
te à  fes  haineux  y  &  finalement  le  firent 
griller  fur  les  charbons  -,  puis  en  mange- 
*s  R 


I. 


2<8  HISTOIRE 

rent  pour  affouuir  leur  rage?  H  y  a  enco- 
res des  milliers  de  perfomies  en  vie  qui 
tefmoignerontdeces  chofes  non  iamais: 
ouyes  auparauant  entre  peuples  quels 
reyeti'Û  qu'ils  foyent:  &  les  hures  qui  en  font  ia 
jtwt  de  imprimez  dés  long  temps  en  feront  foy  à 
luvïï'*" lapofterité.Parquoy  qu  6  n'haborre  plus 
çag^xi.    tant  la  Barbarie  des  Sauuages  Anthro- 
pophages,ceft  à   dire  mangeurs  d'hom- 
mes :  car  puis  qu'il  y  en  a  de  tels ,  voire 
doutât  plus  dcteftables&pires  au  milieu 
de  nous  qu'eux, comme  il  aeftéveu^nefe 
ruent  que  fur  les  autres  nations  qui  leur 
font  ennemies  ,  &  ceux-  ci  fe  font  plôges 
au  fang  de  leurs  parens  ,  voifins,&  com- 
patrioteSj  il  ne  faut  pas  aller  fi  loin  qu'en 
l'Amérique  ni  qu'en  leur  pays  pour  voir 
chofes  fi  monftrueufes  &  prodigieufes. 


C  H  A  P. 


XVI. 


Ce  qu'on  peut  appeler  Religion  entre  les 
Saunages  zAmeriquains: des  erreurs  >  ou  cer- 
tains abufeurs  qu'ils  ont  entre  eux  nomme7 
Caraïbes  les  détiennent  ;  &  de  la  grande 
ignorance  de  Dieu  ou  ils  font  plonge!^. 

Ombif.n  que  le  dire  de  Ci- 
ceron,  alTauoir  qu'il  n'y  a  peu- 
ple fi  brutal,  ni  nation  fi  Bar- 
bare &  SauiiQge,qui  n'ait  fen- 

timent 


de   l'ameriqvè.  259 

timent  qu'il  ya  quelque  diuinite',  foitre- 
ceu&  tenu  d'vnchafcun pour  vue  maxi- 
me indubitable:  tant  y  a  ncâtmoins  quâd 
ieeonlideie  de  pies  nos  'Tomupinamboults 
de  l' Amcriqucque  ie  me  trouue  aucune- 
ment empefchc  touchât  l'application  de 
celle  fentéce  en  leur  endroit .  Car  en  pre 
mierlieu  outre  qu'ils  n'ont  nulle  conoif-  T.umpin. 
fance  du  feul  &  vray  Dieu  ,  encores  en  W£~ " 
font  ils  làCnonobftat  la  couftume  de  tous  /„    ft«* 
les  Anciéspayés  lefquels  ont  eu  la  plura*'"*- 
lité  de  dieux,&  ce  que  lot  encores  les  ido 
latres  d'amourd'luii,  voire  cotre  la  façon 
des  Indiens  du  Tern  terre  continente  à  la 
leurenuiron  cinq  ces  lieues  au  deçà,  lef- 
quels facrifiét  au  Soleil  &  à  la  Lune)  que  . 
ils  ne  côfcflent.ni  n'adorct  aucuns  dieux 
ccleftes  ni  terreftres  :  &  par  çonfequent. 
n'ayans  aucun  formulaire  ni  lieu  député 
pour  s'affembler,afin  défaire  quelque  fer 
uice  ordinaire, ils  ne  prient  parformeae 
Religion  ni  en  public  ni  en  particulier 
chofe  qu'elle  quelle  foit.Semblablement 
ignoras  la  creatiô  du  môde,fans  qu'ilsnô 
met  ni  diftinguct  les  iours  par  noms,  ils 
n'ontpointd'acceptiôdel'vnplusquede 
l'autre-. côme  aufsi  ils  ne  côtct  fcmaines, 
mois,niannees,ains  feulemét  nombrent  .^^ 
&  retiennent  les  temps  par  les  Lunçs^n«rt»»^ 
Quandàl'efcriture  foit  fainfte  ou  pro-.*^« 
phane,nÔ  feulemét,aufsi  ils  ne  fauét  que 


Z&Ô  HïSTOUl 

guette  •/>»  ceft>ma*s  ^  P*us  eftn'ayans  nul  cara&e 
mon  om  re  pour  (ignitier  quelque  chofe  quand  du 
de  refcn-  commencemcnt  que  îe  fus  en  leur  pays, 
pour  apprendre  leur  langage  1  eicriuois 
quelques  fentence$,leur  lifant  puis  après 
deuant  eux,  en  eftimans  que  cela  fut  v ne 
forcelerie  ilsdifoyentl'vn  à  l'autre:  Neft 
ce  pas  merueiile  que  ceftui  ci  qui  n'euft 
fçeu  dire  hier  vn  mot  en  noftre  lâguc ,  en 
vertu  de  ce  papier  qu'il  tient  qui  le  fait 
parIer,foit  maintenant  entendu  de  nous? 
Qui  cft  la  mefme  opinion  que  les  Sauua- 
ges  habitans  en  Fille  Efpagnole  auoyent 
des  Efpagnoîs  qui  y  furent  les  premiers* 
circeluy  qui  en  a  efcritl  hifloiredit  ainfi. 
ILi  c  34.  ^cs  ^ndiës  cognoifias  quelçs  Efpagnoîs 
fansfe  voir  ni  fans  parler  l'vn  à  l'autre, 
neantmoins  en  enuoyant  des  lettres  de 
lieu  en  lieu  y  s'entendoyent  ainfi,  croy- 
oyent  où  qu'ils  auoyent  Tefprit  de  pro- 
phétie,ou  que  les  miffiues  parloyent  :  de 
façon  que  les  Sauuages  craignans  d'eftre 
defcouuerts  &  furprins  en  faute,  par  ce 
moyen  furent  fi  bien  retenus  en  leur  de- 
uoir, qu'ils  n'ofoyent  plus  mentir  ni  def- 
rober  les  Efpagnoîs.  Partant  ie  di  que 
qui  voudroit  ici  amplifier  celîe  matière 
il  fe  p refente  vn  beau  champ  pour  mon- 
ftrer  qu'elle  grace  Dieu  a  faite  aux  natios 
quihabitentles  trois  parties  du  monde, 
aizauoir  Europe,  Afie,&  Afrique,par  def 

fus 


DE    L'A  ME  R'iaVT..  2(ÏI 

fus  les  Sauuages  de  c'efte  quatrième  par-  tfir^r. 
tie  dite  Ametique:car  au  heu  qu  eux  ne  ^  ^ 
fe  peuuent  rien  communiquer  que  verba  cttl,«t 
lement,  nous  aucontrairc  auons ;  ccft  ad- 
'uantage que  fans  nous  bouger  d  vn  heu 
par  le  miyen  de  refcnture&  des  lettres 

Le  nous  enuoyons,nous  pouuons  decla 
?er  nos  fecrets  à  ceux  qu'il  nous  plaift,& 
fartent  ils  efioignez  iufques  au  bout  <la 
monde.Amfi  outre  les  fciencesque  nous 
apprenons  parles  Hures  dont  ces  Sauua- 
ges font  du  tout  deftituez  ,  encores  cefte 
Ttîuention  d'efcrhe  que  nourauos,  dont 
ils  font  aufsipriuez,doit  eftre  mife  au 
rang  des  dons  fingnliers  que  les  hommes 
de  par  deçà  ont  receu  de  Dieu. 

Poùrdonques  retourner  a  nos  7  otf 
cupimmbacults:  quand  en  deuifant  auec 
eux,nous  leur  diiions  que  nous   croyons 
en  vn  feul  Dieu  fouuerain/  créateur  du 
monde,lequelcommeilafaitlecieI  &  la 
terre  auec  toutes  les  creatures qui  ylont  f/^_ 
contenues:  eouuerne  aufsi  8c  diipote  du  mlnt   dt, 
tout  comme  il  lay  plaift  :  eux  di-ie  nous  Jjjjg- 
oyans  reciter  ceft  artidccn  fe  regardans  L„  d 
l'ïnt'autre  ,  vfans  de  cefte  intenecïion  «*»» 
desbahiflernent  Teh  /.qui  leur  eft  accou- 
ftumee -,  demeuroyent  tous  eftonnez.  Ht 
parce,comme  ie  dlray  plus  au  long  ,  que  ^ 

quand  ils  entendent  le.Tonnerre  qu  ils  To*pa> 
nomment  Toupan,  ils  font  grandement  — 

fi     3 


2<$Z  DE    l'àMERI  QVE. 

effrayez,  fi  nous  accommodans  à  leur  ru~ 
derTe  prenions  particulièrement  occafion 
delà  de  leur  dire  que  c'eftoit  le  Dieu  dot 
nous  leur  parlions  qui,pour  monftrcr  fa 
grandepuiflance,faifoit  ainfi  trébler  ciel 
&terre:lcursrefoiutions  &  refponces  à 
cela  eftoyëtq  puisqu'il  les  efpouuâtoit 
de  cette  façô,il  ne  valoit  dont  rien.  Voila 
chofes  deplôrables,au  en  font  ces  poures 
gens,  Comment  donques,  dira  mainte- 
nant quelqu'vn,fc  peut  il  faire  que  com- 
me bettes  brutes  cesAmeriquains  viuent 
fans  aucune  Religion?  Certes    comme 
fay  la  dit  peu  s'en  faut,  &  nepenfepas 
qu'il  y  ait  nation  fur  la  terre  qui  en  foit 
plus  efloignee.  Toutefois  pour  commen 
c'er  à  declarer  ce  qui  leur  relie  delumie- 
re,ie  diray  en  premier  lieu:  qu'au  milieu 
^Anuri-     de  ces  efpefles  ténèbres  d'ignorace  où  ils 

monuiné  l'immortalitédes  âmes, mais  aufsi  ils  tie- 
4cs  «»us.-ncnt    fermcmcm   gU»aprcs  Ja    mon  dcs 

corps  celles  de  ceux  qui  ont  vertueufe- 
ment  vefeu  ,  ceft  à  dire  felon  eux  qui  fe 
font  bien  venge*  &  ont  beaucoup  man- 
ge*  de  leurs  ennemisjs'en  vont  derrière 
les  hautes  montagnes  ou  elles  danfent 
dis  de  beaux  iardins  auec  celles  de  kurs 
grands  pères  (ce  font  leschamps  Elifiens 
des  Poètes)  &  au  contraire  que  ccllesdcs 
cftemine*  &  gens  de  néant  qui  n'ont  te- 
nu 


!  ) 


HISTOIRE 


l6% 


„»  conte  de  défendre  la  patrie  vont  au« 

*°??lJL,nr  afflieez  de  ce  malin  ef- --;- ^ 


trit  tottr* 


poures    gens    oui*" ■---.-  , 

Lfsi  tellement  affligez  de  ce  malin  et 
or  t  (lequel  autrement  ils  nomment  **-' 
2   r     que  comme  i'ay  veu  par  pluficur,  ^ 
S    meLesainfi  qu'ils  parloyet  a  nous, 

fe  fentans  tormentez  &  crians  tout  fon- 
da n  comme  enragez  ,    nous  dUoycnt* 
he  as  défendez  nous  d'Ayg»*»^  ™«> 
IZ.  voue  difoyent  que  ytiiblemcnt  il.- 
le  voyoyent  tantoft  en  gnife  de  befte, 
d'ovf«ux,oa  d'autres  formes  eftranges 
Et  parce  qu'ils  s'efmerueiHoyent  bien 
|rtP  e*oiî  que  nous  n'en  eftion.  point 
Saillis,  quand  nous  leur  difions.  que  tel- 
le exép  ion  venoit  du  Dieu  duquel  nous- 
eur  parliôs  fi  fouuent  lequel  eftat  fas  co 
paraifô  pi»  fort^'^^gardoit  qu  il  M 
LuspouuoitnimoleftermmaHaire,! 

eft  aduenu  quelque  fois  qu'eux  fe  voyans 
p  eflez  promettoyent  d'y  Croire  comme 
Sou,:  mPais  fuyuantle  prouerbe  quidit,, 
^ue  le  danger  paiïé  on  fe  moque  du  fa  nt 
ï  toft   qu'ils  eftoyent  deliurez  ,  ils  ne 

fe  foudoyent  plus  de  leurs  promettes. 
Toutesfoïs,PoPurmonftrerqueceneft. 

pa$  ieu  ,  ie  leur  ay  yen  fouuent  tehe- 
Lnt  appréhender  cette  furie  internale, 


î<5"4    *■  HI  S  TO  I  RE 

que  quand  its  ft   refiomienoyent  de  ce 
qu'ils  auôyent  enduré  par  le  paffé  frap- 
pans  dcsmàinS  fur  leurs  cuifïés,  voire  de 
deftrefle  aya  nH;Pfueur  au  front,  en  fe  cô- 
plaignant  à  moy  ou  à'àtitre  deHoftieco, 
pagnie,ils  difoyêt.M^r  ^hou-^f,»  A~ 
(equetey  Aygmhatcupaue',Ct{kz  due  Fran 
■-  pis  mô  anii.oùmô  parfait  allié,  ieerain 
le  drabie,ou  J'efprit malin,plusque  toute 
autre  chofe.  Q^e/Î  au  contrai!  e-celuy  au^ 
quel  ils  s'adieïToyentkurdifoif-:;  Wace- 
qmey  Aygnan.  ;' Véft  à  dire  ie  heleerain 
point  moy:  en  defplofânt  leur  condition 
ils  refpondoyentîliclas  que  nous  ferions 
heureux  fi  nou^efiions  comme  vous  au- 
tres .   IJ  faudroit  croire  &  vous  afiurer 
comme  nous  faifôrts  encelùy  qui  cftplus 
puiffantqueluy,rep]iquions  nous  :  mai* 
^Y^'Xv  dit  quelques  proteftations 
qu  il,hflent  d'arnfi  Je faire,  tout  cela  s'ef- 
tfan^uiiToitinContinent  de  leur  cêrbeau. 
Or  auant^ue  pafler  plus  outre  i'ad^ 
Wùfteray  fur  lëpropds  qwïzy  touché 
de  nos  Ameriquains  qui'  croyept  i'airië 
immortelle  ('honjobftant  Jâ  maxime  qui 
atîfsi  a  toufipOrs  éfté  communément  te- 
nu>  pfar  JesTn'e'ô'îogiés.-afiauoir  que  tous 
les  P;nîofophes,Payés,&  3ntresGêrrl.s& 
barbares  auoyént  ignoré  &  nié  Jarefurre 
«ion  de'Jacliairîquerhiftoriendc'sIndeS 
Occidentales    ditque  non  feulement  les 

Sau- 


D£ 


t'A  M  B  R  î  QJE- 


z<?5 


SaHuages 


Sauuageshabitâs  delaville  deCu^co  prin  «£. 
cioale  au  Peru  &  ceux  des  enuirons  con-     ^ 
S  ntâuisrles  âmes  eft.eimr.orte g**.**. 
mais  quipius  eft  croyent  la  refurrediou 

Tes  coU  &  voici  I" exemple  qu'il  en  a  e-  ^      - 
Îue.Leï  Indiens  dk-il    voyans  que  les^md. 
IfLgnols  en  ouurâs  les  fepulchres  pour  lu  4- 
fuïifi'or  &  les  nchefles  qm  eftoyent  de  4. 

dans  iettoye-nt  lès  ofîemens .des  mor  s 
deçà  &  delà,  lespnoyent  qu  ann  que  ce 
lanelesempefchaftdereftufcherrlsneles 

efeartaffent  pas  de  cefte  façon. car  adjou- 
fte.iUparlantdeslauuagesdecepaysla, 

ilscroyent  la  refurredion -.aie.  corps* 

ment  quelque autre auteur  propnaneic-  Magmrrl 
crnelaïermequau  temps  iadis  vue  certai  <„„,„. 
ne  nation  Payenne:en  eftott  aufsrpaflee 
iufques  11  de  croire  ceft  article.  Ce  que 
Pay  bien   voulu  narrer  expreffement  en 
ceft  endroit  afin  que  chafeunentende  que  ^  ^ 
fi  les  p'us  au  endiablez  Atheiites  dont  la  ^thei^. 
terre  eft  maintenant  toute  couuerre  par 
deçà  ont  cela  de  commun aiiecles  T^ 
ptnamb*oulu  de  Te  vouloir  faire  acroire, 
Voire  encores  d'vne  façon  plus  eftrage  & 
plus  beftiate  Bofctas'l  qu'il  ^y  a  point  de 
bieu3oue'pour  le  moins  en  p  renue*  heu, 
ils  leur  aprennent  qu'il  y  a  des  diables 
pour  to-rmente?  ,  mefme  en  M  monde 
ceux^ui  nient  Dieu  &  fa  puiffance.Q^e 


; 


mm 


266  HISTOIRE 

s'ils  répliquent  la  deflus  que  c'eft  vne  fol 
le  opinion  que  ces  Sauuages  ont  de  cho- 
ies qui  ne  font  point ,  &  qu'ainfi  qu'au- 
cuns d'eux  ont  voulu  maintenir ,  il  n'y  a 
autres  diables  que  ks  mauuaifes  afFe- 
<5Hons  des  hommes.  Icrefpond  que  tant 
pareeque  i'ay  dit  &  qui  eft  très  vray,aiTa- 
uoir  que  les  Amenquains  font  extreme- 
nient  voire  vifiblement  &  a&uellement 
tormentez  des  malins  efprits,  que  parce 
que  chacun  peut  iuger  que  les  affections 
quelques  violentes  qu'elles  puiffenteftre. 
nepourroyentafîiigerles  hommes  de  tel 
le  façon  qu'il  fera  aifé  deles  rembarrer 
par  ce  moyen. 

Secondement  parce  que  cçs  Athée* 
nians  les  principes  font  indignes  qu'on 
leur  allègue  ce  que  les  Efcritures  fain- 
des  difent  de  l'immortalité  de  Tame, 
ie  leurpropoferay  encores  nospauures 
aueugles  Brefiliens  ,  lefquels  leur  enfei- 
gneront  qu'il  y  a  vn  efprit  en  l'homme 
qui  ne  mourant  point  auec  le  corps 
eft  fuiet  à  félicité  ou  infelicité  perpé- 
tuelle. r    r 

Etpourle  troifieme  touchant  la  refur- 
reftiondela  chairrd'autant  que  comme 
chiens  ils  fe  font  aufsi  accroire  que  quâd 
le  corps  eft  mort  il  iïen  relcucra  iamais, 
îe  leur  oppofe  les  Indiens  du  Peru ,  lef- 
quels au  milieu  deleurfaufle  Religion, 

&nya- 


•DE    X'AMERIOVE.  là? 

&  n'ayans  prefques  autre  cognoiflance 
Tue  le7fcntimcnt  de  nature,  en  fc  leuans 
i  iugement  defmcntiront  ces  exécra- 
bles. Mais  d'autant  comme  l'ay  dit ,  que 
eftans  pires  que  les  diables  mefmes.lef- 
quels  comme  dit  faint  Iacques  croyent^^ 
Lil  y  a  vn  Dieu  &  en  tremblent,  le  leur 
?ais  encores  trop  d'bôneur  de  leur  bailler 

ces  Barbares  pour  Doûeur.  :  fans  plus  . 
parler  pour  le  préfet  de  leurs  deteftables 
erreurs  ie  les  1  éuoye  tout  droit  en  enfer. 
Ainfi  p  our.  retourner  a  mon  principal 
fuiet,  qui  eft  de  pourfuyure  a  declarer  ce 
qu'on  1 eut  appeler  Religion  entre  les 
Luages  de  Y  Amenque:ie  di  en  premier 
Heu,  San  examine  de  près  ce  que  1  ay    a 
touché  d'eux ,  affauoir  ,  qu'au  heu  qu  il, 
defireroyent  bien  de  demeurer  en   re- 
posais font  ncantmoins  contraints  quad 
L  entendent  le  Tonnerre  de  trembler 
fousvne  Puiffance  à  laquelle  ils  ne  peu- 
uent  refifter,  qu'on  pourra  recueillirde 
la,  que  non  feulement  la  fentence  de  Ci- 
ceron,  que  i'ay  alléguée  du  commence- 
ment/contenLt  qu'il  n'y  a  peuple ym 

naît  fentiment  ^T-Ç^^£! 
vérifiée  en  eux  ,  maisaufs!  cefte ciamte 
qu'ils  ontdeceluy  qu'ils  ne  veuiet  point 
cognoiftre  ,  les  rendra  du  tout  mexcma-  . 

blés.  Et  de  fait  quand  il  eft  dit  par  1  A-  A&.ÏA. 
poftre  que  nonobftant  que  Dieu  es  temps  r7. 


2<*8  «ISTOIRe 

pafTez  ait  laisse  tous  les  Gentils  chemi- 
ner en  leurs  %es,  que  cependàt  en  bien 
taifant  a  tous,&  en  enuoyant  Ja  pluye  du 
ciei&  les  faifons  fertiles  ,  il  ne  s'eft  Ja- 
mais aiffe  fans  tefmoignage:c.ela  mon- 
tre allez  quand  les  hommes  ne  cognoif- 
fentpas  leur  Créateur  ,.que  cela  procède 
de  leur  mahee.  Comme  aufsi  pour  les  co 
K0.1.W  uaincredauanrage  il  eft  dit  ailleurs  ,  que 
ce  qui  eft  in.uifible.en  Dieu,  fevoit  par  ia 
creation  du  monde. 

Prcfuppofantdoncquesquenos  Ame 
riquains,  quoy  qu'ils    ne  le  confeffent, 
eitans  conueincus  en  eux  mefmes  qu'il  y 
a  quelque  Diuinité  ne  pourront  préten- 
dre caufe  d ignorance  :  outre  ce  que  l'ay 
ia  dit  touchant  l'immortalité  dei'a m e,la- 
quelle  ils  croyent  :  le  Tonnerre  dont  ils 
font  efpouuantez  ,  &  ks  diables  qui  ks 
tourmentent,  ie  mohftrèray  encores  en 
quatrième  lieu,  nonobftant  ks  grandes 
&  obfcures  ténèbres  ou  ils  font  plongez, 
comme  cefte  femencede  Religion(fi  tou- 
tesfois  ce  qu'ils  font  mérite  ce  titreibour 
ionne&  ne  peut  efttecfteint  en  eux. 
Pourdoncque-s  entrer  en  cefte  matie- 
Carai-  rG'  faut  rcai3oir  qu'Us  ont  entre  eux  cer- 
tes         cf™V™  faux  Prophètes  &  abufeurs  que 
f««x  r„.  ils   nomment  C^rdihsiYeÇcmeis  allans  & 
tfrf>J    venans,de,villageen;Viil3ge,:commele,s 
porteurs  de  Rogaton  en  la  Papauté,  leur 

font 


DE     l'aMERIQJ^  *®9 

font  accroire  -,  que ■communiquans  aiiec 
les  efpritsjhon  feulement  ils  peuuent  do 
ncr  force  à  qui  il  leur  piaift  pour  vemere 
&  furmonter  les  ennemis  ,  mais  qu'aufsi 
ce  font  eux  qui  font  croiftre  les  grolTes 
racines  &  les  fluids, tels  que  ïay  dit  ail- 
leurs que  cefte  terre  duBrefil  les  produit. 
Dauantage  ainfi  que  i'ay  feeu  des  Tru- 
chemens  de  Normandie  qui  auoyent  lôg 
temps  demeure  en  ce  pais  la, nos  1  o%ou~ 
pinambaoults  ont  cefte  couftume  que  de 
trois  en  trois, ou  de  quatreen  quatreans, 
ils  font  vne  grande  folennité  de  laquelle 
comme  vous  entendrez  pour  m'y  eftre 
trouué  fans  y  penfer ,  ie  peux  parler  à  la 
vérité.  Comme  doneques  vn  autre  Fran- 
çois nommé  lacques  RoufTeau  &  moy  a- 
uec  vn  Frucriemét  allions  par  pays  ,  ayâs 
couché  vne  nuift  en  vn  village  nommé 
Totiua,  le  lendemain  de  grand  matin  que 
^ous  penfions  paffer  outre  nous  vifmes 
en  premier  lieu  tes  Sauuages  qui  vetians^^ 
des  lieux  plus-proches,  &  mefmes  jbrtâs-;^ 
des  maifons  de  ce  village  s  afkmblerent  ^  grdiM 
en  vne  place  en  nombre  de  cinq  ou  f«£^ 
cents.  Parquoy  nous  arreftans  pôurla-^ 
-uoir  àquelle fin  cefte affembleefe  faifoit, 
ainfi  que  nous-nous  en  entrerions  nous 
les  vifmes  foudain  feparer  en  trois  ban- 
des: aflauoir,  tous  les  hommes  qui  fe  re- 
tirèrent en  vne  maifon  à  parties  femmes 


X 


17»  Hi  STOIRfi 

en  vn  autre,  &  les  enfans  demefme.  Or 
parce  que  ie  vis  dix  ou  douze  de  ces  mef- 
iieurs  Jes  Caraïbes  ,  qui  s'eftoyent  rangez 
auecies 'hommes,  me  doutant  bien  ou  ils 
vouloyent  faire  quelque  chofe  d  extraor 
dinaire  ie  pnay  inftamment  mes  compa- 
gnons que  nous  demeurifiions  là  pour 
voirce  niiftere ,  ce  qui  me  fut  accordé. 
Ainfi  après  que  Jes  Çtraibcs  auant  que  fe 
départir  dauec  les  femmes&  enfans  leur 
eurent  eftroitement  défendu  de  ne  for- 
tir  des  maifons  ou  ils  eftoyent,  ains  que 
de  la,    ils     efeoutaflent  àttentiuement 
quand  ils  les  orroyent  chanter  :  aduint 
que  nous  ayans.aufsi  commande' de  nous 
tenir  enclos  dans  le  logis  ou  eftoyent  les 
femmes,  ainiî que  nous  defieunions,fans 
feauoir  encores  ce  qu'ils  vouloyët  faire, 
nouscommençafmes  d'ouir  en  la  maifon 
ou  eftoyent  les  hommes(laquelle  n-eftoit 
pasà  trentepas  de  celle  ou  nous  eftions) 
vn  bruit  fort  bas  ,  comme  vous  diriez 
le    murmure   de   ceux    qui    barbotent 
leurs  heures:ce  qu'entendans  les  femmes 
Jefquelles  eftoyent  aufsi  en  nombre  d'en 
uiron  deux  cens  ,  routes  fe  leuerent  de- 
bout^ en  preftantl'aureille  fe  ferrèrent 
enfemble.    Mais  après  que  les  hommes 
peu  à  peu  eurent  efleué  leurs  voix,  &  que 
nousles  entendifmes  fort  diftindement 
chanter  tous  enfemble,  &  repeter  fou- 

uent 


PE     l'AMlKlQJÏ'  27* 

„e«t cefte  intension  découragement £ ^ 
*WWfc»M»>« ;  fufmes  tous  es  bahis  que 
cl  es  de  leur  cofté  leur  refpondant  &  réi- 
térant, auecvac  voix  tremblante r ,  cefte 
nveftnc  interieftion,  heM,he,he,h  prin- 
drent  à  crier  de  telle  façon  i'efpace  de 

plus  d'vn  quart  d'heure,  qu'en  les  regar- 
dât nous  ne  fcaumns  quelle  contenan- 
ce tenir  .  £t  de  fait  parce  que  non  içuttr  Hurlt„h 
ment  elles  hurloyent  ainfi,  mais  ******$% 
auec  cela  en  fautans  en  l'air  de  la  grande  >d„ftmmti 
violence  faifoyent  branfler  leurs  mam-s^ 
melies,efcumoyent  par  la  bouche,  voire 
aucunes  (  côme  ceux  qui  ont  le  haut  mal 
pardeça  )  tomboycnt  toutes  «fuanoul«> 
ie  ne  croy  pas  autrement  que  le  diable 
neleur  entraftdans  le  corps  ,  &  cm  elles 
ne  dcuinfe-t  foudain enragées.  Bret  nous 
ovans  fcmblablement  les  enfans  de  leur 
part  brafler  &  fe  tourmenter  demelme 
au  logis  ou  ils  cftoycnt  feparcz  ,  qui  c- 
ftoit  tout  auprès  de  nous:  combien  di 
ic  qu'il  y  eut  ia  lors  plus  de  demi  an  que 
ie  frequentois  les  Sauuages ,  &  que  le 
fufle  défia   autrement  accouftume  par- 
mi eux  ,  tant  y  a,  pour  n'en  rien  defgui- 
fer  ,  qu'ayant  eu  quelque  frayeur  &  ne 
feachant  qu'elle  feroit  l'iflue  du  W«f 
fe    bien   voulu  eftre    en   noftre    tort 
Toutesfois  ,  quand  ces  bruits  &  hur- 
ïemens  confus   furent  finis  ,   &  après 


%*]&  *<*   <H  ISTOIRH; 

vne  petite pofe  (les  femmes  &  les  énfang 

ie  taifans-tout  court)  nous  eaieiidiimes 
derechef  lés  hommes  lefquels  chantans 
&  ta i fans  relouer  leurs  voix  d  vn  accord 
merueiîieux,  m'eftant  vn  peu raficu.é  en 
oyat  ces  doux  &  plus  gracieux  ibns,ii  ne 
faut  pas  demâder  fi  ie  defiroisde  les  voir 
de  près:  mais  parce  que  quand  ie  vouloîs 
i  far-tir  pour  m'en  approcher,  nô  feulemcfc 
les  femmesrne  reti  rodent,  nia  is  aufsi  no- 
ft^TrucKemêt  difoit que-depuis  6.ou  7* 
aiiS5qril«yaUoit  quil  cftoit  enxe  pays  1% 
ïi  «e  s'eftbit  iamais  ofé  trouuer  parmi  les 
Kommes  en- telle  fefte:  de  façon  ,  adiou- 
ftoit-il^que  fi  ïy  allois  iene  ferois  par  fa- 
gemenn  craignant  de;me  mettre  en  dan- 
ger ie  demeuray  vn  peu  en  fufpens.  Neât 
moinsparce  que  l'ayant  fonde  plus  auat, 
il  me  icmblbit  qu'il  ne  me  donnoitpas 
^râècte  *iufen  de  ion  dire  ,  ioint  que  ie 
m'affoifois*  de  i'amitiéde  certains  bons 
vieillards  qui  demeuroyent  en  ce  village 
auquel  danois  efté  quatre  ou  cinq  fois  au 
parauât5moîtie/  de  force,^  moitié  de  gré, 
ie  mhazarday  de  fortir  .  M'approchant 
doneques  du  lieu  ou  i  oyoye  cefte  chan- 
Maifms    trerie,  comme  ainfi  foit  que  les  maifons 
des  Sauua  dés  Sauuaçcs  Jonques  qu'elles  font  &  de 

vas  <!e  quel  C         ^  J-  ^    , .     . 

fcjW  iaǰn  rondes  corne  vous  diriez  vne  treil- 
le denos  iardms  de  par  deçà)  foyent  baf- 
fes &  couuertes  d  herbes  iufques  contre 

terrej 


terre,afinqueiepeuffe  mieux  voiràmô 
plaiiîr ,  le  fis  auec  les  mains  vn  petit  per- 
tuis  en  la  couucrture.  Apres  cela  faifant 
figne  du  doigt  aux  deux  François  qui  me 
rcçardoyent,  eux  à  mon  exemple  s'çitan* 
aufsi  enhardis  &approchez,fans  nul  cm- 
pefchement  ni  difficulté,  nous  entraimes 
tous  trois  dans  cefte  maifon  .   Ainfi  les 
Sauuages  continuans  toufiours  leurs  chà 
fons  &  tenans  leur  rang  &  leur  ordre  d'v 
ne  façon  admirable,  nous  tout  coyement 
&  pour  les  contempler  tout  noftre  faoul 
nous  retirafmes  en  vn  coin.  Mais  fuyuât 
ee  que  i'ay  promis  ci  deflus  ,.  quand  l'ay 
parlé  de  leurs  danfes  en  leur  Çaouinage* 
que  ie  dirois  aufsi  l'autre  façon  qu'ils 
ont  de  danfer:  afin  de  les  mieu*  reprefen 
ter^voici  les  morgues, geftes,  &  contenan- 
ces qu'ils  tenoyent.Tous  près  âpres  l'vn 
de  l'autre,  fans  fe  tenir  par  la  main,  ni 
fans  fe  bouger  d'vne  place,  ains  eftans  ar 
rengezenrond,  courbez  furie  deuant, 
guindans  vn  peu  le  corps  ,  remuans  feu- 
lement la  iambe  &  le  pied  droit ,  chacun  c%nunieé 
ayât  aufsi  la  main  dextre  fur  Ces  fefïcs,  &  £g£ 
le  bras  &  la  main  gauche  pendant ,  dan-  enronâ. 
foyent  &  chantoyent  de  cefte  façon  .  Au 
fur-plus  parce  qu'à  caufe  de  la  multitude 
il  y  auoit  trois  rondeaux,  y  ayant  tout  au 
milieu  d'vn  chacû  trois  ou  quatre  de  ces 
Caraïbes  richemêt  parez  de  robes  ,  bon- 


274  HISTOIRE 

nets  ^bracelets  de  belles  plumes  naîfues 
f*ara~    naturelles  &  de  diuerfes  couleurs:tenans 
au  refte  en  chacune  de  leurs  mains  vn  de 


es 


dedans  Us  ces  Maracaii  c'eft  à  dire  fonnettes  faites 
M*rai«f.  cj»vn  frliit  plus  gros  qu'vn  œufd'Auftru- 
chejdont  i'ay  parle  ailleurs, afin  difoyent 
ils.,  que  Tefprit  parlaft  puis  api  es  dans  i- 
celles  pour  les  dédier  àceftvfage  ils  les 
faifoyêt  foner  à  toute  refte: &  ne  vous  ies 
feaurois  mieux  comparer  en  Teftat  qu'ils 
eftoyentlors  ,  qu'aux  fonneurs^de  cam- 
panes  de  ces  Caphars  ,  qui  en  abufant  le 
pauure  monde  par  deçà  portent  de  lieu 
en  lieu  les  chaffes  de  faint  Anthoine,de 
Bernard  &  autres  tels  inftramens  d  ido- 
lâtrie. Ce  qu'outrela  fufdite  dcfciiption 
ievous  a  y  bien  voulu  encores  reprefen- 
ter  par  la  figure  fuyuante,  du  Danfcur  & 
du  Sonneur  de  zJUaraeai 


2j6  ~  HISTOIRE 

-     Outre  plus  ces  Caraïbes  en  s*auançâs& 
fautans  en  deuant,  puis  reculans  en  ar- 
rière ne  fe  tenoyentpas  toufiours  en  v+ 
ne   place  comme  faifoyent  les   autres: 
inefrnes  i'obferuay  qu'eux  prenans  fou- 
uent  vne  canne  de  bois,longue  de  quatre 
à  cinq  pieds  au  bout  de  laquelle  il  y  auoit 
de  Pherbe  de  Vetun  (dont  i'ay  fait  mentio 
autrepart)feiche&  allumee,en  fe  tournas 
Card"    &  foufflans  de  toutes  parts  la  fumée  d'i- 
ïbes       celle  fur  les  autresSauuagesleur  difoyét: 
fifinlu-  aj^n  <iile  vous  Surmontiez  vos  ennemis, 
tretSauuét  receliez  tous  Te/prit  de  force  :  &ainfî 
gu-         firent  par  plusieurs  fois  ces  mzx&resÇara 
ïbes .  Or  ces  ceremonies  ayant  ainfi  duré 
près  de  deux  heures  ,  ces  cinq  ou  fix  cens 
hommes  Sauuages  ne  ceffans  toufiours 
merleiUa.  de  chanter  il  y  eut  vne  telle  mélodie  qu'à 
biedesSm  tendu  qu'ils  ne  feauent  quec'eftde  mufi-i 

waves.  i  ■  ■'■'« 

*  que, ceux  qui  ne  les  ont  ouïs  ne  croiroyet 
iamais  qu'ils  s'accordaflent  fi  bien.  Et  de 
fait  au  lieu  qu'au  commencement  de  ce 
fabbat(eftant  commei'ay  dit  en  la  maifon 
ou  eftoyentles  femmes  )  i'auois  eu  quel- 
que crainte  ,  i'eu  lors  en  recompenfe  vne 
telle  ioyeque  non  feulement  oyant  les 
accords  d'vne  telle  multitude  fi  bien  me- 
furez,&  fur  tout  pour  la  cadance  &  re- 
frain delà  balade  à  chacun  couplet  tous 
traifnans  leurs  voix  difant .  heu>heuanre, 
beura,  heuraurey  héura^bevir^  oueh.  i'en  de- 

meuray 


DE  L'AMER  I  QJÏ.  *77 

mcuraytoutraui:  mais  aufsi  toutes  les 
Sis  qu'il  m'en  fouuient,le cœur  men 
treffaillantxlmefembîeque^iesayeen- 
cores  à  mes  oreilles.  Quand  Us  vouluiet 
finir,  frappas  du  pied  droit  contre  terre,         ; 
pSort^auparauant,  après  que  cha- 
cun eut  craché  deuant  foy,tousvnanime~ 
ment  d'vne  voix  rauque ,  pronon«««t 
deux  ou  trois  fois  hë^uaybkihkmi  &  «ml 
ceiïerent.Et  parce  que  n'entendat  pasen- 
cores  lors  parfaitement  tout  leur  langage 
ils  auoyent  dit  plufieurs  chofes  que  tena 
Uoispeucomprendre,ayantPne   cTia- 
chement  qu'il  les  me  déclarait  :  il  me  de 
en  premier  lieu  qu'ils  auoyet  fort  incilte 
à  regretter  leurs  grands  pères  décédez 
qui  eftoyentfi  vaillans  :  toutesfois  qu  en 
fin  ils  s'eftoyent  confolez  en  ce  qu  après 
leur  mort  ils  les  iroyéttrouuer  derrière 
les  hautes  mÔtagnesou  ils  daferoye.  &ie 
refiouyroyét  auec  eux.Se'blablement  qu  a 
toute  outrance  ils  auoyent  menaffez  les 
Ouëmcas  (  nation  de  Saunages  ,  laquelle 
comme  i"ay  dit  ailleurs  leur  eft  tellemet 

ennemie  qu'ils  ne  l'ont  iamais  peu  dop- 
ter)  d'eftre  bien  toft  prins  &  mangez  par 
euiainfiqueleur  auoyent  promis  leurs  o^ 
Caraïbes .   Au  furplus  qu'ils  auoyent  en-  Muge  vni 
tremeflé  &  fait  mentiô  en  leurs  chanfons.,^ 
que  les  eaux  s'eftâsvne  fois  tellement  del  ^^ 
bordées  qu'elles  auoyét  couuert  toute  la 

S   5  . 


2?8  HISTOIRE 

terre  tous  les  homes  .du.monde>exceptez 
leurs  grands  pères  qui  fe  fauueret  fur  tes 
plus  hauts  Arbres  de  leur   pays,  furent 
noyez  :  lequel  dernier  point  qui  eft,  ce 
qu'ils ;  tiennent  entre  eux  plus  approchât 
de  PEfcriturefaintc,ic  leur  ay  d'autrefois 
depuis  ouy  réitérer  •  Et  défait  eftantvray 
f  cmblable  que  de  père  ep  fils  ils  ayet  ente 
du  quelque  chofe  du  deluge  vniuerfel, 
qui  aduin.t  du  temps  de  Noe  ;  fuyuant  la. 
couftume  des  hommes  qui  ont  touftburs 
corrompu  &  tourné  la  vérité  en  nienfon- 
ges:ioirit  comme  il  a  cfté  veu  ci  deffus 
qu'eftans.priuez  de  toutes  fortes  d'eferi- 
tures  il  leur  eft  malaifé  de  retenir  les  cho 
fes  en  leur  pureté,  ils  ont  adioufté  celte 
fablccomme  les  Poétes3que  leurs  grands 
percs  fe  fauuerentfur  les  Arbres, 
Pour  retourner  à  nos  Caraïbes,  ils' furent 
nô  feulemet  bié  receus  ce  iour  là  de  tous 
Us  autres  Sauuages  qui  les  traitas  ma^ni 
fquement  des  meilleures  viandes  quails 
peurent  trouuer,  n'oublièrent  pas  aufs* 
felon  leur  couftume  ordinaire,  de  £V 
outner&c  boire  d'autant ,   mais  aufsi  mes 
deux  compagnons  François  &  moy  qui 
comme    i'ay     dit  nous     cftions    trou-, 
nez  inopinément   à  cefte  confrairie  des? 
Bacchanales  ,  à  caufe  de  cela,fifmes  bon- 
ne chère  aliec  nos  iJM ouJfacats,ct&  à  dire 
bons  pères  de  famille  qui  donnent  à  mart 


DE     L'A  ME  RI  QVE*  27? 

«r  aux  paffans.Et  au  furplus  de  tout  ce 

Le  vous  auez  entendues  fe  tont  entre 
quelques  fois  auparauant,les  Caratb    al 

chacune  i  ,        ou  erofles  fonnet- 

moins,deles  hochets  ou  b 
tes  qu'ils  nomment  AfrfW"W  :  lciqut    e  > 
Snl  parées  fichant  le  plus  grand out  d« 
7   a   «  «ni  eft  à  trauers  dans  terrenes  ai 

ba       ,i   out  le   ôg  &  au  milieu  des  mai 
rengeanstoutieiog 

fons,  ils  commandent  puis  ap        n  n> 

1/.H1-  baille  à  boire  &  à  mangei.  1  eUcmetr 
ï  c ,  Iffrontcur,  faifans  -croire  aux 
autres  poures  xdiots^ueces  fruits  &  ef- 
Teces  de  courges  ainficrefez  pare,  &  de 
l  ?  mangent I  bovuent  la  nuit,  chacun 
chef  d'hoftel  adiouftant  foy  a  ccla.ne ^feut 
foVnt  de  mettre  auprès  des  fiens  non  fa 

lement  de  La  farine  auec  de  la  chair  U  £tt 
Sô.mais  aufsi  de  leur ^bruuaged  :C* 
P°L  Voire  les  laiffâs  ainfi  ordinairement 
X«  c"  equinze  iours outroisfemai 
Pes  touuo-sfemis,de  mefmeils  otapres 

cela  vue  opinio  fi  eftrâge  de  ces  Maracas 
\%adJs  ont  prévue  touûou»  en  la 


z%°  HISTOIRE 

er»,.,     main  qu'en  y  attribu  a  t  quelque  faintcté* 
F*-*  Us  d.fent  que  fouuétesfois  en  ks  Es 
vn  efpnt  parle  à  eux.  Q^  fi  au  refte  noUS 
autres  paifas  parmi  leurs  maifôs&loeues 
loges  voyons  quelques  bonnes  viandes 
prcfenteeaces  Mœracas  &  qUe  nous  les 
Prinfsions  &mangifsions  (commenou* 
*«ons  fouuent  fait  )  nos  Ameriquains,e- 
ihmans  que  cela  nous  cauferoit  quelque 
maiheur.n'en  eftoyét  pas  moins  offence* 
quelles  fuperfticieux&fucceffcurs  des 
.preftres  de  Baal  devoir  prendre  ks  of- 
frandes qu'on  porte  à  leurs  Marmofets, 
dequoy  cependant  eux  &leurs  putains  fe 
nournlTent.^ui  plus  eft  fi  delà  nous  pre! 
nions  occafionde  leur  remonftrer  leurs 
erreurs,  &mefmes   que  nous  leurs  dif- 
fcons  que  ks  Caraïbes  non  feulement  leur 
taiiant  accroire  que  leurs  Maracasvnzn- 
geoyent  &  buuoyft.les  trôpoye't  en  cela 
nui.  qu'aufsi  ce  n'eftoit  pas  eux,côme  iï 
levantoyent,  ainsle  Dieu  en  qui  nous 
croyons  &  que  bous  leur  annoncions  qili 
faifou  croiftre  leurs  fruits  &  leurs  *rof 
fes  racines:  cela  eftoit  autant  en  leur  en 
droit,  qU ed ep arler  pard eça  contre  le 

Ppe,oudedircàPansquelacIiafiede 
SSwTftSS  CCS  P'peUrS  */>***  "e  nous 


cfctfw*    h.rïAc        ^JCUI5  TC;^***  ne  nous 
**«.    5Ji;ias  Pas  moins  que  les  faux  prophètes 

rieurs  gras 

morceaux 


ténèbres.      ,  ^-«.v*.,^^^ raux  prophet 

de  lesabel,  craigne  de  perdre  leurs  gras 


DE    L'A  ME  RI  QV?.  *&t 

morceaux,  faifoyentle  vray  feruiteur  de 
Dieu  Elie,  qui  femblablement  deicou- 
uroit  leurs  abus,commençans  àfe  cacher 
de  nous  craignoyent  mefmes  devenirou 
de  coucher  es  villages  ou  ils  fcauoyent 

que  nous  eftipns. 

Orquoyqucnos  TomupinambaoultSy 
fuyuant  ce  que  i'ay  du  au  convmencemêt 
de  ce  chapitr'e,&  nonobftant  i«  ceremo- 
nies qu'ils  font  n'adorent  par  fieichiile- 
ment  de  genoux  ou  autres  façôs  externes 
leurs  Caraïbes,™  leurs  Maracas,  m  crea- 
tures quelles  qu'elles  foyent,  moins  les 
prient  &inuoquent:  pour  continuer  tou- 
tesfois  à  dire  ce  que  i'ay  apperceu  en  eux 
en  matière  de  Religion  ,  i  alleguerav  en- 
cores ceft  exemple  .   Mettant  trouue vne 
autre  fois  auec  quelqucs-vns.de  noftre 
nation  en  vn  village  nommé  OKarentin-, 
diftant  deux  lieues  de  Cotitta  dont  i'ay 
tantoftfait  mention:  comme  nous  fou- 
pions  au  milieu  d'vne  placcJesSauuages 
de  ce  lieu  (non  pas  pour  manger,  car  s  ils 
veullent  Faire  honneur  à  vn  perfonnage 
ils  ne  prendront  pas  leur  repas  auec  luy) 
s'eftans  affemblez  pour  nous  cô temp  1er:  rW*£ 
&  mefmes  les  vie  illards  bie  hers  de  nous  cheriffans 
voir  en  leur  village  nous  monftrans  tous  IhFtacw 
les  fignes  d'amitié  qu'il  leureftoit  pofsi- 
ble,  ainfi  qu'Archers  de  nos  corps  ,  auec 
chacun  en  la  main  vn  os  du  nez  d'vn  poii 


l2z  HISTOIRE 

fon  long  de  deux  ou  trois  pieds  faite» 
façon  de  fciccftans  alctour  de  nous  pour 
chaffer  les  enfans,  aufquêls  ils  difoyét  en 
leur  lâgagerpetites  canailles  retirer  vous 
car  vous  n^eftes  pas  dignes  de  vous  apro 
cher  de  ceè  gens  ici  :  après  di-ie  que  tout 
ce  peuple  fans  nous  interrompre  vnfeul 
mot  de  nos  deuisnous  eutlaiffé  fouper 
en  paix,  il  y  eut  vn  vieillard  lequel  ayant 
obferuc  ,  que  nous  auions  prié  Dieu  à  la 
fin  &  au  commencement  du  repas  nous 
demanda. Que  veut  dire  cefte  manière  de 
fairedont  vousauez  tantoft  vfé5  ayans 
tous  par  detrx  fois  oftez  vos  chapeaux  & 
f  s  dire  rr>ot5exceptévn  qui  parloit,vous 
eftes  tenus  cois?  A  qui  s'adreffoit  ce  qu'il 
à  d:"t>  eft  ce  à  vous  qui  eftes  prefens,  ou  à 
quelques  autres  abfens?Surquoy  empoi- 
gnas cefte  occafion  qu'il  nous  prefentoit 
Salua  «*  rt  a  ProPos  pour  leur  parler  de  la  vraye 
Relieion  :  ioint  qu'outre  que  ce  village 
d O K 'arentin  eft  des  plus  grands  &  pins 
peuplez.de  ce  pays  là  ,  ie  voyois  encores 
ce  me  femhloit  les  Saunages  mieux  difpo 
fez  &  attétifs  à  nous  tfeouter  que  de  cou 
ftumc,ie  priay  noftre  Truchcmet  de  m*ai 
der*  à  lcui  donner  à  entedre  ce  que  ic  leur 
dirois,.Apres  donc  que  pour  refpondreà 
la  queftion  du  vieillard  ie  luy  eu  dit  que 
c'eftoit  à  Dieu  auquel  nons  auions  adref- 
{é  nos  prières:  &  qucquoy  qu'il  ne  le  vit 

pas  il 


à*  &n*ionitr 

ie  Vïay 


t,E     l'AMERIQJÏ-  285 

•  as  il  nous  auoit  non  feulement  bien  en- 
Fédus3mais  qu'aufsi  il  fauoit  ce  que  nous 
penfions  &  anions  au  cœur ,  1e  commet 
çay  à  leur  parler  dé  la  creation  du  mode: 
Sur  touï  i'inliftayfur  «point  de  leur 
bien  faire  entedre  que  ce  que  Dieu  auoit 
fait  l'hôme  excellent  par  defius  les  autres 
creatures  eftoit  afin  qu'il  glonfiaft  tant 
plus  fô  créateur:  adiouftat  par  ce  q  nous 
leferuiôs^u'ilnouspreferuoitentrauer 

fat  la  mer  pour  les  aller  voir,fur  laquelle 
nous  demeurions  ordinairement  4.  ou  5. 
Lis  fâs  mettre  pied  à  terre.Séblableme 
qu'à  cefteoccafiô  nous  necraignosj>oint 
come  eux  d'eftre  tormetez  d  Jtgna.m^ 
cefte  vie  ni  en  l'autre-.de  faço  leur  difoi  ie 
que  s'ils  fe  vouloyét  côuertir  des  erreurs 
ou  leurs  Caraibes  méteurs  les  detenoyet.» 
«nfemble  delaifler  leur  barbarie  pour  ne 
plus  mâger  la  ebair  de  leurs  ennemis  que 
ils  auroyentles  mefmes  graces  qu  ils  co- 
noiffovét  par  effectue  nous  amons.Bref 
afin  que  leur  ayât  fait  entedre  la  perdmo 
de  l'homme  nous  les  préparions  a  rece 
uoir  Iefus  Chrift,leur  baillant  toujours 
des  côparaifôs  de  chofes  qui  leur  eftoyet 
co^nuesnous  fufmesplus  de :  z.heurei *«•*££» 
cefte  matière  de  iacreation,do  t  pour  brie  -(- 
«été  iene  feray  ici  plus  15g  **«««• P?  £££ 
tous  preftans  l'oreille,auec  grade  admira  {^ 
tion  efcoutoye-tattétiueme-t  de  manière 


a84  HISTOIRE 

qu'eftans  entrez  en  esbahifTemcntde  ce 
quils  auoyent  ouy  ,  il  y  cut  vn  vidl,aR, 
qui  prenant  la  parole  dit:  Certainement 
vous  nous  auez  dit  merueilles  ,  &  chofes 
très  bonnes  que  nous  n'auiôs  iamais  en- 
tendues: toutes/bis,  dit-il,  voftre  haren- 
gue  m  a  fait  remémorer  ce  que  nous  auôs 
I?!™*  °Uy  rCC"Cr  beauco"P  de  fois  à  nos  grâds 
&£.  fcres:f  cirque  dés  long  temps  I  dés 
le  nombre  de  tât  de  Lunes  que  nous  n'en 
auons  peu  retenir  le  conte,  vn  Mair,c'è& 
a  dire  François  ou  eftranger  veftu  &  bar- 
bu comme  aucuns  de  vous  autres  ,  vint 
en  ce  pays  ici,  lequel  pour  les  penfer  ren 
ger  a  1  obeiflànce  de  voftre  Dieu ,  leur 
tint  le  mefme  lâgage  que  vous  nous  auez 
maintenant  tenu  :  mais  comme  nous  te 
nons  aufsi  de  pères  en  fils  ,  ils  ne  le  vou- 
lurent pas  croire:  &  partant  il  en  vint  vn 
autre  qui  en  ligne  de  malediâion  leur 
bailla  1  efpee ,  dequoy  depu.s  nous-nous 
lommes  toufiours  tuez  l*Vn  l'autre-telle- 
ment qu'en  eftans  entrez  fi  auant  en  pof- 

lefs3on,fimaintenantlaiiransnofrrecou- 
Itume  nous  defiftions  ,  toutes  les  nations 
qui  nous  font  voifines  fe  moquerovent 
de  nous.  Nous  repliquafmes  la  deffus  a- 
uec  grande  vehemence,  que  tant  s'en  fal- 
lut qu'ils  fe  deufTent  foncier  delà  gau- 
diffene  des  autres  ,  qu'au  contraire  s'ils 
vouloyent  adorer  &  feruir  comme  nous 

le  fcul 


de  l'a  m  e  m  oy  e.        »B| 

le  feul  &  grâd  Dieu  du  ciel  &  de  la  terre 
oue  nous  leur  annôciôsyfi  leurs  ennemis 
pour  ceft  occafion  les  venoyet  puis  après 
attaquerais  les  furmonteroyent  &  vam- 
croyent  tous.  Somme  par  l'efficace  que 
Dieu  donna  lors  à  nos  paroles,nos  Ton- 
cHPinambaottlts  furent  tellement  efmeus, 
que  non  feulement  pluneurs  promirent  ^^ 
d'orefenauant  de  viure  comme  nous  leur  prmetur 
anions  enfeigné,  &  qu'ils  ne  mangeroyet*™*^ 
plus  la  chair  humaine  de  leurs  ennemis:  deVù» 
mais  aufsi  après  ce  colloque  (lequel  corn  gjgj* 
me  i'ay  dit  dura  fort  long  temps  )  eux  fc 
mettans  à  genoux  auec  nous  >  l'vn  de  no- 
ftre  compagnie5en  rendit  graces  à  Dieu, 
fit  la  prière  à  haute  voix  au  milieu  de  ce 
peuple,  laquelle  en  après  leur  fut  expo- 
fee  par  le  Truchement.  Cela  fait  ils  nous 
firent  coucher  à  leur  mode  dans  des  lids; 
de  couton  pendus  en Pair  :  mais  auât  que 
nous  fufsions  endormis  nous  les  ouif- 
mes  chanter  tous  enfemble  ,  que  pour  fe 
venger  de  leurs  ennemis  il  en  falloit  plus 
prédre&pP  mâger  qu'ils  n'auoyét  iamais 
Fait.  Voila  l'incôftace  de  ce  poure  peuple* 
bel  exëple  de  la  nature  corrôpue  de  Tho- 
me.Toutesfois  i'ay  opinion  que  fi  Ville- 
gagnon  ne  fe  fuft  reuolté  de  la  Religion 
rcformeej&  que  nous  fufsions  demeurez 
plus  long  temps  en  ce  pays  là  ,  qu'on  ea 
euft  attiré  &  gagné  quelques  vns  à  lefus 
Chrift. 


; 


iSS  Histoire 

Or  i'aypenfé  depuis  à  ce  qu'ils  nous 
auoyent  dit  tenir  de  le  ur  deuancicrs,quc 
ily  auoit  beaucoup  de  centeincs  d'an- 
nées qu'vn  Mair9ce&  à  dire(fans  m'arre- 
fter,s'il  eftoit  François  ou  Al  em  and)  ho  m 
me  de  noftre  nation  ayant  efté  en  leur 
terre  leur  auoit  annoncé  le  vray  Dieu, 
affauoirfiç'auroit point  elle  l'vndes  A- 
poftres.Etdefait,fans  approuuer  les  ii- 
Ures  fabuleux  qu'outre  ce  que  quela  pa- 
role de  Dieu  nous  en  dit,on  aeferit  de 
H.**.  4i  leurs  voyages &peregrinations,Nicepho 
re  recitant  l'hiftoire  de  faint  Matthieu, 
dit -expreffément  qu'il  a  prefché  l'Euan- 
gile  au  pays  des  Cannibales  qui  mâgent 
les  hommes  ,  peuple  non  trop  eflongné 
de  nos  Amcriquains.  Mais  me  fondant 
pfalM?     beaucoup  plus  fur  le  paflagede  faint  Paul 
Ro.xo.i8  tire  du  Pfçaume:aflauoir5Leur  fon  eft  al- 
lé par  toute  la  terre  &  leurs  paroles  iuf- 
ques  au  bout  du  monde,  qu'aucuns  bons 
expofiteurs  rapportent  aux  Apoftresrat- 
tendu  di-ie  que  pour  certain  ils  ont  efté 
en  beaucoup  de  pays  lointains  à  nous  in 
€ogneus,quel  inconuenient  y  auroit-il 
de  croire  que  Tvn  ou  plufieurs  ayentefté 
en  Ja  terre  de  ces  Barbares  ?  Cela  mefmc 
feruiroit  de  l'ample  expofition  que  quel- 
ques vns  requieret  à  la  fentencc'de  Iefus 
Bfiât.  14.  Chriftlcquel  a  prononcé  que  l'Euangile 
ï4.        feroit  prefché  par  tout  le  monde  vnuier 

fe! 


DE    l'aUIRI^  2^7 

fcl  Ce  que  cependant  ne  voulant  point 
autrement  affermer  pour  fefgard  dute'ps 
des  Apoftres.i-affeurerayneâtmoins,  que 
ainfi  que  i  ay  môftré  ci  deffus  en  celte •  hi- 


qu'outre  que  i'obiecuo  qu  ....  „,.  - 

ce  paffage  fera  foluepar  ce  moye, encores  ^ 
y  a  il  cela  que  les  Sauuages  en  ferôt  redus 
plus  inexcufables  au  dernier  lOur.Q^ant 
àPautre  propos  de  nos  Amenquains  tou  - 
chant  ce  qu'ils  croyent  que  leurs   p  rede- 
cefleurs  n'ayâs  pas  voulucroire  celuy  qui 
les  voulut  enfeigner  en  la  droite  voye  ,  il 
en  vint  vn  autre .qui.à  caufe  de  ce  refusles 
maudit,&  leur  dôna  l'efpee  dequoy  ils  le 
tuét encores  tousles  lours.Nousliloscn 
1» ApocaplifcQtfà  celuy  qui  eftoit  afsis 
fur  le  chenal  Rolix  lequel,  felon  l'expo-  Ap^.v. 
fmon  daucuns  ,  fignifie  perfection  par 
feu  &  par  guerre  ,  fut  donne  pouuoir 
d'ofter  la  paix  de  la  terre  &  qu'on  fe  tuaft 
l*vn  l'autre ,  &  luy  fut  donne  vne  gran- 
de efpee.    Voila  le  texte  lequel    quanta 
la  lettre  approche  fort  du  dire  &  de  ce 
que     pratiquent  nos    rouoMptnamhultst 
toutefois  craignant  d'en  deftourner  le 
vray    fens,  &  qu'on  n'eftime-  que   le 
recerche  les  chofes  de  trop   loin  ,  i  en 
laifferay     faire     l'application    a   d  au- 
tres. 


288  HIS  TO  Ï  RE 

Or  me  reflbuuenat  encores  dVnexepIe* 
qui  feruira  aucunement  pour  monftrer 
que  fi  on  prenoi t  la  peine  d^enfeigner  ces 
natiôs  desSauuages  habitas  en  la  terredu 
Brefil,  elles  font  aflez  dociles  riour  eftre 
attirées  à  la  cognoiifarxe  de  Dieu  ,  iele 
mettrayici  enauant.  Comme  doncquex 
;pour  aller  quérir  des  viures  &  autres  cho 
{es  neceflaires5iepaflay  vn  iour  denoftrc 
fort  &  de  noftre  Iflcen  terre  fej  me, fuyui 
que  l'eftois  de  deux  de  nosSauuages7V#- 
pnemquins->§L  d  vn  autre  de  Ja  nation  nom 
iîiee  Oit'êanen  tqui  leur  eft  alliee)lequel  a- 
auec  fa  femme  eftât  venu  vifiter  Çqs  amis 
sxen  retournoiten  fon  pays:ainfi  qu'auee 
eux  ie  palfois  à  trauers  d'vnë  grade foreiî* 
cotêplant  tant  de  diuers  arbres3herbes&: 
fleurs  verdoyantes  &  odoriférantes  :  en- 
femble  oyant  le  chant  de  tant  d'oyfeaujc 
rofsignollants  parmi  ce  bois  ou  le  foleii 

donoit5mevoyâtdi-iecomecôuiéàlouër 
Dieu  par  toutes  fes  chofes  ,  ayant  d'ail- 
leurs le  cœur  gay  ie  me  prins  à  chanter  à 
haute  voix  le  Pfeaume  104  JSus  fus  mon 
zme  il  te  faut  dire  bien  &c.  lequel  ayant 
pourfuyui  tout  au  long:  mes  trois  Sauua 
ges  66  la  femme  qui  marchoyent  derrière 
moyyprindrentfi  grand  plaifir  (c'eftà 
dire  au  fon  ,  car  au  demeurant  ils  n  y  cn- 
tendoyent  rien)  quequandi'eu  acheue, 
Vouçanen  tout  efmeu  de  ioye  auec  vne  fa 

ce  riante 


de    l'ameuoje-         *39 
te  riante  s'aduançant  me  dit .  Vrayement 
tu  as  mcrueillculement  bien  chanté: mef-  *g£ <• 
mes  ton  chant  efclatant  rn  ayant  fait  tef-  <&deman~ 
fouucnir  de  celuy  d 'vue  nation  qui  nous  %££ 
eft  voifine  &  alliée  ,  i'aty  cfté  bien  loyeux 
de  t'ouir.  Mais  me  dit-il, nous  entendons 
bien  fon  langage  U  non  pas  le  tien  »  par- 
quoyietepriedenous  direcedequoy  ilà 
efté  queftion  en  ta  châfon. Ainli  luydecla 
rant  le  mieux  que  le  peus(car  i'cftoislors 
feul  François  &  en  deuois  trouucr  deux 
corne  ie  fis  au  lieu  ou  i'allay  coucher)que 
i'auois  nô  feulemet  en  general  loué  mou 
Dieu  en  la  beauté  &  gouuernemét  de  ces 
créatures: mais  qu'au ffi  en  particulier  ie 
luyauois- attribué  cela,  quec'eftoit  luy 
feul  qui  nourriffoittoiis  les  hommes -& 
tous  les  Animaux  :  voire  faifoit  croiftre 
les  arbres,  fruits  &  plantes  quieftoyenc 
par  toutle monde  vniuerfel:&  au  furplu* 
queceftechanfon  que  ie  venois  de  dire 
ayant  eftédi&ee  par  l'efprit  de  ce  Dieu 
magnifique  duquel  i'auois  celebréle  nom 
auoit  efté  premièrement  chàtee  il  y  auoit 
plus  de.  dix  mille  Lunes  par  vn  de  nos 
errands  Prophètes, lequel  Pauoitlaiflee  à 
h  pofterité  pour  en  vfer  à  mefme  fin. 
Bref  comme  ie  réitéré  encores,  que  fans 
couper  le  propos,  ils  font  meriieilleiife- 
ment  attentifs  à  ce  qu'on  leur  dit  3  après 
qu'en  cheminantTefpace  de  plus  de  de- 

T 


z9°  HISTOIRE 

mie  heure  luy&  les  autres  eurent  ouy  ce 
difeours  vfansde  leur  interie&ion  desba- 
hiffement  Tehl  ils  dirent. O  que  vous  au- 
tres Maïrse&cs  heureux  de  icauoir  tant 
ct^fl  dc  fecrets  q«i  font  cachez  à  nous  chetifs 
fc«r  *««-  &  poures  miferabies.Tellemét  que  pour 
*'^*w''  m*  congratuler  en  me  difant,voila  pour- 
ce  que  tu  as  bien  chanté,  il  me  fit  prefent 
d  Vn  Agoti  qu'il  portoit  )  cell  à  dire  d Vu 
petit  Animal  lequel  i'ay  deferit  cy  deffus. 
Afin  doneques  de  tât  mieux  prouuer  que 
ces  nations  de  l'Amérique  quelques  Bar 
bares  &  cruelles  qu'elles  foyent  enuers 
leurs  ennemis,nc  font  pas  fi  farouches, 
qu'elles  ne  confiderct  bien  tout  ce  qu'on 
leur  dit  auee  bonne  raifon  ,  i'ay  bien  en- 
cores voulu  faire  cefte  digrefsion.  Et  de 
fait  quant  au  natiwelde  rhomme,iemain 
tien  qu'ils  difeourêt  mieux  que  ne  fontla 
plufpart  des  pay fâs,voire  que  d'autres  de 
par  deçà  qui  penfent  eftre  bien  habiles. 

Rcfte  maintenant  pour  la  fin  que  ie 

touche  la  queftion  qu'on  pourroit  faire 

fur  cefte  matière  que  ie  traite  :  affauoir, 

$*ejix  d'°U  Pcu"cïn  cft^  defeendus  ces  Sauna- 

do»  peu.  ges.  Il  eft  bien  certain  en  premier  lieu 

7"nte^s{ont^s  dc  l'vndes  trois  fils  de 

Us  6«hu*  Noe,mais  d  affermer  duquel,  d'autftt  que 

*"■         cela  ne  fe  pourroit  prouuer  parrEfcritu- 

re  faîntei'ni  mcfmes  ie  croy  par  les  hiftoi 

res  prophanes,il  eft  bien  malaifé.    Vray 

eft 


DE       L'aMERïOVE,  -29Ï 

éftque  Moyfefaifant  mêtion  des  enfans 
de  Iaphet,dit  que  d'iceux  furent  habitées 
les  Iiles:rnais  parcel  comme  tous  expo- 
fent)qif  il  eft  iu  parlé  des  pays  de  Grèce 
Gaule,Itahc,&  autres  regions  de  par  de- 
cà,lefqueiies  d'autant  que  la  mer  k$  fepa 
rede  lu  dec  ou  eiloit  Moyfe,  font  appel- 
lees I!les,il  n  yauroitpas  grade  raifon  de 
l'entendre^!  de  lAmerique3nides  terres 
continentes  à  iceHe.  De  dire  aufsi  qu'ils 
foyent  venus- de  Sem5dont  eft  iflue  la  fe- 
mence  benite5ie  eroy  pourplulieurs  eau- 
fes  que  nul  ne  Taduouera.  Doutât  donc- 
ques  que  quant  à  ce  qui  concerne  la  vie 
future c'eftvn  peuple  maudit  &  deJaiflé 
de  Dieujs'il  y  en  a  vn  autre  fous  le  ciel, il 
femble  qu'il  y  a  plus  d'apparëce  de  côcîu 
re  qu'ils  foyent  defeendus  de  Cham  :  & 
voicia  mon  aduis  la  conie&ure  plusvray 
femblable  qu'on  pourroit  amener.  Ceft 
lors  que  lofué,  felon  les  promefïes  que 
Dieu  auoit  faites  aux  Patriarche^  corne 
ça  d'entrer  &  prêdre  poffcfsio.de  la  terre 
âe  Chanaâjl'Efcriture  tefmoignatqueîes 
peuples  qui  y  habitoyët  furet  tellemët  ef 
pouuantez  que  le  cœur  défaillit  à  tous:il 
pourroit  eftre(ce  que  iedi  fous  corrediô) 
que  les  Maieurs  &  Anceftres  de  nos  A- 
meriquainseftanscliaffez  par  les  enfans 
d'Ifrael  de  certaines  côtreesde  cefteterre 
deChanaajS'eftasmisdasquelcjSvairTeaux 

T    z 


1,1.: 


2>9X  HISTOIRE 

à  la  merci  de  la  mer  auroyent  efté  iette^ 
&  feroyent  aborder  en  celle  terre  du  Bre 
fil.Etde  faitrEfpagnolautheur  de  llii- 
ftoire  générale  des  Indes  (homme  bien 
verfe'aux  bonnes  feiences  quel  qu'il  foit) 
eft  d  opinion  que  ks  Indiens  du  Peru, 
terre  continente  de  l'Amérique  font  des- 
cendus de  Cham,  &  ont  fucc  edé  à  la  ma- 
li.f.  cha.  ledidion  que  Dieuluy  donna.Chofe  auf 
ZT7-        fï,comme  ie  vien  de  dire,  que  i'auois  pen 
fee  &  eferite  es  mémoires  que  ie  fis  de 
la  prefente  hiftoire  plus  de  feue  ans  au- 
parauant  que  i'eufie  veu  fon  liure  .  Tou- 
tefois par  ce  qu'on  pourroit  faire  beau- 
coup d'obie&ions  là  deffus,n'en  voulant 
affermer  autre  chofe,i'en  lairïeray  croire 
à  vn  chacû  ce  qu'il  luy  plaira.  Mais  quoy 
que  s'en  foit  tenant  pour  tout  refolu  que 
ce  font  pouresgens  venus  de  la  race  cor 
rompue  d'Adam,  tant  s'en  faut  que  les 
[  ayant  confidere*  ainfi  defpourueus  de 

tous  bons  fentimens  de  Dicu.ma  foy(Ja- 
quelle  Dieu  merci  eft  apuyee  d'ailleurs) 
ait  efté  pour  cela  csbranlee:  moins  qu'a- 
uec  les  Atheiftcs  &  Epicuriens  i'aye  con- 
clude qu'il  n'y  a  point  de  Dieu?,  ou  bie 
qu'il  ne  fe  meflç  point  deshommes,qu'au 
contraire  ayant  fort  clairement  cogneu 
en  leurs  perfonnes  la  difference  qu'il  y  a 
entre  ceux  qui  font  illuminez  par  le  S. 
Efprit  &  parl'Efcriture  fainte,  &ceux 

qui    . 


DE    L'AME  RIQJE-  295 

qui  font  abandonne  z  à  leurfens  &  laifîez 
en  leur  aueuglemcnt  ,ïay  eftc  beaucoup 
plus  conformé  en  l'affeurance  de  la  vente 
de  Dieu. 


CHAP.     XVII. 

Tin  <jMariage J 'olygamie:  &  degrade  an 
fangmnité  obferue\far  les  Saunages  :  &  du 
traitt  ement  de  leurs petis  enfans. 

O  v  c  H  a  n  T  le  mariage  de 
nos  Ameriquains,  ils  obfor- 
uent  feulement  ces  degrez 
„,  de  confanguinité:que  nul  ne 
MM  prend  fa  mere  ,  ni  fa  fœur,ni  nité. 
fa  fille  à  femme  :  mais  quant  à  l'oncie  il 
prend  fa  niece,&  autrement  en  tous  les 
autres  degrez  ils  n'y  regarder  rien.  Pour 
i'efgard  des  ceremonies  ,  ils  n'en  iront 
point  d'autres  ,  finon  que  ccluy  qui  vou- 
dra auoir  femme  ou  fiîle,apres  auoir  iccu 
fa  volonté ,  s'adreffant  au  pere,&  au  dé- 
faut d'iceluy  aux  plus  proches  parens  d  i 
celle,  demandera  fi  on  luy  veut  bailler  v- 
ne  telle  en  mariage.    Que  fi  on  refpond 
au'ouy,dés  lors  ,  fans  pafler  autre  con- 
trau.car  les  notaires  n'y  gagnent  rien ,  il 
Fa  tiendra  auec  foy  comme  fa  femme.  Si 
on  luy  refufe  fans  s'en  formaliser  autre- 

T  3 


Degyezjle 
confangut 


zî>4  Histoire 

ment  il  fe  déportera.     Mais  note*  que 

«./ï m  en  auoi.t  huit.Et  ce  oui  Pfl,./£  ,,  ?? 

**»*«/■  entre  fpft*»m,,i  •      ?  J  ^«merueillable 
*!""«**  nnï  cc?fle.n,u,t»«dc  de  femmes.encores 

Ueeatr»     9U  "  7  en  ai t  tOlïfion r-e  „„„         '      jV      .ureS 

fc/™*,du  mar,'  fai\tcu,ÎOlus™e  mieux  aimée 

■W,  J"n  f!"    >     7a  *** P°Ur  Cela  'vautres 
n  en  feront  po^txaloufes,  ni  n'en  mur- 

aucun  ri?"  moin«*,«  «nobftrcront 
aucun  femblant,  teJJemêt  qu'elles  s'occu 
panS  toutes  à  faire  leur  JfnJel£?c 
couton^llerauxnrdins^pSf;^ 
«ci„e.,eIIM  viuetenfemble  en  v,"  "L 

fd"X;eT  Surguoyielaiffe^-- 

«aeieravn  cbacun.quandmefmes  il  n* 
£roit  point  défendu  par  la  PTroJe  d" 
^'eudeprendreplusd'vne  femn  °    sï 

Saccorr/SibJe^Ue  Cdics  de  P"  deçà 
*  accordaient   de  celte    façon.  piufto>! 

me  au.Y  Ga,  de  ^ 

te  grabuge  de  „oifes&  de  Hottes  qu\ 
ieioit:  tefmoin  ce  qui   aduint  à  Iacob 

ss prins  Lea  &  Rad-i.  sâ 

*?,  r  ^^Pourroyent  elles  endurer 

plufieursenfemblcveu   que  bien  fou 
«entaa  lieu  que  celle  fc«?c  qUe  Dieu  I 

ordonné 


DE     l'aMERIQJE.  295 

ordonné  à  l'homme  pour  luy  eftre  en  ai- 
de &  pourlerefiouirluy  eft  comme  vu 
diable  familier  en  la  maifonîPour  donc 
ques  retourner  au  mariage  de  nos  Amé- 
ricains l'adultere,du  coite  des  femmes  r^«;« 
leur  eft  en  tel  horreur,  que  fans  qu  Us ,        ntrt- 
ayét  autredoy  que  celle  de  nature,  fi  quel  i^miq, 
qu'vne  mariée  s'abandonne  à  vn    autre 
qu'àfonmary,  ila  puhîance  de  la  tuer: 
ou  pour  le  moins  de  la  répudier  Se  reu- 
uoyer  auec  honte.    Il  eft  vray  que  les 
pères  &  parens  auantque  marier  leurs 
Elles   ne  font  pas   grande  difficulté  de 
les  proftituer  au  premier  venule  ma- 
nière qu'ainli  que  i'ay  la  touche  autre- 
part  ,  encores    que  les  Truchemens  ae 
Normandie  auant  que    nous    faisions 
en  ce  pays  là  en  euffent  abufez  en  plu- 
fieurs  villages,  pour  cela  elles  ne  rece- 
uoyent  point  note  d'infamie;  toutestois 
eftans' mariées,  à  peine  comme  i'ay  dit, 
d'eftre  affommees  ou  honteufement  ren- 
uoyees,qu'elîes  fe  gardent  bien  de  trel- 

bucher. 

le  diray  dauantage  que  veu  la  region 
chaude  ou  ils  habitent,  &  nonobftant 
ce  qu'on  dit  des  Orientaux,  que  les.. 
ieunes  gens  à  marier  tant  fils  quefilles  de 
cefte  terre  ne  font  pas  tant  adôncz  apail- 
lardife  qu'on  pourroitbtê  p.éfer:&  pleuit 
à  Dieu  qu'elle  ne  regnaftnô  pluspardeça. 

*    4 


*96  HISTOIRE 

itt  felZÏnr  re,fcm,nC  jft  grofl'e  ^'enfant, 
^'«"  6&V„       fcrulemenr  Reporter  quelques 
««.„„..  fardeaux  pefans ,  elle  ne  laitfera  pa?  au 
'*■"*■  ^eurant  ^  faire  fa  befongneoSoa? 
renomme  de  fanjes  ftmm«°de  no,  r« 
^«^W^trauaiJIàs  fans  oôpajfot 
pus  que  Jes  homes  IefqaeIs,cxccKue? 
2""  """««C&  non  au  chaut  lu  iour 
qu  ils  coupent  &  eflertent  du  bois  pou^ 
faire  les  iardûis  ,  ne  font  »,,!     P 

cHofequ'alIeràiaguertTàf;;    ^"f! 

feVo'ue  ,v  rmeS,dep,UmCS  &  autr"  cho 
les  que i  ay  fpecinees  ailleurs,  dont  ils  fe 

parentlecorps.Touchantrenfanîement 
voie»  ce  que  fen  puis  dire  pour  ïZTr 
veu.fcftant  vne  fois  couche'  en  vn  vi lZe 
auec  vn  autre  François  :  comme  enutfn 

«ansdeSa  Sffn„ JL«^  7  «tans  loudamemet 

«.  **,.  ««""isnous  trouuafmes  qUC  ce  n'efeoit 
p  s  cela:  mais  que  Je  trauail  d'enfan    o 
^^ftouhfixfoit  crier  de  cefte  façon 
Tellement  que  le  vis  moy-mefme  le      « 
lequel  après  auoir  receu/enfant  ent/efes 

brasUuyayanrpremieremétnoue'iepedt 
bovau  du  nôOnl ,  il  le  coupa  puis  an?  2 
bellesdents.  En  fecôdlieu^uâ  d?S  4 
fcmme5a„lieu  que  celles  depar  deçà  poK 


DE    L'aMERIQJ  E.  297 

plus  grande  beauté  tirent  le  nez  aux  en- 
fans  usuellement  naisjuy  au  contraire  ^.  £ 
(parce  qu'ils  les  trouuentplus  îohs  <$xzûpmtf„„ 
ils  font  camus)  enfonfa  &  efcrafa  auec  \tfit, 
pouce  celuy  de  fon  hlsrce  qui  fe  pratique 
enuers  tous  les  autres.  Comme  aufsi  h 
toft  que  le  petit  en  fant  eft  forti  du  ventre 
delamere,eftantlaué  bien  net,  il  eft  tout 
incontinent  après  peinture  de  couleurs 
noires  &  rouges  par  le  pere.lequel  au  I  ur 
pIus,fansl'emmail!oter,lecouchantdans        j 

va  lid  de  coton  pe'du  en  l'air,luy  fera vne  £*Jg 
petite  cfpee  de  bois,vn  petit  arc  &  de  pe^, 
tites  flefehes  empênees  de  plumes  de  Per 
roquets:  ce  que  mettât  auprès  de  Ion  en- 
fant ,  en  le  baifant  auec  vne  face  loyeuie 
luy  dira.Eftant  venu  en  aage  ,  ahn  que  tu 
te  venges  de  tesennemis,fois  adextre  aux 
armes,fort  vaillant5&  bien  aguerri.  Tou- 
chant les  noms  ,  le  père  de  celuy  que  le 
vis  naiftre  le  nomma  Orapacen,  Celt  a  di- 
re l'arc  &  la  cordercar  ce  mot  eft  compo- 
fé  iOrapat  qui  eft  l'arc  ,  &  de  Ce»  qui  il-  ^  nh 
unifie  la  corde  d'iceluy.  Et  voila  comme  wte  i 
fis  en  fôt  enuers  tous  les  autres  aufquels,  Vm /- 
tout  ainfi  que  nous  faifons  aux  chiens  & 
autres  belles  de  par  deçà  ,  ils  baillent  in- 
diferemment  tels  noms  des  chofes  qui 
leur  font  cognues:  comme  Sangoyqm  elt 
vn  Animal  à  quatre  pieds  :  Arignm  vne 
poule  :  jirahutenl'itbte  deBrefii:  <P*»^ 


298  HISTOIRE 

bhbeLvne  grande  herbc  ' &  autres  <***- 

Pour  l'efgardde  la  nourriture  ce  fe- 
ra quelques  faunes  mafchees  &  autres 
~T£  I""?"  f?,U  teires  au«  Je  laid  de  la  me 
fil        rf.  >  la1uelie  au  furplus  ne  demeurant  or- 
dinairement  qu'vn  jour  ou  deux  en  la 
coucne  prenant  fon  petit  enfant  pendu 
a  fon  col  dans  vneefcharpe  de  coufon fai 
te  exprès  pour  cela,s'en  ira  au  Jardin  ou  à 
.     quelques  autres  affaires.  Ce  que  iedi  fans 
defrogera  la  couftWdes  dames  de  par 
dcça,lefqueiles  outre  qu'elles  demeurent 

icplusfouuent  quinze  iours  ou  trois  fe- 
maines  dans  Je  liée  ,  encores  pour  la  plus 

part  fontellesfi  délicates  queVansauoï 
aucun  mal  qui  les  peut  empefchcr,au  lieu 
de  nourrir  leurs  enfans  comme font  les 
tanmesSauuagesCou  pour  leur  faire  plus 
de  honte  ainû  que  les  petits  oifelets  & 
belles  brutes  font  leurs  engeances!  dies 
eur  iont  fi  inhumaines,  que  il  toft  qu'el- 
les en  font  aeliurees,olh  cl]es  ]es  cnij 

filoiu  que  s'ils  ne  meurent  ieunes  fans 

rut  rcA^chcntricn'Pouriemoi^ 

xaut-iJ  q^ils  foyent  grands  pour  Jeur  do- 
ner du  paffetemps  auât  qu'eiies  les  vucil- 
ient lourmr auprès  d'elles. 

Or  retournant  à  mon  propos  ,  quoy 
qu  on  tienne  communément  par  deçà  que 

files 


;det 


DE  l'asvieriqve.  ÏP9 

fi  les  enfans  en  leur  tcndreur&  premie 
xe  ieunefle  n'eftoyent  bien  ferrez  &  em- 
maillotez ils  feroyentcontieraits  &  au- 
royent  les  ïambes  corbees,iedi  qu  enco- 
res que  cela  nefoit  nullement  pratique  £nfms( 
à  l'endroit  de  ceux  des  AmeriquainsTlef -s^^ 
quels  ainfi  que  i'ay  ta  touche  des  leur  nail  ^ 
fance  font  tenus  &  couchez  fans  eftre  en 
uelopez)que  neantmoins  il  n'eft  pas  poi- 
fiblede  voir  enfâs  cheminer  ni  aller  plus 
droit  qu'ils  font.Surquoy  concédât  bien 
que  l'air  doux  &  bonne  téperatute  de  ce 
Jays  la  en  eft  caufe  en  partie,  i'accorde 
qu'il  eft  bon  en  yuer  de   tenir  par  de- 
çà les  enfans  enueloppez  ,  couuerts  Se 
bien  ferrez  dâs  les  berceaux,parce  cju'au- 
tremét  ils  ne  pourroyent  refifter  au  froit: 
mais  en  Efté,  voire  es  faifons  tempérées, 
principalement  quand  il  ne  gelé  point,  il 
me  femble  (  fous  correction  toutesfois) 
par  l'expérience  que  i'eri  ay  veué  qu'il 
vaudroit  mieux  laiiTer  au  large  gambader 
les  petits  enfans  tout  à  leur  aife  parmi 
quelque  façon  de  lift  qu'on  pourroit  hu- 
re dont  ils  ne  fauroyent  tomber  ,  que  de 
"  les  tenir  ainfi  tantde  court.Et  de  fait  i'ay 
opinion  que  cela  nuit  beaucoup  a  ces  po 
u'res  petites  &  tendres  creatures  ,  d'eitre 
ainfiprefquesàdemie  cuites  durant  les 
grandes  chaleurs  dans  ces  maillots  ou  on 
fes  tient  comme  en  la  géhenne-  Toutes 


300  HISTOIRE 

fois  afin  qu'on  ne  dife  que  ie  me  méfie  de 
trop  de  chofes,lairTant  ks  pères  ,  mères, 
&  nourriffes  de  par  deçà  gouuerner  leurs 
enfas,ie  retourneray  à  parler  de  ceux  des 
femmes  Ameriquaines  .   Ainfi  outre  ce 
que  l'en  ay  dit,i'adioufte  que  combien 
qu'elles  n ayent  aucuns  linges  pour  tor- 
cher de  derrière  de  leurs  enfans  ,  mef- 
mes  qu'elles  ne  fe  feruent  non  plus  à  cela 
des  fueilles  d'arbres  &  d,herbes,dont  el- 
les  ont  cependant  grande' abondance, 
neâtmoins  elles  en  font  fifoigneufes,que 
ieulemét  auec  de petis  bois  qu'elles  rom 
pent  comme  petites  cheuilles',  elles  les 
nettoyent  fi  bien  que  vous  ne  les  verriez 
ïamais    breneux .  Ce    cju'aufsi  font  les, 
E&rsu   gra»ds,  lefquels  combien  qu'ils  piffent 
vus  nm*.  Parmi  leurs  maifons(fans  toutefois  à  eau 
IZ  fated™  feus  qu'ils  font  en  plufieurs  en- 
«'        droits,  &  qu'elles  font   comme  fable/es 
que    cela   fente    mal)   vont   cependant 
fort  loin  faire  leurs  excremens  .  Dauari- 
tage  encores  queles  Sauuaees ayent  foin 
de  tous  leurs  enfans,  defquels  il  ont  corn 
taedesformilicresjfi  cft-ce  neantmoins 
qu'a  eau  fe  delà  guerre  en  laquelle  entre 
eux  il  n'y  a  que  ks  hommes  qui  combat- 
tent, &  qu'ils  ont  fur  tout  la  vengeance 
contre  leurs  ennemis  en  recommâdation 
les  malles  font  plus  aimez  queles  iemd- 
ks.  Que  fi  on  demande  maintenant  plus 

outre 


loi 


DE     L'A  M  E  R  I  QJ  E*  3 

outre  :  affauoir  quelle  erudition  ils  leur 
baillent,  &  que  c'eft  qu'ils  leur  appren- 
nent quand  il  font  grands:  ie  refpon  à  ce- 
la que  corne  on  a  peu  recueillir  ci  deflus, 
tantes  huitième, quatorzième  &  quinzie 
me  chapitres, qu'ailleurs  en  cefte  hiftoire 
ou  partent  de  leur  naturel ,  guerre  &  fa- 
çons démanger  leurs  ennemis>i'ay  mon- 
ftré  à  quoy  ils  s'appliquent  qu'il  fera  aifé 
à  iu^er  (n'ayans  entr'eux  colleges  ni  au- 
tre moyen  pour  apprendre  les  feiences 
bonnettes  ,  moins  en  particulier  les  arts 
liberaux)que  comme  vrais  fucceffeurs  de 
Lamech,deNimrod,&  d'Efau  qu'ils  font  gM-*3* 
leur  meftier  ordinaire  eft  (tant  grand  que  ;  " 
petit  )  d'eftre  non  feulement  chaffeurs  &  GcCu$Atii 
guerriers,  mais  aufsi  tueurs  &  mangeurs  binaire 

5  D  des  UuuM, 

d'hommes.  g€U 

Au  furplus  pourfuyuant  à  parler  du 
mariage  des  ToHoupinam^aoubs    autant 
que  la  vergongne  le  pourra  porter,i'affer 
me^contre  ce  qu'aucuns  ont  imaginé,que 
les  hommes  d'entr'eux  gardans  Thonne- 
fteté  de  nature,  8c  nayans  iamais  publi- 
quement la  compagnie  de  leurs  femmes, 
font  non  feulement  en  cela  à  préférera 
ce  vilain  Philofophe  Cinique,  qui  trou-^?«^ 
uéfur  le  fait  au  lieud'auoir  hôte  dit  qu'il  deeésma- 
plantoit  vn  homme,  mais  qu'aufsi  ces^J^3 
boucs  puans   q\i'on  a  veus  par  deçà  de 
noftre  temps ,  ne  fe  point  cacher  pour 


J02,  HISTOIRE 

cômcttre  leurs  vilenies  font  plus  infâmes 
qu'eux.  U  y  a  d'auantage  qu'en  tout  l'ef- 
pace  (Tenuiron  vn  an  que  nous  demeuraf 
mes  en  ce  pays  la,frequentans  parmi  eux» 
nous  n'auons  iamais  veu  les  femmes  a- 
uoir  leurs  ordes  fleurs.  Vray  eftquei'a'y 
irf^rir  °pinlon  qu'en  Jes  diuertiiîant  elles  ont 
renames,  vne  autre  façon  âe  le  purger  que  n'ont 
celîes  de  par  deçà:  car  fay  veu  des  ieunes 
filles  en  f  aage  de  douze  à  quatorze  ans 
lefquelles  les  mères  ou  parêtes  faîfantte 
nir  toute  deboutpieds.  ioints  fur vne pier 
re  de  gray  leur  incifoyêt  iufques  au  fang 
auec  vne  dent  d'animal  trenchante  com- 
me vn  coufleau, depuis  le  delTous  def  aif- 
felle  tout  le  long  de  Tvn  des  codez  &  de 
la  cuifle  iufques  au  genouil  :  tellement 
que  ces  filles  auec  grandes  douleurs  en 
grinçant  les  dents  faignoyent  ainil  vne 
efpace  de  temps:&  penfe,comme  i'ay  dit 
que  desle^commencement  elles  vfent  de 
ce  remède  pour  obuier  qu'on  ne  voye 
leurs  pourctez.Que  fi  on  réplique  la  del- 
fus^ainfi  que  les  Médecins  &  autres  plus 
feauans  que  moy  en  telles  matières  pour- 
royent  bien  fairercomment  fe  pourra  ac- 
corder 5  qu'elles  eftans  mariées  Coyent  il 
fertiles  en  enfans,veu  que  cela  celTant 
aux  femmes  elles  ne  peuuent  conceuoir, 
ni  engendrer  :  fi  on  allègue  di-ic  que  ces 
chofes  ne  peuuent  conuenir  ïvnç  auec 

l'autre, 


DE     l'aMERIQJE.  303 

l'autre ,  ie  rc'fpond  que  mon  intention 
n'eftpasni.de  foudre  celle  queition  ,  nî 
d'en  dire  dauantage.  < 

Au  refte  i'ay  refute  ci  deilus,a  la  hn  du 
huitième  chapitre  ,  ce  que  quelques  vns 
ont  cfcrit  &  d'autres  penfé,que  la  nudité 
des  femmes  &  filles  Sauuages,incite  plus 
les  hommes  à  paillardife  que  fi  elles  e- 
ftoyent  habillées  :  comme  aufsi  ayant  la 
déclaré  quelques  autres  poinds  concer- 
nans  la  nourriture,  meurs  &  façons  de 
viure  des  enfans  Ameriquains ,  afin  de 
fuppleer  à  vne  plus  ample  dedu&ion 
que  le  Ledeur  pourroit  requérir  en  ce 
lieu  touchant  celle  matière  ,  il  faudra  s'il 
luyplaiilqu'il  y  ait  recours. 


CHAP-    XVIII- 

Ce  cjvion  peut  appeler  Loix  &  Police  ci- 
uile  entre  les  Saunages:  Comment  ils  traitent 
&  recoymnt  humainement  leurs  amis  qui  les 
vont  vifîter:&  desgrands  pleurs  que  les  fem- 
mes font  a  leur  arnuee  &  bien  venue. 

V  ant  à  la  Police  de  nos 
Sauuages,c'eft  vne  cîîofe  in 
croyable  ,  &  qui  ne  fe  peut 
dire  fans  faire  honte  à  ceux 
qui  ont  les  loix  diuines  & 


itinans    en 
Vnion. 


304  HISTOIRE 

humaines  comme  eftans  feulement  con- 
Saunas  duits  par  leur  naturel  j  quelque  corrom- 
pu qu'il  foit ,  s'entretiennent  &  viuent  fi 
bien  en  paix  les  vus  auec  les  autres. I'en- 
ten  chacune  nation  entre  elle  mefme> 
ou  celles  qui  font  alliées  par  enfemble: 
car  quant  aux  ennemis, il  a  efté  veu  com- 
ment ils  font  traitez.  C^ue  fi  toutesfois  il 
aduient  que  quelques  vns  querellent  (  ce 
qui  fe  fait  &fcu  fouuent  que  durant  près 
d'vn  an  que  i'ay  eftx  auec  curt  ie  ne  les  ay 
veuiamais  debatre  que  deux  fois)  tant 
s'en  faut  que  les  autres  tachent  de  les  fe- 
parer  ni  d'y  mettre  1a  paix^qu'aucontrai- 
re  quant  les  conteftans  fe  deuroyentere 
lier  les  yeux  Ivn  l'autre,  fans  leur  rien  di 
re,ils  les  laifleront  faire.  Toutefbis,fiau 
i  cun  eft  blerTc  par  fon  prochain, &  que  ce- 
luy  qui  à  fait  le  coup  foit  aprehendé  il  en 
receui  a  autant  au  mefme  endroit  de  fon 
corps  par  les  prochains  parens  de  Poffen 
ce  :  &  mefmes  û  la  mort  s'en  enfuit  ou 
qu'il  foit  tué  fur  le  champ  ,  les  parens  du 
deffund  feront  femblablement  perdre  la 
*nïn  Pdês  vie  au  meurtrier  .  Bref  pour  le  dire  en  vn 
hemiàdes   mot,vie  pour  vie,œil  pourœil,dent  pour 

entre  les  •     *  .  .,         j  •  i     r 

Umages  dent,&o  mais  comme  1  ay  ditcela  ie  voit 
fort  rarement  entre  eux. 

Touchant  les  immeubles  de  ce  peuple 
confiftans  en  maifons  (&  comme  fay  dit 
ailleurs)  en  beaucoup  plus  de  tresbon- 

nes  ter- 


vu    l'aMerïqje.         305 
>lîc  terre  qu'il  n  en  faudroit  pour  les  nour 
xir:  quant  au  premier,  fc  trouuant;  tel  y.il 
îage  entr'eux  ou  il  y  a  de  cinq  à  fix  cents 
perionnes,encore*que  piufieurs  habuqt^f^ 
en  vne  meime  mâ.ifon  ,  tant  y  d.  que  cha-  s  nuages 
que  famille  (  fans  Reparation  toutefois  <^J 
de  chofequi  puiffe  empefchcr  qu'on  ne 
voye  d>n  bout  à  l'autre  de  ces  baftirnens 
ordinairement  longs  de  plus  de  foixante 
pas  }  ayant  fon  rang  à  part  :  le  mari  a  ûs 
femmes  &  enfans  feparez  .  Surquoy  faut 
noter  (ce  qui  eft  aufsi  eftrange  entre  ce 
peuple)  que  les  Ameriquains  ne  demeu- 
rais ordinairement  que  cinq  ou  fix  mois 
en  vn  îieu,emportans  puis  après  les  grof 
fçs  pieces  de  bois  &  grades  herbes  dcTm  r^mumh 
do  dont  leurs  maifons  font  faites  &  cou-  d\sJf^ 
uertes  ,  changent  ainfi  fouuent  de  place  menq. 
leurs  villages, îefquels  cependant  retien- 
nent toufiours  leurs  noms  anciens  :  de 
maniefe  que  nous  en  auons  quelque  fois 
trouuez  d'efioîgnez  des  lieux  ou  nous  a- 
uios  efté  au  parauant  d'vn  quart  ou  demi 
lieuë.Ce  qui  peut  faire  iuger  à  vn  chacun 
puis  que  leurs  tabernacles  fontfiaifezà 
tranfporter,  que  non  feulement  ils  n'ont  hi&.gen: 
point  de  grands  Palais  eileuez  (comme  des  Ind« 
quelquVn  a  eferit  qu'il  y  a  des  Indiens  au  l^ch** 
Peru  qui  ont  leurs  maifons  de  bois  fi  biê    °* 
bafties  qu'il  y  a  des  Sales  longues  de  150. 
pas,5c  larges'de  80.)  mais  qui  plus  eft  que 


$q6  HISTOIRE 

que  nul  de  cefte  nation  de  Tououpinam^ 
baoultsàont  ieparlé,necommcnce  logis, 
ni  baftiment  qu'il  nepuifTe  voir  acheuer* 
voire  faire  &  refaire  >  plus  de  vingt  fois* 
en  fa  vie, Que  fi  vous  leur  denrâde*  pour- 
quoy  ils  remuent  fi  fouuent  mefnage:  ils 
n'ont  autre  refponce,  finon  dire  qu'en 
changeât  ainfidair,ils  s'en  portêtmieux* 
&  que  s'ils  faifoyent  autremét  que  leurs 
grands  pcres,ils  mourroyent  foudainc- 
ment.  Pour  Pefgard  des  champs&  des  ter 
frr*j^"Tes:chacun  père  de  famille  en  aura  bien 
pofedet  en  aufsi  quelques  arpens  à  part  qu'il  choi- 
Parttcultcr  fit  ou  il  veut  à  fa  commodité' pour  faire 
fon  iardin  &  planter  ces  racines, mais  an 
reftede  fe  tant  foncier  de  partager  leurs 
heritages  moins  plaider  pour  planter  des 
bornes ,  afin  de  faire  les  feparations,  ils 
laiflet  faire  cela  aux  enterrez,  auaricieu* 
&  chiquancurs  de  par  deçà. 

Quant  à  leurs  meubles  ,  i'ay  ia  dit  en 
plufieurs  endroits  de  cefte  hiftoire  quels 
ils  font  :  afiauoir  (pour  en  faire vn  fom- 
maire)des  lits  de  coto, qu'ils  zppclctlnâ) 
faits  les  vns  en  manière  de  R  ets  ou  filets 
à  pcfcher,&  les  autres  tiflus  comme  gros 
caneuats  ;  mais  cftans  pour  la  plufpart 
longs  de  quatre, cinq  ou  fix  pieds, &  d'v- 
ne  braffe  de  large,plus  oumoins,tous  ont 
deux  boucles  aux  deux  bouts  faites  aufsi 
de  couton,  aufquclles  les  Sauuages  lient 

des 


B  E       L'  A  M  E  R  1  QJ  Ï."  3°7 

«tes  cordes  pour  les  attacher  Rendre  en  £■£ 
l'air  à  quelques  pieces  de  bois  miles  en  SmMl„ 
trauers  expreffément  pour  ceft  effet  en 
leurs  maifons  .  Que  fi  aufsi  ils  vont  a  la 
euerre  ,  ou  qu'ils  couchent  par  les  bois  a 
la  chaffe,  ou  fur  le  bord  de  la  mer,  ou  des 
riuieres  à  la  pefcherie.ils  les  pendét  lors 
entre  deux  arbres. 

Au  demeurant  les  femmes  qui  ont  tou 

te  la  charge  dumefnage,  font  force  Can- 
nés  &  grands  vaiffeaux  de  terre  pour  tai-  v^,MKt 
rc  &  tenir  le'bruuage  dit  Ç«m\  fcmbla-  ;«<; 
blement  des  pots  à  mettre  cuire ,  tant  de^^,,,, 
façon  ronde  qu'ouale:  des  pefles  moyen-  t-i»fim 
Hes  &  petites  ,  plats  &  autre  vaiflellc  de 
terre,laquelle  côbien  qu'elle  ne  foit  guè- 
re vnic  par  le  dehors  ,  eft  neantmoins  fi 
bien  polie  &  comme  plombée  par  le  de- 
dans de  certaine  liqueur  blanche  qui  s'en 
durcit,qu'ii  n'eft  pofsiblc  aux  potiers  de 
par  deçà  de  mieux  accouftrer  leurs  pote- 
ries de  terre.  Mefmcs  ces  femmes,  fa  ifant 
quelques  couleurs  grifaftres  propre  à  ce 
la,auec  des  pinceaux  font  mille  petites 
gentileffes,  comme  guilochis,  lacs  d'a- 
mours, &  autres  drôleries  au  dedans  de 
ces  xaiffelles  de  terre,  principalement  en 
celles  ou  Ion  tient  la  farine  &  les  autres 
viâdes:defaço  qu'on  eftferui  aflez  hône 
ftemêttvoire  diray  plus  que  ne  font  ceux- 
oui  fefcruét  de  vaifîelle  de  bois  par  deçà, 


?o8 


H  ï  S  T  O  I  ft  H 


Vrafeft  qu'il  y  a  cela  de  défaut  en  ces 
pcintrèffes  :  c'eft  qu'ayans  fait  auec leurs 
pinceaux  ce  qui  leur  fera  Venu  en  la  fanta 
Bçi  fi  vous  les  priez  puis  apresd'en  faire 
de  la  niefme  forte  ,  parce  qu'elles  n'ont 
point  d'autre  proiet?pourtrait,ni  crayon 
que  la  quinte  effence  de  leur  ceruelle  qui 
trote,elles  ne  fauroyét  cotrefaire  le  pre-* 
mier .  ouuragé  :  tellement  que  vous  n'en 
Verrez  iamais  deux  dç  mefrne  façon. 

Au  furpius,  corne  i'ay  touche  ailleurs.,1 
.nos' Sauuages  ont  des  Courges  &  autres 
t^P  &  'gros  fruicls  mipartis  &  creufez  ,  decjuoy 
frfrjfâ'ifë  font  tant  leurs  ta  fies  à  boire  qu'ils  ap 
pHëht'^Wï,  qu'autres  petits  vafes  dot  ils 
le  feruent  à  autre  vfage.  Sembîablement 
certaines  fortes  de  grads  &  petits  coffins 
flmcrs&  &  paniers  faits  &  tiflus  fort  propremét, 
les  vns  de  Iocs5&  les  autres  d'herbes  iau- 
nes  comme  glï  ou  paille  de  froment ,  lef- 
.  quels  ils  nomment  Tanacon?  &  tienne  t  la 
farine  &  ce  qiiiîeur  plaiftcledans.  Tou- 
chant leurs  armes5habits  de  plumes, l'en- 
gin home  par  eux  Mœraca>Sc  autresleiîrrs 
vtenciles,  parce  que  i'en  ay  ia  faiéi  la  de- 
feription  en  autre  lieu,àcaufe  de  brictie- 
té  ie  n'en  ferày  ici  autre  mention  .  Voila 
donc  les  màifons  de  nos  Sauuages  faites 
&  meublees:&  partant  il  eft  temps  de  les 
aller  voir  au  logis. 
Pour  donc  prédre  cefte  matière  vn  peu 

de  haut 


Dfi     l'a  M  E  R.  I  CLV  b.  5°9 

dehaut,côbien  que  nos  Tonoup.teqoyuet 
fort  humaineme't  les  cftrangers  anus  qui  £~*. 
les  vont  vifiter>fi  eft  «  neâtmôms  que  les  h^im. 
François  &  autres  de  par  deçà  qui  n'ente  «,«/» 
dent  pas  leur  langage  fe  trouuent  du  c<v  *"*  r 
mcnccment  merueilleufement  eftonnez 
parmi  eux.Et  de  fait  la  premiere  fois  que 
ie  les  frequentay ,  qui  fut  trois  femames 
après  que  nous  fufmcs  arriuez  en  l'Iile 
de  Villegagnô  quvn  Truchemét  me  me- 
na auec  luy  en  terre  ferme  en  4.  ou  5.  vil- 
lages: quand  nous  fufmes  arriuez.au  pre- 
mier nomme'  Yœbouracicn  lâgage  du  pais, 
&  par  les  Frâçois  Pepin(à  caufe  a'vn  Na- 
uire  qui  y  chargea  vne  fois  dont  ie  mai, 
ftre  s'appeloit  ainfi  )  lequel  n'eftoit  qu  a  jui/à» 
deux  lieues  de  noftre  Fortune  voyattout^.^ 

incontinent  enuironnédes  Sauuages,qui^«,w^ 
me  demandoyét  <jMarape-derertt,isl>fara-  *™£n 
p»-derere,c°eû.  à  dire  comment  as  tu  nom,  fiuquaf* 
commentas  tu  nomfàquoy  pour  lors &%££. 
n'entendois  que  lchaut  Alcmand)  &  au 
refte  l'vn  prenât  mô  chapeau  qu'ilrnit  fur 
fa  tefte,  l'autre  mon  efpee  &  ma  ceinture 
qu'il  ceignit  fur  fou  corps  tout  nud.,1' au- 
tre ma  cazaque  qu'il  veftit:  eux ,  di-ie, 
m'efiourdiffans  de  leurs  crieries,  courans 
de  cefte  façon  parmi  leur  village  aueemes 
hardes,nô  feulemét  ie  penfois  auoir  tout 
perdu,mais  aufsiie  ne  fauois  ou  i'éeftois . 
Mais  comme  l'experkncè  memôftra  plu- 


3IO  HISTOIRE 

plufieurs  fois  dcpuis5ce  n'eftoitque  faute 
de  fauoir  leur  manière  défaire:  carfaifât 
de  mefmeà  tû>  ceux  qui  les  vifitêt,&  prin 
cipalemet  à  ceux  qu'ils  n'ont  point  encor 
reus,apres  qu'ils  fe  fot  vn  peu  ainfi  iouefc 
des  befongnes  qu'ils  ontprinfes,ils  rap- 
portât &  rendéc  le  tout  à  ceux  à  qui  elles 
appartiennent,  La  deffîis  le  Truchement 
m'ayant  aduerti  qu'ils  defiroy et  fur  tout 
de  fauoir  mon  nom,mais  que  de  leur  dire 
Pierre>Guillaumeou  Ican,eux  ne  le  pou 
uans  pronocer  ni  retenir(come  de  fait  au 
lieu  de  dire  Iea  il  difoyét  Nim)\\  me  fal- 
lait accommoder  de  leur  nommer  quel- 
que chofe  qui  leur  fut  cogneuercela  (co- 
rne il  me  dit)eftant  fi  bien  venu  apropos 
quemonfurnom  Lery  fignifie  vneHui- 
mm  ^trecnleuHangage,ieleurdi  que  ie  m'ap 
£*«w  peîois  Lery-cnffou:  c'eft  à  dire,  vne  grofle 
7J?f£T  Huytrc.  Dequoy  eux  fe  tenans  bien  faits 
faiâs,  auee  leur  admiration  Teh!  fepre- 
nans  à  rire  5  dirent  i  vrayement  voik  vn 
beau  nom,  &  n'auions  point  encores  veu 
de  Afaîrycyeû;  à  dire,de  François  qui  $*%& 
pelaft  ainfi.Et  de  fait  iepuis  dire  queia- 
mais  Circe'ne  metamorphofa  homme  en 
vne  fi  belle  huytrc,ne  qui  difeourut  fi  bié 
auecVJyfles  que  i'ay  depuis  ce  téps  la  fait 
aucenos  Sauuagcs  .  Surquoyfaut  noter 
qu'ils  ont  la  mémoire  fi  bône  ,  que  fi  tort 
que  quejcûleur  a  vne  fois  dit  fô  nô  quâd 

par 


DE    l'AMERlÔyï'  29S 

par  manière  de  dire  Us  feroyent  cent  ans 
fpre,  fans  le  rcuoir,  ils  ne  l'oublieront 

iaPma.s:  ie  diray  tantoft  les  autres  ce.  emo 
nies  qu'Us  obferuét  à  la  reccpt.o  de  leurs 

amis  qui  les  vont  voir.Mais  pour  e ^pre- 
fent  pourfuyuat  à  reciter  vne  partie  des 
ebofes  notables  qui  nVaduinrent  en  mon 
premier  voyage  parmi  les  Tououp.lc  Tiu 
Lmét  &moy,qui des  ce  mefinc  rour  p  f 
fans  plus  outre  fufmes  coucher  en  vn  au- 
tre village  nommé  EuramîriOes  Fraçois 
>pelent  Gofet  à  caufe  dVnTruchemet 
ainfr  nommé  qui  s'y  eftoit  tenuurouuans 
fur  le  foleil  couchât  q  nous  y arnuaim.  , 
les  Saunages  dâfas&acheu  s  de  boire  le 

Caouin  d'v°n  pvifonnier  qu'ils  auoyet  tue 
n'y  auoit  pas  fix  hcures.duquel  nous  vif- 
mes  les  pieces  qui  cuifoyët  fur  le  Boucan, 
ne  demâdez  pas  fr  a  ce  cômencemet  :e  fus 
eftônéde  voir  telle  tragedieitoutefoi.  co 
me  vous  entendrez  cela  ne  fut  ne  au  prix 
de  la  peur  que  feu  bien  toft  apres.Come 
dôc  nous  fufmes  entrez  en  vne  ma.fo  de 
ce  villase,&  felô  la  modedu  pa^nous  e_ 
4  afsfs  chacun  dâs  vn  lid  de  coto  pedu 
en  rair:  après  que  les  fémes  (a  la  manie,  e 
que  ie  diray  ci  apresieurent  pJo«,&  que 
le  vieillard  Maiftre  de  la  marfo  eut  fait  fa 

faarâgueànoftre  bien  venue,  le  l  ruene- 
métlquinôfeulemêt  ces  façons  de  aire 

des  Sauuagcs  n'eftoyét  point  nouuelles, 

Y  4 


\£fn  d 

icirpeur 


5U  HISTOIRE 

mais  qui  au  refteaimoitaufsi  bien  à  boi- 
re &  Caomnerqu  eux,fans  me  dire  vn  fcui 

^"'ni'aduertir  de  rien  s'en  allât  vers 
la  gro/Tc  troupe  de  ces  danfeurs,  mc  Jair_ 
ia  la  auec  quelques  vus  :  tellement  que 
g.  X-  moy  qU1  eftant  Jas  ne  demandois  qu'àTe- 
poier,apresauoir  mange' vnpeu  de  farine 
derate*  d'autres  vendes  qu'on  Zl 
auo.tprefentees,  me  rêuér%  &  couchay 
das  Jehct  de  cotô  fur  lequel  ,'eftois  afsi/ 
I  outesfo.s  outre  qu'à  caufe  du    bruit 
«3'acles  Sauuagcs.danfans  &  fiffians  tou_ 
te  la  nun  en  mangeant  ce  prifonmer ,  fi- 
renta  mes  ornlJes  ie  fus  blen  reueilié:en 
çoies  1  vn  d'entre  eux  auec  vn  pied  d'ice- 
%  cuit  &  WWqu'il  tenoit  en  fa  main, 
s  approchant  de  moy  me  demandant  (co- 
rne ie feeu  depuis  car  ie  ne  J'entêdois  pas 
-lors)  fil  en  voulois  mangerrpar  celte  con 
tenance  me  donna  vne  telle  frayeur,  que 
line  faurpas  demander  fi i'en  perd ^  tou- 
te enuie  de  dormir.Et  de  fait  penfantque 
ventablemen t  par  ce  fignal  &  monftre  de 
celte  chair  humaine  qu'il  mangeoit,   me 
fflenaffant  il  me  din  &  voulull  faire  éc- 
rire que  ie  ferois  ainfi  accommode-  ioiit 
comme  vn  doute  en  engendre  vn  autre, 
quejefoupçonnaytoutaufsi  toftque  le 
Trucbement  m'ayât  trahi  de  propos  de- 
iberem'auoit  abandonne'  &  liure  entre 
les  mains  de  ces  Barbares,  fii'euiîe  veu 

cjucJcjue 


V  E 


l^AMUIQVE. 


quelque  overture  pour  pouuoir  fortir 
de  là  &  m^enfumie  ne  m'y  folie  pas  feint. 
Mais  me  voyant  enuirôné  de  toutes  pars 
deceuxdefquels  ignorant  Tintêtion  (car 
ils  ne  penfoyent  rien  moins  qu'a  me  mal 
faire)ie  croyoysfermemét  &  m'attendois 
dcuoireftre  mangé:  en  muoquant  Dieu 
en  mô  cœur,toute  cefte  nuit  là,  ie  laifle  a 
péfer  à  ceux  qui  cÔprendrôt  bien  ce  que 
fe  di,  &  oui  fe  mettrot  en  ma  place,u  elle 
mefe-bla'lôgue.Orlematinvenuquemo 

Truchemét,iequcl  en  d'autres  maifos  du 
village  auoit  riblé  toute  la  nuit  auec  les 
fnponniers  de  Sauuages,mevint  retrou- 

uer,me  voyant,comme  il  me  dit,  non  ieu 
lementblefme  &  fort  deffait  de  vifage, 
mais  aufsi  prefque  en  lafieure,medema- 
dant  fi  ie  me  trouuois  mal,&  fi  ie  n'auois 
pas  bien  repofé  :  après  qu'encorcs  tout 
efperdu  que  ieftois  ieluy  eu  refpodu  en 
colère  qu'on  m'auoit  voirement  bien  gai- 
dé  de  dormir,  &  qu'il  eftoitvn  mauuais 
homme  de  m'auoir  laifle  de  cefte  façon 
parmi  ces  gens  que  ie  n'entendois  point: 
ne  me  pouuât  r'afleurer,ie  le  pria  y  qu'en 
diligence  nous  nous  oftifsions  de  là.  Luy 
ladeflus  m'ayant  dit  que  ie  n'euffe  point 
de  crainte,  &  que  ce  n'eftoit  pas  à  nous 
qu'on  en  vouloir,  après  qu'il  eut  le  tout 
recité  aux  Sauuages,lefquels  s'efiovuiisns 
de  ma  venue  mepenfans  carefler  n'auoyêt 


'4*4  HISTOIRE 

bougé  d'auprès  de  moy  toute  la  nuit,eux 
ayans  dit  aufsi  qu'ils  s'eftoyent  aucune- 
met  apperceus  que  i'auois  eu  peur  d'eux 
&  qu'ils  en  eftoyent  bien  marris, ma  con- 
foiation  fut  (  felon  qu'ils  font  grids  gauf 
ieurs)  vne  rifee  qu'ils  firet de  ce  que  fans 
y  penfer  Us  me  l'anoyent  baillée  fi  belle. 
Le  Truchement  &  moy  fufmes  encores 
delà  en  quelques  autres  villages  ,  mais 
me  contentant  d'auoir  recité  ce  que  def- 
fus  pour  efchantillon  de  ce  qui  m'aduint 
en  mon  premier  voyage  parmi  les  Sauua 
ges,iepourfuyuray  àla  généralité. 

Pour  dôcques  declarer  les  cérémonie» 
que  les  Tououpinamhoults ,  obferuentàla 
reception  de  leurs  amis  qui  les  vont  vifi- 
ter. Il  faut  en  premier  lieu  ,  fi  toft  que  le 
voyager  cft  arriué  en  la  maifon  du  Mouf 
f*CMt,ceû  à  dire  bô  père  de  famille  qui  dô 
ne  à  manger  aux  patTans  qu'il  aura  choifi 
pour Ton  hofie(ce  qu'il  faut  faire  en  cha- 
cun village  ou  Ton  frequente?&  fur  peine 
de  le  fâcher  quand  on  y  arriue  n'aller  pas 
premieremét  ailleurs)  que  s'aiïeât  dâs  vn 
h&  de  coton  pendu  en  l'air  il  y  demeure 
quelque  peu  de  teps  fans  dire  mot.Apres 
cela  les  femmes  venâs  à  retour  du  lid,  fa 
tZ's'ph  fmë$&^  les  fciîes  cotre  terre,  &  tenas 
rtniUbun  les  deux  mains  fur  leurs  yeux,en  plorans 

venne         Je  ccfle  £çon  Ja  ^j^  venug  jc  ceJujr    dôt 

fera  qu'eftion,  elles  diront  milles  chofes 
a  fa  louange. 


■i 


SlS  HISTOIRE 

dcpe°HeTPOllreXemPIe:mas  Pri»  tant 
«^Jl5t:&fic-cftvnFra  nSo",o»  autre 
t«  nous  as  apporté  tant  de  belies  befon 

erorf'  Tmeiaydit'e,J"  e"  iettant  dJ 
greffes  larmes  tiendront  plufieurs  tels 

'—  ET*  d>P^diflc««&  LterTes.Qu 

*-.         dans  le  hclleur  veut  agréer:    en  faifant 
b°nne  mine  de  foncofl^c'îln  . 

£  r  tout  a  feu,(commc  i'en  ay  veu  de  no- 
ftrenaaon  qui  oyant  la  brayerie d  L 
femmes  auprès  d'eux  eftoyent  fi  veau* 

ieur  refpondant  tettât  quelques  foufDirs 
faut  ,1  qu',1  en  face  femLnr  .  CefcJ" 
miere  faiuution  faite  ainfi  de  bonn/éra 

ceparçes  fenies  Ameriquaines,Ie^r- 
^,ceft  à  dire  vieillira  maiftre  de  k 
«i«fon,lequeIaufside  fa  part  aura  cM 

vous  voirCcareffe  fort  contraire  à  nos  em 

b,ra^:mens,accollades,bai1emens&toù- 
J/w/_  chenres  a  la  mam  à  Parrinee  de  nos  amis) 
uat.  venant  lors  a  vous:  vous  dira,  première- 
ment Er^oubé^^  à  dire  es  tu  ïenu>puis 
comment  te  portes  tu?  que  demandestu> 
&c.aquûyil  faut  refpondre  felon  que 
verrez    ci  après    an    colloque   de  leur 

langage 


recevant 

on  bèfi 


DE    L'A  ME  RI  QJE.  JI/ 

langage.  Cela  fait  il  vous  demandera  fi 
vous  voulez  manger  :que  fi  vous  rcfpon- 
dez  qu'ouy,ilvous  fera  foudain»  appre- 
fter  êc  apporter  dans  de  belle  vaifïelîe  de 
terre  tât  de  la  farine  qu'ils  mâgét  au  lieu 
de  pain, que  des  vcnaiîbns, volailles, poif 
fons>&  autres  viandes  qu'il  aura  :  mais 
parce  qu'ils  n'ont  tables, bancs, ni  fcabel- 
les,le  feruice  fe  fera  à  belle  terre  deuant 
vos  pieds: quant  au  bruuage  fi  vous  vou- 
lez "d]X-faef4fa'&  qu'il    en  ait  de  fait  il 
vous  eh  bâîlîëfa  aufsj  .    Semblablement 
après  que  les  femmes  ont  pleure  auprès 
du  paffatvifin  d'auoir  deluy  des  peignes» 
rnirouers,ou  petites  patenoftres  de  ver- 
re qu'on  leur  porte   pour  mettre  à  Vcti- 
tour  de  leur,  bras ,  elles  luy  apporteront: 
dés  fruits, ou  autre  petit  prefent  des  cho 
£es  de  leur  pays. 

Que  fi  au  furplus  on  veut  coucher  au 

village  ou  on  eft  arriué,le  vieillard  non 

feulement  fera  tendre  vn  beau  lia:  blanc* 

mais    encore       outre     cela     (combien 

qu'il  ne    face  pas  froid    en  leur  pays,  > 

à  caufe  de  l'humidité  de  la  nuit  &  à  leur 

mode.il  fera  faire  trois  ou  quatre  petis 

feus  àTentour  du  lift,    lefquels  feront 

fouuent  ralumez  la  nuit  auec  certains  pe 

tis  ventaux  qu'ils  appellent  Tatapecoua9 

faits  de  la  façon  des  contenances  que  les 

Dames  de  par  deçà  tiennent  deu&téllts 


3l8  HISTOIRE 

auprès  du  feu  de  peur  qu'il  ne  leur  gaft* 
.  fàccMais  puis  qu'en  traitant  de  la  p"! 
JicedesSauuages  iefuis  tomba  parta 
du  f^iequej  xJs  appellent  7^,  A  g 
^«wx«     *ce  y  «**tin>it  veux  aufsi  dedârer  fS«„2 
C£»  "-f  nulle  &  incognue  par  d^à  SS 
f^'  °1U  d  enfalle  g«5d  il  leur  plaift.D'autant 
rLZZ  d?c^esqu'aymâs  fort  le  feu  ilsne  demeu 
i       ,,.  re  gueres  en  vn  lieu  fans  en  auoir,princi 
?r:,fal^e!,a,nf  qu'ils  craignét  m£ud 
A.A*.  ieufemet  d'eftre  furprins  iAjpum,  c"ft 

dit  ailleurs  ta  bat  &  lcs  tourmente  fou 
chai f0IT'i\%e„t  par  les  bois  àt 
chafTe  ou  fur  le  bord  des  eaux  à  la  pefebe 
ne,ou  ailleurs  par  les  ebapsrau  lieu  que 
«ous  nous  feruons  à  cela  ?de  la  pierre 
du  fufil  dont  ilsignorentrvfagefavan^n 
«compenç e  en  le urs  pays  de  L/Tc    ai 
«es  efpeces  de  bois,dôtlVn  prefoue  auf 
fi  tendre  gue  s'il  eftoit  à  deiipourri     & 
J  autre  au  contraire  aufsi  dur  que  celuy 
dequoy  nos  cuifiniers  font  des  lardofrêT 
quant  ils  yeulét  allumer  du  fcu,il«  ta?* * 
commodent  de  celle  forte .  Premtacme-C 
après  qu'ils  ont  aprimé  &re-du  aufsi  poin 
tu  qu'vn  fufeau  par  fvn  des  bouts  vn  Ca- 
rton de  ce  dernier,de  la  longueur  d'enul 
">n  vnpled,plantantcefte  Joini au m  ? 
heu  d'vne  piece  de  l'autre,  qFue  i'ay  dui 
%c  fort  tcndrclaquelleiis  couchét  ton! 

àpiat 


©E     l'AMERIQJE.  50J 

1  plat  contre  terre,  ou  la  tiennent  fur  vn 
troncou  grpffe  bufche,en  façon  de  pote- 
ce  renuerfee:tournâtpuis  après  fort  fou 
dainement  ce  bafton  entre  les  deux  pau- 
mes de  leurs  mains,commc  s'ils  vouloyet 
forer  &  percer  la  piece  de  deflbus  de  part 
en  part ,  il  aduient  que  de  celle ,  roide  a- 
citation  de  ces  deux  bois  qui  font  ain- 
(\  comme  entrefichez  l'vn  dans  l'autre ,  il 
fort  non  feulement  de  la  fumée,  mais  auf 
fi  vne  telle  chaleur  qu'ayans  du  coton, ou 
desfueilles  d'arbres  bien  feches  toutes 
preftes(ainfi  qu'il  faut  auoir  par  deçà  le 
drapeau  bruilé  ou  autre  efmorce  auprès 
du  fufil}le  feu  fi  emprend  fi  bien  queTaf- 
feure  ceux  qui  m'en  voudront  croire,  en 
auoir  moy  mefme  fait  de  cefte  façon:  No 
pas  cependant  que  pour  cela  ie  vueille  di 
re  moins  croire  ou  faire  acroire  ce  que 
quelqu'vn  amis  en  fes  eferits  :  aifauoir 
que  les  Sauuages  del'Ameriqueiqui  fontT'ieuet , 
ceux  dont  ie  parle  àprefent)auant  cefte  in  ^j1^ 
uention  de  faire  feu  feichafient  leurs  via-  c#^ 
des  à  la  fumée:  car  tout  ainfi  que  ie  tien 
cefte  maxime  de    Philofophie   tournée 
en  prouerbe  eftre   très  vray,    afîauoir 
qu'il  n'y  a  point  de  feu  fans  fumée:   auf- 
fi  par  le  contraire  eftime-ie  celuy  n'e- 
ftrepas  bon  naturaîifte    qui  nous  veut 
faire    accroire    qu'il  y    a  de  la  fumée 
fens  feu.  Tentendl  de  la  fumée  laquelle 


320  HISTOIRE 

comme  celuy  dont  ic  parle  veut  donnera 
entendre  5  puiffe  cuire  les  viandes  :  telle- 
ment que  fi  pour  foiution  il  vouloit  ale^ 
guer  qu'il  a  entendu  parler  des  vapeurs 
3c  exhalations  ,  la  refponce  fera, attendu 
que  tant  s'en  faut  qu'elles  les  puiiîent  fei- 
cher,  qu'au  contraire, fuft  chair  ou  poif- 
fon,ellcs  les  rendroy et  pluftofl  moites  & 
humides,  que  c'eft  fe  moquer  du  monde. 
Partit  puis  q  ceftau&eur-  tant  en  fa  Gof- 
mog.  qu'ailleurs  î  feplaind  fi  fouuent  de 
ceuxlèfquels,  ne  parlas  pas  à  fon  gré  des 
matières  qu'il  a  touchées  ,  il  dit  n'auoir 
pas  biëleu  Ces  eferits ,  ie  prie  les  ledeurs 
d'y  biê  noter  le  paffage  ferial  que  i'ay  co- 
té de  fanotiuelle  &  chaude  fumee,laqucl~ 
le  ie Iuy  renuoye  en  fon  cerucau  de  vent, 
îs  Retournât  doc  à  parler  du  traitement 
que  les  Sauuages  font  à  ceux  qui  les  vont 
vifiten  après  qu'êla  manière  que  i'ay  dit 
leurs  hoftes  ont  beu  &  mangé,fe  font  re- 
smnde    P°^ez^  ont  couche'  en  leurs  maifôs, s'ils 
tonnnter   font  honneftes,ils  baillent  ordinairement 
^umrT     ^  coufteaux  ,  des  cizeaux,  ou  pincettes 
à  arracher  la  barbe  aux  hommes:  aux  fem 
mes  des  peignes  &  des  miroirs:  &  enco- 
res aux  petits  garçons  des  haims  à  pef- 
cher.Que  fi  au  refte  on  a  afaire  de  viures 
ou  autres  chofes  de  ce  qu'ils  ont,  ayant 
demandé  qnec'eft  qu'ils  veulct  pour  ce- 
la,quâd  on  leur  a  baillé  ce  dequoy  on  fe- 
ra con- 


de  l'ameriqve»  ju 

râcôuenujonîe  pcutemporter&s'ê  aller. 
Au  furpius  parce  (corne  i'ay  dit  ailleurs) 
que  n'ayans  cheuaux,Afhcs,oi  autres  be- 
lles qui  portent  ou  qui  charrient  en  leur 
pays  la  façon  ordinaire  eft  qu'il  y  faut  al- 
ler à  beaux  pieds  farts  lace,toutefois  fi  les 
paflans  eftrâgers  fetrouuét  las,en  prefen 
tans   vn  couûeau  ou  autres  chofe's.  aux 
Sauuages,prompts  qu'ils  font  à  faire  plai 
fit  à  leurs  amis  ,  ils  s'offriront  pour  les  sp^ffl 
porter.Etdefait  il  y  en  a  eu  tels  qui  nous  faire  ^i- 
ayans  mis  la  tefte  entre  les  cuifles  ,  nos  A  ^£<« 
iambes  pendantes  fur  leurs  ventres, nous  egserî/ur 
ont  ainfi  portez  fur  leurs  efpaules  plus  i<*r  rf, 
d'vne  grade  lieue  fans  fe  repofer:de  faço 
que  fi  pour  les  foulager  nous  les  vouliôs 
quelques  fois  faire  arreftcr,  eux  fe  moc- 
quans  de  nousdifoyent  en  leur  langages 
&  comment  penfez  vous  que  nous  foyôs 
femmes  ,  ou    fi  lafches  de  cœur,    que 
nous  puissions  défaillir  fous  le  faix  ?Plu 
ftoftmeditvne  fois  vn  qui  m'auoit  fui* 
foncol,iete  porterois  toutvn  iour  fans 
ceffe?  d'aller.-tellemét  que  nous  autres  de 
noftrecofterians  à  gorge  defployee    fur 
ces  Traquenards  à  deux  pieds-,  les  voyâs  Trmëz 
fi  bien  deliberez>en  leur  applaudiflans  &  »**b *  . 

■  '     j*      j  deux  pieds 

mettans  encores, comme  on  dit3dauanta- 
ge  le  cœur  au  ventre, leurs  diiîons:  allons 
doneques  toufiours. 

Quanta  leur  charité  natureîle,fediftri     ; 


J22,  &ÎSTOI&JE 

s*wMga  buans  &  faifans  journellement  prefens 

naturelle.    ]es  yns  aux  aUtres  dcs  venaifonS,POlfïÔS, 

went  chart  r  .   .  -T  7 

tahte*.  fruits, &  autres  biens  qu'ils  ont  en  leur 
pay  s, ils  l'exercent  de  telle  façon,  que  no 
feulement  vn  Sauuage,par  manière  de  di 
re,mourroit  de  honte  s'il  voyoit  auprès 
de  foy  fon  prochain,  ou  fon  voifin  auoir 
faute  de  ce  qu'il  a  en  fa  puiffance,  mais 
aufsi, comme  ie  I'ay  expérimenté,  ils  v- 
fent  delamefme  libéralité  enuers  les  e- 
ftrangcrs  leurs  alliez  .  Pour  exemple  de- 
quoy  ie  diray  que  cefte  fois(ainfi  que  i'ay 
ia  touché  au  dixiemç  chapitre)  que  deux 
Frâçois  &  moy  nous  eftâs  efgarez  parles 
bois,cuidafmes  eftre  deuorcz  d'vn  gros 
&  efpouuâtable  Lézard?  ayans  outre  ce- 
la l'efpacede  deux  iours  &  d' vne  nuit  que 
nous  demeurafmes  perdus  enduré  grand 
faim, nous  eftans  finalement  retrouuez 
en  vn  village  nommé  Tauo^ou  nousauios* 
efté  d'autres  fois, il  n'eft  pas  pofsible  d'e~ 
lire  mieux  receu  que  nousfufmcs  des  San 
uages  de  ce  lieu  là.  Car  en  premier  lieu, 
nous  ayans  ouy  raconter  les  maux  que 
nousauions  endurezrmcfme  le  danger  ou 
nous  auions  efté  deftre  nonfeulement  de 
norez  des  beftes  cruelles,  mais  aufsi  d'e- 
ftre  prins  &  mâgez  des  Margaias->  nos  en 
nemis  &  les  leurs  ,  de  la  terre  defquels 
(fans  y  penfer)  nous  nous  eftions  appro- 
thé  bien  près:  parce  di  ie  qu'outre   cela 

pafTans 


t)E     L'AMÈRïdVE.  J2j 

paffans  par  lcs.deferts  ,   les  efpines  nous 
àuoyentbien  fort  efgratinez  ,  eux  nous 
voyansenteleftaten  prindrent  fi  grand 
pitié,  qu'il  faut  qu'il  m'efchape   de  dire 
que  les  receptiôs    hipocritiques  de  ceux 
de  par  deçà  qui  n'vfent  que  du  plat  de  la 
langue  pour  la  confolation  des  affligez, 
eft  bien  efloignee  de  l'humanité  de  ces 
gens.lefquelsneantnioins  nous  appelles 
barbares. Pour  dôcques  venir  à  l'effet^a- 
pres  qu'avec  de  belle  eau  claire  qu'ils  fu-  €n™$'ic 
rent  quérir  exprès  >  ils  eurent  commen-  i'éww^» 
céparlà(quimefit  refouuenir  de  la  fa-*;*"1" 
çon  des  Anciens)  de  lauer  les    pieds   & 
les  iambes  de  nous  trois  François  qui  e- 
ftionsafsis  chacun  en  vn  lia:  àpart ,  les 
vieillards  qui  dés  noftre  arriuee  auoyenç 
donné  ordre  qu'on  nous  appreftaft  à  man 
ger,mefmes  ayans  commandé  aux  fem- 
mes qu'en  diligence  elles  nous  fiflent  de 
la  farine  tendre  (de  laquelle  comme  i'ay 
dit  ailleurs  >  i'aimerois   autant  manger 
quedumolet  de  pain  blanc  tout  chaut) 
nous  voyasvnpeurefraifchis  nous  firent 
aufsi  toft  feruir  à   leur  mode  de  force 
bonnes  viandes  >  comme  de  venaifons, 
volailles  ,  poiflfons  ,  &    fruits    exquis 
dont  ils  ne  manquent  iamais. 

Dauâtagelefoiryenu,afinquenous  re 
poftfsions  plus  à  noftre  aife  >  le  vieillard 
noftre  hofte?ayant  fait  ofter  tons  les  en- 


324  HISTOIRE 

fans  d'auprès  de  nous,  le  matin  à  noftre 
rcfucil  nous  dit:&  bié  Atour-ajfœts  :  (ceft 
à  dire  parfaits  alliezjaue*  vous  bien  dor- 
mi eefte  nuit?  A  quoyluy  cflant  fait  rçf~ 
ponce  que  fort  bien,il  nous  dit  :  repofez 
vous  encores  mes  enfans  ,  car  ie  vis  bien 
hier  au  foir  que  vous  efties  fort  las.  Bief 
il   m'eft    malaife   d'exprimer  la    bonne 
chère  qui  nous  fut  faite  lors  par  ces  Sau~ 
ttages?lefqucls  à  la  verite,pour  ledire  en 
vnmotjfirent  en  noftre  endroit  ce  que 
acU8.  i.  faint  Luc  dit  aux  A  des  des  Apoftres,oue 
les  Barbares  de  rifle  de  Malte  pratique» 
rent  enuers  faint  Paul,    &    ceux   qui  e~ 
ftoyentauecluy  après  qu'ils  eurent  ef- 
chappe  le  naufrage  dont  il  eft  la  fait  mé- 
tion.Gr  parce  que  nous   n'allions  point 
par  pays  que  nous  n'eufsions  chacun  va 
fac  de  cuir  plein  de  mercerie,qui  nous  fer 
uoitau  lieu  d'argent  pour  conuerfer  par 
nu  cepeuple,au  départir  de  là,  nous  bail 
lafmes  cequ'il  nous  pleut:  aflauoir  com- 
me Tay  tantoft  dit  que  c'eft  lacouftume, 
des  coufteaux  ,  ciseaux  ,  &  pincettes  aux 
bons  vieillardsrdes  peignes  mirouers  & 
bracelets  de  boutons  de  verre  aux  fem- 
mes: &  des  hameçons  à  pefcher  aux  petis 
garçons, 

Surquoy  aufsi  afin  que  ie  face 
mieux  entendre  combien  ils  font  cas 
de  ces  chofeszie  récitera/  que  moy  eftant 

vu 


DE      L^MERIQJE.  325 

vn  îourcn  vn  village,mo  Moujfacat^çk 
adiré  celuy  qui  m'auoitreceu  chez  foy, 
m'ayant  prié  de  luy  monftrer  tout  ce  que 
i'auois  dans  mon  Qararnento  5  c  eft  a  dire 
dans  mon  fac  de  cuir ,  après  qu'il  m'eut 
fait  apporter  vac  belle  grande  vaiffeîle  de  W^- 
terredans  laquelle   i'arengeay  tout  mon  htenîlseju 
casrluy  s'efmerueillant devoir  cela'aP'^j^ 
pelant  foudain  tous  les  autres  Sauuages  c£\Htrts 
leur  dit:  ie  vous  prie  mes  amis  de  con-^Wi- 
fidererquel  perfonnage  Pay  en  ma  mai-'" 
fon:  car  puis  qu'il  a  tant  de  richeffes  ne 
faut  il  pas  bien  dire   qu'il  foit  quelque 
grand  Seigneur  ?  Et  cependant  comme  ie 
dis  enriàt  cotre  vn  miencôpagnon  qui  e- 
ftoit  auec  moy,tout  ce  que  ce  Saunage  e~ 
ftimoit  tant,qui  eftoit  en  fomme  cinq  ou 
fix  coufteaux  emmanchez  de  diuef  fes  fa- 
ços,autât  de  peignes, deux  ou  trois  grâds 
mirouers,  &  autres  petites  befongnes, 
n'euft  pas  vallu  deux  teftons  dans  Paris, 
Partant  fuyuant  ce  que  i'ay  dit  ailleurs, 
qu'ils  arment  ceux  qui  font  libéraux,  me 
voulant  encores  moy  mefme  plus  exalter 
qu'il  n'auoit  fait,  ie  luy  baillay  gratmte- 
mét  &publiquement  deuant  tous  le  plus 
grad&plusbeau  de  mescoufteaux, duquel 
de  fait  il  fit  autant  de  cote  que  feroit  quel 
qu'vn  en  noftre  France,  auquel  on  auroit 
fait  prefent  d'vne  chained'or  de  la  v aîeur 

decentefeus* 

X    3 


Sauvages 
loyaux  à 
tfari  amis 


S1^  HI  S  T  O  I     RE 

Que  û  vous  demandez  maintenat  plus 
outre,  fur  la  fréquentation  des  SauuLs 
de  j  Amérique  dont  ietraitemaintenant- 
auauoir  h  nous  nous  tenions  bien  afteu 
au'RBf  rcfP°"de«e  tout  ainfi 
qu  ilshaiffentfi  mortellement  leurs  en 
nemis,que  comme  vous  auez  entendu  ci 
deuant,quand  ils  les  tiennent,  fans  a  utre 
compofition  ils  les  aflbmmct  &  mangéV 
par  le  contraire  ils  aiment  tant  eftroitel 
mentleurs  amis  &  confédérée  teh  que 
nous  eftions  de  cefte  nation  nômee  rl- 
^WWAf,quepIuftoft  pour  les  aZtë 
tir5&auant qu'ils  receulfent  aucun  def- 
Plaifir  ils  fe  feroyent  mettre  en  cent  mil- 
e  pieces,  ainfi  qu'on  parlettellement  que 
les  ayant  expérimentez,  iemefierois  ,  & 
me  tenois  lors  plus  à  feurte  entre  ce  peu 
pie  que  nous  appelions  Sauuages,que  ie 
ne  ferois  maintenant  en    quelques    en- 
droits de  noftre  France  auec  les  François 
defloyaux  &  dégénérez  :  ie  parle  de  ceux 

gm  font  teis.-car  quant  aux  gens  de  bien, 
dontparJa  d     Dicu  Je  R  > 

n  eft  pas  vmde,  leferois  bien  marry  de 
toucher  a  ieur  honneur. 

Toutesfois  ,  afin  q„eie  dife  le  pro 
&  Je  contra  de  ce  que  i'ay  congneu  eftant 
parmi  nos  Ameriquains.ie  récitera?  en! 
cores  vn  fait  contenante   plus    grande 

apparence 


DË      L'  AMERIQUE.  $*7 

apparence  de  danger  ou  ie  me  fois  Jamais  Difl 
/eu  entre  eux .  Nous  eftans  doneques  vn 
jour  inopinéme-t  rencontrez  fix  rraneois 
en  cebeau  g,  and  village  V'oKaranttn  du- 
quel i'ay  u  plufieurs  fois  fait  mention  ci 
deflus,diftantdedix  ou  douze  lieues  de 
noftreFort,ayansrefôlus    d'y   coucher, 
nous  fifmes  partie  à  l'arc,    trois    contre 
trois  pourauoir  tant  des  poulies  d  In- 
des qu'autre  chofe  pour  noftre  fouper. 
Tellement  qu'eftant  aduenu  que  le  tus 
desaerdans,commeie  cerchois  des   vo- 
lailles à  acheter  parmi  le  village,il  y  eut 
vn  de  fes  petis  garçons  Françômquci  ay 
dit  du  commencement  que  nous  auions 
menezdâs  le  Nauire  deRofee  pourappre 
dre  la laneuejlequel  fe  tenoit  en  ce  villa- 
ge qui  me  dit:  voila  vne  belle  &  grafle  ca- 
ne d'Inde,tuez  la  vous  en  ferez  quitte  en 
la  payanf.ee  que  (parce  que  nous auions 
fouuent  ainfi  tué  des  poulies  en  d  autres 
villages  dont  les  Sauuages  enlescotentas 
ne  s'eftoyent  point  fachez)n'ayant  point 
fait  difficulté  de  faire,apres  que  i  eu  celte 
Cane  morte  en  ma  main  ie  m'en  allay  en 
vne  maifon,ou  prefques  tous  es  Sauua- 
ges de  ce  lieu  eftoyent    affemblez    pour 

Ainii  ayant  la  demande  a  qui 
eftoit  la  Cane  afin  que  ie  luy  payaf- 
fe  ,  il    y    eut   vn     vieillard  ,     lequel 

X     4 


wan 


S28  HISTOIRE 

fe  prefentant    auec  vne   affe*  mauuaife 
trongne,me  dit,c'eft  àmoy.  Que  veux  ^ 
que,e  ten  donne  luy  di-ie?  vlTcoufteau, 
refpondit-xhauguel  fur  Je  champ  en  avâ 
voulu  bailler  vn,quand  il  l'eut  /eu  U  /;, 
»  en  veux  vn  plus  beaurce  que  fans  repli! 
quer  luy  ayat  prefenté,il  dit  qu'il  ne  vou- 
oitp01nt  encores  de  ceftuy  là. Que  veux 
tu  donc.Iuy  di-ieque  ie  te  donnée  fer 
pe  dit-il.  Mais  parCe  qu'outre  que  cela 
eftoit  vn  p„s  du  tout  excefsif  en  ce  pays 
la,  de  donner  vne  ferpepour  vne  cane,  ie 
"<^oispointpourlors,ieluy dis  qu'il 
fe  contentait  s'il  vouloit  du  fécond  cou- 
fteau  que  !e  luy  prefentois  ,  &  qu'il  n'en 
auroit  autre  chofe.Mais  la  deflus  le  Tru- 
chement qui  cognoifîoit  mieux  leur  fac5 
de  faire  (combien  qu'en  ce  fait  là  il  fuft 
au/si  bien  trompe  que  moy  )  me  dit,il  eft 
bie  rache,  &  quoy  que  s'en  foit  il  luv  faut 
trouuer  vne  ferpe.Parquoy  en  ayant  em- 
prunte vne  du  garfon  dot  i'ay  parlé.quâd 
ie  la  voulu  bailler  à  ce  Saunage    il  m  2 
derechef  plus  de  refus  qu'il  f'auoi   fa 
auparavant  des  coufteaux  :  de  façon  que 
mefachant  de  cela,pour  la  troifiemc  fois, 
le  luy  dis  :  que  veux  tu  donc  de  moy  >  £ 
quoy  furieufement  il  répliqua  ,  qu'il  me 

rdo;:r'commei'au°istue'^ca"e 

car  dIt_i,  e  qU>eJJeaefta 

irereqm  eft  mort,  ie  l',imois  plus  que 

çhofe 


DE      l'AMERIQJE.  329 

diofe  que  i'euffe.  Et  de  fait  de  ce  pas  mô 
homme  s'en  alla  quérir  vne  efpee,ou  plu 
ftoftgroffe  maffuc  de  bois,  de  cinq  à  fix 
pieds  de  long,  &  s'en  reiicnant  tout  fou- 
dain  vers  moy  ,  il  continuoit  toufiours 
de  dire  qu'il  me  vouloit  tuer.Quj  fut  doc 
bienesbahi  ce  fut  moy:  &  toutcsfois,cô- 
„me  il  ne  faut  pas  faire  le  chien  couchant, 
(comme  on  parlc)ni  le  craintif  entre  cefte 
nation,  il  ne  falloit  pas  que  i'en  Me  fem- 
blànt.  La  deffus  le  Truchement  qui  eftant 
afsis  dans  vn  lift  de  couton pendu  entre 
le  querelleur  &  moy ,  m'aduertiffant  de 
ce  que  ie  n'entêdois  pas, me  dit:  dites  luy 
tenant voftre  efpee  au  poing5&  luy  mon- 
ftrant  voftre  arc  &  vos  flefehes  ,  à  qui  il 
penfe  auoir  affaire?  car  quit  à  vous,vous 
eftes  fort  &  vaillant,  &  ne  vous  lairrez 
pas  tuer  fi  aife'ment  qu'il  penfe  .  Somme 
faifant  bonne  mine  &  mauuais  ieu  ,  ainfi 
qu'on  dit ,  après  plufieurs  autres  propos 
que  nous  eufmes  ce  Sauuage  &  moy(fans 
fuyuant  ce  que  i'ay  dit  au  commencemêt 
de  ce  chapitre  que  les  autres  fiflent  au- 
cun  fembîant  de  nous  accorder)  yure  que 
il  eftoit  du  Caomn  qu'il  auoit  beu  tout  le 
long  du  iour,  s'en  alla  dormir  &  cuuer 
fon  vin:&  moy  &  le  Truchement  fouper 
&  manger  fa  Cane  auec  nos  compagnons 
qui  nous  attendans  auhaut  du  viîlage,ne 
fauoyent  rien  de  noftre  querelle.  Orce- 


v-  • 


H°  HISTOIRE 

Die  icroit  tellement  -déclarée  entre  eux 
(eftansxa  ennemi,  des  Portugal,    qlJ£ 

cnraXF;Ue2  ' lama,S  d'a-' de  Ja'm 
fait  n H         "'"  Ve  mÔ  lo^d^  auoit 

i tant  rcfueille  enuirô  trois  heures  après 

.non :fa,t,n  eftoitque  pour nfcfprouuer, 
S        l  a  ma  con^nance  fiie  ferois  bien 
fi  guerre  aux  Portugais  &  au-,  m 
leurs  ennemis    mIW  ,     Mtrg**, 

™A'  "in^m,ls'  ft,ais  cependant  demon 
cofte  afin  de  Iu7  ofter  foccafion  d  en  fi? 
«  autant  vne  autre  fois,  ou  à  mov  ou  at 

fcn?  "rftreS  :  10int  1ue  teIi«  rifee,  ne 
[ont  pas  fort  plaifante,  ,  non  feulement 

eJuymanda7queien'auo,squefaTrede 
i«7>&.  que  ,ene  vouJois  point  de  oer» 

qmm-efprouuaftauecvneerpeeaupS 
«aïs  aufsi  ie  lendemain  entrant  en  fa  ma! 

«des  haims  a  pefcher  aux  autres   tout 
auprès  de  Juy ,  qui  n'eut  rien  .  On  Peu 
donc  recueillir  tant  de  ceft  exemple  /Z 
de  1  autre  que  i'a7  récité  ci  deflA  de  mô 
premier  voyage  parmi  le,  Sauuage, /ou 
Pour  l'ignorâce  de  leur  couftumewûe™ 

noftre 


DE      L'AMER  ÏQVE.  3JÏ 

noftrc  natiofi  ie  cuidois  eftre  en  danger, 
que  ce  que  i'ay  dit  de  leur  loyauté  enuers 
leurs  amis  demeure  toufiours  vray  &  ter 
metaiïauoir,  qu'ils  feroyent  bien  marris 
de  leur  faire  defplaifir.  Surquoy  pour  co 
clufion  de  ce  poinMadioufleray  que  fur 
tout  les  vieillards, qui  par  le  pafle  ont  eu 
faute  de  coignees  ,  fêrpes  &  coufteaux 
(qu'ils  trouuent  maintenât  tant  propies 
pour  couper  leur  bois  &  faire  leurs  arcs 
&  leurs  flefehes  )  non  feulement  traitent 
fort  bien  les  François,  mais  aufsi  exhor- 
tent les  ieunes  gens  d'entre  eux  de  faire 
le  femblableàl'aduenir» 


CHAP.     XIX. 

Comment  les  Saunages  fe  traitent  en  leurs 
rnaladiesienfemble  de  leurs  Cultures  &  funé- 
railles: &  des  grands  pleurs  quits  fint après 
leurs  morts* 

!  O  v  K  donques  mettre  fin  à 
I  parler  de  nos  Sauuages  de 
|  l'Amérique,  il  faut  fauoir 
\  comment  ils  fe  gouuernent 
,J  tant  en  leurs  maladies  qu'à 
la  fin  de  leurs  iours:  c'eft  à  dire  quand  ils 
font  prochains  de  la  mort  naturelle  .  S'il 
aduient  donc  qu'aucuns  d'eux  tombe  œa~ 


3j2 


HISTOIRE 


Jade  après  qu'il  aura  monftré  &  fait  ente 
die  ou  il  fent  le  mal,foit  aux  bras  ïambes 
ou  autres  parties  du  corps  ,  ceft  endroit 
là  fera  fuccé  auccla  bouche  parl'vnde 
fcs  amis:  &  quelques  fois  par  vne  manie- 
ur/, re  d'abufeurs  qu'ils  ont  entre  eux  nom- 
dJ>"d™  mcz  Cage's,  qui  eft  à  dire  Barbier  ou  Mc- 
*««*«.  decin(  autres  que  les  Cry*»*  dont  i'ay 
parlé  traitant  de  leur  religion  )  lefquels 
non  feulement  leur  font  accroire  qu'ils 
leur  arrachent  la  maladie  mais  aufsi  que 
ils  leur  prolongent  la  vie.  Cependât  ou- 
tre les  fièvres  &  maladies  communes  de 
nos  Ameriquains,  à  quoy  corne  i  ay  tou- 
ché ci  deuant  àcaufe  de  leur  pays  bien 
tempéré,  ils  ne  font  fi  fuiets  que  nous 
fommes  par  deçà,  ils  ont  vne  maladie  in- 

™ZZ7aClUâik  qU^S  noi»m™*  *'***>  laquelle 
gtmfi.  combien  qu'ordinairement  elle prouien- 
ne  &  fe  prenne  de  paillardife,  i'ay  néant- 
moins  veu  auoir  à  deieunes  enfans  lef- 
quels en  eftoyent  aufsi  couuerts  qu'on 
en  voit  par  deçà  eftre  de  la  petite  vérole. 
Mais  au  refte  cefte  contagion  fe  conuer- 
tiffanten  puftules  plus  larges  que  le  pou 
cejefquelles  s'efpadét  par  tout  le  corps, 
voire  îufqu'au  vifage  ,  ceux  qui  en  font 
entachez  en  portent  aufsi  bien  les  mar- 
ques toute  leur  vie  ,  que  font  les  vero- 
lez  &  chancreux  de  par  deçà  de  leur  tur 
pitude  &  vilenie.  Et  de  fait  i'ayveu  en 

ce  pays 


<Ameri~ 
quoins  com 


D  E     L'-£  MERI  Qjr  E.  $$$ 

ce  pays-là  vnTruchemcnt,natif  de  Rou- 
en ,  lequel  s  eftant  veautre  en  toutes  for- 
tes de  paillardifes  parmi  les  femmes  & 
filles  Sauuages>en  auoit  fi  bien  receu  fori 
falaire,que  fon  corps  &  fon  vifage  eftans 
aufsicouuerts  &  desfiguresdeccsT^/, 
que  s'il  euft  efté  vray  ladre ,  les  places  y 
eftoyent  tellement  imprimées  qu'impôt 
fible  luy  fut  de  les  iamais  effacer  :  aufsi 
eft  cefte  maladie  la  plus  dangereufe  en 
cefte  terre  du  Brefil.  Àinfi  pour  repren- 
dre mô  premier  proposées  Ameriquains 
ont  cefte  coùftume,que  quant  au  traite- 
ment de  ia  bouche  de  leurs  malades  :  fi 
celuy  quieft  detenu  au  hâdeuoit  demeu  ment  trai- 
ter vn  mois  fans  manger  on  ne  luy  en  do  e*nt.  leurf 
nera  iamais  qu  il  n  en  demande  :  melmes 
quelque  grieue  que  foit  la  maladie,les  au 
très  qui  font  en  faute  ,  fuyuant  leur  cou- 
fiume,ne  laifferont  pas  pour  cela,buuan$ 
fautas  &chantâs>de  faire  bruit  autour  da 
poure  patiéttlequel  aufsi  de  fon  cofté  lâ- 
chant bien  qu'il  ne  gagneroit  rien  de  s'en 
fafcher,aime  mieux  auoir  les  oreilles  r5 
pues  que  d'en  dire  mot.  Toutesfois  s'il 
aduient  qu'il  meure,  &  fur  tout  fi  c'eft 
quelque  bon  père  de  famille  5  la  chantre- 
rie  eftant  foudain  tournée  en  pleurs  ,  ils 
lamétent  de  telle  façon  que  fi  nous-nous 
trouuions  en   quelque  village  ou  il  y  eut 
yn  mort^ouil  ne  falloitpas  faire  eftatd'y 


334  HISTOIRE 

coucher*  ou  ne  fe  pas  attendre  de  dormir 
la  nuit.  Mais  principalement  c'eft  merueil- 
le  d'ouyr  les  femmes  lefquelles  braillans 
fifort  &  fi  haut  que  vous  diriez  que  ce 
font  hurlemés  de  chiens  &  de  loups  font 
communément  tels  regrets  &  tels  dialo- 
gues. Il  eft  mort,  diront  les  vnes  en  trai- 
iiant  leur  voix,  celuy  qui  eftoit  fi  vaillât, 
&  qui  nous  a  tant  fait  manger  de  prifon- 
niers.  Puis  les  autres  en  efclatant  de  mef 
me  refpondront.  Ô  que  c'eftoit  vn  bon 
chalïeur  &  vn  excellent  pefcheur  :  Ha  le 
braue  afîbmmeur  de  Portugais  &  de 
Margaias-)  defquels  il  nous  a  fi  bien  ven- 
gez, dira  quelquVne  entre  les  autres. tel 
lement  que  parmi  ces  grands  pleurs  com 
me  vous  voyez  en  la  prefente  figure,s'em 
braflans  les  bras  &  les  eipaules  Tvne  de 
l'autre  s'incitans  à  qui  fera  le  plus  grand 
dueil:  iufquesà  ce  que  le  corps  foit  ofté 
de  deuant  elles ,  elles  ne  cefleront  en  de- 
;  chifrant  &  recitant  ainfi  par  le  menu  tout 
ce  qu'il  aura  fait  &  dit  en  fa  vie ,  de  faire 
de  longues  xirielles  de  fes  louanges. 


$$6  HISTOIRE 

Bref,  à  la  mdniere  que  les  femes  de  Beam 
aiafi  qu'on  dit  ,  faifans  de  vice  vertu  en 
vne  partie  des  pleurs  qu'elles  font  fur 
leurs  maris  décédez, chantët  Lamiamouy 
La  mi  amon:£ara  rident^oeildefplendou\  Ca 
ma  leugébet  danfadow.  Lo  mebalen^  Lo  m'e- 
fburbat  :  matt  depes  :  fort  tard  au  Iheit 
C'eft  à  dire  mon  amour:  Mon  amour  vi- 
fage  riant,  œil  de  fplendeur,tambe  lege 
re,beau  danfeurje  mien  vaillant, le  mien 
efueillé, matin  debout  forttard  au  liéhvoi 
re  corne  aucûs  difentqueles  femmes  en 
quelques  endroits  de  Gafcongne  adiou- 
ftent ,  Y ere  ,  yere ,  o  le  bet  rene^adou  ô  le 
bet  iougadou  qtthere  :  c'eft  à  dire ,  helas 
helas.,  ô  le  beau  renieur,ô  le  beau  ioueur 
qu'il  eftoitrainfi  en  font  nos  poures  Ame 
rîquaines:lefquelles  au  furpl9  au  refrein 
de  chacune  pofe  adiouftant  toufiours  ,  il 
eft  mort.,  il  eft  mort  celuy  duquel  nous 
faifions  maintenant  le  dueil,  les  hommes 
leur  refpondant  difent  :  Helas  il  eft  vray 
nous  ne  le  verrons  plus  iufques  à  ce  que 
Fofes&  nous  foyons  dçrriere  les  montagnes, ou, 
/*<*»<*'*»- ainfi  que  nous  enfeignent  nos  Caraïbes-* 

terrer  let  \        r  i  a 

morts  en  nous  damerons  auec  Juy  &  autres  pro- 
ummque  pOS  femblables  qu'ils  adiouftent .  Or  ces 
querimonies  durant  ordinairement  de- 
my iour(car  ils  ne  gardent  gueres  leurs 
corps  morts  dauantage)apres  que  la  fof- 
fe  aura  efté  faite, non  pas  longue  à  noftre 

fe 


de  l'amuiqje.  337 

mode,ains  ronde  &  profonde  comme  vn 
grand  tonneau  à  tenir  le  vin,le  corps  qui 
aufsi  incontinent  après  auoir  efté  expiré 
aura  efté  plié,  les  bras  &  les    iambcs  liez 
a  lenteur  ,fcraainfi  enterré  prefques  tout/«-^- 
debout :  mefme  (comme  i'ay  dit)  fi  ^^mPOrtsen 
quelque  bon  vieillard  qui  foit  decedé  ,  il  ^™»** 
fera  enfepulturédansfa  maifon  enuelop- 
pé  de  fon  lia  de  couton,voirc  on  enter- 
rera auec  luy  quelques  coliers,  plumaffe- 
riesv&  autres  bcfonçnes  qu'il fouloitpor  J<7*«*  ™ 
ter^quand  il  eftoit  en  vie.Sur  lequel  pro-  tewy,," 
pos  on  pourroit  alléguer  beaucoup  d'e- 
xemples des  Anciens  qui  en  vfoyent  de 
cefte  faconreomme  ccque  dit  lofephe  qui 
fut  mis  au  fep.ulchre  de  Dauid  :  &  ce  que 
les  Kiftoriens  prophanes  tefmoignentde 
tant  de-grads  perfonnages  qui  après  leur 
mort  ayans  efté  ainfi  parez  de  ioy aux  fort 
précieux     le  tout  eft  pourri  auec  leurs 
corps:&  pour  n'aller  plus  loin  de  nos  A- 
meriquains,  comme  nous  auons  ia  allé- 
gué ailleurs  ,  les  Indiens  du  Peru  terre 
continente  à  la  leur  enteri  ans  auec  leurs 
Rois  &  Caciques  grande  quantité  d'or  Se 
de  pierres  precieufes  ,  plusieurs    Efpa- 
gnols  de  ceux  qui  furent  les  premiers  en 
cefte  contrée  recerchans  les  defpouiîles 
de  fes  corps  morts  iufquesaux  tombeaux 
&  crotes  ouils  fcauoyet  les  trouuer,enfu 
rent  prandcmëtenrichis.Tou-tefois  pour 

Y 


338  HISTOIRE 

retourner  à  no sTououpi?iambaoults,der>m$ 
que  les  François  ont  hanté  parmi  eux  ils 
n  enterrent  pas  fi  couftumierement  les 
chofes  de  valeur  auec  leurs  morts,  qu'ils 
faifoyent  auparauât:mais  ce  qui  cft  beau- 
coup pire  oyez  la  plus  grande  fuperfti- 
tion  qui  fe  pourroit  imaginer  en  laquel- 
le ces  poures  gens  font  detenus  .  Dés  la 
premiere  nuit  d'après  qu'vn  corps,  àla 
façon  que  vous  auez  entendu, a  efté  enter 
Érr&  rf  îCUX  cr°yans  fermemet  que  fi  Aygnan, 
•orayement  c^eft  a  dire  le  diable  en  leur  lâgue  ne  trou 
nabobs  uoit  d'autres  viandes  toutes  preftes  au- 
près,qu'il  le  deterreroit  &  mangeroit,nô 
feulement  ils  mettent  de  grands  plats  de 
terre  pleins  de  farines, volailles,poifTons 
&  autres  viandes  bien  cuites  auec  de  leur 
bruuagedit  Caouinfus  h  fofïedu  deffûd:, 
mais  aufsiiufqu'àce  qu'ils  penfent  que 
le  corps  fôit  entièrement  pourri, ils  con- 
tinuent à  faire  tels  feruic.es  ,  vrayement 
diaboliques. Duquel  erreur  ilnous  eftoit 
tant  plus  malaifé  de  les  diuertir ,  que  lçs 
Truchemens  de  Normandie  qui  nous  a- 
uoyét  précédez  en  ce  pays  là,  à  l'imitatiô 
despreftres  de  Bel  prenans  de  nuit  ces 
bonnes  viandes  pour  les  manger,  les  y  a- 
uoyent  tellement  entretenus,  voire  con- 
firmez, que  quoy  que  par  lexperiéce  nous 
leur  môftrifsiôs  que  ce  qu'ils  y  mettoyét 
le  foir  s'y  retrouuoit  le  lendemain, à  pei- 
ne peu- 


De    l'a  m  e  r  i  oy  e.         $59 
èc  peufmes  nous  perfuader  le  contraire 
à  quelques  vns.Teliemét  qu'on  peut  dire 
cefte  refueric  des  Sauuages  n'eftre  pas 
fort  différente  dé  celle  des  Rabins  Do- 
ûcurs  Iudaiques:  ni  de  celle   de  Paufa- 
masXarles  Rabins  tiennét  que  le  corps  ^u 
morteftlaiiîéen  lapuiflanced  vn  diable  Mtde  de 
qu'il  nommét  Zazel  ou  azazel,  lequel  ils  ^w 
difeiît  eftre  appelé  prince  du  defert  i&*rêi*jëme 
Leuitique:   &  mefme     pour  confirmera  **• 
leur  erreur  ils  deftourrient  ces  partages 
derEfcritureouil  eft  dit  au  feipent  tu  Gsn.  3* 
.  mangeras  la  terre  tout  le  temps  de  ta  vie:  14 
car  puis  difetit  ils  que  noftie    càsps  eft 
créé  du  limon  &  delà  poudré  de  la  ter-  w-*f«*4- 
re,qui  eft  la  viande  du  Serpent  il  luy  eftkuii^ 
fuiet  iufques  a  ce  qu  il  foit  tranfmué  en 
nature  fpirituelle  .  Paufanias  femblable- 
ment  raconte  d'vn  autre  diable  nommé 
Eunnomus.duquelles  interpréteurs  des 
Delphiens  ont  dit,qu'il  deuoroitlachair 
des  morts,  &  n'y  laitfoit  rien  que  les  os9 
qui  eft  en  fomme,ainfi  que  i'ay  dit?îe  rrief 
me  erreur  de  nos  Àmeriquairis. 

Finalement  quand  les  Sauuages,  à  îâ  * 
manière  que  nous  auons  monftré  au  cha- 
pitre precedent,  -  renouuellent  &  tranf-  Forme  de 
portent  leur  village  en  autre  lieu5rnettâs^^ 
deffus  les  foiTes  des  trefpafîez  de  petites  Sm^t 
couuerturesdeleur  grande  herbe  nom* 

Y     z 


34°  HISTOIRE 

mee  Pindbmon  feulement  le  s  pafTans  y  ré 
cognoiflent  forme  de  Cimiriere,  mais 
aufsi  quand  Jes  femmes  s'y  rencontrent, 
ouautremët  quâd  elles  font  par  les  bois 
utiles  fe  reflouuiennet  de  leurs  feus  ma 
Tis,cefera  à  faire  les  regrets  accouftu- 
me*,&  à  hurler  de  telle  forte  qu'elles  fe 
font  ouyr  de  demie  lieue.     Parquoy  les 
lai/Tant  pleurer  tout  leur  faoul,  puis  que 
i'ay  pourfuyui    les    Sauuages    iufques 
à  la  fotfe  ,  iemettray    ici  fin  à  difeou- 
rirdeleur  manière  de  faire:  toutesfois 
les  le&eurs  en  pourrot  encore  voirqucl- 
que  chofe  au  Colloque   fuyuant  lequel 
fut  fait  au  temps  que  i'eftois  en  FAme- 
rique  à  l'aide  d'vn  Truchement,  qui  non 
feulement?poury  auoir  demeuré  fept  ou 
huit  ans  entendoit  parfaitement  le  lan- 
gage des  gens  dupays,  mais  aufsiparce 
qu'il  auoit  bien  eftudié  mefmc  en  la  lan- 
gue Grecque  ,  dont(ainfi    que  ceux  qui 
l'entendent  ont  ia  peu  voir  ci  deflus)  ce^ 
fte  nation  des  Tououpnamhoults ,  a  quel- 
ques mots,  il  le  pouuoit  mieux  expli- 
quer. 


CHAP. 


XX. 


Colloque  de  Ventrée  ou  arriuee  en  U  terre 
du  Brc fil  entre  les  gens  du  pays  nommez  Tou- 

oupinam- 


î>i    l'a  m  e  rïqv^  54* 

oupinambaouks  ,    &  1  oupinenquin  en 

langage  Saunage  &  Francois. 

T  *>  uonpinam  bacult 

E%JL-ioube?  Es  tu  venu? 

François 
Pa^aiouh  Ouy  ie  fuis  venu? 
T 

Teh  !  auge-ny-Po-t   Voila  bien  dit, 

T 
Mara-pe'-dèrere?  Comment   te  nom- 
mes tu?  c,eJi  u 
F 
Lery-ouffoti,  Vne  grofle  Huitre 

T 
Ere-iacajfo  fieno>  As-tu  laifle  ton  pays 
pour  venir  demeurer  ici? 
r  F 

Fa.  Ouy 

T 
ILoYi-deretani  cuani  repiac.  Vien  donc- 
ques  voir  le  lieu  ou  tu  demeureras. 
F 
<pAu?e~be\  Voila  bien  dit. 

T 
Jenderepiac?  aàut  lenderépiac  aonle  ehe- 
raire     T'eh!   concrete  Kénoii  Lsry-oujfoH 
yméen! 

Voila  doncques  il  èft  venu  par  deçà  mon 
fils  nous  ayant  en  fa  mémoire  helas/ 

Y     y 


nom  de 
l'aȔ  heure 

en  Un  gag- 


34*  HISTOIRE 

T 
Erervu  de caramémo}  As  tu  apporté"  te* 
coffres  ?  lis  entendent  aufsi  tous  autres 
vaiffeauxàtenir  bardes  que  l'home  peat 
auoir. 

F 
'Paarout.  Ouy  ie les ay  apportez. 

T 
Mobouyï  Combien? 
Autant  que  Ton  en  aura  on  leur  pourra 
iiôbrer  par  paroles  iufques  au  nobre  de 
cinq,  en  les  nommant  ainfi  ,  ^Augê-pêi. 
mocoueinjUmoJfaptityijiOioicoudic-i^jecoinho^ 
Si  tu  en  asdeux5tu  n'as  que  faire  d'en  nô- 
mer  quatre  ou  cinq.  Il  te  fuffira  dédire 
ffiocouein  de  trois  &quatrc.Semblablernet 
s'il  y  en  a  quatre  tu  diras  oioicoudicJiLx.  ain- 
û  des  autres.  Mais  s'ils  ont  paflfé  le  nom- 
bre de  cinq  il  faut  que  tu  monftres  par 
tes  doigts  &  par  les  doigts  de  ceux  qui 
font  auprès  de  toy,  pour   accomplir  le 
nombre  que  tu  leur  voudras  donner  à 
entendre.  Et  de  toute  autre  chofe  fem- 
blablement.  Car  ils  n'ont  autre  manière 
4e  conter* 

T 
ajfyfœe  pér iront  9  de   caramemo  ponpc? 
Cruelle  cnofe  eft-ce  que  tu  as  apportée 
dedans  tes  coffres. 

F 
<zA-wb.  des  veftemens. 


de    l'  a  m e  r i  oy fi.'        545 
T 
Mara  vai>  De  quelle  forte  ou  cou- 
leur? 

Sobouj-etci   De  bleu: 

Pircnc*    Rouge, 

loup.  Iaune. 

Son>    Noir. 

Sobouy^maffoit.  VercL 

tpirienc  De  plufieurs  couleurs. 

<Pega/foti~atte,  Couleur  de  ramier, 

Ti». Blanc.  Et  eft  entéJu  de  chcmifes. 


Maépâmo?  Qupy  encores? 

F 
Acan£auhi-roupê,  ïDes  chapeaux; 

T 
Seta-pé>  Beau-coup? 

F 
Ivatoupauê,.  Tant   qu'on  ne  les  peut 
nombrer. 

T 
zAipogno*  Efi-cetout? 

F 
Erimen.   Non,  ou  Nerrny. 

T 
Effenoubat.  Nomme  tout. 

F 
Coromo.  Attend  vn  peu* 

T 
ÏÏFetm  Orfusdoncques. 

Y  4 


54+  HISTOIRE. 

[Artil-      Moeapou,  mororoatp.  Artillerie  à  feu, 
leriehar  comme  harquebuze  grade  ou  petite:  car 
qaebu-  Mocap  lignifie  toute  manière  d' A rtille- 
ze  &    "e  a  feu, tant  de  grofles  pieces  de  Naui- 
Viftoles  res>qu'autres.Ii  iembleaucunefois  qu'ils 
prononcent  "Secap.  par  B.  &  feroitbon 
enefcnuantce  mot  d'entremefler.  m.  b. 
enfernbîequipourroit. 
Tondre      Mocap-coui,  De  Ja  poudre  à  Canon,ou 
<*  Cam  poudre  à  feu 

Mocap-couioureu-,  Pourmettre  la  pou 
dre  à  feu,comme  flafques  ,  cornes,  &  au- 
tres. 

T 
çjnfarAVaè>   Quels  font  ils? 
,      F 
,  Tapiroujfou-ah,     De  corne  de  bœuf 
T 
lAugé-gatou-tégué.  Voila  tresbien  ditz 
Mae  fi  fepouyt  rem?    Qu;eft-ce  qu'on 
baillera  pource?  , 

F 
Arouri.  le  ne  les  ay  qu'apportées  com 
medifant,ienaypointdehalîe  de  m'en 
deffaire  en  leur  faifant  fembler  bon. 
T 
Inerte       He'L  C'<;ft  ™e  interietfiort  qu'ils  ont 
ction      a«oufJume  défaire  quand  ils  pêTent  à  ce 
qu  on  leur  dit,voulans  répliquer  volon- 

tiers.Neantmoinsfetaifent  afin  qu'ils  ne 
foyentveus  importuns. 

F. 


I* 


F 

^4rrou4ta  ygapen.  I'ay  apporté  des  ef- 
pees  de  fer. 

T 

TsÇaeepiac-icho  />/»*?  Ne  les  verray-ie 
point?  F 

2?^0//w#. Quelque iour  à  loifif. 

T^eréroupe  guya-pat?  N'as  tu  point  ap-  Serpes* 
porté  de  ferpes  à  neufes? 
F 
t^rrout,!9  en  ay  apporté. 

T 
Igatou-pé?  S  ont- elles  belles?      ï 

Guiapar-êtè  Ce  font  ferpes  excellétes* 

T 
jluapomoquem7-  Qui  les  a  faites. 

Page-ouajfon  remymognen.C 'a  efté  celuy- 
que  cognoiiïez  5ouife  nomme  ainfi>  qui 
les  afaiâes. 

T 
<*Auge'-terah .Voila  qui  va  bien. 

T 
Acépiah  mo-men.  Helas  ie  le$  verrob 
volontiers. 

F 
Karamoupe,  Quelque  autre  fois, 

T 
Tacepiah  tauge%  Qu£  ie  les  voyeprefefô 
tement. 


34<£  «ï  S  TO  Ï  RB 

EémberelnguetAtien  encore 
T 

/  Ereroupèitaxéamo,As  tu  point  appor- 
te de  coufteaux?  r      - 

F 

.     eArrouretad'cn  ay  apporte'  en  abôdâce 
T 
Secoaarantinvaéïsom-ce  des  coufteaux 
gui  ont  le  manche  fourchu. 

F  s 
^    En-en  non  ivetin  A  manche  blanc  Ivepep 
a  demi  raffe  Taxe  miri  des  petits   cou- 
ïteruix. 

J>wd*  Des  haims  Moutemoton  des  amines 
Arrcuaàts  miroirs  Kuap  des  peignes 
Mcurobouy  été  des  colliers  ou  bracelets 
bleus  ifepiab  yponyéum  que  Ion  n'a  point 
accQuftume  d'en  voir.  Ce  font  les  plas 
beaux  que  Ion  pourroit  voir  depuis  que 
on  a  commence  à  venir  depar  deçà. 

-E^/S  w-w£  «fe  caramemo  t'acepiah  de  mae 
Ouure  ton  cofre  afin  que  ie  voye  tes  blés 
F 
Aimojfaénen  le  fuis  empefche 
Acépiah-oucairendefue  le  la  moftreray 
quelque  îour  que  ieviendray  à  toy. 

T{ârourkhofIremmœe  detue  f  Ne  t'ap 
porteray-ie  point  des  biens   quelques 
lours?  *     ■■* 

*JM/tt 


de    l'ameriqj/e.  347 

MaelpereroHpotatïQiic  veux-tu  appor- 
ter. 

T 
Scebdeïc  ne  fcay  mais  toy  Maeperéipo- 
***?Que  veux-tu. 

F 
5«7,Des  heftes,0»r*,des  oifeaux,P*V* 
du  poi(ïbn,Ofcy,de  la  farine  yew,  des  na- 
tieaux  Commenda-ouaftudcs  grandes  teb- 
ues  ,  Commenta  miri  des  petites  febves, 
morgouiamafoudes  oranges, &  des  citros 
maetirotùn*  de  toutes  ou  pliifieiirs  chofes 
T 
hUra-vaéfoo  ereiufceh?  de  quelle  forte  de 
befte  as-tu  appétit  de  manger? 
F 
Nacepiah  quevon-gouaaire  le  ne  veux  de 
celles  de  ce  pays. 

T 
Aàjfenondefm  Que  ie  te  les  nomme. 
F 

Nein  Or  la 

T 

TapiroufottVntbc&c  qu'ils  nomment 
5unfi,demi  afne  &  demi  vache. 
Se-ouafou  efpece  de  Cerf  6c  Biche? 
Taiafou  Sanglier  du  pays, 
^go***  vne  befte  roufle  grande  comme 
vn  petit  couchon  de  trois  femaines. 

Vague  c'eft  vne  befte  grande  comme  vn 
petit  couchon  d'vn  mois  rayée  de  blanc 
gcnoir. 


54S  HISTOIRE 

Taphi  Efpece  de  Heure, 
Ejpe  non  ooca  ychejke.  Nomme  moy  des 
oyfeaux. 

T 
oifeaux  \acou>€& vn  oifeau  grand  comme  vn 
chapon  ,  fait  comme  vne  petite  poule  de 
guinec,dont  il  y  en  a  de  trois  fortes  c'eft 
affauoir,  lacoutin,  Iacoupem  &  lacoH-ovajZ 
fiux  &  font  de  fort  bonne  faneur,  autant 
qu'on  pourroit  eftimer  autres  oifeaux, 

nJûtouton  Paon  Saunage  dont  en  y  a  de 
deux  fortes,de  noirs  &  gris  ayâs  le  corps 
de  la  grandeur  d'vn  Paon  de  noftre  pays 
(oifeau  rare; 

zJMocacmà  c'eft  vne  grande  forte  àe  per- 
drix ayat  le  corps  plus  gros  qu'vn  chapô. 
■YnamboM-ouaJfouyC 'eft  vne  perdrix  delà 
grande  forte  prefque  aufsi  grande  com- 
me l'autre  ci  deflus  nommée. 

Ynambou  c'eft  vne  perdrix  prefque  co- 
me cdlcs  de  ce  pays  de  France. 
'Pegaffm  Tortc  relie  du  pays. 
Taicacm  autre  efpece    de  tourterelle 
plus  petite. 

F 
Seta  pe^pira  fepiaé  E^ïl  beaucoup   de 
bons  poifTon^. 

T 
^V^Uy  en  a  autant. 
Kurerna  Le  mulet. 
Tœrati  Vn  franc  mulet 

A  card- 


de  l'ameRiqve.  342 

Acara-pep  Poiffon  plat  encores  plus 
délicat  qui  le  nomme  ainfi. 

jic*rs-otisJfou  Vri  autre  grand  poitfon 
qui  fe  nomme  ainfi. 

Acara-boutcn  Vn  autre  de  couleur  tan 
née  qui  £ft  de  moindre  forte, 

oStcara-wiri  de  très  petit  qui  eft  en  eau 
douce  de  bonne  faneur. 

Ouara^Vvx  giand  poiiîon  de  bon  gouft. 

Kd?miiroupoiiy-Qut<[fou^Jn  grad  poiflfon* 

Mamo-ps  drretam?  Ou  eft  ta  demeure. 

Maintenait  il  nomme  le  lieu  de  fa 

denu'ure 

Xarmuby  Ora~ouajfou-ouée  faueu-ur  kffic? 

<T ira-cdn  ï Q-j>en,EiraU-iîtûmeny  Taracouir- 

œpœn>>  SarapQ-u> 

Ce  font  les  villages  du  long  du  riuage 
entrant  en  la  riuiere  de  Çenevre  du  cofte 
de  la  main  feneftre  nommez  en  leurs  pro 
près  noms  :  &  ne  fâche  qu'ils  puiflent  a- 
uoir  interpretation  felon  la  fighificatioa 
d'iceux. 

Ke-ri-u->Acara~u  Kouroumoure\ï ta-auc* 
Icirârouenj  qui  font  les  villages  en  ladite 
riuiere  du  eofté  de  la  main  dextre. 

Les  plus  grands  villages  de  deffus 
les  terres  tant  d'vn  cofte'  que  d'autrcj 
font. 

Sacouarr-ouJfon-tme)Ocarenrin>  Sapoperis, 
T^ouroucHue  >  oArafa-twie ,  Vfu-potuue  Se 
plufieurs  autres  dont  auecl.es  gens  de  la 


35° 


HISTOIRE 


terre  >  ayant  communication  on  pourra 
auoir  plus  ample  cognoiffance  &  des  pè- 
res de  familles  quefruftrement  on  appe- 
lé Rois  qui  demeurent  au/dits  villages* 
&  en  ks  cognoifTant  on  en  pourra  iuger* 
F 

Wlikouy-petoupichagàtou  hemu  Combien 
y  a-il  de  grands  par  deçà. 
T 
Seta-gue  II  y  en  a  beaucoup. 

■  Effenon  auge  pequoube  ychefue ,  Nomme 
m'en  quelqu  vn. 

T 
Nân  C'eftvn  mot  pour  rendre  atten- 
tif celuy  à  qui  on  veut  dire  qlque  propos 
Eapirau  i  ioup  c'eft  le  nom  d  vn  homme 
qui  eft  interprété ,  tefte  à  demi  pelée ,  ott 
il  n'y  a  guère  de  poil. 
F 
nJlfamo-pefetamFQvi  eft  fa  demeure. 

•  T 
Kariauh-be  En  ce  village  ainfi  dit  ou 

nommé  qui  eft  le  nom  d'vne  petite  riuie- 
re  dont  le  village  prend  le  nom  à  raifon 
qu'il  eft  afsis  pres.Eteftinterprete'la  mai 
fon  des-RT^r/wcompofe'de  ce  motKarios 
&  Xaùq  qui  fignifie  maifon  &  en  oftât  os 
.8ç  y  adiouftât  auq  fera  KariauhSc  be  c'eft: 
l'article  de  l'ablatif  qui  fignifielelieu  que 
on  demande  ou  là  ou  on  veut  aller. 
/  Moffcn 


S>E    L'AME  RÏQVE.  351 

T 

lAejfcny gerre  Qui  eft  interprété  garde 
de  médecines  ou  à  qui  ..médecine  appar- 
tient, &  en  vfent  proprement  quand  ils 
veulent  appeler  vne  femme  forciere  ,  ou 
qui  eft  polfcdee  dvn  mauuais  efprit  :  car 
Mojfcn  c'eft  medecine,&£*rr*  c'eft  appar 
tenance.  1 

Qnrauh-cn/fon  au  arentin  5  La  grande 
plume  de  ce  village  nommé  des  eftorts. 

Tœu~coHar-oufoH-tuue-jrouare&t  en  ce  vil- 
lage nommé  le  lieu  ou  00  prend  des  can- 
nes comme  de  grands  rofeaux. 
T 
Ouacan  le  principal  de  ce  lieu  la  qui  eft 
à  dire  leur  tefte. 

T 
Soouétn+ujfm  C  eft  la  fueille  qui  eft  torn 
beed  vnaibre. 

T 
lAorgouia-êuaJfw  Vn  gros  citron  ou  ©~ 

range,  il  fe  nomme  ainfi. 

b  T 

Use  du  Qui  eft  flâbe  de  feu  de  quelque 
cliofe.  T 

Maraca-ouafon  Vne  groffe  fonnette  ou 
vne  cloche. 

T 

Mae-uocep  Vne  chofe  à  demi  fortie  foit 
delà  terre  ou  dVn  autre  lieu. 


35^  ai  s  to  i  Its 

T 

Karian-parre  5  Le  chemin  pour  aller 
aux  Karics* 

Ce  font  les  noms  des  principaux  delà 
duiere  de  Genevre,&  à  l'enuiron. 


Che-rorHp-gœtou,der0ur-dri.  le  fuis  fort 
ïoyeux  de  ce  que  tu  es  venu. 

<tAinjî  no-       ~-t    .        /    /•  •  -AT'      i        •  •x        • 

moycm-iis    JJ\*tn  teretcoyfat Nicolas tron^Ov  tien  toy 
r*Ueg*-   doncaueciefeigneurNicoks. 

ysQreroupederemiceco?  N'as  tu  point 
amené  ta  femme. 

F 
jirrout ira'n-chlreco  augernie.  le  Pamene- 
ïay  quand  mes  affaires  feront  faites. 
T 
sJMarapeiïerecoran*  Qu^eft-ce  que  tu  as 
affaire? 


Cher  auc-ouarn.yiz  maifonpour  demeu 


rer. 


Mstra-vae~auc?  Quelle  forte  de  maifon 

F 
Sethidae  ebereco-rem  eouap  rewrie  .  le  ne 
fcay  encore  comme  ie  dois  faire. 
T 
jS[eîn  tereieouap  derecorem.  Or  la  donc 
penfe  ce  que"  tu  auras  affaire. 

Père- 


i>E  l'ameriqvè,  355 

F 
*]>eretan  repiac-irei  Apres  que  i'auray 
veu  voftre  pays  &  demeure. 
T 
Tstjreico-icho-pe-deauem  a  irom?  Ne  te 
tiendras  tu  point  auec  les  gens?c'eft  à  di- 
re auec  ceux  de  ton  pays. 

F 
M*raamope?Vourc{Uoy  t'en  enquiers-tu 
T 
Aipo-guê.  le  le  di  pour  caufé. 
£he~poMtoupa-'guederhVen  fuis  ainfi  en 
malaife: comme  difant  ie  le  voudiois  bié 
fauoir. 

F 
Nen  pi  amotareum  pe  orenuhichehï'Ne  Trindpd 
hamez  vous  point  noltre  principal  >  c  elt 
à  dire  noftre  vieillard? 
T 
Erymen.  Nenny* 

S  ère  cogaton  pony-mm-étè mof  Sî  ce  n'e~ 
ftoit  vne  chofe  qu'on  doit  bien  garder^ 
ondeuroitdire. 

Secouai  apoau-e  engatourefme^yporéré  cogâ 
ton,  Ceftlacouftume  d'vn  bon  père  qui 
garde  bien  ce  qu'il  aime» 
T 
l^erefco  kho  pirem-otmriui7-   N'iras-tu 
point  à  la  guerre  au  temps  aduenir? 

F 

AjfoirinueWïïQLj  quelque  iourQ 


35.4  HISTOIRE 

<tJMara-pé  perouagêrre-rere>  Comment 


ennemis. 


eit-cc  que  vos  ennemis  ont  nom> 

T 

T ouatât  ou  Margamt^  Ceft  vNne  nation 
qui  parle  comme  eui  ,  auec  lefquelsles; 


Çonformi- 


Portugais  fe  tiennent. 

Ouétaca,  Ce  font  vrais  Sauuages  qui 
font  entre  Ja  riuiere  de  Mac-he  &  de  Parai 

OueauemyCefont  Sauuages  qui  font  en 
cores  plus  Sauuages  ,  fe  tenans  parmi  les 
bois  &  montagnes. 

Caram,  Ce  font  gens  dVne  plus  noble 
façon,  &  plus  abondans  en  biens  tant  vi- 
ures  qu'autrement,  que  non  pas  ceux  ci 
deuant  nommer. 

Karios->  Ce  font  vne  autre  manière  de 
gens  demeurans  par  délaies  Touaiaire* 
vers  la  riuiere  de  plate  qui  ont  vn  mefme 
langage  que  ks  Tououp.  Touftnenqmn. 

y  La  difference  des  langues,  ou  langage 
delà  terre,  eft  entre  les  nations  deffus 


té  &  âif-  nommées. 

ulgL4'*  Et  premièrement  les  Tomupinamtaoults 
Touftnenquin.Touaiarey  Tenremwon  &  Ka 
rio,  parlent  vn  mefme  langage,ou  pour  le 
moins  y  a  peu  de  differ éce  entr'eux ,  tant 
de  façon  de  faire  qu'autrement. 

Les  Karaiaont  vne  autre  manière  de 
faire  &de parler. 

LcsOuetaca  different  tant  en  langage 
qu'en  fait  de  l'vne  &  de  l'autre  partie.  V 

Les 


de     î/ameriqve*         355 
Les  Oueanen  aufsi  au  femblable  ont  tou 
te  autre  manière  de  faire  &  de  parler. 
T 

TehïOioacpaeireatapœau  ummikH&Lû 
monde  cerchefvn  l'autre  &  pournoftré 
bien  .  Car  ce  mot iendcuetk  vn  dual  dont 
les  Grecs  vfent  quand  ils  parlét  d&deux. 
Et  toutesfois  icy  eft  prins  pour  cefte  ma- 
nière de  parler  à  nous. 

Ty  terohah apoau  ari^T enons  nous  glo- 
rieux du  monde  qui  nous  cerche. 

Apoau  ae  mae  gerre  5  iendefue  «  C'elr  le 
mode  qui  nous  eft  pour  noftre  bien.Ceft 
qui  nous  donne  de  fes  biens. 

Tyreco-gatou  iendefue ,  Gardons  le  bien 
C'eft  que  nous  le  traitions  en  forte  qu'il 
foit  content  de  nous. 

Ipçrenc  été- am  reco  iendefue  ?  Voila  vîîç 
belle  chofe  s'offrant  à  nous. 

Ty  maran-vatou apoau- apê >  Soyons  a  ce 
peuple  icy. 

Ty  momourrou^mê *?nae gerre  iendefue  3  Ne 
faifons  point  outrage  à  ceux  qui  nous 
donnent  de  leurs  biens, 

T y poich apoaue iendefue  ->  Donnons  leur 
des  biens  pour  viure. 

Ty poeraca  apoaué.T y zuzùlons  pour  pre 
dre  de  laproye  pour  eux. Ce  motyporraca 
eft  fpecialemet  pour  aller  enpefcherie  au 
poiffon.Mais  ils  en  vfent  en  toute  autre 
ind'uftrie  de  prendre  befte  &  oy  féaux, 

Z  z 


35^  HISTOIRE 

Tyrrout  mae  tyronam  ani  ape\  Apportons 
lourde  toutes  ehofes  que  nous  leur  pour 
rons  recouurer. 

Tyre  comrémoich-mciendê-mae  recoujfaue 
Ne  traitons  point  mal  ceux  gui  nous  ap- 
portent de  leurs  biens. 

Pe-poroinc  auu-mecharaire-ouèh,'Nç  {oyez 
point  mauuais  mes  enfans. 

T 'a père  coihmaé,A>&n  que  vous  ayez  des 
biens. 

Toerecoihperaife arnoJLt  que  vos  enfans 
enayent. 

^jrecoih  lender  amouyn  mae'pouaire^o9 
n'auons  point  de  biens  de  nos  grans  pè- 
res. 

O  pap  cheramouyn  maepouaire  aitih.  Tay 
toutiettéeequemô  père  grand  m'auoit 
laifle. 

Apodumae-ry  oiierobiahNiç  tenant  glo 
ï-ieux  des  biens  que  le  monde  nous  ap- 
porte. 

Ienderamouyn-remiepyac  potateguekou- 
mre,  Ce  que  nos  grands  pères  voudroyét 
auoir  veu  5&  toutesfois  ne  l'ont  point 
veu. 

Teh  !  oip  otarhete  tender amouyn  recohiare 
ete iendefue^  Or  voila  qui  va  bien  que  l'ef- 
change  plus  excellent  que  nos  grands  pè- 
res nous  eft  venu. 

lende porrati-oiijfou-vocare,  C'eft  ce  qui 
nous  met  hors  de  triftefle. 

lende 


DE     L'A  ME  RIQJÏ.  557 

lende-co  ouajfou  gerre  Qui  nous  fait  a- 
uoir  de  grands  îardins. 

Enfalfipiram.Iendere  mernynonape^W  ne 
fait  plus  de  mal  à  noz  enfanchonets  quâd 
on  les  tond  ,  i'enten  ce  diminutif  enfan- 
chonets pourles  enfansdenosenfansv 

Tyre  coih  apouau^ienderoua gerre- aru  me- 
nons ceux  ci  auee  nous  contre  nos  enne* 
mis. 

Toere coih  mocap  omae-ae ,  QVils  ayent 
des  harquebuzes  qui  eft  leur  propre  bien 

venu  d'eux. 

Mara-tnofemengatou-euin-amo  ?  Pour- 

quoy  ne  feront-ils  point  forts? 

Meme-tae  morerobiarern  Ceft  vne  natio 
ne  craignant  rien. 

Ty  fenenc  apouau ,  maram  tende  ironJtX- 
prouuons  leur  force  eftans  auec  nous 
autres. 

Menre^tae  moreroar  roupiare^  Sont  ceux 
qui  deffont  ceux  qui  emportent  les  au- 
tres, altauoir  les  Portugais. 

t/fgne  heoueh  ,  Comme  difant  5  II  eft 
vray  tout  ce  que  i'ay  dit. 


T^ein-tya  moue  ta  iendere  caffarirU  Deui- 
fons  enfcmblc  de  ceux  qui  nous  cerchét:^ 
ils  entendent  parler  de  nous  en  la  bonne' 
partie^  comme  la  phrafe  le  requiert. 

Z  x 


358  HISTOIRE. 

F 

Nein-che  atoun-ajfaire,  Or  donc  mon  al 
lie. 

Mais  fur  ce  point  il  eftà  noter  que  ce  mot 
^Atour-ajfap  &  Cotouajfap  different.  Car 
lepremier  lignifie  vne  parfaite  alliance 
entr'eux,&  entr'eux  &  nous  ,  tant  que 
les  biens  de  l'vn  font  commun  à  l'autre. 
mmM  qu'^s  ne  peuuent  auoir  la  fille 
ne  la  feur  dudit  premier  nomme' .  Mais  i\ 
n'en  eftpasainfi  du  dernier.  Car  ce  n'efr 
qu'vne  légère  manière  de  nommer  lVn 
l'autre  par  vn  autre  nom  que  le  fien  pro- 
pre comme  ma  iam  be,  m  on  ceil ,  mono-' 
reiiie  &  autres  fembiàbies. 


Maérejf étende  mouetaf  Dequoy  parle- 
rons nous?  - 

See%maetirouen-reJfeiT)eçlvLÙ.cms  &  di 
uer  fes  chofes 


^ftra-piengvah-rere?  Comment  s'ap- 
peleieciel?  r 

F 

Le  ciel, 

T 

Cyh-rengne-tatfenouh  maetirouen  défie. 

Auge~be,  C'eft  bien  dit. 

Mac 


T 

M^Le  ciel.  Couarafi,  le  Soleil,  Iafce, 
la  LxLtïè.iafi  tataouatfou.Lz  grande  eftûi- 
le  du  matin  &du  vefpre  qu'on  appelé  c6-< 
munémét  Lucifer  J > ft  tatamir h  Ce  font 
toutes  les  autres  petites  eftoDies  .  Ybouy 
c'eft  la  ttxteSParanan  la  mer,  Vh-ete  c'eft 
eau  douce  ,  Vh-een  eau  falee.  Vh-een  buhc 
eaux  que  les  matelots  appelent  le  plus 
fouuent  Sommaque. 

T  û 

fta>  eft  proprement  pris  pour  pierre.- 
Aufsi  eft  prins  pbftr  toute  efpece  de  me- 
tail  6c  fondement  d'édifice -J. comme  aoh- 
itaM  pilHcr  de  la  maifon. 

Yapurr-ytaM  &fte  de  la  maifon. 

luraita^s  gros  trauerfains  de  la  mai 

fon. 

Igourahoîi  y  &?«/>**, toute  efpece  &  for 
te  de  bois. 

Ottrapahvn  arc  .  Et  neantmoiris  que  ce 
foit  vn  nom  côpofe'  de  ybouyrah  qui  figni 
fie  bois,  &  */>*>  crochujou  partie  toutes- 
fois  ils  prononcent  Ôrapar par  fyncope. 

^rr^Pair^rr^mauuais  -air.- 

eX^^3pluye. 

^Ameii  poytony  l^c  temps  difpole  & 
preft  à  pleuuoir.  .' 

Toupen,  tonnerre,  Toupen  verap  5  c'eft 
î'e  fclair  qui  le  preuient. 

Z  4 


V 


3<>o  Histoire 

ffjfrpm      ^o-ytin,  les  nuées  ou  Je  brouillard. 
x  bueture,Les  montagnes. 
CjHHrn  Campagnes  ou  pays  plat  ou  i| 
n'y  a  nulles  montagnes.  F 


Village  & 


Taue  Villages,  Auc  Mzi{cm,Vh-ecoùaj> 
riviere  ou  eau  courant.  T 

Vh-paotiyyne  Ifle  enclofç  d'eau. 

X**  C'eft  toute  forte  de  bois  &  forefts 

JCœapaon,  Ceft  vn  bois  au  milieu  d'v- 
ne  champagne. 

Kaa-ona„,  Qg|  eft  nourri         j£  j^ 

X**:ierrt>  C'eft  vn  efprit  malin  qui  ne 
Jeur  ia]t  que  nuire  en  leurs  affaires? 

Ygat  Vne  naffelie  defeorce  qui  contint 
trente  ou  quarate  home  all.ans  en  guerre 

Au  Ai  eft  pris  pour  nauire  qu'ils  appe- 
lentygwrotifffu,  fr 

Thijfa-ouaffçu  C'eft  vne  faine  pour  pré 
drepoiffon,  l        '*, 

Inguea,  C'eft  vne  grande  naffelie  pour 
prendre  poison.  r 

fytei,  diminutif  Naffelie  qui  Ceri- 
quand  les  eaux  font  desbordees  de  leur 
cours. 

^{omognot mae tajfenorn defue,Oxie  ie ne 
nomme  plus  de  chofes. 

Emourbeou  dentanikbeftuy  Parle  moy 
de  ton  pays  &  de  ta  demeure. 

yluge- 


>/^V 


f>E     L'AMERIQUE.  $6t 

F 

z/îugébé derenguéepourendoup.  Ceft  bien 
ditcnquiers  toy  premièrement. 
T 
la-eh-marape  demmi-rere.  le  t'accorde 
cela  Comment  à  nom  ton  pays  &  ta  de- 
meure» 

F 
RovEN,C'eft  vne  ville  ainfi  nommée.  jyeHis 
T  touchât 

Tau-oufcoH-pe-otii?».    Efkce    vn  grand /^  Fri 

Village.  ce. 

Ils  ne  mettent  point  de  difference  en- 
tre ville  &  village  à  raifon  de  leur  vfage, 
car  ils  n'ont  point  d  e  ville. 


"Ta.  Ouy. 

T 

yiohoii-pe-rcroupichah-gatOH?  Combien 
«uez  vous  de  Seigneurs 


Auge-pe.  Vn  feulement. 

tMarœpe-ferel   Comment  a-il  nom. 

HENRY,Ceftoitdu  temps  du  RoyHen      ^ 
ry.  2.  que  ce  voyage  fut  fait, 

Tere-porrenc.  Voila  vn  beau  nom* 


3  fa  HISTOIRE 

dMara-pe-peron pkhm-eta-enin?  Pour 
guoynauezvouspiufieurs  fcigneurs> 

P 
^Moroe'rlchih-gue\  Nous  n'en  auons  no 

Oreramomm-auê>  Des  Je  temps  de  nos 
grands  pères.  v 

T 

,  .   Mara-pieHC-pee>  Et  vous  autres  qu*e~ 

-      ,  -  ites  vous?  i 

'■■    l    '  .    w      :   F  ,      ■ 

Oroicêgue.  Nous  Tommes  tontes  ainfï 
^mra***  Nous  fommes  ceux 
qtiiauaiu.dubien.  . 

T 

Fpe-noere'-coih->peroupichah-mae>  Et  vo- 
it!e  Pnnce  à  il  point  de  bien. 

F 

0?m^.I!enataht&pius" 

nous  auons  efta  fon  commandement    * 

T 

Oraiui-pe-oge'pê}  Va-il  en  la  guerre? 

Va.  Oxxy, 

T 

*%ft       Moh™y-l*ue-pe-ioucanymae>  Comble 
m.  *,    anez  vous  de  villes  ou  villages 

villages  „  » 

d.  W^/w.   Plus  que  ie  ne  pourrois 

Nirefce- 


DE      L'AMER'IQVE.  363 

Wjrefce-nouih-icho-pene?       Ne  me  les 
nommeras  tu  point.? 
F 

ypoicopouy.  Il  feroit  trop  long  ou  pro- 
lixe. T 

yporrenc->pe~peretani>  Le  lieu  dont  vous 
efiffseftil  beauf         F 

yporren-gœtou.  Il  eft  fort  beau. 

Eugaya-pe-jper-auce.  Vos  maifons  font 
elles  ainfi?  afiauoir  comme  les  noftres? 

F 

Oicoe-gatou.  Il  y  a  grande  difference. 

Mara-vaéï  Comment  font  elles? 

F 
Ita-gepe-  Elles  font  toutes  de  pierre* 

TomouJfoH-pe.  Sont  elles  grandes? 

F 
Touroufou-gaton.Ellcs  font  fortgrades 

T 
Vate-gatoU'pe.  Sont  elks  fort  grandes^ 
afiauoir  hautes? 

F 
<tJ\dabYtio.  Beaucoup.  Ce  fnot  emporte 
plus  quebeaucoup  car  ils  leprénentpour 
chofe  efmerueillable. 
T 
Entraya-pe-pet-ancyniml  Le  dedâs  eft  il 
ainfiraffauoir  comme  celles  de  par  deçà? 


V 


•V 


î64  HISTOIRE 

F 

Erymen.  Nenny. 

T 
Dàchn       Efie-mn-de-rete  renomdau  eta-icheOte 
fes  ap-  Nomme  moy  Jes  chofes  appa«en»£ 
farte-    au  corps.  ÏY    lcuaHtei 

natesau  E 

<w-/>j         Efiendou.  Efcoute: 

T 
leh.  Me  voila  p reft. 

T 

C^-*«».  Matefte.  i)^M„.  T 

fte.  fum   Satefte,  ^^.   Noftrea  *_ 

«e.  Peacan,  Voftn»  fPft„  ,K 

tefte.  4*  *****'  ]eur 

Mais  pour  mieux  entendçe  ces  pronôs 
en  partant  le  declaireray  feulement  les 
perWestantdufingulfer^^y" 

Premièrement 

ionncsaufsj.  ™r 

G***   Mouchefou  mon  cheueux, 

^he-voua.   Mon  vi /age. 
Chè-?te?nfom   Mes  oreUles.- 
Chejfhua.   Mon  front; 


DE    L'AMERIQVE. 


îH 


Ché-rejfa.  Mes  yeux. 

Che-iowoH.    Ma  bouche. 
Che-retoupauc.   Mes  ioues. 
Che-redmiua.  Mon  menton. 
Che-redmina-aue.   Ma  barbe. 
Ché-ape-cou.     Ma  langue. 
Chc-ram.  Mes  dents. 
Ché-aiourê.  Mon  col  ou  ma  gorge.' 
Che-œpoc.    Mongofier. 
Ché-poca.   Ma  poitrine. 
ChS-rocaph.  Mon  deuant  generaleméf, 
Ché-atoucoupe.    Mon  derrière. 
Ché  pouy-afio.  Mon  efchine. 
Ché-rowbony.   Mes  reins. 
Che~remre.   Mcskffes. 
Che'-inmnpony .  Mes  efpaules* 
Ché-inua.  Mes  bras. 
Che-papouy.  Mon  poing. 
Che-po.   Ma  main. 
Che-ponen.    Mes  doigts. 
Ché~puyac-   Mon  eftomac  ou  foye 
Qhè-reguie   Mon  ventre. 
Ché-pourou-ajfen.   Mon  nombril. 
Ché-cam.  Mes  mamelles. 
Che-oHp*  Mes  cuiffes. 
£hê-roduponam»   Mes  genoux. 
Che-porace.  Mes  coudes.  y 

Çh\-retemen*    Mes  iambes. 
£hê-pouy*  Mes  pieds. 
Ghépujfempé.  Les  ongles  de  mes  pieds. 


55* 


RI  S  TOI  RE 


Che-ponampe.  Us  onglesde  mes  main* 

<WX.  Mon  ame,ou  ma  pLfee 
Che-enc-gouere,   Mo.name  après  quelle 
eft  foi  tic  de  mon  corps.  gueiJe 

Noms  des  parties  du  corps  oui  n^ 
font  honncftcs  à  nommer.        P    5 

Qjoe-rencouem* 
^he-rementien. 
Qbe-rapoupit* 

Etpourcaufedebriefucteie  nVn  G, 
-yautredifFinitiomlieftanotet^o,; 

es  tant  de  celles  ci  deuant  efcrites  qu'au 
"ement,fans  y  adioufter  Je  prononçait 
Premiere  féconde  que   tierce  pcrfon" 
tantenfingulier  qu'en  pIuiier.Et  pour 
mieux  ies  entendre  feparemét  &  â ^art 

.  -  /  Premièrement. 

Che-moy,Dl  toy  ^hé.lny. 

Piuricr 
Or^Nous  Veh     Voas>  Au_^  |-; 

lier  Sf"*  à  k/^'Ce  Perfo"«e  du  fi„gu. 
neutre  AfmafCrJ?n  &  ^°Ur  Jc  ft'mi«<»& 

T«         a        zfriVZtlon  •    ^  au  plurier 
Au-ae  eft  pour  JesWPi.v  „  furicr 

cuiins  QuePfem/n'ns!  &  §em'eS  """^ 


de   l'amerï  qjt  e.  367 

Des  chofes  appartenantes  au  niefnage 
&  cuifine.         ,  j 

Smiredti-Ma.  Allume  le  feu:  Dotchf* 

Emo-gocp  rata.  Eitein  le  teu.  -  &t 

EroHt-che-ràta-rcm.   Apporte  dequoy 
allumer  mon  feu. 

Emogip-pira.  Fay  cuire  le  poiflbn. 
Efefffr.  Rofti-le. 
Emouï.  Fay  le  bouillir; 
Fa-vecH-ouy-arno.    F  ay  de  la  farine. 
Emogip-cœomn-amo.ViLy  du  vin  ou  bru- 
uage  ainfi  dit. 

Coeinvpé.  Va  à  la  fontaine. 
Erout-v-ichefde.  Apporte  moy  de  Peau. 
\  Ché-renni-  ange-pe.  Donne  moy  à  boire 
£)uere-me~cbe-remyou-rec0ap*  Vie  moy 
donner  à  manger. 

Taie-poeh-  Que  ie  laue  mes  mains. 
Tae-tonrou-eb.  Que  ie  laue  ma  bouche* 
Ghê~embouaffi.  Fay  faim  de  manger 
Nam>-che-iourou-eh.  le  iVay  point  d'ap 
petit  de  manger. 

£he-vffeh.  Fay  foif. 
Che-reaic-  Fay  chaut^ie  fue* 
Chç-ron.  I'ay  froid. 
Che-racoup.  Fay  la  fieure. 
Ché-carouc-affï.  le  fuis  trifte. 
Neantmoins  que   çarouc    fignifie  le- 
^efpre  pule  foir. 


$6S  Histoire 

tAicoteue.   IcfuisenmaJaife  de  que? 
que  affaire  q  ue  ce  foit.  ™ 

Che-poura-oHfoup.    Ie  fuis    traité  ma! 
aifement,ou  ie  fui.  fort  pouremét  traké 

^heroemp.  le  fuis  107 tux. 

.  «"**»  Vmbh  fuis  cheu  en  moque- 
nejouonfemoquedemoy.  ^ 

Mco-gatoH.   le  fuis  en  mon  pJaifir 
U*-rmiac-0Mffh*.  Mon  efclaue       ' 
^here-miboye.   Mon  feruiteur 
C^-m^.  Ceux   qui  font  moindre 
que  tnoy  &  qui  font  pour  me  £- £ 

J-he-porracatfare.   Mes  pefcheurs  tant 
en  poiffon,qu'autrement. 

aWMonbien  &  ma  marchandi- 
fe,ou  meuble  &  tou.ce  qui  m'appartient, 
^rmgwwpw».  C'eft  de  ma  façon 
^he-rere-couarre.    Ma  garde 
Che-roubichac.    Ceiuyquieftplus  grâd 
quemoy,ce  que  nou*  appelions   noftre 
Roy  Duc  ou  Prince. 

qu:  eft  bon,&  donne  à  repaiftre  aux  paf- 
fans  ,  tant  eftrangers  qu'autres.        * 

j&erre-mubw.   Vn  puitfant  enlaguer 
re  &  qui  eft  vailiât  à  faire  quelque  chofe 
J^nten.    Qui  eft  fort  fembJance 

ioit  en  guerre  ou  autrement. 


Cb}~ 


rout 


Du  lignage 
Mon  père. 


Ch\- 


receyt. 


*/^ 


DE     l'aM  E  R  I  QVE.  369 

Ctfe-requeyt.  Mon  frère  aifné. 

Ché-rebure.   M  o  n  p  u  ifné. 

Che-renadire.  Ma  fœur. 

Ché-rure.   Le  fils  de  ma  fœur. 

Che-tipet.    La  fille  de  ma  fœur. 

Chïe-aiché.   Matante. 

Au  Ma  mere.  On  dit  au fsi  Ché-fimi 
mere  &  leplus  fouuent  en  parlant  délie» 

Che-feit.  La  compagne  de  ma  mere  qui 
eft  femme  de  mon  père  comme  ma  mere. 

Che-raiit.  Ma  fille. 

Qhérememynou.  Les  enfans  de  mes  fils 
&  de  mes  filles. 

Il  eft  à  noter  qu'on  appelé  communé- 
ment l'oncle  comme  le  père.  Et  par  fem- 
bîable  le  père  appelé  ùs  neueux  Scnieces 
mon  fils  &  ma  fille. 

Ce  que  les  grammariens  nomment  & 
appelent  Verbe  peut  eftre  dit  en  noftre 
langue  parole*  &  en  la  langue  Brefilien- 
ne  gîte  ngaue  cpii  vaut  autant  à  dire  que  par 
lenient  ou  manière  de  dire.  Et  pour  en  a- 
uoir  quelque  intelligence  nous  en  met- 
trons en  auant  quelque  exemple. 

Premièrement. 

Singulier  indicatif  ou  demonftratif. 
A  ko.    le  fuis  9  Ereko,  Tu  es.    Qm» 
Il  eft. 

Aa 


37°  HISTOIRE 

PI  mit:-. 
Oroko,  Nous  fotnmcs,  Peico,  Vous  eftes 
a/lurae otco,  Us  /ont. 

La  tierce  perfonne  du  fingulier  &  pIu. 
net Tot  fembiables  ,«cepteVilfeut  ad- 
louftex  au  plurier  «^pronô ,  oui  figni 
tie  eux  ainfi  qu'il  appert. 

Au  temps  pafle  imparfait  &  non  du 
tout  accompli.  Car  on  peut  eftre  encores 
ce  qu'on  eftoit  alors. 


quoenie 


.  Singulier  refout  par  l'Aduerbei. 
■ceit  a  djre  en  ce  temps  là. 

Mco-aquoéme.  I'eftoye  alors ,  Eretco- 
quoemc  Tu  eftois  alors  Oie,  a9wlmi  II 
eitoit  alors.  J 

Plurier  imparfait. 
mMmw  atjuoênà.    Nous    eftions   alors 
Petco  aquoeme  Vous  eftie*  alors   Aurae- 
mco-aquoeme.  Us  eftoyent  alors. 

Pour  le  temps  parfaitement  palTé  & 
du  tout  accompli.  ^ 

Singulier. 
j   On  reprendra  le  Verbe  Oico  comme 
dcuant,&y  adiouftera  on  cell  Aduerbe 


y^ 


Î)E  l'ameriqve.  .371 

v^mUnenh  qui  vautàdire  au  temps  Ja- 
dis &  parfaitement  paflé,ians  nulle  efpe- 
ranccd'eftre  plus  en  la  manière  que  l'on 
eftoitence  temps  là. 

Exemple. 
J  jfavouffoH'gatoH'aquaemené  le  Pay  ay- 
me  parfaitement  en  ce.  temps  là  Qupv- 
inen-gAt&uwgni*  Mais  maintenant  nulle- 
mentïcomme  difant,  il  fe  deuoit  tenir  à 
mon  amitié  durant  le  temps  que  ie  luy 
portois  amitié.  Car  an  n'y  peut  reuenir. 

Pour  le  temps  à  venir  que  Ton  ap- 
pelle Futur.  ; 

Aico-irin,te  feray  pour  l'auenir.Eten 
enfuyuant  des  autres  perfonnnes  comme 
deuant,tant  aufingulier  qu'au  plurien 

Pour  le  commandeur  que  l'on  dit  im- 
pératif. 

"    Oico.  Sois.  Toico.Qvtil foit. 
Plurier. 

Toroko.  .Que  nous  foyons  Tapeicô» 
Que  vous  foyez.  Aurae-toico >.  Qujils 
foyent.  Et  pour  le  Futur  H  ne  faut  qu'ad 
ioufter  ira*  ainfi  que  deuant.  Et  fi  en 
commandant  pour  le  preferit.  Il  faut  di- 
re Tœuge,  qui  eft  adiré  tout  maintenant. 

Pour  le  defir  &  affecKon  qu'on  a  en 
quelque  chofe,  que  nous  appelons 
Optatif; 


37*  HISTOIRE 

Aica-mo-men.  O  que  ie  feroîs  volon- 
tiers pourfuyuant  femblablement  com- 
me deuant. 

Pour  la  chofe  qu'on  veut  ioindre  cn- 
femble'ment  que  nous  appelons  Conion- 
dif  on  le  refout  par  vn  A  duerbe  Iron  qui 
fîgnifie  auec  ce  qu'on  le  veut  ioindre. 
Exemple. 

Taico-de-iron.  Que  ie  foye  auec  toy; 
&  ainfi  des  fernblables. 

Le  Participe  tire'  de  ce  Verbe 
Che-recoruré.  Moy  eftant. 

Lequel  Participe  nepeut  bonnement 
eftre  entédu  feul  fans  y  adioufter  le  Pro- 
nom de-ahe-et~œe'Et  lepiurier  femblable 
ment  Oree\fecaan*-ae. 

Le  terme  indéfini  de  ce  Verbe  peut  c- 
ftreprins  pour  vn  infinitif  mais  ils  n'en 
vfent  guère  fouuent. 

La  declination  du  Verbe  Aient 

^  Exemple  dePindicatif  ou  demonftra- 
tifen  temps  prefent.  Neantmoins  qu'il 
fonne  en  noftrc  langue  Françoife  double 
C'eft  qu'il  fonne  comme  pafîe. 

Singulier 


$,  e    l'amuiqj  v.:  573 

Singulier  nombre 
't/tbut.  le  viens,ou  ie  fuis  venu, 
Ereiout.  Tu  viens,  ou  es  venu. 
Ohw*,  Ilvient,oueftvenu. 

Pluvier  nombre- 
Ore-iout.  Vous  venez,  ou  eftes  venus. 
'An-ae-o-ouf.  Viennent,ou  font  venus. 

Pour  les  autres  temps, on  doit  pren- 
dre feulement  les  Aduerbes  ci  après  dé- 
clarez. Car  nul  Verbe  n'eft  autrement  de 
cliné  qu'il  ne  foit  refout  par  vn  Aduerbe 
tantaupreterit,prefent  imparfait:  plui- 
que  parfait  indéfini  que  au  futur,ou  teps 
à  venir. 

Exemple  du  preterit  impar  fait  &  n'eft 
àce  du  toutaccompli* 

Aiout-aguoeme.  le  venoye  alors 

Exemple  du  preterit  pai  fait  &  du  tout 
accompli.  m 

^ioHt-agnoemcne.    le    vins  ou  eitoye 
ou  fus  venu  en  ce  temps  la. 

AiWt-dimM-m.  H  y  a  fort  long  temps 

que  îe  vins.  i' a  n 

Lefquels  temps  peuuenteftre  plultolt 

indéfinis  qu'autrement  tant  en  celt  en- 
droit qu'en  parlant. 

Exemple  du  futur  ou  temps  à  venir.  ; 

Aioui-Iran-ni.  leviendray  vn  certain 

A  a  3 


S/4  histoire; 

iouraùfsionpeutdire/Wfansyadiou 
iter,  m,  ainfi  comme  la  phraze  ou  maniè- 
re de  parler  Je  requiert. 

Il  efta  noter  qu'en  adiouftantles  aduer 
bes,conuient  repeter  les  pcrfonnes  tout 

amn  que  au  prefent  de  l'Indicatif  ou  de- 
monfrratif. 

Exemple  de  l'Impératif  ou  comman- 
deur. 

Singulier  nombre. 
Eori.  Vien>n'ayant  que  la  féconde  per^ 
ionne.  r 

£>/.  Car  en  celle  langue  on  ne  peut 
commander  à  la  tierce  perfonne  qu'on  ne 
voit  point,mais  on  peut  dire. 
Emo-out.   Fay  le  venir. 
'Pe-ori.    Venez. 
Ve-iot.  Venez. 

M  M  S  r0"'  e^CritS-  ^'  &?*-¥•  ont  fem 
blable  fens,  Mais  lepremier.  cm.  eftpj„s 

honnefte  a  dire  entre  les  hommes.  D'au- 
tant que  le  dernier  JV./W  eft  commune 
ment  pour  appeler  les  beftes  &  oyfeaux 
qu'ils  nourrirent.  ' 

Exemplede  l'OptatifNeatmoins  fem 
ble  commander  en  defir  de  priant  ou  en 
commandant. 

Singulier. 
Mout-mo.  le  voudrois  ou  ferois  venu 
volontiers  En  pourfuyuât  les  perfonne* 
comme  en  la  declinaifon  de  l'Indicatifll 

à  vn 


pE     l'ameRîQVE.  375 

a  vn  temps  à  venir.cn  adiouftantTAduer 
be,commedeflus. 

Exemple  du  Conionttit. 

'fa-iout.  Que  ie  vienne. 

TlSp^r  mieux  emplir  la  fienieca, 

tiÔ  onadioufte  ce  mot2V>».qui  eft  vn  Ad 
uerbepour  exhorter,cômander,  inciter, 

oudeprier.  ,  .i 

le  ne  cognois  point  d'indicatif  en  ce 

Verbe  ici,mais  ils'enforme  vn  Participe- 
Tovv  me.  Venait. 

Exemple- 
Che-rourme-Affoua-niti». 
Cke-remiereco-poue're. 
Comme  en  venant  i'ay   rencontre  ce 
que  i'ay  gardé  autrefois. 

S«wv*-/w,fang  fue.  . 

'       i»«*y-4.  Des  cornets  de  bois  dont  les 
Sauuages  cornent. 

F  in  du  Colloque. 


•r- 


Aufurplusafin  que  non  feulement 
ceux  aueclefquels  i'ay  pafle  U  rapaffela 
mer.mais  aufsi  ceux  qui  m'ot  veu  en  1  A- 
merique(dÔt  pluficurs  peuuet  encores  e- 
ftre  envie)tnefmes  les  mariniers  &  autres 
qui  ont  voyagé  &  quelque  peu  feiourne 
en  la  riuiere  de  Genevre  ou  Ganabarajom 

A  a  4. 


57s 


HïSToiHj 


le  Tropique  de  Capricorne  iugemiW 

i  ay  tait  ci  defius  touchant  le*  cU^r     ^ 
IV  remarquées  en  ce  pays  là    i°     ^ 

-uluenco^panicuLLnJn  e7nW 
faueur  après  ce  Colloque  adioufter  W 
le  Catalogue  de  vW.- \.  A  ,.       P  rt 

i'av  eft/  «fr  vingr&  deux  villages  ou 
ia7  cfle  &  fréquenté  familièrement  par! 
«"  Jes  Saunas  Ameriquains.  P 

eaucrh?lerementCeUX  1ui  fontducofté 

gauche  quant  on  entre  en  ladite  riuiere! 

*fW».  ï.yaboracu  z.  Les  Franr«?« 

«PPcIentcc  fécond  Pépin  à    auTfvn 

maiitiesappeioitainfi.  *v 

Euramyry  s.  Les  François  l'appelent 
Goffet  a  caufe  dVn  Truchement  a^nfia" 
pelle  qui  s'y  eftoit  tenu.  ntainlIap- 

/n  appelé  k  pierre  par  les  Françoi "à 
jaufe  dVn  petit  Rocher  prelqS  la 
%on  d'vne  meule  de  MoJîn,  ?eq„e?  r  ! 

^arquoitle  chemin  en  entrant  au  Bol 
F°ur  y  aller.  12. 

Vn autre  appelé'^, par  JesFrai 

ZLt ;iJ^Uoltfo-e  Canes  d'Inde 
9jejeç  Sauuages  nomment  ainfi.  x>. 

la  n  '  r  Chemin  du^UcI  <*«  *«  bois 

^PrenuerefoisqueiWy  fufmcspour 

le 


DE    L'AME  RI  OJE.  377 

le  mieux  retrouuer  puis  après,  ayans  ti- 
ré force  flefches  au  haut  d'vn  fort  grand 
&  gros  arbre  pourri,lefquelles  y  demeu- 
rcrent  toufiours  fichées  ,  nous  nommaf- 
mes  le.village  aux  flefches.  14. 
Ceuxducoftédextre. 
Keriru.  i^vécara-t*.    16.  t&orgoui*- 
ouajjou.  17. 
Ceux  de  la  grande  Ifle. 
<Pindo-oHfoH.iS.  Corouque. 19.  Virauitcu 
zo.Et  vn  autre  duquel  le  nom  m'eft  efcna 
pé entre  Tindo-oupu  &  Tirauiiouj  auquel 
i'aiday  vne  fois  à  acheter  quelques  pri~ 

fonniers.xt.  * 

Puis  vn  autre  entre  Corouque  oc  1  tndo- 
oupH  duquel  l'ayaufsi  oublié  le  nom  22* 
Fay  dit  ailleurs  quels  font  ces  villages 
&  la  façon  des  maifqns. 

CHAP.     XXI. 

De  noftre  département  delà  terre  du  Ure- 
01,  dite  ^Amérique: ensemble  des  naufrages  & 
autres  premiers  perils  que  nom  efchapafmes 
fur  mer  a  nofire  retour > 

Ovr  bien  comprendre  Toc 
cafion  de  noftre  departemët 
de  l'a  terre  du  Brefil ,  il  faut 
réduire  en  mémoire  ce  que 
Tayditci  deuantàla  fin  du 


57b  histoid 

fixieme  chapitre  :  affauoir  qu'après  que 
nous  eufmes  demeuré  huit  mois  en  l'Ifle 
ou  fe  tenoit  Villegagnon  ,  luy  à  caufe  de 
fa  reuoltcdeJa  Religion  ,  fe  fichant  de 
nous,  ne  nous  pouuant  dompter  par  for- 
ce,  nous  contraignit  d'en  fortir:  tellemët 
que  nous-nous  retirafmes  enterre  fer- 
me à  cofîé  gauche  en  entrant  en  la  riuie- 
re  de  Gcneyre ,  feulement  à  demie  lieue 
clu  Fort  deColigny  fi  tué  en  icelle,au  lieu 
£<«*£quc  nous  appelions  la  Briqueterie:  au- 
fuetcrùen  quel  dâs  certaines  telles  quelles  maifons 
i^mnq.  que  les  manouuriers   François  pour  fe 
mettre  à  couuert  quand  ils  alloyent  la 
nuit  a  la  pefcherie  ou  autres  affaires  de 
ce  cofté-lày  auoyent  bafties,nous  demeu 
Les  fiturs  rafmes  enuiron  deux  mois  .  Durant  ce 
itibZ  Z/mPs  les  fleurs  dclaChapcJle  Se  deBoif- 
Sùppour  «  3  lefqu^ls  nous  anions  laifle*  auec  Vil- 
^^rIeSagnon>  I'-abandonnans  pour  la  mef- 
A  me  caufe  que  nous  auions  fait  :  aflauoir, 
parce  qu'il  auoit  tourné  le  dos  à  i'Euan- 
gîle  ,  s'eftans  venus  renger  &  ioindre  en 
noflre  compagnie  furent  compris  au  mar 
che  de  fix  cents  liurcs  tournois  &  viures 
du  pays,  que  nous  auions  promis  payer 
&  fournir  au  maiftre  du  Nauire  dans  le- 
quel nous  rapafîafmes  la  mer. 

Mais  fuyuât  ce  que  i!ay  promis  ailleurs 
auant  que  pafler  plus  outre,il  faut  icy  de- 
clarer   comment  Villegagnon  fe  porta 

enuers 


DE    L'A  M  E  R  I  0_V  E.  SJ9 

cnuers  nous  à  noftre  département  de  l'A 

merique.  ... 

D'autant  donc  que  faifant  le  Vice- 
Roy  en  ce  pays-là ,  tous  les  mariniers 
François  qui  y  voyageoyent  n'eurent  ne 
ofé  entreprendre  contre  fa  volonté:  pen- 
dant que  ce  vaifleau  ou  nous  rapaflaimes 
eftoit  à  l'acre  &  à  la  rade  en  la  riuiere  de 
Genevre  ou  il  chargeoit  pour  s'en  reue- 
nir,non  feulement  il  nous  enuoya  vn  co- 
sé  fiené  de  fa  main ,  mais  aufsi  il  efcnmt 
vne  lettre  au  maiftre  duditNauire  ,  par 
laquelle  il  luy  mandoit  qu'il  ne  fift  point 
de  difficulté  de  nous  rapaffer  pour  fon 
efrard  :  car  difoit-il  tout  ainfi  que  le  lus 
ioyeux  de  leur  venue  penfant  auoir  ren- 
contré ce  que  ie  cerchois,  aufsi,  puis  que 
ils  ne  s'accordent  pas  auecmoy  y  fuis  ie 
content  qu'ils  s'en  retournent .  Toutei- 
fois,  fous  ce  beau  prétexte,  il  nous  auoit 
bratfé  cette  trahifon:  qu'ayant  donne  a  ce 
maiftre  dudit  Nauire  vn  petit  coffret  en- 
uelopé  de  toile  cirée  (  à  la  mode  de  la 
men  plein  de  lettres  qu'il  enuoyoït  par 
deca  à  planeurs  perfonnes ,  il  y  auoit A^ 
aufsi  mis  vn  procès  ,  qu'il  auoit  fait  &  vaifw 
formé  contre  nous  à  noftre  defeeu,  a-^~ 
uec  mandement  exprès  au  premier  luge 
à  qui  onlebailleroit  en  France,  qu  en 
vertu  d'iceluy  il  nous  retînft&faftbruf- 

ler  comme  hérétiques  qu'il  difoit  q«e 


3%°  HISTOIRE 

nous  eftions.tellement  qu'en  recompen- 
se des  fermées  que  nous  Juy  auions  faits 
il  auoit  comme  fccllé  &  cacheté  noftre 
congé  decefte  defloyauté,iaquelieneant- 
fflomsicomme  il  fera  ycu  en  fon  l,eu) 
■Oieu  par  ù  prouidence  admirable  fit  rc- 
donder  a  noftre  fouiagement  &  à  façon- 
ruiion. 

Or  après  que  ce  Nauire,qu'ô  appeloit 
h  Iacques,  fut  chargé  de  bois  de ■  Brefil, 

PoiureJong,Cotons,GuenÔs,Sagouins, 
Perroquets  &  autres  ebofes  rares  par  de 
ça,  dont  Ja  plufpart  d'entre  nous  s'eftoit 
fournrau  araua  leqUatrieme  de  lan- 
cer 1558-pnnsalanatiuitenousnous 
embarquafmes  pour  noftre  retour.  Mais 
auant  que  nous  mettre  en  mer  ie  ne  veux 
oubjier  a  dire  que  nous  auions  pour  Ca- 

pitameencevaifïeau,vnnomméFaribau 
de  Kouen,  lequel  à  la  requefte  de  plu_ 
fieurs  „otaW„  perfonnag.es  fa  Hans  pro- 
fefsiondela  Religion  reformée  au  Ro- 
yaume de  France,ayant  expreffe'ment  fait 
ce  voyage  pour  explorer  la  terre  ,  voire 
choifirpromptement  lieu  pour  habiter, 
*«**A  nous  dit,quen'cuft  eftéla  reuoJte  de  Vil 
SRI?  tfPa°A  de's  !?  m<^ne  année ,  on  auoic 
^         délibère  de  palier  feptouhuit  cens  per- 
^  W'"  ?nncs  dan*  de  grandes  Hourques  de  FÏÏ 
dies  pour  commécer  dépeupler  adroit 
ou  nous  eftions  en  cefte  terre  d'Améri- 
que 


©  E    L'A  M  E  R  I  QVE.  3^1 

que.  Comme  de  fait  ie  croy  fermement  G. 
cela  ne  fuft  interuenu  qu'U  y  auroit  a  pre 
fent  plus  de  dix  mille  François  ,lefquels 
outre  la  bône  garde  qu'ils  euffent  fait  de 
nofhe  Iile  &  de  noftre  Fort  (contre  les 
Portugais  qui  ne  l'euflent  iamais  feeu 
prendre  comme  ils  ont  fait)poffederoyet 
maintenant  fous  l'obeiffancedu  Roy  vft 
grand  pays  en  la  terre  du  Brefil ,  lequel  a 
bon  droit  oneuftpeu  côtinuer  d'appeler 
la  France  Antardique. 

Ainfi  pour  reprendre  mon  propos  par 
ce  que  ce  n'eftoit  qu'vn  moyen  Nauue  de 
marchant  ou  nous  rapaffafmes^e  maiitre 
dont  i'ay  parlé  nomme'  Martin  Baudouin 
du  Havre  de  grace  n'ayant  qu'enuirott 
vingteinq  Matelots  ,  &  quinze  que  nous 
eftions  de  noftre  compagnie^pouuans  e- 
ftre  en  tout  quarante  cinq  perfonnes-.des 
le  mefmeiour  quatrième  de  Ianuier,ayat    Uu,  gt 
leué  l'ancre  nous-nous  mettans  en  la  pro  *£•£- 
tectionde  Dieu  nous  mifmes  derechef  afiAw^ 
nauiger  fur  cefte grande  &  impetueufe 
mer  Occeane  ci  du  Ponent.Non  pas  tou- 
tesfois  fans  grandes  craintes  &  apprehe- 
fions:  car  à  caufe  des  trauaux  que  nous  a- 
uions  endurez  en  allât.n'euft  cfté  le  mar- 
nais tour  que  nous   ioua  Villegagnon, 
plufieurs  d'entre  nous  ayant  lànon  feu- 
lement moyen  de  feruir  à  Dieu  ,  comme 
nous  defirions,  mais  aufsi  goufté  la  bon- 


$%z  histoire 

té  &  fertilité  du  pays,n'auoyent  pas  déli- 
béré de  retourner  en  France, ou  tes  diffi- 
culté* font  fans  comparaifon  voirement 
beaucoup  plus  grandes,  tant  pour  le  fait 
delà  Reilgion,  que  pour  les  chofes  con- 
cernantes cefte  vie  :  tellement  que  pour 
dire  ici  Adieu  à  l'Amérique ,  ie  confeffe 
en  particulier,  combien  que  i'aye  touf- 
iours  aymé  &ayme  encores  ma  patrie, 
que  neantmoins  voyant  non  feulement 
le  peu  &prefques  point  du  tout  de  cha- 
rité qui  y  refte ,  mais  aufsi  les  defïoyau- 
te*  dont  onyvfelesyns  enuers  les  au- 
tres i  &  brief  que  tout  noftre  cas  ne  con- 
fifre  maintenant  qu'en  difsimulations  & 
paroles  fans  effets ,  ie  regrette  fouuent 
que  iene  fuis  parmi  ks  Sauuages  auf- 
<juels(  ainfi  que  i'ay  amplement  monftré 
en  cefte  hiftoircji'ay  cogneu  plus  de  ron- 
deur qu'en  plufieurs  de  par  deçà  quià 
leur  condânat  ion  portent  titre  de  Chre- 
ftiens  .    Or  du  commencement  de  noftre 
nauigation  qu  il  nous  falloit  doubler  les 
Les  ^m». -grandes  baffes  ,  c'eft  à  dire  vne  pointe  de 
*'  ^fables  &  de  rochers  entremêliez  fe  iettâs 
enuiron  trente  lieues  en  mer  que  les  ma- 
riniers craignent  fort,  ayans  vent  affe* 
mal   propre  pour  abandonner   la  terre 
fans  la  coftoyerafin  d'euiterce  danger, 
nous  fufmcs  prefques  contraints  de  re- 
lafcher, 

Toutef- 


'de   ïameriqje         383 
Toutesfois  après  que  par  l'efpace  de 
fcptouhuitiours  nouseufmcs  hotte  ce 
fuîmes  agitez  de  collez  &  d'autres  de  ce 
mauuais  vent  qui  ne  nous  auoit  gueres 
auatacez  :  aduintenuiron  minuit  (ineoa- 
anient  beaucoup  pue  que  les  precedes) 
que  les  matelots  qui  felon  la  couftume 
faifoyent  leur  quart ,  en  tirans  l'eau  a  la 
pompe  y  demeurèrent  fi  long  temps,  que 
mioy  qu'ils  en  contaffent  plus  de  quatre 
mille  baftonnees  (ceux  qui  ont  fréquente 
la  mer  entendent  bien  ce  terme)impofsi- 
ble  leur  fut  de  la  pouuoir   franchir  m 
efpuifer  :  après  ainfi  qu'ils  furent  bien 
las  de  tirer  ,1e  Contremaiftrcpour  voir 
d'où  cela  procedoit,eftantdefcendu  dans 
le  vaiffeau,  non  feulement  le  trouuaen- 
tr'ouuert  en  quelques  endroits  maisauf- 
fidefia  fi  plein  d'eau  (  laquelle  y  entroit 
toufiours  à  force)que  de  la  pefanteur,  au 
lieu  de  fe  lailfër  gouuerner,  on  le  fentoit 
peu  à  peu  enfoncer.  De  façon  qu'il  ne 
faut  pas  demader,quand  tous  furent  ref- 
ueillez  ,  cognoiflans  le  danger  ou  nous 
eftions  ,  fi  cela  engendra  vn  meruedieux 
eftonnement  entre  nous  :  &  de  vray  l'ap-  ^  ^ 
parence  eftoit  fi  grande ,  que  tout  a  l'in-  dmgerJu 
ftant  nous  deufsions   eftre  fubmergez,  t*^-v 
que  plufieurs    perdans   foudain  toutes 
efperances  d'en  refchaper  ,  faifoyent  ia 
eftat  de  la  mort  &  couler  en  fond. 


384  HISTOIRE 

Toutesfois  comme  Dieu  voulut  quel 
ques  vns  dôt  l'eftois  du  nombre,  seftana 
refolus  de  prolonger  la  vie  autant  qu'ils 
pourroyent ,  pnndrent  tel  courage  qu'a- 
uec  deux  pompes  ils  fouftindrent  le  Na 
uire  iiifques  à  rmdy  :  Cell  a  dire  près  de" 
douzeheures,  durant  iefquelies  1  eau  en- 
tra en  aufsi  grande  abondance  dans  no 
«re  Vaifieau,que  fans  cefl'er  vne  feule  mi 
nute ,  nous  l'en  peufmes  tirer  auec  lefdi- 
tes  deux  pompes:mefme  ayant  furmonte' 
JeBrefil  dont  il  eftoit  charge',elle  en  for- 
toit  par  les  canaux  aufsi  rouge  que  fane 
de  beuf.Pendant  donc  qu'en  telle  diligé- 
ce  que  la  necefsite'requeroit,  nous-nous 
y  employons  de  toutes  nos  forces  aynat 
vent  propice  pour  retourner  contre  la 
terre  des  Sauuages ,  laquelle  n'ayant  pas 
tort  elloignee  ,.nous  vifmes  de's  enuiron 
les  vnze  heures  du  mefme  iour  ,  en  deli- 
beration de  nous  y  fauuer  fi  nous  pou- 
uions,nous  mifmes  le  cap  deflus.  Cepen- 
dant les  mariniers  &  le  charpentier  qui 
eftoyent  fous  le  TiUac,  recerchans  les 
trous  &  fentes  par  ou  cette  eau  entroit 
&  nous  aiTailloit  fi  fort,  firent  tant  qu'a- 
uec  du  lard,  du  plomb,  des  draps  ,  ^au- 
tres chofes  qu'on  n'eftoit  pas  chiche  de 
leur  bailler,  ils  eftouperent  les  plus  dan- 
gereuxitellemêt  qu'au  befoin,  voire  lors 
que  nous  n'en  pouuions  plus  ,  nous  euf- 

mes 


DE      i'AMERIOVE.  385 

mes  vn  peu  relafche  de  noftre  trauail. 
Toutesfois  après  que  le  charpentier  eut 
bienvifitécevaiiîeau,  ayant  dit,    parce 
qu  il  eftoit  trop  vieux  &  tout  rongé  de 
Vers  qu'il  ne  valoit  rie  pour  faire  levoya- 
ge  q  nous  entrcprcniôs,fon  aduis  fut  que 
nousretournifsions  d'où  nous  venions,, 
&  la  attendre  qu'il  vint  vn  autre  Nauire 
de  France  ,  ou  bien  que  nous  en  fifisions 
vn  neuf,  &  fut  cela  fort  debatu  •  Neant- 
moins  le  maiftre  ayant  mis  en  auant  que 
il  voyoit  bien  s'il  retournoit  en  terreque 
{es  matelots  l'abandonneroyent ,  &  qu'il 
aimoit  mieux  hasarder  fa  vie  que  de  per- 
dre ainfi  fon  Nauire  &  fa  marchâdife,  cô 
clud  à  tout  peril  de  pourfuyure  fa  route. 
Bien  dit-il  que  fi  monfieur  du  Pont  &  les 
paflagers  qui  eftoyent  fous  fa  conduite 
vouloyent  rebrofler  vers  la  terre  du  Bre- 
fil  qu'il  leur  baillerok  vne  Barque  t  mais 
du  Pont  refpoïidant  foudain  que  comme 
il  eftoit  refolu  de  tirer  du  cofté  de  Fran- 
ce^qu'aufisiconfeilloit-il  à  tous  les  fiens 
de  faire  le  femblable  .  le  Contrernaiftre 
remôftrantlà  defîus  ?  qu'outre  la  nauiga- 
tîon  dangereufe,preuoyant  biê  que  nous 
ferions  long  temps  fur  mer ,  il  n'y  auoit 
pas  affez  dkviure  au  Nauire  pour  rappaf* 
fer  tousceux  qui  y  eftoyent,  nous  fufmes 
fix  qui  fur  cela  confiderans  le  naufrage 
d'vn  cofté  &  la  famine  qui  fe  preparoil 

Bb 


l%6 


HISTOIRE 


de  f  autre  *  deliberafmes  de  retourner 
en  la  terre  des  Sauuages *  de  laquelle 
nous  n'eftions  qu'à  neuf  ou  dix  lieues. 
Et  de  fait  pour  effectuer  noftre  de£- 
fein  ayans  mis  nos  hardes  dans  la  Éar- 
quequi  nous  fut  donnée,  auec  quelque 
peu  de  farine  &  de  bruuage*  ainfi  que 
nous  prenions  congé  de  nos  compa- 
gnons î'vn  d'iceuxdu  regret  qu'il  auoit 
de  mon  depart  3  pouffé  de  finguliere 
affeétion  qu'il  me  portoit,me  tendant 
la  main  dans  la  Barque  ou  i  eftois  deiîa 
me  dit:ie  vous  prie  de  demeurer  àuec 
nous  ,  car  quoy  que  s'en  foitfinousne 
pouuons  aborder  en  France ,  encores  y 
a-il  plus  d'efperance  de  noui  fauuer, 
ou  du  cofié  du  Peru^ou  en  quelque  Ifle 
que  nous  pourrons  rencontrer  ,  que  de 
retourner  vers  Vilîegagon ,  lequel  com- 
me vous  pouues  iuger,ne  vous  lair^a 
iamais  en  repos  par  deçà. 

Sur  lefquelles  remonftrances ,  parce 
que  le  temps  ne  permettoit  pas  de  fai- 
re plus  long  difcours,  quittant  vne*par~ 
fie  de  mes  befongnes  ,  que  ie  laiflay  dans 
la  Barque ,  rentrant  en  grand  hafte  dans 
le  Nauire)  ie  fus  par  ce  moyen  pre- 
ferué  du  danger  que  vous  orrez  ci  a- 
pres  ,  lequel  ce  mien  ami  auoit  bien  pre- 
ueu. 

Toutcsfois  les  cinq  autres  ,  defquels 

pour 


BE    ÙMERIQJ  É.  387 

hour  caufe  ié  fpecifie  ici  les  noms  :  affa- 
uoir,  Pierre  Bordon  >  lean  du  Bordel, 
Matthieu  Vernueil ,  André  la  Fon  &  la- 
ques le  Bailcur:  auec  pleurs  prenans  con 
<*é  de  nous  ,  s'en  retournèrent  en  la  ter- 
re du  Brefil  :  en  laquelle  (comme  ie  djray 
à  la  fin  de  ceftehiftoire)eftans  abordez 
à  grandes  difficultés  5  retournez  qu'ils 
furent  auec  Villegagnon,il  fit  mourir  les 
trois  premiers  pour  la  confefsion  de  f  E~ 
uangile. 

Ainfi  nous  autres  ayans  appareillé  Si 
mjs  voiles  au  yent  3  nous  reiettafmes  de- 
rechef en  mer  dans  ce  vieil  &  mefchant 
Vaiffeau  ?  auquel  comme  en  vn  fepul- 
chre,  nous-nous  attendions  pkiftoft  de 
mourir  que  de  viure.  Et  de  fait  outre 
que  nous  paflafmes  les  fufdites  Baffes  à. 
grandes  difficulté*  >  non  feulement  tout 
le  mois  de  lanuier  nous  eufmes  conti- 
nuelles tourmentes  »  mais  aufsi  noftre 
Nauire  ne  cetfan't.de  faire  grand  quan- 
tité d'eau  ,  fi  nous  n'eufsions  efté  incef- 
famment  après  à  la  tirer  aux  pompes, 
nous  fufsions  (par  manière  de  dire)  péris 
cent  fois  le  iour:  &  nauigafmes  long  tëps 
en  telle  peine* 

Eftans  doncques  efloignez  de  terre  fer-> 
me  de  plu$  de  deux  cents  lieues  9  nom 

Bb    z 


7^ 


388  HïSTO  IRK 

cufmes  lavcuc  dVne  Ifie  inhabitable,r<P 

fût  tuba     ,  in 

'liable rem  àe comme  vne  tour ,  laquelle  peutauoir 
fhed>^r-  demie  lieue  de  circuit.  Mais  au  refte  cô- 
J'oyfeau*.  nie  nous  la  coftoyons  &  laifsions  à  main 
gauche,ie  vis  qu'elle  cftoit  non  feulemêc 
remplie  d'arbres  tous  verdoyans  en  ^e 
mois  de  Ianvier  :  mais  aufsi  il  en  fortoit 
tant  d'oifeaux  qui  fe  vcnoyent  rcpofer 
fur  les  mats  de  noftre  Nauire,  mefmes  fe 
laiflbyêt  prëdre  à  la  main,  que  vous  euf- 
fiez  dit  îa  voyant  ainfi  vn  peu  de  loin  que 
c'eftoit  vn  Colombier,  Il  y  en  auoit  de 
noirs, de  gris,de  blanchaftres,&  d'autres 
couleurs,  qui  tous  en  volans  paroiffoyet 
fort  grositoutesfois  quâd  ceux  que  nous 
prifmes  furent  plumez ,  il  n'y  auoit  gue- 
res  plus  de  chair  en  chacun  qu'en  vn  paf- 
fereau .  Semblablement  enuiron  deux 
lieues  à  main  dextre  nous  vifmes  des  ro- 
chers fortans  de  la  mer  aufsi  pointus  que 
clochers:ce  qui  nous  donna  grande  crain 
te  qu'il  n'y  en  eut  à  fleur  d'eau  contre  les- 
quels noftre  vaifleau  fe  fuft  peu  froiffer, 
éc  nous  quittes  d'en  tirer  l'eau.  En  tout 
noftre  voyagea  noftre  retour,  durant 
près  de  cinq  mois  que  nous  fufmes  fur 
mer  ,  nous  ne  vifmes  autre  terre  que  ces 
I{lettes:lefqueîles  nos  maiftres  &Pilotes 
ne  trouuerent  pas  encores  marquees  en 
leurs  Cartes  marines ,  &  pofsible  aufsi 
fi'auoyent  elles  iamais  efté  defcouuertes. 

Sur 


'f: 


j|E     L'AMERIQUE*  385. 

Sur  la  fin  du  mois  de  Février  eftans 
paruenus  à  trois  degrez  de  la  ligne  Equi 
noâiale,parce  que  près  defept  femaines 
s'eftoyent  paflees  fans  auoir  fait  la  tierce 
partie  de  noftre  route,  nos  viures  cepen- 
dant diminuans  fort,nous  fufmes  en  de-^^^ 
liberation  de  relafcher  au  Cap  faint  Roc  t^ç. 
habité  de  certains  Saunages   defquels, 
comme  aucuns  des  noftres  difoyent,ii 
yauoitmoyen  d'auoir  des  rafraifehifle- 
mens.  Toutesfois  la  plufpart  furent  d'à- 
uis  que  piuftoft  pour  efpârgner  les  vi- 
ures ,  on  tuaft  vne  partie  des  Guenons  & 
des  Perroquets  que  nous  apportions  ,  Se 
que  nous  pafsifsions  outre  :  ee  qui  fut 
fait.   Ainfi  (  comme  i'ay  déclaré  ailleurs) 
àcaufede  l'inconftance  des  vents  en  ces 
endroits  là ,  approchans  peu  à  peu  ôc  à 
grandes  difficultés  de  FÊquator:  com- 
me noftre  Pilote  quelques  iours  après 
eut  prins  hauteur  aucc  fon  Aftrolabe3 
il  obferua  &nous  affeura  que  nous  eftios 
droit  fous  cefte  Zone  &  Centre  du  mon- n9*%/JM2 
delemefme  iour  Equinoâial  que  le  So-?"'1*»** 
leil  y  eftoit  :  afiauoir  1  vnzieme  de  Mars:  /^^,.r, 
ce  qu'il  nous  dit  par  fingularité,  &  pour 
chofe  aduenue  à  bien  peu  d'autres  Na- 
uires,  • 

Parquoy  fans  faire  plus  long  dif- 
cours  là  defTus ,  ayans  ainfi  en  ccft  en- 
droit là  le  Soleil  pour  Zenith,  &  e  n  la  îi~ 

Bb3 


39°  HISTOIRg 

gne  directe  far  la  telle ,  ie  Jaifie  à  Juger  l 
vn  chacun  de  l'extrême  &  véhémente  cha 
leur  quenous  endurions  lors. Mais  outre 
cela ,  quoy  qu'en  autres  faifons  le  folcil* 
tirant  d'vn  cofté  de  d'autre  vers  les  Tro 
piques,  s'efgaye  &:  s'efloigne  de  cefte  li- 
gne, puis  qu'impofsible  eft  d'aucunemét 
fe  trouuer  en  part  du  mode,  foit  fur  mer 
ou  fur  terre,  ou  il  face  plus  chaut  que 
fous  TEquator,  ie  fuis  par  manière  de  di- 
ra plus  qu'efmerueillodeceque  quelcun 
Hift.  ee.  ^e  i,e^ime  digne  de  foy  ,  a  eferit  de  cer- 
cles Ind. tains  Espagnols:  kfquels,  dit-il,  paffans 
Iia.4.     en  vne  region  du  Peru, ne  furent  pas  feu- 
çh,2i6.  lement  eftonnez  de  voir  neigtr  fous  l'E- 
quinoftiahmais  aufsi  auec  grade  peine  3c 
trauail  trauerferent  fous  iceluy  des  mon 
tagnes  toutes  couuertes  de  neige  ;  voire 
y  experimenterentvn  froid  fi  violent  que 
plusieurs  d'entr'eux  en  furenTgelez.  Car 
d'alléguer  la  commune  opinion  des  Phi- 
lofophes ,  affauoir  que  la  neige  fe  fait  en 
la  moyenne  region  dcl'air:  attendu  di-ïe 
que  le  foleil  donnant   perpétuellement 
comme  à  plomb  en  ceft  ligne  Equinoctia 
le  ,  &  que  par  confequent  l'air  toufiours 
chaud  ne  peut   naturellement  fouffrir, 
moins  congeler  de  la  neige, quelques  hau 
teurs  de  montagnes,  ni  frigidité  delà  lu- 
ne qu'on  me  puiffe  mettre  en  auant,  pour 
l'efgardde  ce  climat  là  (  fous  corredion 

des  fea- 


DE     L'AMERIQUE  391 

des  fcauâs)ie  n'y  voy  point  de  fondemct. 
Partant  concluant  de  ma  part  que  cela 
eft  vn  extraordinaire  &  exception  en  la 
reiale  de  Philofophie  ,  ie  croy  q#il  n  y  a 
point  de  folution  plus  certaine  a  cette 
queftion  ûnon  celle  que  Dieu  luy  mefme 
aleeue  à  Iob-.quat  entre  autre  choie  pour 
luy  monftrer  que  ks  hommes  quelques 
fubtils  qu'ils  foyent  ne  feauroyènt  attein 
dre  à  côprédre  toutes  fes  œuures  magm- 
fiques,moins  la  perfection  d'icelles  illuy 
dit.Es  tu  entré  es  threfors  de  de  la  neige?  !<*,&» 
&  as  tu  veu  aufsi  les  threfors  de  la  grelle? 
Comme  fi  l'Eternel  ce  grand  &  tresçxcel 
let  ouurier  difoit  à  fon  feruiteur  lob:  en 
quel  «renier  tien-ie  ces  chofes  à  tô  aduis? 
■  en  donneras  tu  bien  la  raifon?  nenni  il  ne 
t'eft  oas  pofsible,  tu  n'es  pas  allez  feauat. 
AÎnfi  retournant  à  mon  propos.apres 
que  le  vent  de  Suroueft  nous  eut  pouffez 
&  tirez  de  ces  grades  chaleurs,  au  milieu 
defquelles  nous  fufsions  pluftoft  roftis 
qu'en  purgatoire,  auançans  au  deçà  nous 

commençafmes  à  ircùoir  noftre  Pole  Ar- 
dique  ,  duquel  nous  auions  perdu  1  cle- 
uation  ily  auoitplus  d'vnan.  Mais  au  re- 
lie pour  euiter  prolixité,réuoyant  les  Ie- 
dteurs  es  difeours  que  i'ay  fait  ci  douant 
traitât  des  chofes  remarquables  que  no  _ 
vifmes  en  allât ,  ie  ne  reitereray  point  ici 
ceque  i'ay  la  distant  des  poiflons  volans 

Bb  4 


■r 


39*  insTOïRfi 

qu'autres  monftrueux  &  bigerres  dedi- 
uerfcs  cfpeces  qui  fe  voyent  fous  celle 
Zone  Toi  ride. 

Pourdonques  pourfuyure  la  narra- 
tion  des  extremes  dangers    d'où  Dieu 
nous  deliura  fur  mer  a  noftre  retour,  co- 
me ainfi  fuit  qu'il  y  euft  querelle  entre 
noftre  Contremaiftre  &noftre  Pilote  (à 
caufe  dequoy  &  par  defpit  lVn  del'autre 
ils  ne  faifoyent  pas  leur  deuoir  en  leur 
charge)  ainfi  que  le  vingtfixieme  de  Mars 
ledit  Pillotc  faifant  fon  quart>c'eft  à  dire 
conduifant  trois  heures, faifoit  tenir  tou 
tes  voiles  hautes  &  defployees ,  ne  s'e- 
ftant  point  pris  garde  d'vn  grain  ,  c'eft  à 
dire,  tourbillon  de  vent  qui  fe  peparoit, 
il  le  laifTa  venir  donner  &  frapper  de  tel- 
le impetuofite'  dans  les  voiles  (  lefquelles 
auparauant  felon  fon  deuoir  il  deuoit 
faire  abbaiffer)  que  renuerfant  le  Nauire 
plus  que  fur  le  coite  iufques  à  faire  plon- 
ger les  Hunes  &  bouts  des  mats  d'êhaut, 
voire  renuerfer  en  mer  ks  Cables, Cages 
d'oifeaux   &  toutes  autres   bardes  qui 
n'efloyent  bien  amarees  lefquelles  furent 
perdues,  peu  s'en  fallut  que  nous  ne  fuf - 
fions  virez  ce  deflus  defïbus. 

Toutesfois  après  qu'en  grande  dili- 
gence on  eut  coupe  les  cordages  &  k$ 
efeoutes  de  la  grand  voile, le  Vaifleau 
fe  redreffa  peu  à  peu:  mais  quoy  qu'il 

en  foi  t 


r 


DE     L'A  M  ËRIQVE.  595 

en  fait,  nous  la  pcufmes  bien  coter  pour 
vne,  &  dire  que  nous  Tauions  efchapee 
belle  .  Cependant  tant  s'en  fallut  queles 
deux  qui  auoyent  efte'  caufe  du  mal,  com 
me  ils  furent  priez  à  l'inftât,  fufïent  pour 
cela  preftsà  fe  reconcilier, qu'au  contrai- 
re fi  tort  que  le  peril  fut  pafTé,leur  adion         Mt 
de  graces  fut  de  s'empoigner  Se  batre  de  r$mme 
telle  façon.que  nous  penfions  qu'ils  deuf^^ 
fent  tuer  Tvn  l'autre.  kfongn^ 

Dauantage,  rentrans  en  nouueau  dan- 
ger, comme  quelques  iours  après  nous 
cufmes  la  mer  calme,le  charpentier  &  au  "*' 
très  mariniers  ,  durant  cefte  tranquilite, 
nous  penfans  foulager  &  reieuer  de  la 
peine  ou  nous  eftions  iour&  nuifl:  à  ti- 
rer aux  pompes:cerchans  au  fond  du  Na- 
uire  les  trous  par  ou  l'eau  entroit ,  il  ad- 
uint qu'ainfi qu'en  charpentans  alentour 
d'vn  qu'ils  penfoyent  racouftrer  tout  au 
fond  du  Vaifîeau  près  la  quille,  il  fêle-  /wW# 
uavne  piece  de  bois  d'enuiron  vn  pied^»,/ 
en  quarré,  par  ou  l'eau  entra  fi  roide  &  fi  »™<f/ 
vifte,  que  faiiant  quitter  la  place  aux  ma-/Mw«rx«L 
riniers,  qui abandôneretîe charpentier, 
quand  ils  furent  remontez  vers  nous  fur 
leTilac,  fans  nous  pouuoir  autrement 
declarer  le  fait,  crioyent  nous   femmes 
perdus*  nous  femmes  perdus. 

Surquoy  les  Capitaine,  Maiftre,&  Pi- 
lote voyans  le  peril  eminent ,  afin  de  de- 


594  HISTOIRE 

ftrapcr  &  mettre  hors  la  Barque  en  toute 
diligence  fai&ns  ietter  en  merles  part, 
neaux  du  Nauire  qui  la  couuroyent  auec 
grande  quantité' de  bois  de  Brcfil  &  au- 
tres marchandées  iufques  à  la  valeur  de 
plus  de  mille  francs,  deliberans  de  quitcr 
le  vaifTeau  fe  vouloyent  fauuer  darîs  icel 
Ie:mefme  le  Pilote  craignant  que  pour  le 
grand  nombre  des  personnes  qui  fe  fuf~ 
fent  voulu  ietter,elle  ne  fut  trop  chargée 
y  eftant  entré  auec  vn  grand  couftelas  au 
poing  dit,qu'il  couperoit  les  bras  au  pre 
mier  qui  feroit  femblant  d'y  entrer-  Tel- 
lement que  nous  voyans  défia,  ce  nous 
fembloit ,  delairTe*  à  la  merci  de  la  mer, 
nous  reffbuuenans  du  premier  naufrage 
d'où  Dieu  nous  auoit  deliurez  ,  autant 
refolus  à  la  mort  qu'à  la  vie  3  &  neant- 
moins  pour  fouftenir  &  empefeher  le  Na 
pire  d'aller  en  fod,nous  employas  de  tou 
tes  nos  forces  d'en  tirer  l'eau  nous  fifmes 
tant  qu'elle  ne  nous  furmonta  pas  •  Non 
toutesfois   que   tous   fuiTent   fi  coura- 
geux ,  car  la  plufpart  des  mariniers  s'at- 
tendans  boire  plus  que  leur  faoul ,  tous 
efperdus  apprehendoyent   tellement  la 
mort  qu'ils  ne  tenoyent  conte  de  rien. Et 
défait  corne  ie  m'aflure  que  fi  les  Rabe- 
liftes  mocqueurs  &  contepteurs  de  Dieu 
q[ui  iafans  &  fç  moquans  fur  terre  les 

pieds 


'/* 


DE    L'AME  RIQVE.  395 

pieJs  fous  la  tabîe,des  naufrages&perils 
ou  fe  trouucnt  ordinairement  ceux  qui 
vont  fur  mer  y  euffent  efléjeur  gaudiffe- 
rie  fut  changée  en  horribles  efpouuante- 
mens  ,  aufsi  ne  doutay-ie  point  que  plu- 
fieurs  de  ceux  qui  liront  ceci  (  &  les  au- 
tres dangers  dont  i'ay  ia  fait  &  feray  en- 
cores mention  que  nous  experimentaf- 
îTiesen  ce  voyage)  felon  le  prouerbe  ne 
difent.  Ha/  qu'il  fa  ft  bon  planter  des 
ehoux,  &  beaucoup  meilleur  ouyr  deui- 
fer  de  la  mer  &  des  Sauuages,-  que  d'y  al- 
ler voir. 

Cependant  ce  n'eft  pas  encores^  fait, 
car  lors  que  cela  nous  auint  eftans  à  plus 
de  mille  lieues  du  port  ou  nous  préten- 
dions,il  nous  en  fallut  bien  endurer  d'au 
très  :  mefmes  comme  vous  entendrez  ci 
après  ,  il  nous  fallut  paffer  par  la  griefue 
famine  qui  en  emportai!:  pluficurs  :  mais 
en  attendit  voici  corne  nous  fufmes  deh 
lirez  du  danger  prefent.  Noftre  charpen- 
tier  ,  qui  eftoit  vn  petit  ieune  homme  de 
bon  cœur,n  ayant  pas  abandonné  le  fond 
du  nauire  comme  les  autres  ,  ains  au 
contraire  ayant  mis  fon  caban  à  la  ma- 
telote fur  le  grand  pertuis  qui  s'y  eftoit 
fait  ,  fe  tenant  à  deux  pieds  deiius 
pour  rcfiftcr  à  l'eau  (laquelle  comme  il 
nous  dit  depuis  de  fon  impetuofiiç  îm* 


39^  HI  S  TOI  RE     i 

Ieuaplufieurs  fois)crianten  tel  e/lattant 
qu'il  pouuoit  à  ceux  qui  eftoyent  en  ef- 
froy  fur  le  Tilac,  qu'on  luy  portaft  des  ha 
billemens,  li<fts  de  cotons  &  autres  cho- 
fes  propres  pour,pendant  qu'il  racouftre 
roit  1  a  piece  qui  s'eftoit  enleuee ,  empef- 
cher  tant  qu'ils  pourroyet  f  eau:eftant  di 
ie  ainfi  fecouru ,  nous  fufmes  preferuez 
par  fon  moyen. 

Apres  cela  nous  eufmes  les  vents  tant 
inconftans,que  noftre  vaiffeau  pouffe  & 
deriuant  tantoft  à  l'Eft,  &  tantoft  à  1' Ou«- 
eft  (  qui  n'eftoitpas  noftre  chemin  car 
nous  auions  affaire  au  Su)  noftre  Pillote 
qui  au  refte  n'entendant  pas  fortbien  fon 
meftier,ne  feeut  plus  obferuer  fa  route, 
nous  nauigafmesainfi  en  incertitude  iuf~ 
ques  fous  le  Tropique  de  Cancer, 

Dauâtage  nous  fufmes  en  ces  endroits 
là  l'elpace  d'enuiron  15,  iours  entre  des 
Mer  ber^cr^cs  quiflotoyent  fur  mer  fi  efpefTes  & 
***.  en  t  elle  quantite^que  fi  afin  de  faire  voye 
au  Nauire  qui  auoit  peine  à  les  rompre, 
nous  ne  les  eufsions  coupées  auec  des 
coignees,  iecroy  que  nous  fufsions  de- 
meurez tout  court.Et  parce  que  ces  her- 
bages rendoyent  la  mer  aucunemet  trou- 
ble,nous  eftant  aduisque  nous  fufsions 
dans  des  marefeages  fangeux  ,  nous  con- 
iedurafmes  que  nous  deuions  eftre  près 
de  quelques  Ifles:mais  encores  qu'on  iet- 

taft 


taft  la  fonde  auec  plus  de  cinquante  braf 
fes  de  cordes,  (1  ne  trouua  on  fond  niri- 
ue,  moins  dcfcouurifmes  nous  aucune 
terre:  furquoy  ie  reciteray  aufsi  ce  que 
Thifto riêlndois  à  eferit  à  ce  propos. Chri  Hifta  ^ 
ftofte  Colomb,  dit-il  au  premier  voyage  des  ind. 
qu'il  fit  au  defcouurement  des  Indes, qui  î-i«»  *• 
fut  l'an,  1492.  ayant  prins  refraichifle-cl1,1^ 
mens  en  vne  des  Ifles  des  Canaries, après 
auoir  finglé  pïuficurs  iournees  rencon- 
tra tant  d'herbes  qu'il  fembloit  que  ce 
fuft  vn  pré:  ce  qui  luy  donna   vne  peur, 
encores  qu'il  n'y  euft  aucun  danger. Sem- 
blablemcnt  pour  faire  defeription  de  ces 
fîerbes  marines  dont  i'ay  fait  mentionr 
s'entretenant  Yvnc  l'autre  par  longs  fila- 
mens, ainfi  que  Hederaterreftris,flottans 
fur  mer  fans  aucunes  racines  ,  ayant  les? 
fueiiles  aiTez  femblables  à  celles  de  Rue 
delardins,  la  graine  ronde  &  nonplus  ptrme  & 
grofïe  que  celle  de  Genevre,elles  font  feces  herbes 
couleur  blafarde  ou  blanchaftre  comme™4 
foin  fené:mais  au  refte ,  comme  nous  ap- 
perceufmes   aucunement  dangereufes  à 
manier.Comme  aufsi  i'ay  veu  plufieurs 
fois  nager  fur  mer  certaines  immodiciter 
rouges  faites  de  mefme  façon  que  la  cre- 
fte  d'vncoq,  fi  venimeufes  &  contagieu-^^ 
fes,quefitoft  que  nous  les  touchions  Iz geans  fur ^ 
main deuenoit  rouge  Se  enflée.  mr' 

Eftans  doneques  forti$  de  cefte  mer 


r 


j^S  HI  ST  OIRfi 

herbue  ,  parce  que  nous  craignions  d'ê- 
ftre  la  rencontrez  de  quelques  Pirates* 
non  feulement  nous  braquafmes  quatre 
ou  cinq  pieces  de  telle  quelle  artillerie 
defer  qui  eftoyent  dans  noltie  Nauirc, 
mais  aufsi  pour  nous  défendre  à  la  neeef- 
iite ,  nous  preparafmes  les  lances  à  feu 
&  autres  munitions  de  guerre, 

Toutesfois  àcaufe  de  cela,  derechef 
voici  venir  vn  autre  inconuénient  qui 
nous  aduint  :  car  comme  noftre  canônier 
faifant  feicher  fa  poudre  dans  vnpotde 
fer ,  le  laiiTa  fi  long  temps  fur  le  feu  qu'il 
rougit,  la  poudre  s'eftant  emprife  la  flam 
be  donna  de  telle  façon  d'vn  bout  en  au- 
tre du  Vaifïeau:  mefmes  gafta  quelques 
voiles  &  cordages  ,  que  peu  s'en  fallut, 
qifà  eau fe  delà  graille  &  du  Brait*  dont 
le  Nauire  eftoit  frotté  &  gôdronné ,  que 
le  feu  ne  s'ymiftjen  danger  d'eftre  tous 
brûliez  au  milieu  des  eaux.  Et  de  fait Vvn 
des  pages  &  deux  autres  mariniers  furet 
tellement  gaftez  de  bruflures  que  Vvn  en 
mourut  quelques  iours  après  :  comme 
aufsi  pour  ma  part ,  fi  foudainement  ic 
n'euffë  mis  mon  bonnet  à  la  mattelote 
deuât  mon  vifage^i'euiTe  eu  la  face  gaftee 
ou  pis  :  mais  m'eftant  ainfi  couuert  i'en 
fus  quitte  pour  auoir  le  bout  des  oreil-  ) 
les  Scies  cheueux  grillezrcela  nous  auint 
enuiron  le  quinzième  d'Apuril  •  Ainli 

pour 


DE    L'A  M  E  R  I  GLV  E.  59  J> 

pour  reprendre  vn  peu  haleine  en  ceft  en 
droit  nous  voici  iufques  à  prefcnt  par  la 
«race  de  Dieu  non  feulement  efchapez 
des  naufrages  &  de  Peau  dont ,  comme 
vous  aucz  entendu,nous  auons  plufieurs 
fois  cuidez  eftre  engloutis,  mais  aufsi  du 
feu  qui  n'agueres  nous  a  penfé  côfumer. 

CHAP.    XXII, 

De  T  extreme  famine ,  tourmentes ,  &  au- 
tre? dangers  d'où  Dieu  nous  preferua  en  *#- 
pajfanten  France* 

R  après  que  toutes  les  cho- 
!  fcs  fufdites  nous  furent  ad 
uenues  ,  rentras  de  fiebvrçs 
[  en  chaud  mal  (  comme  on 
_  J  dit)  d'autant  que  nous  eftios 
encores  à  plus  de  cinq  cens  lieues  loin, 
de  France ,  noftre  ordinaire  tant  de 
bifcuit  que  d'autres  viures  &  bruua- 
ges  £  qui  n'eftoit  ia  que  trop  petit ,  fut 
tout  à  coup  retranché  de  la  moitié  .  Et 
ne  nous  aduint  pas  feulement  ceretar- 
dement  du  mauuais  temps  &  vents  con- 
traires que  nous  eufmes  :  car  outre  cela* 
corne  i'ay  dit  ailleurs,  le  Pilote  pour  n#a«* 
uoir  bien  obferué  fa  route,  fe  trouua 
tellement  deceu  ,  que  quand  il  nous  dit 
que  nous  approchions  du  cap  de  fine,  ter 


;  4o0  HISTOIRE 

re) qui  eft  fur  la  cofte  d'Efpagne)  nous  e- 
fiions  encores  a  la  hauteur  des  Ifles  des 
Eilbres  qui  en  font  à  plus  de  trois  cens 
lieues. Ccft erreur doneques en  matière 
denauigation  fut  caufeque  de'slafindu 
mois    d'Auril    eftans  entièrement  def- 
pourueus  de  tous  viures,  ce  fat ,  pour  lé 
dernier  mets5à  nettoyer  &  ballierla  Sou- 
te,ceftàdire  la  chambrette  blanchie    & 
plaftree  ou  Ton  tient  le  bifeuit  dans  les 
Natures , en  laquelle  ayant  trouue'  plus  de 
vers  &  de  crottes  de  Rats  que  de  miettes 
Vm&   depain.partiffansneantmoins  cela  auec 
èftètde    dcs  cuilliers,nous  en  faifions  delà  bouil- 
A%££ lie,  laquelle  cftant  aufsi  noire  Se  amerc 
mietm.     que  fuye,  vous  pouuez  penfer  fi  c'eftoit 
vn  plaifant  manger  .  Sur  cela  ceux  qui  a- 
uoyent  encores  des  Guenons  &  des  Per- 
roquets (car  de's  long  temps  plufieurs  a- 
uoyêt  ia  mangez  les  leurs  )  pour  leur  ap- 
prendre vn  langage  qu'ils  ne  fcauoyent 
passes  mettâs  au -cabinet  de  leur  mémoi- 
re les  firent  feruir  de   nourriture:  bref 
des  le  commencement  du  moys  de  May* 
que  tous  viures  ordinaires  défaillirent 
Btuxna-  entre  nous,cleUx  mariniers  eftans  morts 
ZTn/de    de  malle  faim,  furent  à  la    façon  de  la 
/*«.        mcr  iette2  &  enfepulturez  hors  le  bord. 
Outre  plus  durant  cefte  famine  la  tor^ 
mente  continuant  iour  &  nuifl:  lefpacc 
de  trois  femaines ,  nous  ne  fufmes  pas 

feule- 


,J^ 


feulement  contraints  àcaufe  de  la  mer 
merueilleufement  haute  &  çfmeue ,  de 
plier  toutes  voiles  &lier  le  gouuernail, 
pour  ne  pouuans  plus  conduire  autre- 
ment, laifler  aller  le  Vaiffeau  au  gré  des 
ondes  ,  mais  aufsi  cela  empefcha  que  du- 
rant tout  ce  temps  &  à  noftre  grande  ne- 
cefsité  nous  nepeufmes  pefcher  vn  feul 
poiflfanrfomme  nous  voila  derechef  tout 
à  coup  en  la  famine  iufques  aux  dents, a£- 
faillis  de  feau  au  dedans  ,&  tourmen- 
tez des  vagues  au  dehors.  Parquoypuis 
que  ceux  qui  n'ont  point  elle  fur  mer 
en  telle  efpreuue  n'ont  veu  que  la  moitié 
du  monde  ,  i\  faut  que  ie  répète  ici  qu'à 
bon  droit  le  Pfalmifte  dit,  que  fiottans 
tnontans  &  defeendans  ainfi  fur  ce  tant  Pf  *  *°7* 
terrible  Elemét  fublfftans  au  milieu  de  la  %^tM" 
mort,crcft  vrayement  voir  les  merueilles 
de  l'Eternel. Cepedant  ne  demâdez  pas  iî 
nos  matelots  papiftes  fevoyans  réduite 
à  telle  extrémité,  promettons  s'ils  pou- 
uoyent  paruenir  en  terre ,  d'offrir  à  faint 
Nicolas  vne  image  de  cire  de  la  ^rôffeur 
d'vn homme,  faifoyent  au  refte  de  mer- 
ueilleux  vœuz  :  mais  cela  cftoit  crier  au- 
près Baal  qui  n'y  entendoit  riçn.  Partant 
nous  autres  nous  trouuans  bien  mieux 
d'auoir  recours  àceluy,  duquel  nous  a- 
nions  ia  tant  de  fois  expérimenté  l'a  fsi<- 
ftance5&qui  feul  aufsi,en  nous  fouftenâi 


j^Ql  HISTOIRE 

extraordinairemêt  en  nôftre  famîne,pott 
uoit  commander  à  la  mer  &  appaifer  l'o- 
ra<*e>c'eftoità-luy  Stnô  à  autres  quenous 
nous  adrefsions. 

Or  eftans  ia  fi  maigres  &  affoiblis,que 
à  peine  nous  pouuiôs  nous  tenir  debout 
pour  faire  les  manœuures  du  Nauire  ,  la 
necefsité  toutesfois,au  milieu  de  cefte  a- 
pre  famine,fuggerât  à  vn  chacun  de  pen- 
fer  &  repenferà  bon  efcient  dequoy  il 
pourroit  remplir  fon  ventre:  quelques 
vos  s'aduifans  de  couper  des  pieces  de 
certaines  rondelles  faites  de  la  peau  de 
ranimai  noméTapiroupUyduquelVzyhit 
métiô  en  cefte  hiftoire,les  firent  bouilli* 
dansde  l'eau  pour  les  cuider  ainfi  mâger, 
mais  cefte  recepte  n'eftant  pas  trouuee 
bonne ,  d'autres  qui  de  leur  cofté  cer- 
choyent  aufsi  toutes  les  inuentions  dont 
ils  fepouuoyent  aduiferpour  remédier 
à  leur  faim,  ayâs  mis  de  ces  pieces  de  ron 
^ndfdes  d  jj     je  cuir  fur  lcs  charbons, après  que 

de  cu.tr  ro-  \  n  •  t      î         f\  r        *.\Â 

pes  &  elles  furçt  vn  peurofties  ,  Je  brulle  racle 
auecvn  coufteau,cela  fucceda  fi  bienqu'ê 
les  mangeâsdc  cefte  façô  nous  eftat  acïuis 
que  ce  fuflct  carbonades  de  coines  de  por 
ccau:ce  fut,ce,ft  effay  fair,  à  qui  auoit  des 
rondelles  de  les  tenir  fi  de  court,  que  par 
ce  qu'elles  eftoyent  aufsi  dures  que  cuir 
debeuffee,  après  qu'auec  des  ferpes  & 
autres  ferremens  elles  furent  toutes  dé- 
coupées 


maugtes. 


r 


DE    t'A  M  E  It  I  Oy  E.  403 

Coupees,ceux  qui  enauoyent  portans  le* 
morceaux  dans  leurs  manches  en  de  pe- 
titsfacs  de  toille^nYn  faifoyët  pas  moins 
de  conte  ,  que  font  par  deçà  fur  terre  les 
gros  vfuriers  de  leurs  bources  pleines 
d'efcus.Mefmes  comme  Iofephus  dit  que  li,7ch.7 
les  afsiegez  dans  la  ville  de  lerufalen  fe 
repeurent  de  leurs  couiroyes  ,  fouliers, 
&cuir  de  leur  Pauois,auiii  en  y  eut  il  en- 
tre nous  qui  en  vindrent  iufques  là,  àe  , 
fe  nourrir  de  leurs  colletsde  marroquini $wroq«*s 
&  cuirs  de  leurs  fouliers:  voire  les  pages  tc""des 
&  garçons   de  Nauire  preffez  de  nialle^^. 
rage  de  faim  3  mangèrent  toutes  les  cor- 
nes de  lanternes  (dont  il  y  a  toufiours  _£""'*,/ 
grand  nombre  dans  les  Vaifleaux  de  mer)  &chandei- 
&  autant  de  chandelles  de  ftûf  qu'ils  cn%£f£ 
peurerit  attraper. Dauantage  nonobstant  "««r"'»™ 
la  débilité  ou  nous  eftiohs  ,  fur  peine  de 
couler  en  fond  &  boire  plus  que  nous  n'a 
uions  à  manger,  il  nous  falloit  auec  grâd 
trauail  eftré  incefiamment  à  tirer  l'eau  à 
la  pompe* 

Le  cinquième  iour  de  May  fur  le  fo«* 
leil  couchant  nous  vifmes  en    l'air  v&^rFUmhta* 
1er   &  flamboyer   vn  grand    efcîair   dQdefeuv°~ 

r  .  *      t*  11  »  •        latent  air» 

feu  ,  lequel  fat  telle  reuerberation 
dans  les  voiles  de  noftre  Nauire,  que 
nous  penfions  ,  que  le  feu  s'y  fuft 
mis  :  toutesfois  fans  nous  endom- 
mager *  il  pafla  en  vn  inftant.    Qu,e  il  on 

Ce  z 


404  HISTOIRE. 

demande  d'où  cela  pouuoit  procéder  s  ie 
di  que  la  raifon  en  fera  tant  plus  malaifec 
à  rendre, que  nous  eftâs  lors  à  la  hauteur 
des  terres  neuues ,  ou  on  pefche  les  Mo- 
Iues,&de  Canada, regions  ou  il  fait  ordi 
nairement  vn  froid  extreme,on  ne  pour- 
ra pas  dire  que  cela  vint  des  exhalations 
chaudes  qui  fu  fient  en  Tair:&  défait  afin 
d'en  eflayer  de  toutes  les  façons, nous  fuf 
mes  en  ces  endroits  la  battus  du  vent  de 
Nom!  Nordeft ,  qui  eft  prefque  droite  Bi 
ze ,  lequel  nous  caufa  vne  telle  froidure 
que  durant  plus  de  quinze  iours  nous  n'e 
chaufafmes  aucunement. 

Enuiron  le  douzième  duditmoisde 
May,noftrccanonnier, auquel  au  parauât 
aptes  qu'il  euft  bien  langui  i'auois  veu 
.  manger  les  tripes  d'vn  Perroquet  toutes 
mon  de  crues,  eftant  en  fin  mort  de  taim^ut^com 
îaim'  melesprecedens  décédez  de  mefme  ma- 
ladie, ietté  &  enfepulturé  en  mer: &  nous 
en  fouciafmcstant  moins  pour  l'efgard 
de  fa  charge,qu'au  lieu  de  nousdeffendre 
fi  on  nous  euft  aflaillis,  nous  cuffîons 
pluftoft  defiré  lors  (  tant  eftions  nous  at- 
ténuez) d'eftre  prins  &  emmenez  de  quel 
que  Pirate  ,  pourueu  qu'il  nous  euft  don 
né  à  manger.  Mais  comme  il  pleut  à  Dieu 
nous  affliger,  tout  lelongdenoftre  voya 
<*e  à  noftrc  retour,  nous  ne  vifmes  qu'vn 
feul  vaiffeau,  duquel  encores ,  à  caufe  de 

noftre 


r* 


DE       t'AMERlQVE,  405 

noftre  foibleffe  ne  pouuâs  appareiller  ni 
Ieuer  les  voiles  quâd  nous  le  defcouurif- 
mes  nous  n'en  pcufmes  approcher. Or  les 
rôdelles  dont  i5ay  fait  mention, &  tout  le 
cuir ,  iufques  aux  couuercles  des  coffres 
àbahu,  auectouteequi  fepeut  trouuer 
pour  fuftanter  dans  noftre  Nauire  eftant 
entièrement  failli, nous  penfions  eftre  au 
bout  de  noftre  voyage.  Mais  cefte  neoef- 
fité,  inuentrice  des  arts  , ayant  derechef 
mis  en  l'entendement  de  quelques  vns  de 
chaffer  les  Rats  &les  Souris, qui  en  grid 
nombre  (parce  que  nous  leur  auions  ofté 
les  miettes  &  toutes  autres  chofes  qu'ils 
euffent  peu  ronger)  couroyent  mou- 
rans  de  faim  parmi  le  Vaiffeau  ,  ils  fu- 
rent pourfuyuis  en  telle  diligence ,  voire  f&fs  du 
auec  tant  de  fortes  de  ratoires  qu'vn  cha  t*ntufa- 
cun  inuentoit,que  corne  chats  lesefpians^^^; 
à  yeux  ouuerts ,  mefrne  la  nuit  quand  ils  manger. 
fortoyent  à  la  lune ,  ie  croy  quelques  bié 
cachez  qu'ils  fuflent  qu'il  y  en  demeura 
peu.  Et  de  fait  quand  quelqu'vn  auoit 
prins  vn  Rat  ,-1'emmant  plus  qu'il  n'euft 
fait  vn  beuf  fur  terre,  non  feulement  i'en 
ay  veu  tels  qui  ont  efte  vendusdeux  trois 
&  iufques  à  quatre  efeus  la  piece:  mais 
qui  plus  eft  noftre  Barbier ,  en  ayant  vne 
fois  prins  deux  tout  d'vn  coup5  l'vn  d'en 
tre  nous  luy  fit  cefte  offre  qde  s'il  luy  en 
vouloit  bailler  l'vn,  quand  nous  ferions 

Ce  % 


40<?  HISTOIRE 

au  port  il  Phabilleroit  de  pied  en  cap: 
xeque  toutesfois  (  préférant  fa  vie  à  fes 
habits  )  il  ne  voulut  accepter  .  Bref  vous 
eufsiez  veu  bouillir  des  Souris  dans  de 
feau  de  mcr,auec  les  tnpes&les  boyaux, 
dont  ceux  qui  les  pouuoyent  auoir  fai- 
foyent  plus  de  cas  ,  que  nous  ne  faifons 
ordinairement  fur  terre  de  membres  de 
moutons. 

Mais  entre  autres  chofes  remarqua^ 
blés,  pour  monftrer  que  rien  ne  fe  per- 
çoit parmi  nous:  comme  noftre  Contre* 
maiftre  vn  lour  appreftant  vn  gros  Rat 
pour  faire  cuire  ,  luy  eut  couppé  les  qua- 
tre pattes  blanches  lefquelles  il  ietta 
fur  IcTillac:  ie  fcay  vn  quidam  qui  les 
VtttesJ*  ayant  aufsi  foudain  amaflees  qu'en  dili- 
rats  amaf  gence  fait  eriHer  fur  les  charbons  3  en 

fees     v&ur  o  O  «  r\ 

m*nl<r.  tes  mangeant  y  trouua  vn  tel  goult, 
qu'il  afferma  n'auoir  iamais  tafte  d'ai- 
fie  de  Perdrix  plus  fauoureufe  .  Et 
pour  le  dire  en  vn  mot  qu'efl:  ce  aufsi 
que  nous  n'eufsions  mange  ou  plu- 
fioft  deuoré  en  telle  extrémité?  car  de 
vray  fouhaitans  les?  vieux  os  &  les  or- 
dures que  les  chiens  traifnent  pardef- 
fus  les  fumiers  pour  nous  raifaficr  ,  ne 
doutez  point  fi  nous  eufsions  eu  des 
herbes  vertes  ,  voire  du  foin  ,  ou  fucii- 
les  d'arbres  (  comme  on  peut  auoir  fur 
terre)  que  tout  ainfi. que  beftes  brutes 

nous 


T* 


DE    l'aMERIQJï.  407 

nous  ne  les  eufsious  broutées. 

Ce  n'eft  pas  tout,  car  Tefpace  de 
trois  fepmaines  que  cefte  afpre  famine 
dura  ,  n'eftant  nouuelle  entre  nous  ni 
devin  ni  d'eau  douce,qui  de's  long  temps 
eftoit  faillie,  nous  eftant  feulement  re- 
ftépour  tout  bruuage  vn  petit  tonneau 
de  Ciftre  ,   les  maiftre  &  Capitaine  le 
mefnageoyent  fi  bien  &  tenoyent  fi  de 
court ,  que  quand  vn  Monarque  en  cefte 
necefsité   euft  efté  auec   nous    dans    ce 
Vaifïeau  il  n'en  euft  eu  non  plus  que  les 
autres  :  aflauoir  vn  petit  verre  par  lour. 
Tellement  qu'eftans  autant  &  plus  pref- 
fezdefoif  que  de  faim,  non  feulement  £#££, 
quant  il  tomboit  de  la  pluye  ,  eftendans  que u faim 
des  linceux  auecvne  balle  de  fer  au  mi- 
lieu pour  la  faire  diftiller  nous  krece- 
uions  dans  des  vaifleaux  de  cefte  façon, 
mais  aufsi  recueillans  celle  qui  par  pe- 
tits ruifleaux  degoutoit  deflus  le  Tiliac, 
quoy  qu'à  caufe  du  Bray  &  des  fouiU 
leures  des  pieds  elle  fut  plus  trouble  que 
celle  qui  court  parmi  les  rues ,  nous  ne 
îaifsions  pour  cela  d'en  boire. 

Conclufion  combien  que  la  famine  Famîned§ 
qu'en  l'an  .  1573  .   nous  endurafmes  du-  Samttm 
rant  le  fiege  de    Sancerre  ,  ainfi  qu!on 
peut  voir  par  Thiftoire  que  i'en  a  y  aufsi 

Ce  4 


x 


408  HISTOIRE 

mife  en  lumière  doyue  eftre  au  rang  des 
plus  grieues  dont  on  ait  iamais  ouy  par- 
lerrtantya  toutesfois)  comme  l'ay  la  no- 
te' que  n'y  ayant  eu  faute  ni  d'eau  ni  de 
vin,quoy  qu'elle  fuft  plus  longue*  ie  puis 
4ire  qu'elle  ne  fut  fi  extreme  que  celle  dot 
il  eft  ici  queftionrcar  pour  le  moins  auios 
nous  à  Sancerre  quelques  racines, herbes 
fauuages^bourgeons  de  vignes,  &  autres 
chofes  qui  fe  peuuent  encores  trquuer 
fur  terre.  Comme  de  fait  tant  qu'il  plai- 
roitàDieu  délaifler  fa  benedi&ion  aux 
creatures,  ie  di  mefrnes  à  celles  qui  ne 
font  point  en  vfage  commun  pour  la 
nourriture  des  hommes  :  cô  me  es  peaux, 
parchemins  ,  &  autres  telles  merceries, 
dont  i'ay  fait  cathalogue  dequoy  nous 
vefcumes  en  ce  fiege  :  ayant  di-ie  experi- 
mente  que  cela  vaut  au  befoin .,  tant  que 
Maurois  des  collets  de  buffles  ,  habits  de 
chamois  ,  &  telles  chofes  ou  il  y  a  fuc  3c 
humidité,  fi  i'eftois  enferme'  dans  vne 
place  pour  vne  bonne  querelle  ,  ie  ne  me 
voudrois  pas  rendre  pour  crainte  delà 
famine.  Mais  fur  mer  au  voyage  dont  ie 
parle,  ayans  efté  réduits  à  cefte  extré- 
mité de  n'auoir  plus  que  duBrefil, 
|$  fans  humidité' &  fee  fur  tous  les  au- 
,  plufieurs  preffez  iufques  au  bout, 
d'autres  chofes  en  grignotoyent 
'eurs  dents  :  tellement  que  le  fieur 

du  Pont 


r 


DE     L?A  M  E  RIQJ  E.  40^ 

du  Pont  noftre  condu&eur  en  tenant  vn 
iour  vne  piece  en  fa  bouche,auec  vn  grâd 
foufpirmedit.HelasîdeLerymonamiii 
m'eftdeu  vne  partie  de  4000. fracs  enFra^w^ 
ce  de  laquelle  pleufl:  à  Dieu  auoir  fait  bô  fieur  du, 
ne  quitance  &  que  l'en  tinfe  maintenant  Tm* 
vnpaind'vn  fol  &  vn  verre  de  vin.  Quat 
à  maiftre  Pierre  Richier  ,  à  prefent  Mi- 
niftre  de  la  parole  deDieu  à  la  R  ochellc, 
le  bon  homme  dira  que  de  débilité  durât  <ptuut*.i* 
noirre  mifere  eftant  eftendutout  de  fon  %«hter. 
long  dans  fa  petite  capite,il  n'euft  fceu 
leuer  la  tcfte  pour  prier  Dieu:  lequel  ne- 
antmoins  ainfi  couché  qu'il  eftoit  tout  à 
plat, il  inuoquoit  ardemment. 

Or  auant  que  finir  ce  propos,  ie  diray 
en  pafïant,  non  feulement  auoir  obferué 
aux  autres,mais  moymefme  fenti  durant 
ces  deux  aufsi  eftroites  famines  ou  i'ay 
pafiéqu'hômeenait  iamais  efchapee,que 
pour  certain  quâd  les  corps  font  ainfi  at- 
ténuez ,  nature  défaillantes  fens  eftans 
aliénez  3  &  les  efprits  difisipez,  cela  rend 
Its  perfonnes  non  feulement  farouches,  F*minem 
mais  aufsi  engendre  vne  colère  ,  laquél-^rfrf  r^e 
le  on  peutnommer  efpece  de  rage:&par- 
tant  le  propos  commun  ,  quand  on  veut 
lignifier  que  quelqu'vn  à  faute  de  man- 
ger, a  efté  fort  bien  inuenté:  affauoir  dire 
qu'vn  tel  enrage  de  faim.  Qui  plus  eft, 
comme  l'expérience  fait  mieux-entendre 


rjj.IO  HISTOIRE 

vne  chofe  ,  cen'eft  point  fans  caufeque 
Dieu  en  fa  loy  menaçant  fon  peuple  s'il 
ne  luy  obéit, de  luy  enuoyer  la  famine  dit 
expreffément,  qu'il  fera  que  l'homme  té- 
dre  &  delicatjc'eft  à  dire  d'vn  naturel  au- 
trement doux  ôc  bénin  &:  qui  auparauant 
auoitchofes  cruelles  en  horreur,en  l'ex- 
trémité de  la  famine^deuiédra  neâtmoins 
ii  defnaturé  que  regardant  fon  prochain, 
voire  fa  féme  &  (es  enfans  d'vn  mauuais 
ehofespro  œil,  appetera  d'en  manger.  Car  outre  les 
pratiquées  exemples  que  i  ay  narrez  en  1  hiltoire  de 
typourpï  Sancerre  ,  tant  du  père  &  de  la  mere  qui 

fées  es  ex-  it  C  1 

trente*  fa  .mangèrent  de  leur  propre  entant,  que  de 
mines  de  quelques  foldats  lefquels  a  y  ans  efïayé  de 
noftmePs  ]a  chair  des  corps  quiauoyent  efté  tuez 
en  guerre,ont  côfeiîé  depuis,  {i  Faffliâio 
euft  encores  continué ,  qu'ils  eftoyent  en 
deliberation  de  fe  ruer  fur  les  viuans, ou- 
tre di-ie ces  chofcs  tantprodigieufes,  ie 
puis  affeurer  véritablement  que  durant 
noftre  famine  fur  mernous  eftions  fi  cha 
grins,qu'encores  que  nous  fufsions  rete- 
nus, par  la  crainte  de  Dieu  ,  à  peine  pou- 
uions  nous. parler  Tvn  à  l'autre  fans  nous 
fafchenvoire  qui  pis  eftoit(&  Dieu  nous 
le  vueille  pardonner)fans  nous  ietter  des 
oeillades  Û  regards  de  trailers,  accompa- 
gnez de  quelques  mauuaifes  volotez  tou 
chant  ceft  acte  barbare. 

Or  afin  de  pourfuyure  ce  qui  reftede 

noftre 


'•  jf^^ 


faim. 


DE     L'AMEUQVE  '4II 

noftre  voyage,  comme  nous  allions  touf- 
iours  en  déclinables  I5.&i<5.de  May  que 
il  y  eut  encor  deux  de  nos  mariniers  qui  m.™ 
moururent  de  malle  rage  de  faim: aucuns^ 
d'entre  nous  imaginans  là  deffus  par  ma- 
nière de  dircqu'attêdu  le  long  temps  que 
fans  voir  terre,  il  y  auoit  que  nous  bran- 
lions fur  mer  ,  nous  deuions  eftre  en  vn 
nouueau  delugcquâd  pour  la  nourriture 
des  poiffons  nous  les   viftnes  ietter  en 
l'eau,  nous  n'attendions  autre  chofe  que 
d'aller  toft  &  tous  après.  Cependât  non- 
obftantcefte  foufferte  inexprimable  du- 
rât laque!le,c6me  i'ay  disunites  les  Gue 
nos  &  Perroquets  que  nous  rapportions 
furet  mage-z,  en  ayât  neantmoins  iufqu'à 
ce  tépslà  toufiours  gardé  vn  que  i'auois 
aufsi  gros  qu'vne  Oyevproferant  frâche- 
mét  corne  vn  home,  &  de  plumage  excel- 
lét:lequel  mefmc,pour  le  grâd  defir  de  le 
fauuer.afin  d'en  faire  prefent  à  M.  l'Ad- 
mirante tins .5.011  6:  iours  cache'  fans  luy 
pouuoir  rien  bailler  à  mâgentât  y  a  Ja  ne 
cefsitépreffant,  iointla  crainte  que  i'eu 
qu'on  ne  le  me  defrobaft  la  nuit,  qu'il  paf 
fa  corne  les  autrçs:de  faço  que  n'en  iettât 
rien  que  les  plumes5nô  feulemet  le  corps 
mais  aufsiles  tripes5pieds,ongIesJ&  bec 
crochu  feruiret  à  quelques  miens  amis  & 
amoy  deviuoter  trois  ou  quatre  iours: 
toutesfois  i'en  eus  tant  plus  de   regret 


- 


~  — 


412  HISTOIRE 

qu5  cîwq  ïours  après  que  ie  l'eu  tué  nous 
vifmes  terre  :  tellement  que  celle  efpece 
doifeau  fe  pafiant  bien.de  boire  il  ne 
meuft  pas  fallu  trois  noix  pour  le  nour- 
rir tout  et  temps  là. 

Mais  quoy?dira  queîqu>n  >  fans  nous 
particularifertô  Perroquet  duquel  nous 
lî'auions  que  faire  ,  nous  tiendras  tu  touf 
iours  en  fufpens  touchât  vos  langueurs? 
fera  ce  tantoft  aflez  enduré  en  toutes  for 
tes  ?  n'y  aura  il  iamais  fin  ou  par  mort  ou 
par  vie?  Helasf  fi  aura, car  Dieu  qui  fou- 
ftenoit  nos  corps  d'autres  chofes  que  de 
pain  &  de  viandes  communes,  nous  ten- 
dant la  main  au  port,  nous  fit  la  grace 
imrAu-  que  le  viugtquatrieme  iour  dudit  mois 
9«et  no*  de  May  1558.  (lors  que  tous  cftendusfur 

vtfmes  ter  1      "~r*  :  t        /*  •  #» 

teanojireiç,  *  "ac  ians  pouuoir  prefques  remuer 
ni  bras  ni  iambes  ,  nous  n'en  pouuions 
plus)nous  eufmes  la  veue  de  baffe  Breta- 
gne. Toutcsfois  parce  que  no>  auios  efté 
tant  de  fois  abufespar le  Pilote,  lequel 
au  ijeu  de  terre  nous  auoit  fouuent  mon 
lire  des  nuées  qui  s'en  eftoyent  allées  en 
l'air ,  quoy  que  le  Matelot  qui  eftoit  à  la 
grande  Hune  cria  par  deux  ou  trois  fois 
terre  terre.encorcs  pcnfions  nous  que  ce 
fuft  moquerie:  mais  ay  ât  vent  propice  & 
mis  le  cap  droit  deiîus,  nous  fufmes  toft 
affeurez  que  c'eftoit  vrayement  terre  fer- 
me. Partât  pour  conclufiô  de  tout  ce  que 

i'ay  dit 


Tiîùur. 


r 

DE     L'aMERIQJE.  415 

fay  dit  ci  deffus  touchant  nos  afôi&ions, 
afin  de  mieux  faire  entendre  l'extrême  ex 
tremité  ou  nous  eftions  tombez, &  qu'au 
befoin, n'ayant  plus  nul  refpit,Dieu  nous 
afsifta:  après  luyauoir  rendu  graces  de 
noftre  deliurance  prochaine  ,1e  maiftre 
du  Nauire-dit  tout  haut ,  que  pour  cer-  gjgg* 
tain  fi  nous  fufsions  encor  demeurez  va 
iour  en  ceft  eftat,  il  auoit  délibéré  &  refo 
lu,n.on  pas  de  ietter  au  fort,comme  quel- 
ques vno  ont  fait  en  telle  deftrefle  ,  mais 
fans  Jirc  mot,  d'en  tuer  vn  d'entre  nous 
pour  feruir  de  nourriture  aux  autres  :  ce 
que  l'apprehenday  tant  moins  pour  mon 
efgard  que ,  quoy  qu'il  n'y  euft  pas  grand 
graifleen  aucun  de  nous, finon  qu'on  eut 
feulemet  voulu  manger  de  la  peau  &  des 

os  ie  croy  que  ce  n'euft  pas  efté  moy.  Or 

parce  que  nos  mariniers  auoyent  délibé- 
ré d'aller  defeharger  &  vendre  leur  Bois 

de  Brefil  à  la  Rochelle  ,  quand  nous  fuf- 

mes  à  deux  ou  trois  lieues  de  cefte  terre 

de  Bretagne,le  maiftre  du  Nâuire,le  fieur 

du  Pont  &c  quelques  autres,  nous  laiffans 

à Tancre,s'en  allèrent  dans  vneBarque  ert 

vn  lieu  proche  appelé  Hodierne  pour  z-> 

dicter  des  viures  :  mais  deux  de  noftre 

compagnie  aufquels  particulièrement  ie 

baillay  argétpour  m'apporter  quelques1 

rafraichiflementSjs'eftans  aufsi  mis  dans 

cefteBarque^fi  toft  qu'ils  fe  virenten  ter- 


=■ 


4*4  tt  i  s  t  o  i  r  i 

re  penfans  que  la  famine  fut  enfermée 
dans  le  Nauire5  quittans  les  coffres  2c 
bardes  qu'ils  y  auoyent,  ils  protefterent 
qu'ils  n'y  mettroyent  iamaisle  piedtcom 
roe  de  fait  s'en  eftans  aile*  de  ce  pas  ie  ne 
les  ay  point  veus  depuis  .  Qùtreplus  du- 
rât que  nous  fufmes  là  à  l'ancre  quelques 
pefcheurs  s'eftans  approchez ,  aufquels 
nous  demandafmes  des  viures  ,  eux  efti- 
mans  que  nous  nous  mocquifsios  ou  que 
fous  ce  prétexte  nous  leur  voulussions 
faire  defplaiiir  fe  voulurent  foudain  re- 
culer: mais  nous  les  tenansà  bord^prefTcs 
denecefsité  eftans  encores  plus  habilles 
qu'eux  nous  iettafmes  de  telle  impetuofî 
té  dans  leur  Barque, qu'ils  penfoyêt  eftre 
faccagezrtoutesfois  fans  leur  rien  prédre 
que  de  gré  à  gré  n'ayans  trouué  de  ce  que 
nous ^cerchions finon  quelques  quartiers 
depâïn  noir  >il  y  eut  vn  vilain  nonobftat 
la difette  que  nous  leur  fifmes  entendre 
ou  nqus  .eftionsqui  au  lieu  d'enauoir  pi 
tié  ne  fit  pas  difficulté  de  prendre  de  moy 
deux  Reaies  pour  vn  petit  quartier  qui 
nevaloit  pas  lors  vnliarden  ce  païs  là. Or 
nos  gens  eftansreuenusauecpain,  vin  & 
autres  viâdes,que  nous  ne  laiîfafmes  moi 
fir  ni  aigrir,come  en  pêfâstouilours  aller 
à  la  Rochelle  nous  eufmes  nauigué  deux 
ou  trois  lieues  ,  eftans  aduettis  par  ceux 

d'viï 


Î)Ê    l'a  ME  RiQJE»  4r5 

4'vn  nature  qui  nous  aborda  que  certains 
pirates  rauageoy et  tout  du  long  de  celle 
cofte  :  cônfiderans  ladeffus  qu'après  tant 
de  grids  dâgersd'ouDieu  nous  auoit  fait 
la  grace  d'efehaper,  ce  feroit  bieneçr- 
cher  noftre  malheur  ,de  nous  mettre  en 
nouueau  hazard ,  dé$(  Je  mefme  iour   26. 
de  May,fans  plus  tarder  de  prendre  terre 
nous  entrafmes  -dans le  beau  &  fpacieux 
havre  de  Blanet  paysdeBretagne:auquel 
aufsi  lors  arriuoy et  grand  nôbre  de  vaif- 
féaux  de  guerre  retournas  de  voyager  de 
diuers  pay  s, qui  tirans ;  coupsd'artilleries^ 
&faifans  les  brauades  accouftumees  en 
entras  dans  vrî  port  de  mer  s'efioiiifloyét 
4c  leurs  viftoifes.Mais  entre  autres  yen 
ayâtvnde  S.  Malo  duquelles  mariniers 
peu  au  parauant  auoyêtprins  &  emmené 
vnNauire  d'Efpagnol  qui  reuenoitdu  Pc 
ju  chargé  de  bonnes  marchandifes  qu'on 
çftimoit  plus  de  foixante  mille  ducatstee 
qu'eftat  diuulgué  par  toute  laFrâce,beau 
coup  de  marchans  Parifien^Lionnois  & 
d'ailleurs  eftans  ia  en  ce  lieu  pour  en  a- 
cheter  ,  cela  nous  vint  fi  bien  à  point, 
qu'aucuns  d'eux  fetrouuans  près  noftre 
Vaifleau  quand  nous  mettions  pied  en 
terre,  non  feulement  (  parce  que  nous  ne 
nous  pouuions  fouftenir)nous  emmenè- 
rent par  deflbus  les  bras,  mais  aufsi  bien 
apropos  ,  ayans  entçndu  noftre  famine^ 


r 


4r£  HiSîOîR  g 

nous  exhortèrent  que  nous  gardans de 
trop  manger  nous  vfifsions  du  commen- 
cement, peu  à  peu.de  bouillons  de  vieil- 
les poulailles  bien  confumees:de  laid  de 
chèvres  &  autres  chofes  propres  pour 
nous  eflargir  les  boyaux  que  nous  auios 
retraits.  Et  de  fait  ceux  qui  creurentleur 
confeil  s'en  trouuerent  bien  :  car  quant  à 
nos  mattelots  qui  du  beau  premier  îour 
fe  voulurent  faouler,  ie  croy  de  vingt  re- 
fiez delà  famine  que  plus  de  la  moitié' cre 
uerent  &  moururent   foudainement  de 
trop  manger.  Mais  quant  à  nous  autres 
quinze  pafïagiers  qui ,  comme  i'ay  dit  au 
commencement  du  precedent  chapitre, 
nous  eftions  embarquez  dans  ce  Vaiffeau 
en  la  terre  du  Brefil  pour  reuenir  en  Frâ- 
ce  ,  il  n'en  mourut  vn  feul,  ni  fur  mer  ni 
.    fur  terre  pour  cefte  fois  la  .  Bien  eft  vray 
que  n'ayans  faiiuéque  la  peau  &  les  os, 
non  feulement  vous  eufsiez  dit  à  nous 
voir  que  c'eftoyent  corps  morts  défier- 
iez ,maisaufsi ,  fi  toft  que  nous  eufmes 
prins  l'air  de  terre ,  nous  fufmes  fi  def~ 
-Zefgout   gouttez,  &  abhorrions  tellement  les  vil- 
ZZ  Uf*  dcs  \  Sue  Pol!r  Parler  de  moy  en  particu- 
lier, quand  iefus  au  logis  foudain  que 
i'eus  fenti  du  vin  ,  tombant  à  la  renuerfe 
fur  vn  coffre  à  bahu,on  pcnfoit,ioint  ma 
foibleffe,que  ie  deufle  rêdre  f  efprit.Tou 
tesfois  ne  m'eftant  pas  fait  grand  mal, 

mis 


r 


DE     L'AMERlQJf.  417 

tnis  que  ie  fus  dans  vn  li&,combien  qu'il 
y  cuft  plus  de  dixneuf  mois  que  ie  n'a- 
iiois  couché  à  la  Françoife  (comme  on 
parle  auiourd'huy)  tant  y  a  que  contre  ce 
qu'aucuns  difent  quand  on  a  accouftume' 
de  coucher  fur  la  dure,  on  ne  peut  de  lôg 
temps  repofcr  fur  la  plume  >  que  ie  dor- 
mis fi  bien  celle  premiere  fois  ,  que  ie  ne 
me  refueillay  qu'il  ne  fut  le  lendemain  fa 
leil  léu'ant.  Ainii  après  que  nous  eufmes 
feiourné  trois  eu  quatre  îours  àBlanet, 
no*  allafmes  à  Hanebô  petite  ville  à  deux 
lieues  de  là,  en  Jaquclie  durant  quinze 
iours  nous-nous  fifmes  traiter  félon  le 
confeil  des  Médecins:  mais  quelque  bon 
regime  que  nous  peu fs ions  tenir5la  p!uf 
part  deuindrent  enflez  depuis  la  plan- 
te des  pieds  iufques  au  fornmet  de  la  te 
fte5&  n'y  eut  que  moy  de  deux  ou  trois  au 
très  quilefufrn.es  féulemët  depuis  la  ceiu 
turc  en  bas.  Dauantage  ayâs  vn  cours  de 
ventre  &  tel  defuoyemet  dveftomach5que 
nous  ne  pouuions  rien  retenir  dans  le 
corps5n'euft  eftévne  certaine  recepte  que 
on  nous  enfeigna  :  affauoir  du  ius  d'He- 
dera  terreftns^  du  Ris  bien  cuit  eftouffé 
dansvnpot  auec  force  drapeaux, quand  il 
eftoftéde  derfus  le  feu  ,  &  des  moyeufs 
d'oeufs  le  tout  méfié  enfemble  dâs  vn  plat 
fur  vn  rechaut,qu'ayans  mangé  auec  des 
tuilliers  nous  r'afermit  fort  foudaine- 

Dd 


4l3  HISTOIRE 

met  iecroydi  ie  fans  cela  que  dans  peu 
de  iours  ce  mal  nous  eut  tous  emportez* 
Nous  voila  donçques  ce  fembJe  pour 
ce  coup  à  peu  près  quittes  de  tous  nos 
maux  :  mais  tanty  a  que  fi  celuy  qui  nous 
auoit  tant  de  fois  garantis  des  naufrages* 
tormentes?afpre  famine, &:  autres  mcon- 
ueniens  dont  nous  auions  efté  aflaillis 
fur  mer?  n'euft  conduit  nos  affaires  à  no- 
ftre  arriuee  fur  terre ,  nous  n'eftions  pas 
encores  efchappez  :  car  corne  i'ay  touché 
en  noftre  embarquement  pour  le  retour, 
Villegagnon,  fans  que  nous  en  fceufsiôs 
rien?ayant  baillé  au  maiftre  du  nauire  ou 
nous  rapa(lafmes(qui  l'ignoroif  aufsi)vn 
procès  lequel  il  auoit  fait  &  formé  cotre 
nous,  auêc  mandemét  exprès  au  premier 
iuge  auquel  il  feroit  prefenté  en  France, 
non  feulement  de  nous  reteftir,mais  auf- 
û  faire  mourir  &  brufler  comme  héréti- 
ques qu'il  difoitque  nous  eftionsraduint 
que  le  fieur  du  Pont  noftre  conducteur 
ayant  eu  cognoiflance  àquelques  gens  de 
iufticedecepays  là  (qui  auoyét  fentimet 
delaReligion  dont  nous  faifionsprofef- 
fiô)aufquels  le  coffret  cpuuert  de  toile  ci 
reedâs  lequel  eftoit ce  procès  &  forcelet 
très  adreflantes  àplufieurs  perfonnages 
fut  baillé  ,  après  qu'ils  eurent  veu  ce  qui 
leur  eftoit  mandé,  tant  s'en  faut  qu'ils 
nous  traitaffentdeJa  façon  que  Villega- 

gnon  de- 


DE    L'AMERIQUE.  4X9 

grion  defiroit,  qu'au  contraire,outre  que 
ils  nous  firentla  meilleure  chère  qui  leur  J™'ie'" 
fut  pofsible,ofFrans  leurs  moyens  à  ceux  admirable, 
de  noftre  compagnie  qui  en  auroyent  af- 
faire,ils  prefterent  argent  audit  iieurdu 
Pont,&  àquelqnes  autres. Voila  commet 
Dieu,qui  furprëd  les  rufez  en  leurs  eau- 
telles, non  feulement  par  le  moyen  de  ces 
bons  perfonnages  nous  deliura  du  dan- 
ger ou  le  reuoltéVillegagnon  nous  auoit 
mis ,  mais  qui  plus  eft  la  trahifon  qu'il 
nous  auoit  braffee  eftant  ainfi  defcouuer 
te  à  fa  confufiô,le  tout  retourna  à  noftre 
foulagcment*  Apres  doneques  que  nous 
eufmes  receu  cenouueau  benefice  delà 
main  de  eeluy  qui,  comme  i'ay  dit ,  tant 
fur  mer  que  fur  terre  fe  monftra  noftre 
prote&enr ,  nos  mariniers  departans  de 
cefte  ville  de  Hanebon  pour  s'en  aller  en 
leur  pays  de  Normâdie,  nous  aufsi  pour 
nous  ofter  d'entre  fesBretonshretonnas, 
defqùels  nous  entendions  moins  le  lan- 
gage que  des  Saunages  Arneriquains,  d'à 
uec  lefqueîs  nous  veniôs,nous  haftafmes 
de  venir  à  Nates  d'où  nous  n'eftios  qu'à 
■p,-.  lieues  ?  non  pas  toutesfois  que  nous 
courufsionslapofte,car  a  caufede  noftre 
dcbilitén'ayâs  pas  la  force  decôduire  nos 
cheuaux, defqùels  mefmes  nousn'cufsiôs 
A  feeu  endurer  le  trot,chacun  auoit  vn  ho- 
me qui  menoit  ie  lien  tout  bellement  par 

Dd  2 


Nature  en 
iiieufe  fe 
tenouuel- 

lam. 

S  our dùé 
&,  débilité 
dwehrtat* 
fees  Jefa* 


42°  HISTOIRE 

h  bride.  Dauantage  parce  qu'à  ce  comme 
cement ,  il  nous  fallut  comme  i  enouuel- 
ler  nos  corps,  nous  n  eftiôs  pas  feulemêt 
aufsi  enuieux  de  tout  ce  qui  no9  venou  * 
la  rantauc.qu'pn  dit  que  fôtles  femes  qui 
cliarget  d'éfant,dequoy,fi  ie  ne  craienois 
d  ennuyer  les  ledeurs  ,  ïalleguerofs  des 
exemples  eftranges.mais  aufsi  aucuns  eu 
rent  le  vin  tellement  à  defgout  qu'ils  fu- 
rent pi  us  dVnmois  fans  enpouuoir  fen- 
tiivnoins  goufter .  Et  pour  la  fin  de  nos 
miiercs.auâd"  nous  fufmesarriuez  à  Nan 
tes,comme  fi  tous  nos  fens  cuflfct  efic'en- 
tieremêt  renuerfez.nous  fufmes  enmron 
haitioufs  oyans  fi  dur  &  ayansla  veue 
iiouulquee  que  nous  penfions  deuenir 
lourds  Saueuglçs:  toutesfois  quelques 
cxceJlcns  docteurs,  médecins  ,  &  autres 
notables  perfonnages  qui  nous  vifitoye't 
louuent  en  nos  logis  ,  nous  fecoururenc 
Il  oien,  que  tat  s'en  faut  pour  mon  parti- 
culier qu'il  m'en  foit  demeuré  quelque 
relie  qu'au  contraire  de's  enuirô  vn  mois 
après  le  n'entendis  ianwis  plus  clair,  ni 
n'eu  meilleure  veue:  vray  eft  eue  pour 
iefgard  de  l'eftomach  ,  iel'ay  roufiours 
eu  .depuis  fort  foible&  débile:  tellement 
qu'ainfi  que  i'ay  tantoft  touché,  Iarcchar 
gequei'eu  il  y  a  enuirô  quatre  ans.durat 
lefic-ge  &  la  famine  de  Sancerre  eftant  ia 
tcnienuë;ie  puis  dire  que  ie  me  fentiray 

toute 


'       BE      l'aMERIQV^.       -    4'2t 

toute  ma  vierainfi  après  auoir  vn  peu  re- 
prins  nos  forces  àNites,ou,Come  i'ay  dit 
nous  fufmcç  fort  bie  traitez, chacû  print 
party&  sen  alla  ou  il  voulut. 

Ne  refte  pi  us  pour  mettre  fin  à  la  pre-* 
fente  biftoircfinon  ,  fcauoir  quedeuin- 
drent  les.cinq  de  noftre  compagnie  ,  les- 
quels,ainfi  ^ilàefté  dit  ci  deflus>apres 
le  premier  naufrage  que  nous  cuidafmes 
faire  s'en  retournèrent  en  la  terre  d'Ame 
rique:  &  voici  par  quel  moyen  il  a  efté 
fceu.  Certains  perfonnages  dignes  de  foy 
que  nous  auiôs  laiflez  en  ce  pays  là,  d'où 
ils  reuindiêt  enuiron  quatre  mois  après 
noqs:  ayans  rencontré  le  fieur  du  Pont  à 
Paris ,  ne  l'afîarerent  pas  feulement  qu'à 
leur  grand  regret  auoyêt  efté  fpeéïateurs 
quand  Villegagnon  à  caufe  de  PEuangile 
£ti  fit  noyer  trois  au  Fort  deColiigniraf- 
fauoir  Pierre  Bourdon ,  lean  du  Bordel, 
&  Mathieu  VernuciUmais  outre  cela  ayâs 
rapporté  par  eferit  tant  leur  confefsion 
de  foy  que  toute  la  procedure  que  Ville- 
gagnon tint  contre  eux  ,  ils  la  baillèrent 
audit  fieur  du  Pont ,  duquel  ie  la  recooi- 
uray  aufsi  bien  toftapres. Tellement  que 
ayant  veu  par  là,  corne  pendant  que  nous 
fouftenions  les  flots  &  orages  de  la  mer, 
ces  fidèles  feruiteurs  de  lefus  Clirift  en- 
duroyent  les  tourmens  voire  la  mort  que 
leur  ht  fouffrir  Villegagnon  *  me  teflou^ 


r 


^12.  HISTOIRE* 

Uenantfeinfi  qu'il  à  efté  veu  ci  dcffus)  que 

îTioy  feul  cjp  noftre  compagnie  eftois  ref- 

forti  de  la  barque,dâslaquelle  ic  fus  tout 

preft  de  m'en  retourner  auec  eux:comnie 

iVu  matière  de  rendre  grace  à  Dieu  de 

cefte  mienne  particulière  deliurance,  au  f 

fi  me  Tentant  fur  tous  autres  oblige',  d'a- 

uoir  foin  que  la  confefsion  de  foy  de  ces 

trois  bons  perfonnages  fut  enregiftree 

au  Catalogue  de  ceux  qui  de  noftre  téps 

ont  conflamment  enduré  la  mort  pour  le 

tefmoignage  de  l'Euagiîc,  dés  cefte  mef- 

me  année  1558.  iela  baillay  à  lean  Cref- 

pin  Imprimeur,  lequel, aucc  la  narration 

de  la  difficulté  qu'ils  eurent  d'aborder 

la  terre  des  Sauuages  après  qu'ils  nous 

eurent  laiflez  l'inféra  auliure  des  mar- 

tirs  auquel  ie  renuoyeJes  leâeurs:  car  tf 

voyez  eufteftéiaraifon  fufdite,  ien'eeuffe  fait 

Ie-5-Ii.  ici  aucune  mention. Kleantmoins  ie  diray 

au  tit.  encores  ce  mot  qu'atendu  que  Villegagnô 

desma.a  efté  le  premier  quia  refpandiile  fang 

de  l'A-  des  enfans  de  Dieu  en  ce  pays  nouuelle- 

meriq.  ment  cogneu  ,  qu'à  bon  droit,  à  caufe  de 

ce  cruel  ade,  quelqu'vnla  nôméle  Cain 

de  l'Amérique. 

Pour  conclufionpuis  comme  i'ay  mo- 
ftré  en  la  prefente  hiftoire,  que  non  feule 
ment  en  general  mais  aufsien  particulier 
i'av  efté  deliuré  de  tant  de  fortes  de  dan 
gers,  voire  de  tant  de  gouftresde  morts 

ne  puis 


ne  nuis  iepas  bié  dire  auec  cede  fainte  Fe 
nie  mere  de  Samuel  que  i'ay  expérimenté  i.Sam. 
l'Eternel  eftre  eeluyqui  Fait  mourir&fait  2.6. 
viurc*  qui  Fait  deFcendrc  en  la  folfc  &  en 
fait  remonter?  ouy  certainement  cerne 
Fembie  auFsi  à  bônes  enFeignes  qu'home 
qui  viue  pour  le  iourd'huy  :  &  toutesFois 
Fi  cela  appartenoit  à  cefte   matière ,  ie 
pourrois  encores  adioufter  quepar  Fa  bo 
té  infinie,  il  m'a  retiré  de  beaucoup  d'au- 
tres deftroits  par  ou  i'ay  pafle  •  Voila  en 
Fommecequei'ay  obFerué,  tant  Fur  111er 
en  allant  &  retournant  en  la  rerreduBre 
Cl  dite  Amérique,  que  parmi  les  Sauua- 
g.es  habitas  en  ce  pays  là,  lequel  pour  les 
raiFons  que  i'ay  amplemët  déduites  peut 
bien  eftre  appelé  mode  nouueau  à  noftrc 
eFgard,  IeFcay  bien  toutesfois  qu'ayant 
fi  beau  fuiet  ie  n  ay  pas  traité  lesdiuerFes 
matières  que  i'ay  touchées,  d'vn  tel  ftile 
ne  d'vne  Faço  Fi  gratte  qu'il  falloitrmcfme 
entre  autre  choFe,ie  confeffe  auoir  quel- 
ques Fois  trop  amplifié  vn  propos  qui  de 
uoit  eftre  coupé  court:  &  au  contraire  tô 
bant  en  l'autre  extrémité ,  i'en  ay  touché 
trop  breFuement  ,qui  deuoy ent  eftre  de- 
duitsplusau  lôg.Surquoy  pour  Fuppleer 
ces  deffauts  du  langage  x  ie  prie  derecheF 
les  leâxurs,  qu'en  confiderât  combien  la 
pratique  du  contenu  en  cefte  hiftoire  m'a 
efté  dure&grieFue,ils  reçoiuent  ma  bon- 


r 


-- 


4M  HÏSTOÏHE 

ne  affedion  en  payement.  Or  au  Roy 
des  Siècles  Immortel  &  inuifible,à  Dieu 
feul  fage  foit  honneur  &  gloire  éternel- 
lement Amen. 


table: 

Farine.de  racine  viure  ordinal      efpees  de bois.n6. 

re  desSauuages.  47. manière  Gaipard  de  Cpîligni  Admiral 
dela£ure.i33.foiigouft.  136,  de  France  caufedu  voyage 
n'eit.  propre  à  faire  pain.134.      fait  en  l'Amérique. 3. 

Farinedepoi.rTon.154.  Geraù  efpece  depahnier.  200 

Femmes  greffes  comment  fe  Garcôs  Sauuages  enuoyez,  en 
gouuerne.it  en  l'Amérique      France. 80. 
196.  Gonambuch  oyfeîettrefpetlt 

Feu  &  l'inuentïon  i  nous  inco      &  fou  chant  eimerueillablç 
gneuëque  lesSaauages  ont      ij6. 


d'en  f ûre.318. 
Feu  de  bois  de  Bredl  prefque 

fànsfumee.iotf. 
Fiffres  &  tîeutes  faites  d'os  hu- 


mains. 2-17. 
Figures  des  Sauuages.  121.  231. 

275.33  v^1^  . 
Fhteries  des  femmes  Amerî- 


Guenons  farouch  es  &  cornent 
fe  prennent.  1&4.  leur  indu- 
flrie  à  fauuer  leurs  petks,iô'3 
Guerre  pourquoy  fe  fait  entre 
les  Sauuages.  219.  iniques  à 
quel  nombre  s'uffemblent* 
22'<5.  leurs  gelles  cl  contera 
ces  approchâsrennemy.230 
quainesaiô'.  Guyapatferpes.24$. 

Fleuue  d'eau  douce. 107.  H 

Flefcheslongues.223.  Hameçons  a pefcher  trouuez 

Fort  desPortugais  nommé  Spi  propres  parles  Saunages i£, 
ritus  Sanctus.50.  Haquebute  tirée  de  trois  San 

Folfes  des  morts  de  quelle  h-      nages  d'vne  nouuelle  ûcon. 

ç/on  faite  eni'Ameriqiie.3^6'      225. 
Fronteaux  de  plumes.125.         Harangue  des  vieillards  Sauua 
Fruits  de  l'Amérique  tous  dif     ges  pour efinouuoir  guerre, 
ferens  des  norlres.  217.  plu-      220. 
fîeurs  dangereux  a  manger.  Hay  animal  diffbrrne  felon  au 
i°Z'  m  cunsviuantdu  vent.io^. 

Fueilles   d'arbres   d/efpefîeur  Hazard  d'vn  coup  de  mer.  i3. 
d'vn  tefton.202.autresd'ex-  He  intêrie&ion  des  San.  344. 
ceiliue  longueur  &  largeur.  Herbes  marines  &  leur  forme.  ' 
207.  397. 

Fumée  de  Petun  comment  hu  Hetich  racines  fort  bonnes  & 
mee  par  les  Sauuages.  212.  en  grande  abondance  en 
purge  le  cerueau.  213.  rAmenq.224.faco  merueil 

G  leufe  de  les  multiplier.  215. 

Ganabarâriuiere.60.  *    Hiftoireplaifante  d'vne  chau 


Garnitures  de  plumespoi 


r 


ueilouns  v/g 


Ec3 


mssss 


mm 


TABLE. 

Uiuouraé  efpece  degaiac  dot      eftionsfbusTEquator  389. 

les  Sauuages  vfent  contre  ïour  auquel  nous  vifmes  terre 

vne  maladie  nôtnee  Pians       anoftre  retour  412. 

203.  loyaux  enterrez,  aueç  les  corps 

Homicides  entre  les  Sauuages      337. 

çommentpunis  304.  Ifîes fortunées  itf. 

Honnêteté  gardée  es  maria-  Lagrandelileenla  riuieredç 

ges  des  Ameriquains      301     Genevre  104. 
Hoites  comment    contentez  Ifle  inhabitable  remplie  d'Ary- 
en l'Amérique.  320.      bres  &  doyfeaux  388. 
Huile  fainte  des  Sauuages  183.  lus  fortant  delafarine  de  racû 
Hurlemenseitrangcsdes  fem-      ne  humide  bon  a  manger, 

mes  Sauuages   27f.  136. 

Huuaflou  lieu  motueux  en  Î'A  K 

merique  45.  Kurema&ParatiMuIets  excels 

I  lens  185:. 

la  care  Crocodiles.  1^7.  L 

îacous  efpeces3deFaifâns  de  lac  de  Geneue  comparé  a  la 

trois  fortes  16$.  riùiere  deGanabara  enl'A- 

Ianouare  belle  rauiflante  man      merique.98. 

geint  les  hommes  1 61.  Leçons  de  Cointa.85. 

Ignora'-cedu  vray&  des  faux  Leripés  huîtres  105. 

dieux  entre  îesTououpinâ-  Lery-ouflou3nom  de  l'aucteur 

baoults  259.  en  langage  Sauuage.310.341 

Ignorent  aufiî  la  creation  du  Lettres  deViJIegagnonà  Caî 

monde  2^9.  uin.Voyez  la  preface. 

Immodicité  rouges  nageans  Lézards  de  l'Amérique  bons  X 

fur  mer  397.  manger.159. 

Inubia  grands  Cornets  227.      Lézard  dangereux  &aionftru^ 
lonquet  fel  des  Sauuages  &      eux.itfi. 

comme  ils  en  vfènt  %i6.     Leures  percées  &  la  fin  pom> 
Joues  percées  pouryappliquer      quoy.in. 

des  pierres  vertes  112.  Ligne  Equinoxiale  pourquoy 

Jours  que  nous  defcouurifm.es      atnfî  appelée. 40. 

l'Amérique  &  que  nous  en  Libéraux  &  ioy eux  aimez  des 

d  partifmes  44.381.  Ameriquains. 193. 

Ion  s  plus  long  sau,  mois  de  Loyauté  des  Sauuages  enuers 

Décembre  en  l'Amérique      leurs  amis.32.tf. 

210.  M 

lourEquinoclïaî  auquel  nous     Machiaueliftes    imitateurs 


TABLE. 

desBarbares.izo.  Moucacoua  efpece  de  perdrix 

Maiibns  des  Sauuages  de  quel      169. 

le  façon.  272.  leur  longueur.  Morgouïa  oranges.208, 

zzç.  Mores  de  quelle  facô  enterrez 

Maiz  bled  du  Peru.137.  en  FAmerique.337. 

Maniot  racine. 132.  Mouton  oyfeau  rare.16'9. 

Marganas  forte  de  Perroquets  MouiTacat  vieillard  reeeuant 

174.  lespaflàns.316. 

Manobi  efpece  de  noifette.216  N 

Margaias  Sauuages  ennemis  Nature  enuieufe  enfèrenou- 

desFrancois.45.  uellant.420. 

Maq-hé  region.55.    ,  Nez  des  petits  enfans  eferafez. 

Maraca  instrument  fait  d'vn      297. 

fruit.  118.  comment  dédié  à  Nos  de  ceux  qui  firent  Je  voya 

l'vfàge  des  Sauuages.  179.  ge  en  TAmeriqucS. 

Mariages  premieremeutlolen  Nom  de  l'aucleur  en  langage 

nifez  alafaçô  des  chrefliés      Sauuage.310.34i, 

en  l'Amerique.8o.  Noms  des  ennemis  des  Touou 

Mariage  des  Sauuages. 2 93.       pinambaoults.354. 
Marfbuins.zS.comment  le  pré  Noms  de  toutes  les  parties  du 

nentfur  mer.30.  corps  en  langage  Sauuage. 

MauronganCitrouiUes.217.    .      364. 
Mariniers  morts  de  faim. 400  Noms  qu'on  baille  aux  enfans 

404.411.  des  Sauuages. 297. 

Maucacouï  poudre  a  canon.  Noms  des  chofes. du  memage 

344-  en  langage  Sauuage3.3<$7. 

Malades  enl'Ameriqne  corn-  Nourriture  des  enfans  des  Sau 

menttraitez.335.  uages.298. 

Menfonge  de  Theu  et.85.         Nudité  des  hommes  Sauuages 
Merueilles  de  Dieufevoyent      110.123. 


r 


furmer.15.44i. 
Mélodie   efmerueillable    des 
,    Sauuages .276'.       / 
Merherbue.396. 
Min  gant  boullie  de  farine  de 

racines.  13  4. 


Nudité  des  femes  Ameriquai 
nés  refolues  dene  fe  point 
veiHr.T24.i25. opinion  &  iii 
tention  de  Taucleur  fur  ce 
propos. 130.131. 
O 


Mo  cap  artillerie  &harquebu^  Occafïon  d'annoncer  le  vray 

fes.344.  Dieu  aux  Sauuages.282. 

Monnoye  non  envfage  entre  Occupatiô  ordinaire  des  Sau» 
.    tes  Sauuages.49.  uages.301. 

Ee    4 


m?  ,1  w^Mimmmm^a  •mr- 


TABLE. 
Orange  &  Citrons  en  abon-     pliqué  par  Villegaenon  s,  ' 

<-»   il        i        .-  netsSauuaaes.no 

ge^monftrezaux  ennemis.      3I|einteneuie  dumarfoum 
Oura'cvftau  1(c7  Pattes  de  *ats  3m^flee5  pou  r 

Ouy-entan  farine  dure.  Peres  feruans  de  fa*e  femmes 

O'tf-ponfannetendre&lôn      z96.  " 

OESS abondances  If  P^  ^<«  des  Sauua- 

oJl:55  P«»nfimPIedefingulierevet 

Jietezdecouleurs.i7d.  Poiflbns  voWz?. 

Tï^i';        l  -r  ,  Pc-iTon  ayant  mains  &tefte  de 

Pacoairearbnftau  tendre.  «î      forme  humaine.191. 
Pacos  fruits  longscroisTans  par  PoJligamie.2,94. 

boquets.ioj.ayansgouftde  Poules  d'Indes  en  srand  quan 
p%oes-^;     ,  tiré  en  l'Amérique  jct/ 

1  ages  médecins  des  Sauuages.  Poiurelong.116. 

■n^1".      ,      ,      .  PoitralianneduToucâàquo» 

gg  animal  tachete.r^.  fert  aux  Sauuages.i7î. q     f 

ertre.0|hn0<,e  Vllleg38nÔ  PrU&aisPrinS  ^'^ngezpar 
entre  les  Sauuages.^*,  les  Sauuages.z^.  F 

Panouoyfeau  ayant  lapoitrine  Porcs  ayans  vn  pertuis  furie 
rouge.y5.  dos  par  ou  ils  refpirent.  i«. 

Palmiers  de  quatre oucuiq  for  Pilote  fcanant  fans  1 «tre.» 
tes  en  1  A mer.oue.zoo.  pians  maladie  conugieufe  35i 

Panapana  poiflbn  ayant  tefte  Pierres  vertes  enchàiTees  aux 

monftrueufe.188.  kures  des  Sauua2es.n1. 

Paraibes.,1.  pimes  femam  de°couftêaux 

iaremens  fur  les  loues  des  Sau      aux  Saunages.^. 

uages.115.  Piperisradeauxfurlefquelsles 

1  atfage  de  1  efcrçure  mal  ap^     Sauuages  pefchent.191. 

Pira. 


TABLE    DES   MATIERES    ET    C  H  0~> 

SES     NOTABLES      CONTENVES       EN      CESTE 

Hiiloire  de  l'Amérique. 


A 

A  age.  des  Sauuages.  109. 
Abeilles  de  la  terre  du 

Brefîl.  ioo. 
Acaiou  fruift  bon  &  plaifant 

â  manger.  205. 
Acarapcp  poiffon  glat.187. 
ÀcaraboutenpoifTon  rougea- 

flre.i37. 
Adultère  en  horreur  entre  les 

Ameriquains.  2,95. 
Agouti  eîpecede  couchô.  155. 
Àiourous  plus  beaux  &  plus 

gros  perroquets  .172. 
Àiri  arbre  eipineux  &fon  fruit 

2*31. 

Albacores  poiffons.  17. 

Americ  Vefpuce  qui  premier 
defcouurit  la  terre  duBre- 
fil.  44. 

Ameniiou  coton.  208 

Amérique  quarte- partie  du 
monde  &  fa  longueur.  219'. 

Ameriquains  croyét  l'immor 
talité  des  âmes.  262.  plus 
auiiez  que  ceux  qui  croyét 
qu'elles  apparohTet  après  la 
mort  des  corps.178.  le  moc- 
quent  de  ceux  qui  hazar™ 
dent  leurs  vies  pour  s'enri- 
chir :fbnt  excefsifs  buueurs. 

H3- 

Voyez  Sauuages 
Ameriquaines  comment  fe  far 
dêtlevifage.i24,cômétpleu 


rent  h  bien  venue  des  élira 
gers.314.leur  couftume  defe 
lauer  fbuuent.  127.ch.ofe  et 
mcrueillabîe  entr'elles.294 

Animauy.de  I'Ameriquetous 
dilîemblab.!es  <iqs  noftres. 
150.  quels  font  les  plus  gros, 
155.  &  nuls  pour  porter  ou 
charier  en  ce  pays  lu.  195. 

Ananas  fruit  exceiient.211. 

Aouai  arbre  puant  &  Ton  fruit 
venimeux.  202. 

Applaudiflement  aux  vain- 
queurs entre  les  Amer.-* 
quains,23$. 

Arbres  toujours  verdoyans 
en  l'Amérique.  210.  &.  tous 
differens  des  no  lires.  217. 

Arbres  portans  coton  >&  la  fa-* 
con  comme  il  croilh  107. 

Arabouten  bois  de  brefil>&la 
façon  de  rarbre.194, 
Voyez  bois. 

Arat  oifeau  d'excellent  plu- 
mage. 170. 

Arcs  des  Sauuagcs.222. 

Arignan ouflbu  poules  dinde 
16/. 

Arignan» miri  poules  comma 
nes.167. 

Arignan-ropia  œuf.  168. 

Art  de  nauigation  excellent. 
12. 

Ath.eiftes  plus  abominables 


que  les  Saunages.  265. 
Auatigrosrml.137. 
Arauers  papillons  rongeans  le 

cuir  &  viande.  180. 
Aueugliflémcntdes  Sauuages 

confefle  par  eux.29©. 
Aygnan  malin  efprit  tourmen 

tant  les  Sauuages.263. 
Aypi  racine.  131. 
B 
Baleines  43.8c  10?. 
Balene  demeurée  à  fec.106. 
Barbarie  paysplat.20. 
grandes  Balles  que   fignifie. 

382. 
petites  B  ailes.  $r. 
Bec  monïtrueux  de  Toifeau 

Toucan,  r/5. 
Bifcuitpourn.37. 
leiîeur  de  Bois  le  conte  efleu 

vice  Admirai.^. 
Bois  de  brefil  coupe'  &  porté 
par  les  Sauuages  pour  char- 
ger les  Nauires. 105. 
Bois  de  brefil  grignote'  durant 

la  famine. 408 
Boisiaunes  3  violets^  blancs  & 

rouges.201. 
Boisdefenteur  deRofes.202. 
Bois  &  herbes  touiiours  ver- 
doyans  en  l'Amérique. 46. 
Bonite  poiffon.  2d. 
Boucan  rotirferie  des  Sauua- 
ges de  quelle  facon.153.bras 
tuiffesjiambes  &  autres  pie 
ces  de  chair  humaine  ordi- 
nairement delîus.154. 
&oùre  collier.  113. 
Biaceletsde  porcelaine  &  de 
toutous  de  verre.  n<$. 


TABLE. 

autres  grands  compofez  âà 

pluiîeurs  pieces  d'os,  idem 
Bruuage  déracines  par  qui  & 
de  quelle  façon  fait.140. 144 
Bruuage  fait  de  mil.  i^a. 
Buueurs  exçeisifs.  143. 

C 
Caieua  efpece  de  choux.  2I4W 
La  grand  Canarie.19. 
Canidé  oifeaude  plumage  a* 

zuré.i7r. 
Caraïbes  faux  prophetes.26& 

dedians  1  mftrument  Mara- 

cas.  274.fbufflans  fur  les  au*. 

très  Sauuages.  275. 
Carauellesprïfès*ip.20.2i.2a# 
Cannes  de  fucre  abondantes 

en  la  terre  du  Bre/îl.  zo$. 
Caouïn  bruuage  &  ion  goufL 

142.  chauffe  &  trouble  auâ* 

qu'eftre  beu.143 
Cap  de  S.Vincent.  1  j. 
Cap  de  frie.  58. 
Cap  S. Roc. 3 89. 
Cay  Guenons  noires  &  leur 

naturel  parles  bois.163. 
Cène  premièrement  célébrée 

en  l'Amérique.  67.  féconde 

fois.  83.  faite  de  nuit  en  ce 

pays-la,&  pourquoy:  Si  fiel 

leie  pourroit  célébrer  fans 

vin. 9  4. 
Cendre  debre/ïl  teignans  en 

rouge  &  ce  qui  en  aduint* 

196. 
Charrier  Minilire  pourquoy 

renuoyé  en  F/ an ce.78. 
Charité  naturelle  des  Sauua* 


ges.322. 
Chair  humaine  fur  le  boucan* 


r 


TABLE. 

.    +  poinon.i86. 

Chaleurs  extremes**.  Conomi-mirt  petits  garçons 

Chantrerie  des  Saunages.  171.      Ameriquains ,  leur.equipa- 
Chauueflburis  fucçansle  fang      ge  &  façons  de  kire.r.8. 

des  orteils.178.  plaifante  hi-  Conformité  &  difference  des 

itoire  à  ce  propos.  179.  langues  des  Sauuages.  354- 

Choyne  arbre  &  dm  frmt.ao4  Cordes  dar.s  faites  delher- 

Cimetières  entre  les  Sauua      beTocon.iiS.  j 

^  ?^d  Couroq  Iruici  propre  a  taire 

Ciuiîité  vrayement  eftrange      huile  fêruât  de  remède  aux 

&  Saunage.  50.  Sauuages.  1,33. 

Coati  animal  ayant  le  groin  Crapaux  feruans  de  nourntu- 

eftransement lottg.i65.  re  aux  Ameriquains.  159. 

Contenâce  du  voyager  en  l'A  CrocodiUes  de  grandeur  in- 

merique.316.  croyable.  158. 

Cointa abiure le papifme.  67.  Croiflans  d os  blanc.113.       ^ 
Colloque  du  maiîacreur  apec  Crotesde  Rats  mangez  durât 

le  prifonnier  qu'il  doit  ailo-      la  famine.400. 

Lner.2,41.  Cruauté  des  manniers.zi. 

Couitume'des  mariniers  fur  Cruautez des Sauuages horrid 

raer.i3#  bles&nompareilles.i50.i52, 

Coffins  &  paniers  des  Sauua-  p 

ges.308.  Dangers  prochesde  naufrages 

Copau  arbre  reffemblant  au      56.383. 

noyer.  201.  Danfes  des  Sauuages  arrengez 

Corps  du  maflàcreur  incifé  &      comme  grues.u*. 

pourquoy.z48.  autre  forte  de  Danfes  en  rond. 

Collets  de  marroquin  magez      z73-  femmes  &  filles  Amen 

en  la  famine.402.  quainesdâfansfeparees  des 

Colloque  montrant  que  les      hommes.147, 

Sauuages  ne  font  nullemét  Dauphins  fuyuis  de  plufieurs 

lourdaux.1^7.  poiilons.43- 

Comparaifon  de  la  façon  de  Débilite  deRich.er  409. 

faire  vin  auec  celle  du  caou  D  efcente  au  fort  de  Co  ngny. 

in.  150.  <fr*  .  r 

Commanda-ouaffou    groffes  Degrez  de  côfagmnitezobfer 

febues.117.  uez-  entre  les  Sauuages  293. 

Commanda-miri  petites  feb-  Deli  cats  repnns.38. 

ues.idem.  Defcripttonspour  le  bien  re- 

Camouroupouy  ouaflbu  grâd      pretëtervûSauuage«U9.iia 


TAB!  F. 
fccfcription  de  Plfle  &  Fort      fonducanon.225. 

dèCoJlignyenJ'Ameriq.^.Eicriture  en  quelle  opinion 
Deuisdes  Saunages  touchant     entre  ks  Sauuages.2tf0.d0a 

la  France.  $6u  excellent  de  Dieu.261. 

Deluge  vniuerfel  confufémét  EsbahiiTement  des  Sauuages 
cogneu  des  Ameriquains.  oyans parler  du  vrayDieu 
%77.  251.283.. 

Dilputes  de  Cointa  &  Vilk  <«  l'euâgile  de  noitre  temps  pref 

gagnon.76.  clié  aux  antipodes.  287. 

Djfcours  fur  1  afTemblee1  &   Eleuation  du  tôle  An  tarai* 
grandefolennité  des  Sauna      que.  41. 
ge.s.  a5p.  equipage  des  Sauuages  quand 

pikours  notables.     280.309.      ils  boiuent  danfent  &  gam- 

3%7*  badent,  113. 

Dorade  poiflon.28.  Equipage  de  Villegagnon.90. 

Dueii  liipocnte  delà  femme  Erreur  vrayemêt  diabolique. 
du  prifô'nriïer  mort.  243.  ^S. 

„  ''  :    ,    »A-m-l        'L  .  erreur dVfiCofmog'raphe.174 

Eaux  de  l.nmenque  bonnes  Erreur  es  cartes  mcnitrânsles 
'  &fames.i49.  Sauuages  roftirla chair hu- 

Eaufuccree.i^o.  maine  comme  nous  faifens 

eau  douce  corrompue.37.  nos  viàndes.246. 

Eau  de  mer  impoisible  à  boi-  Erreur  de  prendre  la  Necoci- 

rf:3*\  ennepourPetum.213. 

Enfàns  des  Sauuages  par  qui  Erreur  groisier  .280. 
receus  à  leurs    naillances.  Exemple  notable  de  l'huma- 
29ôVont  îe  nez  eferafé;  leur      nicé  des  Sauuages.  323. 
equipage  :  noms  qu'on  leur  F 

biiile.  197.  leur  nourriture.  Facô  deviure  en  l'Amérique.? 
29ô\non  emmaillotez.  299.  Façon  ancienne  des  Sauuages 
tenus  nets  fans  linge.  300.  Ameriquains  d'abatre  vn  ar 
leur  facô  de  parler.  193.  font  bre.195. 
frottez  du  fang  desprifon-  Façon  de  parler  des  barbares 
mers.244.  imitée  des  Francois.243. 

LIcarmouche  funeufe   entre  Famine  extreme,  /oo.  engen- 
les  Sauuages.230.  dre rage.4o9,a  fail penfer& 

Eipees  trenchantes  peu  efti-      pratiquer  chofes prodigieux 


des  Sauuages  pour  le 
combat.225. 
Eftonuement  des  Sauuages  au 


lès  de  noftre  temps.  4io.deA 
gout  après  la  famine.  416. 
Famine  de  Sancerre.407. 


y      > 


Corrigez  ainfî  les  fautes  qui  font  efchappees  en 
quelques  exemplaires  de  cefle  premiere  Edition. 

Le  premier  nombre  figoifie  la  page  &lefêçondla 
ligne. 

Page.i2.Hgne.i7-Hfezrrczieme. 
t  |.<5.1izez  defcouuerts. 
io.i.Sc  27  .liiez  incontinent* 
2,4.21.  lifèzafloree 
%  7.19.  liiez  are  (te. 
20.4.1ifèz  appelions. 

en  la  mefme  page.ligne.17.Hfez  fèmblent. 
45.xo.life  z  incontinent. 
96.24.Hfez  Briqueterie. 
101.24.lifez.1558. 

ioi.4.1ifcz  qui  fut  près  de  deux  ans. 
H4.9.1ifez  teindre. 

en  la  mefme  page.ligne.io'.lifez  nouuellcment. 
131.22. liiez  bombances. 
i<53.8.1ifez  lanouare* 
208.17.Hilz  Portugais, 
zio.i8.Hfez  tranfîifans. 
a38.22.Hfez  d'heures. 
245.10.Hfez  appetent. 
255.adioultezà  la  finies* 
319.2  6\liiez  tresvraye. 
324.4.1ifèz  ayant. 
325.j.iifezmon. 

Quand  aux  autres  fautes  qui  fe  pourront  encores 
trouuer  en  Fortographe  outre  celles  ci  deffus  cottees 
le  le&eur  les  fuppleerâs'il  luy  plaift  en  çefte  premie- 
re impreffion* 


*. 


r 


^ 


^A 


TABLE. 

Pira  poiflbns.  î8$  R 

Pira  miri  petits  poirïbns.i88.  Raifon  pourquoy  on  ne  peut 
Pira  ypochi  poiflbnlong.rê/.  dutoutrepreler.terles  Sau- 
Plantes  &fu cilles  de  l'Ananas.       nages. 129. 

%lît  Raifo  feriale  des  Ameriq.  169. 

Pluye  puate  &contagieufe.3&  Rats  roux. 150. 
Plumes  feruans  1  faire  robes,  Rats&fouris  cha-flez  &man- 

bonnets,  bracelets  &  autres      gez  durant  la  famine.405 

paremensdesSauuages.171.  Ratier.99. 

2,34.  Rayes  diflemblables  de  celles 

Prodigieux  pendans  aux  oreil      de  par  deçà.  187 

'les  des  fémes  Saunages,.!?. 4.  Récit 'd'vn  vieillard  Saunage 
Principal  ou  vieillard.  355.  fur  le  propos  du  vin.  147.au 

Prouidéce  de  Dieu  admirable      tre  récit  notable  d'vn  Sauua 

18.  ge.284. 

Pnfonnier  de  guerre  lié  &  Remède,  cotre  lapiqueuredu 

garrotte.  2-35.  comment  trai      Scorpion.  184. 

té.23/  afiemblépourle  maf  Resolution  prodigieufe.413. 

fa.-rer.238.  approchant  de  fa  Reproche  desSauuages  aux  va 

fin  &  môitre  ioyeux.  %$SMé       gabons  .200. 

&   pourmené   en  trophée.  Requiensdangereux.32. 

i39.arre !té  tout  court  fe  van  Refuerie  des  Sauuages  s'arre- 

geajant  que  mourir.  240.(3,      ftansau  chant  d'vn  oyfeau. 

ia;ta -ce  iL'Croyable.239,me      177* 

ipnic  l&nturc*  rué  parterre  Reuoïtede  Villegagnon  delà 

&aiïommé. 242.  Ton  corps      Religion  reformée, 87. cau- 

cfchaudé. côme  vncouchon      fe  que  les  François  ne-fbnc 

Çcmïs  fbudamemêt  par  pie-      habituez  enl'Amerique.^ 

ces.244-  300 

Prifônniers   achetez    par  les  Riuiere  des  vafès  en  iAmeri- 

Franc-ois.2,36.  que.io/. 

Puiflaouafibu  retz  à  pefcher.  Robes  bonnets  bracelets  &  au 

192.  tresioyauxdeplumes.no'. 

Purgation  des  femmes  Ameri  Roche  appelée  pot  d^beurre. 

quaines^oi.  99. 

Q Roche  eftimee  d'emieraude. 

Qujampiâ  oyfeau  entieremët       95. 

rouge.176.  Rondelles  faites  du  cuir  de  Ta 

Queilion  d'où  peuuent  edre  pirourTou.iSx. 

defeendus  les  Sauuages.290  Rondelles  de  cuir  magees  du- 
Queue  de  raye  vemmeuiè.187      raat  la  famine.  402. 


T* 


TAB  IE, 

Breiïliem  n'ayas  R  oys  ne  Prin 
ces  obéirent  aux  vieillards. 

220. 
Rofeaux  dot  tes  Sauuages  font 
le  bout  de  Ieursflefches.209 
Refurre&ion  des  corps  confef 
fee  par  quelques  Sauuages. 
265. 
RotifTerie  ànoftre  mode  inco 
gneue  clés  Sauuages.246. 

îlufedes  Sauuages  pour  nou* 
attraper.48. 

îlufe  mortelle  deVillegagnon 
contre  nous.397. 

Racines  de  deux  forte  s  feruss 
au  lieu  de  pain  en  l'Améri- 
que. 152,.  manière  d'en  faire 
fanne.i35.forme  de  leurs  Ti 
ges  &  iueilles^  facô  efmer 
ueillable  de  tes  multiplier. 
if.  S 

Sabaucaië  arbre  &  fo  fruit  fait 
en  façon  de  gobelet.204. 

Sagouin  ïoîi  animal.164. 

Saifons  tcpereesious  les  Tro- 
piques. 2,10. 

Sarrigoy  belle  puante.156. 

Sauuages  premièrement  veus 


vn  mefme  repas.14^  mlget 
atoutesheures.i45.(bntfort 
vindicatifs.  184.  irrecôcilia 
bics.2io.fufieux.222.  com- 
battent nuds3font  ex  celîens 
archers.  224.defeochét  roi- 
dement  leurs  arcs.226.  com 
ment  flefchent  les  poijfons.. 
13d  marchent- fans  ordre  en 
guerre  &  toutesfois  fans  cô 
fyfion.227.  cris.&  hurlemés 
apperceuans  I  ennemy.23Q« 
acharnez  &  corne  enragez 
au  combat.232.com battent 
a  pied  &  quelle  opinion  au- 
royentdescheuaux.a^.leur 
façon  dé  boire.  144.  fïlence 
durant  le  repas,&  fobrieté  i 
manger.iu.5.  contenance  dâ 
fansen  rond.273.maniere  de 
coucher. 367.  excellens  na- 
geurs. 189.  viuent  en  vnion. 
304.font  prompts  a'faire  plai 
iîr.  311.  recoiuent  humainc- 
1  ment  Je*  eitrangers^o^. 
Sauuages  promettans  fe rager 
au  fèruice  de  Dieu  affilient 
a  te  priere.2^5. 


&defcntsparlaucteur.47.  Scorpions  de  l'Amérique  fort 
Sauuages    peu  foucieux  des      venimeux.  184. 

choies  de  ce  mode.1g9.19g.  Sentence  notable  &  plus  que 

non  veluscomme  aucuns  e-      philofophale  dVnSauuage 

lliment.110.noircispeint.u-      Ameriquain.198. 

rez  &  emplumaffez  parle  Seouanous  efpeces  de  cerfs  & 

corps.n?. 114.  defehiquetez       biches.^. 

parlapoitnne&par  les  cuif  Serpens  gro's&  longs  viande 

fes.  117.  demi  nuds  &  demi      des  Anieriquains.  160. 
.     veitus. 119.  viuâs  fans  pain  ni  Serpent  verds  longs  &  défiiez 

vin. 132.  leur  couitume  élira       dangereux.  160. 

ge  denemiger  &  boire  en  Soif  plus  pi  effante  que  la  faim 


TABLE. 

4ôp9  T  ocon  herbe  dequoy  les  Saw 

Soleil  pour  Zenu+u  uages  font  leurs  lignes  a  pe^ 

Sonnettes  compofees  de  fruits      cher  &  cordes  de  leurs  arcs 

fecs.ïi7.  192.223.  . 

Sourditécaufeede famine  420.  Ton  vermine  dangereuie  le. 
Souhait  du  lieur  du  Pont  quel       fourrant  fous  les  ongles.îSi. 

409.  Toupan  tonnerre. 2  -,  ^.i6i. 

Stature  &  difpofition  des  Sau-  Tououpinâbaoults    Saunages 

uages.108.  alliez  des  Francoises. 

Lourle  fuperlKtion.27  9  Tortues  de  mer  &  façon  de  les 

Stratagème  de  guerre  entre  prendre. 33.34, 

les  Ameriquains.228.  Toucan  oyfeau.17?. 

T  Touis  petite  forte  de  Perro- 

Tacapé  efpee  ou  mafTue  de      quets.174. 

bois.222.  Toliou  lezard.158. 

TaiaffouSangïier  .155.  Traquenards  à  deux  pieds.321. 

Tamouatapoifibn  difforme  &  Truchemens  de  Normandie 

armé.188.  menans  vie  d'Àtheiites.^o 

Tape  mi.  ri. 51.  V 

Tapirouflbu  Animal  demi  af-  Vaifleaux  &  vailTclle  déterre. 

*e  &demi  vache.151.  gouil        o/. de  quelle  façon  faits.  141 

de  fa  chair  Ôcfaçôde  la  cuire  Vengeance  horrible.247. 

151.  Vensmâgèz  durât  lafamine400 

Tapitis  efpecedelieure.156'.     Vens  incon&ansïbus  l'Equa- 
Taflès  &  vafes  faits  de  fruits.      tor .35. 

308.  Vigne  que  nous  plâtafmes pre 

Tehlinteriedion  d'efbahiffe-      mi'erement  en  l'Amérique 

ment.iQ9.310.34i.  comment  vint.138. 

Tatou  animal  armé.15'7.  Viandes  des  Sauuages  cornent 

T  ects,oS;&  déts  des  prifôniers      conferuees.153. 

pourquoy  referuez.247.        Ville  imaginaire  es  Cartes  de 
Tendronsila  cime  des  ieunes  Th.euet.1c2. 

palmiers  bons  contre  les  he  Vieillards  Ameriquains  créez 

moroides.zoo.  conducteurs  en  guerre.202. 

Terroir  de  l'A  m eri que  propre  Vieillards  Tououpinâbaoults 

au  bled  &  au  vin.  138.  cheriiîans  les  François.  2S1. 

Terre  du  Brefil  exépte  de  nei  Vieilles  femmes  Ameriquai- 

ge  gelée  &  grefle.210.  nés  lefchâs  la  graiffe  humai 

Quelles  terres  pofF.  dét  les  Sau  .     ne.245. 

uages  en  particulier. .3 06,     Nulle  ville' clofc  en  TAmeriq, 
229- 


r 


TABLE.  N"l6^ 

Villages  frontiers  desennemis      efclanéi.  91.  ne  nous  veur 

Villages  &  «milles  des  Sauua      Epilogue  de  fa  vie.97  ■ 

g«  comment  difpofez  &fou-  Vinaigre  de  cannes  defuccre 
ueiitremuez.305.  209  «eiuccre. 

Village  faccagé  parles Sauua-  Volées  dePerroquets.;? 

ViKt*yi'  ,         vpec  canes  d'inde,.i6*. 

VjlLgagnon  ponrquoy  fait  le  Vfuriers  plus  cruels  que  lesAn 
voya^enlAmenque-i-ef-      thwpophaees.  »<tf 
enta  oeneue  de  ce  pays  là. 
J.lès  contenances  durantle  Y 

prefehe.  61.  eilablit  l'ordre  Yetin  mouchiilonpicquantvi 
Ecclefiaft.que.^^tluae      Uement.183.  H 

Jateur.67.  fon  oraifon.  éS.re  Ygat  barque  d'efcorce.izS 
Soit.aCe-e./é.fonordon-  Yramielàyettc  cncnoire.180 
mee  cotre  kjpaàardiftj  8l.  Yri  arbre  &  Ton  fr  mt.xoo. 
blaime  Caluin  Wtf  auoit  Yuambou-ouafibu  efpece  de 
loue.  87.  eft  géhenne  en  fa      greffe  Perdris.ï6o.  F 

c™*ieT/mferment0r-  Y^pena-bifron^  deplu- 
dinaire&fescruautez.SS.té      mes.nj.  P 

te  le  moyen  de  nous  rendre  Yurôgnerie  des  Sauuages  i4<5. 

FIN. 


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